"Archives de Maxiboy"

Céline Dumerc, la star authentique

 

Par la grâce des Jeux Olympiques de Londres et des feux médiatiques, Céline Dumerc est passée du statut de basketteuse à celui de star du sport français. La femme, elle, n’a pas changé.

La recordwoman de sélections en équipe de France livre actuellement sa dernière bataille sous le maillot bleu à l’occasion de l’EuroBasket en République Tchèque. Avec toujours la même énergie.

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Quand le père de Rudy Gobert rêvait d’être le premier Français en NBA

 

Le père de Rudy Gobert, Rudy Bourgarel, rêva de NBA vingt-cinq ans avant que son fils ne signe aux Utah Jazz.

Un phénomène extraordinaire. En cette rentrée 1984, voici l’équipe espoirs du Stade Français Paris nantie de deux tours jumelles : le Blanc Eric Fleury (2,11 m pour 102 kg) et le Noir Rudy Bourgarel (2,13 m pour 104 kg). Dix-neuf ans tous les deux. Rudy Bourgarel est à l’état brut. Un corps formidable. Pour l’imaginer, il suffit d’observer son fils, son portrait craché, et se rappeler que nous sommes trente ans en arrière. Une mobilité, une détente tout aussi épatantes. Et… C’est tout. Rudy n’a que deux ans de basket derrière lui – c’est l’international Patrick Cham qui l’a fait venir de Guadeloupe -, et il saute souvent à contretemps, ne sait pas se positionner ni quoi faire de la balle. Il est gauche. « La première fois que j’ai vu Rudy, c’était en avril 84 », raconte à cette époque à Maxi-Basket le Yougoslave Bogdan Jovicic, qui l’avait eu sous ses ordres au Stade Français. « On allait au tournoi de Dieppe. La première image que j’ai eue de lui, c’était celle d’une biche. C’est Dragan Kicanovic (joueur majeur de l’équipe de Yougoslavie qui joua une saison au Stade Français) qui avait trouvé le surnom. Il était grand, il était timide ». Le championnat espoir est alors naissant, et la formation française vaut à peine une étoile. Le must, c’est d’aller en NCAA. Pas pour envisager de partir ensuite à la conquête de la NBA, qui est fermée à triple tour aux étrangers, simplement pour acquérir de solides fondamentaux. Jusque-là, trois Français ont obtenu la bourse nécessaire, l’international Jean-Claude Lefèbvre (2,18 m) à Gonzaga, à la fin des années cinquante, et plus anecdotiquement le Nantais Jean-Claude Bruzac (2,04 m) à Potsdam State, en Division III, et l’Antibois Alain Forestier, au Marist College.

Contacté par Villanova

Ils sont désormais une cinquantaine d’Européens à avoir pris pieds dans le saint des saints du basket universitaire, majoritairement des Anglais, des Néerlandais, proches de la culture américaine, des Yougoslaves, à l’aise partout, et nos deux Stadistes. Eric Fleury a transité par la Guilderland High School, avant de revenir en France, mais comme le Stade ne lui a pas fait confiance (trois minutes de présence en première division pour toute la saison 84-85), il est repartir aux Etats-Unis, au Siena College où il accomplira les quatre ans réglementaires. Contacté aussi par la prestigieuse université de Villanova, Rudy Bourgarel choisit le même point de chute que deux compatriotes, Alain Forestier donc, et l’internationale Paôline Ekambi. Le Marist College est une petite institution de 2 700 étudiants, située à Poughkeepsie, à deux heures de voiture de New York City. A l’échelle américaine, Maris ne représente rien ;  son équipe de basket n’a d’ailleurs obtenu le statut de Division I (alors constituée de 290 équipes) qu’en 1981. En fait, à l’origine de ce flux, il y a un coach américain, Mike Perry, qui vient d’entraîner brièvement le Stade Français et qui s’est vu offrir le poste de head coach à Marist. Perry ne passera jamais aux travaux pratiques. L’université annule son contrat suite à des violations dans les règles strictes de recrutement. Et pour se venger, Perry dénonce son ancienne université auprès de la NCAA, si bien que Rudy Bourgarel se voit sanctionner de quatre matches de suspension pour faute bénigne : avoir passé des coups de fils à sa mère dans le bureau de l’assistant-coach, Bogdan Jovocic.

Avec le futur n°2 de la draft 1988

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Article paru dans BasketHebdo en 2014.

Photos: Marist College et Maxi-Basket

Stephen Brun, Edwin Jackson et Alain Koffi : L’argent sans tabou

Edwin Jackson (Estudiantes Madrid), Alain Koffi (Pau-Orthez) et Stephen Brun (consultant sur SFR Sport). Trois anciens internationaux qui ont eu des expériences à l’étranger parlent d’argent sans tabou. Un document rare.

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Rétro: Mirande, les produits du terroir

 

Alors que l’actualité met en lumière la finale des playoffs de ligue féminine entre Lattes-Montpellier et Villeneuve d’Ascq, Basket Europe rend hommage à un club qui a aujourd’hui disparu de la surface de la planète orange.

Dans les années quatre-vingts, Mirande, commune de 3 500 habitants du Gers s’est fait connaître de la France entière grâce à l’épopée du BAC, triple champion de France (1988 à 1990) avant d’être dissous il y a presque vingt ans suite à des problèmes financiers.

A travers cet article datant d’avril 1985,  assistons à la montée en puissance de ce club rural exemplaire dominé par la forte personnalité de son coach Alain Jardel, futur entraîneur de l’équipe de France, qui a notamment formé Yannick Souvré, Laetitia Moussard et Martine Campi.

 

Mirande, vous vous demandez probablement où cela peut bien se nicher. C’est la question que s’est posée Alain Jardel lorsque, jeune prof d’EPS, on lui annonça qu’il était muté là-bas. Il savait tout du moins qu’il s’agissait d’une sous-préfecture du Gers. En consultant une carte, il apprit que ce village se situait sur la route d’Auch à Tarbes. Il sut aussi plus tard que c’était la patrie de l’acteur Jacques Dufilho. Il devait constater sur place que le sport, on aimait un peu, mais certainement pas à la folie. On y faisait un peu de rugby, du tennis-loisir, c’est à peu près tout. Même pas de club de foot à l’époque, unique. C’est pourquoi on l’avait envoyé là pour promouvoir toutes formes d’activités physiques. Pour faire bouger un peu tout ça.

Alors, pourquoi spécialement le basket ? Parce que le basket, c’était son sport de prédilection, son dada avec le bridge et la pêche à la ligne. Il y avait joué dans le Lot, puis à Lille, au LOSC. Et tout en prêchant la bonne parole auprès des Mirandais, il continuera de pratiquer quelques saisons à Séméac, club de la banlieue de Tarbes. Et pourquoi les filles ? « Je n’avais aucune vocation pour former des rugbymen. Je savais très bien que mes basketteurs, ils passeraient un jour ou l’autre dans une deuxième ligne de rugby. J’avais senti aussi dans le village un potentiel humain important chez les filles ». Malgré tout, en 75, c’est une équipe masculine qui partait à l’attaque du championnat départemental. Et qui n’y piqua pas un somme. On la vit bientôt disputer les premiers rôles dans la plus haute division régionale avec comme fer de lance un certain Jean-Aimé Toupane aujourd’hui à Monaco.

Toutefois, c’est l’équipe féminine, créée de toutes pièces en 78, qui parviendra à décrocher la lune. Là voilà, sans prendre le temps de marquer une pause, en Régionale, puis en Nationalle III, puis en II. Trois saisons en Nationale II. La première fois, le Basket Astarac Club termina deuxième après une défaite stupide et irrémédiable à Bordeaux. Mirande avait eu jusqu’à 15 points d’avance. La deuxième année, les Mirandaises firent encore mieux. Ou pire. premier ex aequo avec Rouen. Battues de deux points sur l’ensemble des deux matches. La troisième tentative fut la bonne.

Mirande, c’est la croissance à l’américaine. Les buildings dans le désert. Du point zéro au « Club des 12 » en six ans pour l’équipe une. Et ça a suivi derrière. Le BAC compte au dernier pointage 170 licenciés. Le dixième des effectifs du département. « Quand je pense que lorsque l’on a monté le club, c’était uniquement pour un gentil divertissement ».

Concordance d’éléments favorables

Alors un miracle ? Ça non, certainement pas un miracle. Mais une concordance d’éléments favorables. Et de la sueur. La chance de Mirande, c’est bien sûr d’avoir vu arriver un type comme Jardel, un prof de gym, devenu CTD du Gers, un passionné, pas avare de son temps, et qui avait envie de bâtir quelque chose de solide. Jardel ne fut pas un homme seul. Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil sur la plaquette du club. On y voit un organigramme qui peut faire honte à la plupart des clubs de N1 masculine. Et ce n’est pas de la poudre aux yeux, ajoute Alain Jardel, chacun y effectue consciencieusement sa part de travail. « Ce sont des gens compétents, sérieux, ingénieux, intelligents… », dit-il à propos de son entourage. Et puis, il y a eu les joueuses. Et là, ça donne à réfléchir…

Figurez-vous que sur les dix filles dont les noms sont régulièrement couchés sur la feuille de match, la moitié n’ont connu qu’un seul club, le BAC. Parmi elle, Annick Lalanne, la pointeuse maison, à propos de laquelle Jardel dit « elle a des qualités physiques exceptionnelles. Pour s’amuser, elle fait du tennis. Elle est classée à 15. Si elle avait commencé le basket à 10 ans au lieu de 15, elle aurait fait une sacrée carrière ». Plus étonnant encore, Martine Campi, le pivot, membre à part entière du club France, et Florence Roussel, une autre intérieure, sont originaires du village. Et ça vous fait sortir des yeux gros comme un ballon lorsque vous apprenez ça, car Campi mesure 1,88 m et Roussel 1,85 m. Oui, oui, cette bourgade de 4 000 habitants a pu donner au basket deux joueuses aux mensurations exceptionnelles, et qui sont loin d’être manchotes. Des villes 10 ou 100 fois plus importantes ne peuvent même pas en dire autant. « C’était plus facile de les repérer. Dans un village comme Mirande, je ne pouvais pas manquer de croiser un jour sur un trottoir une fille comme Martine Campi ». On veut bien le croire, Alain Jardel. Mais, n’empêche, voilà la preuve qu’il existe bien des « grandes » en France. Suffit de les détecter et de les former. Suffit de se donner la peine.

Mens sana…

« Notre budget est de 600 000 F. Il a doublé en un an », dit le président Jean-Jacques Cathala. Côté recettes, la subvention municipale est de 60 000 F, l’affluence aux guichets représente 1/5e du budget, et comme partout, la pub constitue une manne importante. De plus, et ce n’est pas banal par les temps qui courent, tout le monde paye sa cotisation. Y compris les joueuses. « Martin Campi, eh bien, c’est elle qui achète ses baskets », assure Alain Jardel. Pas d’indemnités, pas de primes de matches. Compensation : le club ne lésine pas sur le budget transports et déplacements. Pour les périples lointains, à Paris, à Strasbourg, les Mirandaises voyagent en avion, et on leur assure comme gîtes des hôtels confortables. « Si on ne paye pas les joueuses, c’est peut-être parce que nous n’avons pas les moyens, mais même si on avait les moyens, je ne suis pas certain qu’on le ferait ».

Bon, ce n’est pas tout, comment fait le BAC pour conserver ses meilleures éléments ? C’est tentant tout de même de mettre double ration de beurre dans ses épinards, et de céder aux lumières de la ville. La parole de nouveau à Alain Jardel : « Prenons notre joueuse la plus connue, Martine Campi. Tous les clubs de Nationale I voudraient l’avoir. Elle en eu des propositions, surtout lorsque nous étions en 2. Mais Martine savait que l’on parviendrait à monter un jour en 1. A Mirande, elle a pu progresser en même temps que l’équipe. Dans certains clubs, les internationales juniors jouent en lever de rideau, chez nous elle passait 38’ par match sur le terrain. Et puis, si Martine est restée à Mirande, ça s’explique par un certain climat… qui n’est pas uniquement climatique. Il existe dans le sud-ouest, même si cela peut faire sourire quelques Parisiens, une certaine qualité de vie. Martine sort du monde rural, son de prédilection, c’est le village, et pour se sentir vraiment elle-même, il lui faut vivre là ».

Et les études, la vie professionnelle à Mirande, c’est quand même un peu le bout du monde. Moins évident a priori d’assurer son avenir social que dans une grande cité. C’est le moment de faire une observation. Avec un jeu de mot facile, on peut dire qu’au BAC les dix joueuses de l’équipe ont leur bac, où sont en passe de l’obtenir pour les plus jeunes. Ce n’est pas la moindre fierté d’Alain Jardel d’avoir mis à profit à Mirande la locution latine « Mens sana in corpore sano ». Actuellement, quatre joueuses effectuent des études supérieures. Nadine Gimenez et Florence Roussel sont à l’UEREPS, Marie Buscato en deuxième année de droit, et Isabelle Cazeneuve en deuxième année de Langues. Elles sont étudiantes à Toulouse. Et c’est l’adjoint d’Alain Jardel, Laurent Villar, 20 ans, lui-même étudiant en EPS, qui leur fait faire la navette plusieurs fois par semaine. Au total 700 km hebdomadaires.

Seules Annick Lalanne et Martine Campi sont déjà rentrées dans la vie active. Annick Lalanne est institutrice à Auch. « Elle ne doit rien au basket ». Quand on évoque la situation de Martine Campi, Alain Jardel s’enflamme : « Le Gers est un petit département. Les athlètes de haut niveau y sont rares. Il y a l’international de rugby Graton, qui joue maintenant à Agen, un pentathlonien, un gymnaste qui a dû émigrer à Monceau-les-Mines, et Martine Campi, c’est tout. C’est la seule qui soit restée au pays. Je vois que des gens, des lutteurs, des nageurs, ont bénéficié de bourses olympiques. Je sais que des accords ont été signés avec des grandes sociétés pour les athlètes de haut niveau. Quand Martine Campi s’est retrouvée sur le marché du travail, nous sommes allés frapper aux portes. On nous a répondu, oui, elle peut bénéficier de ces avantages, mais si elle va à… Paris. Et si nous avons réussi à trouver une place à Martine, un emploi de bureau à la Mutuelle Agricole du Gers, c’est uniquement grâce à une relation, au bon vouloir de cette personne. C’est scandaleux ! ».

Un centre de formation égale deux Américaines

Pour la venue de l’AS Montferrand, la salle du CES était gavée de spectateurs. Les gradins ne suffisaient pas, certains avaient dû rester debout. Banda comprise, il devait bien y avoir 800 personnes. Un public formé en majorité d’adultes, issus de tout le département, et même de Cahors, de Toulouse, de Tarbes. A leur tête, ce soir-là, le préfet du Gers. Des gens venus là comme on va au spectacle, « ça ne me dérange pas que notre gymnase soit devenu le dernier salon où l’on cause ». Surprenant : l’équipe féminine du BAC est la formation sportive qui attire le plus de monde dans le département. Plus que le rugby à Auch. Et même à Tarbes, pourtant un fief de l’Ovalie, on n’atteint pas toujours les scores de Mirande.

La presse locale joue là-bas pleinement son rôle. L’un des deux quotidiens du coin avait présenté ce match contre l’ASM sur une page entière ! « Mais il ne faut pas prendre les gens pour des couillons. S’ils reviennent, c’est parce qu’ils trouvent quelque chose qui leur plaît. » Et sans doute pour commencer, sur le terrain, des joueuses bien de chez eux. Attention, Alain Jardel va de nouveau accélérer son débit de mots-seconde: « Actuellement, certains sont favorables au retour des illusionnistes, je parle des étrangères, et je dis cela sans xénophobie. A ceux-là, je réponds, venez à Mirande, vous verrez que l’on peut faire du bon basket et attirer du monde sans Américaine. »

Ce revirement dans la politique de l’élite féminine dont il est question, bien que la suppression des étrangères ne soit effective que depuis cette saison, irait à l’encontre de la philosophie et de l’option prises par Jardel et son club. A savoir la formation des jeunes. Le BAC a investi dans un centre espoirs. « On a été assailli de demandes. » Celles-ci sont internes au collège du village et ont toutes les facilités pour disposer du gymnase scolaire.

« Il ne faut pas croire, nous aussi on peut avoir une Américaine! Ca coûterait la moitié de ce que revient notre équipe espoir. Alors, si on doit le faire, pas d’autres solutions que de sacrifier la moitié de nos jeunes. » Alain Jardel poursuit: « Ce que je voudrais, c’est que le basket français parvienne au niveau du basket espagnol, en mecs et en filles, parce que là aussi ils sont en train de nous marcher sur le ventre. Ce n’est pas en faisant un lifting à coup d’américanisation que l’on va s’en sortir. Le danger aussi, c’est que le retour des étrangères débouche sur des naturalisations. On peut tout obtenir avec de l’argent. Regardez ce qui se passe avec les garçons. Si pour voir des joueurs français, il faut aller aux matches de lever de rideau, que l’on prévienne les gens. J’ai entendu dire que 80 000F pour une Américaine par an, ce n’est pas cher. Alors, si les clubs ont de l’argent, qu’ils investissent dans les entraîneurs. Des jeunes entraîneurs, il y en a, je n’étais quand même pas un exemplaire unique, des joueuses aussi on peut en trouver, qu’on donne à ces gens là les moyens de s’exprimer. »

Il fait mine de retrousser ses manches, et conclut: « au travail! »

 

Photos: Alain Jardel et Yannick Souvré. Martine Campi. Mirande (cartes de France)

Paru dans Maxi Basket en avril 1985.

Max Joseph-Noël, le premier international antillais

Il fut le premier international venu des Antilles. Max Joseph-Noël, 79 ans aujourd’hui, fut une météorite dans le ciel du basket français. Son parcours atypique est vraiment étonnant.

« Les journalistes sont toujours en train d’exagérer ! Je mesure 1,92 m. On m’a signalé à 1,94 m et même parfois 1,96 m. J’ai par contre une envergure de 2,05 m et je sautais un peu plus haut que les autres mais surtout avec les bras, j’allais piquer des balles ou les contrer. C’était ma spécialité comme Serge Ibaka ! Je jouais pivot, j’étais l’un des plus petits du championnat. Je faisais 80 kg à mon arrivée en métropole et après une année j’ai pris 7-8 kg sans faire de muscu. Robert Busnel, qui était le patron de l’équipe de France, disait « faire de la musculation, ça enlève de l’adresse ! » Alors que l’on voyait aux actualités les pros américains, et même les universitaires, qui étaient solides. Il est allé aux Etats-Unis, il a fait venir Bob Cousy (NDLR : meneur de jeu emblématique des Boston Celtics des années 50-60, d’origine française), il a été ébloui, et il fallait tout faire comme les Américains. Comme quoi…

René Lavergne disait de moi que je n’étais pas bon car j’étais un produit de Monoprix ? Pourquoi ? Joe Jaunay était l’entraîneur de Caraman, à 25 km de Toulouse qu’il a fait monter en 1ère division. Je le rencontre à Printafix, un concurrent de Monoprix, en plein centre de Toulouse.

– Monsieur, vous me reconnaissez, je suis Joe Jaunay, le meilleur entraineur de basket de la région.

– Non monsieur !

– Êtes-vous intéressé pour jouer au basket ?

Je lui ai donné mon adresse et il m’a dit qu’il m’écrirait. J’étais sportif mais je n’avais pas fait de sport de haute compétition dans ma jeunesse car à 11 ans j’ai eu le genou gauche pété suite à un accident et on m’avait interdit de faire du sport. J’en ai fait en cachette à Fort-de-France, un peu de foot, un peu de basket. Je suis arrivé en France à 17 ans pour faire ma terminale. Après avoir vu Jaunay, et sans nouvelles de sa part, je suis allé au TUC, le club universitaire, mais on ne s’est pas occupé de moi. Le hasard a voulu que je le rencontre une deuxième fois, l’été suivant, toujours à Printafix. Il avait perdu mon adresse et il m’a demandé si ça m’intéressait toujours, je lui ai répondu que oui.

Tout le mois de juillet il m’a entrainé tout seul, trois heures le matin, trois heures l’après-midi. J’ai débuté de zéro mais j’étais un athlète. En deux mois il m’a appris à récupérer et à remettre dedans. J’avais interdiction de dribbler en match. Dès septembre je me rendais trois fois par semaine à Caraman pour les entrainements. C’était la seule équipe de 1ère division avec un terrain macadamisé en plein air. Il y avait 2 000 habitants dans le village, c’était vraiment le basket à la campagne. J’ai débuté en 1ère division en octobre contre le Racing Club de France qui était champion de France !

Je n’ai joué qu’une année à Caraman. Jaunay est tombé malade, il y a eu un clash avec les dirigeants, le club est descendu en 2e division. Louis Bertorelle, notre vedette, est parti au RCM Toulouse avec Boyer qui faisait 1,96 m. J’ai suivi Jaunay à Castres en Régionale 1. J’ai continué à me former et c’est là que j’ai rencontré ma femme. J’ai rejoint le RCMT, de 1960 à 65. Il y avait Bertorelle et en meneur de jeu mon meilleur ami, Jean Luent (NDLR : futur entraineur d’Orthez et de l’équipe de France).

En 64, à la demande de l’entraîneur André Buffière, j’accepte de faire des stages au Bataillon de Joinville et je suis retenu en équipe de France militaires. Il y avait Alain Gilles, Daniel Ledent, Jacky Renaud, on est champion du Monde à Damas !

J’ai fait ensuite 12 ou 13 matches en équipe de France mais il n’y en a que 7 qui ont compté (NDLR : d’avril 64 à janvier 65). Et là, j’ai dit « terminé ! » J’ai arrêté ma carrière à 27 ans. J’étais en plein boom, mais on était des amateurs chef ! J’étais chargé de famille et j’avais honte que ma femme gagne plus d’argent que moi. J’ai passé mon concours en octobre 1965 et je suis devenu directeur d’hôpital public. J’ai eu des propositions de La Vendéenne de La Roche/Yon et du Stade Clermontois en N2. Refus. Je travaillais 60 heures par semaine. J’ai été en poste à Dreux et j’ai quand même été entraineur-joueur à l’Alliance, en Régionale.

Je préfère le basket féminin car les filles jouent plus en équipe. Ah ! si… Jordan, Magic, Bird, Pippen, la Dream Team de Barcelone, ça c’était du basket collectif ! »

 

Antillais ou pas

En métropole, la colonie d’origine antillaise est de plus en plus importante, notamment en région parisienne.

Avec la crise de l’exploitation de la canne à sucre, le chômage qui gangrénait les sociétés martiniquaises et guadeloupéennes et les révoltes qui en découlaient, Paris organisa massivement l’émigration antillaise dès 1962 à travers le Bumidom (Bureau pour le développement des migrations intéressant les départements d’outre-mer). Objectif : fournir de la main d’œuvre aux administrations métropolitaines.

Les Antillais et Guyanais de métropole sont estimés aujourd’hui à plus de un demi-million et ils sont parfois traités de « négropolitains » par leurs frères des îles.

La question est de savoir si les descendants de ces émigrés doivent être considérés comme des Antillais, ou pas. C’est le cas ainsi de Johan Petro, Jérôme Moiso ou encore Bruno Coqueran. Patrick Cham donne un point de vue intéressant : « ça dépend du lien culturel. S’il est encore très fort avec les Antilles, s’il revient au pays, s’il parle créole, qu’il écoute de la musique antillaise, qu’il mange antillais, on le considère comme Antillais. Mais un Breton peut quitter la Bretagne et habiter dans le sud de la France et s’il n’a plus de famille là-bas, s’il n’y retourne pas, il n’est plus Breton. Pareil pour les Antillais. Généralement, pour la première génération, la culture antillaise reste forte, on peut l’intégrer, après, pour les générations suivantes, c’est différent. »

Comme l’explique Patrick Cham, l’administration française a facilité le rapprochement avec la diaspora.  « La France a mis en place ce que l’on appelle les congés payés bonifiés »  dit-il. « Tout Antillais d’origine qui a quitté les Antilles et qui travaille dans la fonction publique a droit, tous les trois ans, à un congé payé de deux mois et des billets d’avion pour lui et sa famille. Ce afin qu’un lien existe toujours entre eux et la famille demeurée sur l’île. »

 

Photo: Musée du Basket

Guadeloupe, Martinique, Guyane : Ces étoiles venues d’Outre-Mer

Un temps marquées par l’indifférence, les relations entre Antillais et Métropolitains se sont transformées en histoire d’amour. De Jacques Cachemire à Kévin Séraphin, en passant par Jim Bilba, les joueurs venus des mers chaudes ont illuminé le basket français.

 

Savaient-ils les Normands d’Elisabethville qu’ils assistaient en ce 12 août 1960 à l’élaboration d’un premier véritable trait d’union entre la France et l’une de ses perles des Antilles, la Guadeloupe ? Probablement pas. D’ailleurs la frêle goélette antillaise se fracassa contre le paquebot France qui voguait alors vers les Jeux de Rome, 41 à 124.

La Guadeloupe, la Martinique, deux îles, et la Guyane plantée en Amérique du Sud, furent initialement des territoires marqués au fer rouge par les guerres des empires coloniaux européens et l’esclavage. Ce sont aujourd’hui trois départements d’Outre-Mer. Les populations sont restreintes (405 739 à l’actif de la Guadeloupe, 386 486 pour la Martinique et 250 377 pour la Guyane), le nombre de licenciés au basket tout autant (6 377 pour les trois départements sur 641 367 au total), mais leur impact est considérable. Que serait, que vaudrait, l’équipe nationale sans ses forces antillaises et plus crûment sans son or noir ?

 

« Dans le basket on aimait beaucoup les Noirs, les Harlem étaient symboles d’étoiles, de spectacle, Tatum était une vedette. »

 

Maurice Boulois et Alain Schol à l’Euro de 1965

Longtemps la 1ère division française fut réfractaire aux basketteurs noirs. Par racisme comme aux Etats-Unis où existait une ségrégation ? Plutôt par ignorance, par volonté d’utiliser dans l’équipe des joueurs du cru. Ainsi l’équipe d’Auboué, l’une des meilleures qui soit, était constituée à l’amorce des années soixante de 11 joueurs natifs de la ville et les 4 autres n’étaient pas nés bien loin. « S’il y avait du racisme, ce n’était pas dit, c’était diffus. Les insultes racistes ont toujours existé, genre « remonte sur ton arbre » mais il n’y avait pas de débat sur ça. Au contraire, dans le basket on aimait beaucoup les Noirs, les Harlem étaient symboles d’étoiles, de spectacle, Tatum était une vedette » rapporte l’historien Gérard Bosc. « Je n’ai pas souffert de racisme » confirme le premier international antillais, Max-Joseph Noël, qui répondait au sobriquet de « Blanchette », un surnom plus bête que méchant donné communément aux footballeurs de couleur sombre. « Il y a des gens de ma génération qui avaient un complexe d’infériorité vis à vis des Blancs, mais on s’est aperçu que les Blancs ne sont pas meilleurs que nous » rigole t-il. « Nous, les Antillais, sommes très satiriques. Comme pour tous les gens qui ont été esclaves, c’est une façon de résister au mauvais sort en souriant. »

Il y a un demi-siècle, les visages étaient donc pâles avec quelques exceptions notables comme les Américains Henry Fields, Frank Jackson, Len Green, ou encore Roger Correa, né à Dakar, les internationaux Roger Antoine, né à Bamako au Mali, et Jacques Owen, un pur Parisien.

Max Mamie, qui se dirigea vers l’arbitrage, fut l’une des premières figures antillaises du basket français. Max Joseph-Noël eut donc le privilège d’être aussi un pionnier, le premier Antillais à être sélectionné en équipe de France, suivi de près par Maurice Boulois et Alain Schol. Ces deux-là furent repérés par René Lavergne qui avait été envoyé sous les tropiques par la fédération pour y tenir des conférences. « Il avait vu là-bas des joueurs intéressants et il les avait proposés à des clubs notamment à l’Espérance de Toulouse », confirme Gérard Bosc. Boulois porta notamment le maillot de la Chorale de Roanne, entraîna pas mal d’équipes du Sud-Ouest de la France, et fonda, il y a une trentaine d’années, un camp pour jeunes basketteurs à Lectoure. Maurice Boulois et Alain Schol disputèrent l’Euro de 1965 et Schol récidiva en 67. Alain Schol, 2,04m, se distingua en étant un SDF de la 1ère division pour toucher quelques francs sous le manteau. « Il vendait sa taille » sourit Gérard Bosc qui l’a eu comme joueur quand il coachait Caen. « A mon avis, c’était le plus doué de tous, très adroit, délié, un peu comme Nicolas Batum », juge Max Joseph-Noël. « Il jouait pivot ou poste mais il aurait pu jouer ailier sans problème. Comme Batum on avait l’impression qu’il dormait sur le terrain, et tout d’un coup il plantait un ou deux paniers et il avait un double pas ravageur. »

 

« Nous sommes tous des enfants de nègres plus ou moins métissés donc d’origine plus ou moins modestes »

Jacques Cachemire, la première star

Que représentait au milieu du XXe siècle la France métropolitaine pour un Antillais ? « C’était la mère patrie, une autre planète, lointaine, mais qui nous intéressait tous, particulièrement nous qui étions étudiants avec la perspective d’y faire des études » témoigne Max Joseph-Noël. « Nous sommes tous des enfants de nègres plus ou moins métissés donc d’origine plus ou moins modestes. Je donne mon exemple : j’étais le 6e enfant d’une famille de 8. Avec mes parents, cela faisait 10 personnes à table. On n’était pas malheureux mais il n’y avait pas de superflu ou alors mes parents faisaient des sacrifices pour nous envoyer au bal. La métropole c’était la possibilité d’améliorer la situation. Les deux filières, c’était les études ou s’engager dans l’armée. »

Le basket n’en était pas encore une, une filière. La vocation et la venue en métropole de quantité d’Antillais, de toutes générations, furent très souvent de purs et heureux hasards. Jacques Cachemire était un super athlète – 51 secondes au 400 m, 1,90 m au saut en hauteur et surtout un saut tout juste mordu à 7 m, pour s’amuser – mais il avait un jump shot totalement désaxé quand il quitta sa chère Guadeloupe. Il signa à l’ASPTT Rouen, section athlétisme. C’est un pote qui le décida à s’orienter ensuite vers le basket. Il passa par l’AL Montivilliers alors en Nationale 2 et son entraineur était un certain André Collet ; Jacques faisait parfois sauter sur ses genoux son fils de 4 ans, Vincent. Le Guadeloupéen pris son essor sous le management d’André Buffière au SA Lyon et connu ses plus belles années à l’Olympique d’Antibes. Quel shooteur ! Son fouetté du poignet était magnifique. Cachou fut la première star antillaise du basket-ball et Patrick Cham, 58 ans aujourd’hui, alors au fin fond de la Guadeloupe, se souvient d’avoir entendu son nom à la radio et aperçu furtivement quelques images de lui alors qu’il était ado.

Dans les années 70, quelques Antillais vinrent se frotter à la Nationale 1, l’actuel Pro A, Georges Ithany au Stade Français, Léon Eugène à Orthez, et la paire Saint-Ange Vébobe/Victor Boistol à Vichy. « A l’époque, il existait un championnat des régions, j’avais vingt ans, je faisais partie de l’encadrement de la sélection de la Martinique, nous sommes venus à Vichy. Les dirigeants du club me connaissaient par Saint-Ange Vébobe, arrivé un an auparavant en France, et qui leur avait parlé de moi. Ils m’ont fait des propositions et je suis resté », nous disait il y a quelques années Victor Boistol. C’est la réussite de Vébobe et Boistol à la JAV qui inspira le président de Cholet Basket Michel Léger et qui est ainsi à la source de la filière antillaise au club des Mauges.

Quitter son île, le soleil, la mer, la douceur des Alizées, c’est forcément un crève-cœur. Mais les Antillais sont ambitieux. C’est Georges Ithany, alors en vacances, qui découvre à St. Claude un jeune gars de 17 ans doué et bien bâti, Patrick Cham. « C’est comme ça que le recrutement se faisait. Quelqu’un qui était dans le circuit te voyait et te faisait une proposition. La détection n’était pas organisée même si une filière se mettait en place. Deux jeunes Antillais étaient déjà partis au Stade Français un an avant moi. Quand on aime quelque chose, on veut aller où c’est le mieux possible », explique Cham qui, mineur, eut comme tuteur à son arrivée le président du club David Azar. « J’ai eu un choc culturel mais pas au niveau du basket car j’avais de grosses qualités physiques et ça m’a permis tout de suite de faire partie des meilleurs jeunes Français et de m’entraîner avec les pros. » Patrick Cham, 1,95 m, était ce que l’on appelait un ailier bondissant. La preuve ? Sous le maillot bleu, il fit équipe à l’intérieur avec Richard Dacoury, même taille, lors de l’Euro de 1981. Les deux Blacks, tels des ventilateurs, firent souffler un vent orageux dans la peinture et quantité de ballons furent déviés de leur trajectoire. Bien entendu, à la longue, force resta au big men.

Encore un exemple de hasard qui a bien fait les choses, celui de Georges Vestris, un pivot de 2,13 m, qui avec ses parents se rendit à ses 15 ans en métropole pour rendre visite à ses sœurs. L’une habitait Tours et son mari jouait au Football Club de Tours en deuxième division. Elle fréquentait aussi les Américains de l’ASPO, LC Bowen, Ray Reynolds et DeWitt Menyard. Un soir elle emmena son frère à un entrainement. « J’ai crû qu’il était Américain », dira quelque temps plus tard Pierre Dao alors coach. « Les dirigeants de Tours m’ont mis le grappin dessus », confirma Vestris. Merci la Providence.

 

« La première année, c’est toujours difficile sans les parents, on ne connaît personne, il fait froid. »

Succès et échecs

Un prof de gym d’Oloron, Jean Cotellon, joua un rôle décisif dans les années quatre-vingt dans l’édification d’une passerelle entre les Antilles et la Guadeloupe. C’est Cotellon qui incita Félix Courtinard, une force de la nature (2,05 m, 107 kg) à s’essayer au basket. C’est lui aussi qui effectua les démarches pour que Jim Bilba franchisse l’Atlantique. Georges Bengaber, le premier entraineur de Bilba à Ban-E-Lot, l’un des sept clubs de Pointe-à-Pitre, nous avait indiqué que l’agent Cottelon était peu apprécié en Guadeloupe et nous avait conté sa rencontre avec celui qui allait devenir l’une des plus belles réussites du basket français. « Jim est venu dans notre club à l’âge de 16 ans et il avait d’énormes qualités physiques. Mais surtout il ne rechignait pas à la tâche. C’est pour ça qu’il restait avec moi après les entrainements ou qu’il allait à l’école de perfectionnement du CTR au Hall des Sports. Il fallait même lui dire d’arrêter, de se reposer. Et encore… »

C’est sur les conseils de son demi-frère Rony Coco, qui jouait alors dans le Béarn, que Florent Piétrus pris la décision de rejoindre le centre de formation de Pau. Comme beaucoup d’Antillais, il connut le blues à son arrivée. « Au début, je me suis senti seul » rapportait-il. « La première année, c’est toujours difficile sans les parents, on ne connaît personne, il fait froid. Après, on s’habitue. J’ai demandé à Mickaël de venir me rejoindre et ça a tout changé. » Le cadet, qui songeait à arrêter le basket, en a été aussi galvanisé. « Florent m’a incité à continuer », confirmait-il à l’époque. « Il connaît plus de choses et de personnes pour être arrivé plus tôt que moi à Pau et ça m’aide un peu. Je retiens aussi tous ses conseils. »

Deux Guadeloupéens, deux big men, vont foirer leur carrière si l’on songe à leur formidable potentiel, Rudy Bourgarel et Jérôme Moiso. Après un lancement en France, les deux ont comme dénominateur commun d’avoir choisi une formation en NCAA.

Rudy Bourgarel, le père de l’actuel pivot des Utah Jazz Rudy Gobert, qui lui ressemble physiquement comme deux palmiers antillais, était promis à la draft 89. Dans les prédictions des revues américaines on le trouvait au milieu de pivots cotés comme le Yougoslave Vlade Divac, Gary Leonard de Missouri et encore Mitch McMullen de San Diego State. Sous la tunique du Marist College, Bourgarel avait compilé 10,7 points, 6,8 rebonds et 1,5 contres lors de son année de junior (3e année). Rudy faisait alors équipe avec le Néerlandais Rik Smits qui s’illustra ensuite aux Indiana Pacers. Ce fut son apogée. Le Guadeloupéen fut expédié manu militari en France soit-disant pour satisfaire ses obligations militaires et le Racing Paris lui fit signer un contrat. « C’est pour ça que l’an dernier, j’avais vraiment l’impression de perdre mon temps en France », racontait Bourgarel quelques mois plus tard. « Parce que j’étais là contre mon gré. Parce qu’en fait, on ne le savait sans doute pas, j’étais libéré par l’armée, dispensé quoi, mais des gens ici, dont je ne dirai pas le nom, ont agi pour me retenir à Paris. Alors, oui, avec tout ça, j’avais la tête aux Etats-Unis. » Rudy Bourgarel ne vit jamais à quoi ressemblait la NBA, il en perdit son basket et sa vie personnelle tourna au vinaigre.

Quant à Jérôme Moiso, s’il affiche 145 matches NBA au compteur, il laisse une incroyable impression d’inachevé.

Inefficace le choix d’un Antillais d’opter pour les Etats-Unis ? N’allons pas si vite en besogne. Ronny Turiaf fut le leader de l’université de Gonzaga et à sa sortie il a prolongé le rêve américain en NBA. Si nombre d’Antillais sont tentés par l’aventure américaine, il reste que la venue en métropole demeure l’axe prioritaire pour les enfants des îles. Le centre de formation de Cholet pourrait s’implanter à Pointe-à-Pitre, Fort-de-France ou Cayenne. Mike Gelabale, Rodrigue Beaubois et Kévin Séraphin sont les dernières perles des Antilles à avoir été polies à CB. La paire Jeff Martin, comme coach recruteur, Jacques Catel, le directeur du centre, font un job cinq étoiles. « Il y a un potentiel » affirme Steeve Essart, un autre produit du centre, quand on lui demande d’évoquer la Guyane, qui paraît un peu en retrait des deux autres départements d’Outre-Mer. « Ce qu’il faut apprendre aux jeunes, c’est qu’avant de réussir il y a la notion de sacrifice. Ce dont il faut avoir conscience aussi c’est qu’il y a deux fois moins d’habitants en Guyane qu’en Martinique et en Guadeloupe. Il faut progresser. Et quand les jeunes voient Kévin Séraphin en NBA, ils s’imaginent à sa place. J’espère qu’ils se donneront à fond pour augmenter le nombre de Guyanais en pro. »

« Le pourcentage de Guadeloupéens qui restent en métropole est plus important que ceux qui reviennent, à cause en premier de l’étroitesse du marché du travail.

Retour aux sources

Jacques Cachemire revenait régulièrement en Guadeloupe durant la période estivale et y prêchait la bonne parole. Patrick Cham a suivi son exemple. « Il existe un terrain place de la Victoire à Pointe-à-Pitre où tous les basketteurs se rencontraient le dimanche matin, à partir de 7h. On côtoyait tout le monde, ceux qui jouaient dans des divisions inférieures. Ça existe encore, on y organise des tournois de vacances », explique Patrick Cham. Jim Bilba a pris le relais. Et puis Mike Pietrus qui, sur le terrain du nouveau palais des sports du Gosier, anime l’été un camp qui porte son nom. Mike Gelabale a organisé le Gelabale Slam ouvert aux garçons comme aux filles. Avec Boris Elisabeth-Mesnager, et l’organisation Passion en Action, Ronny Turiaf a mis sur pieds deux all-stars games à Rivière Salée et Fort-de-France. Steeve Essart a conservé des liens très forts avec la Guyane, « mon cœur me dit de retourner là-bas car mes enfants y sont et j’aimerais me rapprocher d’eux. Quand j’ai vu Sacha Giffa qui a son BE2, je me suis dit que je pourrais moi aussi rester dans le milieu où j’ai toujours été, que j’ai toujours aimé, pour encadrer des jeunes. »

Le Martiniquais Félix Courtinard s’est installé en Guadeloupe. Il y a une quinzaine d’années il avait monté une entreprise de rôtisserie ambulante de poulets. Il est aujourd’hui président du club des Phoenix à Petit Bourg. Georges Vestris s’occupe aussi d’un club, en Martinique. Tout comme Saint-Ange Vebobe, Conseiller d’Animation Sportive sur l’île, qui est sur Saint-Joseph. Jean-Philippe Méthélie est lui au pole Outre-Mer réservé aux jeunes de 15-18 ans pas encore assez mûrs pour intégrer les centres de formation de Pro A. Après 26 ans passés en métropole, Patrick Cham est revenu en Guadeloupe. Il est CTS auprès de la Ligue de basket. Il souhaite impliquer davantage Jacques Cachemire afin qu’il serve de référence aux jeunes. « Le pourcentage de Guadeloupéens qui restent en métropole est plus important que ceux qui reviennent, à cause en premier de l’étroitesse du marché du travail. Il y a pourtant un besoin énorme de ces experts pour nous emmener au haut niveau. Ce retour ne peut se faire que par les collectivités car les associations n’ont pas les moyens, seules de faire venir des anciens joueurs pour entrainer. »

En attendant, les jeunes Antillais peuvent être fiers des glorieux anciens. Ils ont contribué largement à l’Histoire de France du basket-ball.

Article paru dans Maxi-Basket en 2011, revu en 2017 pour Basket Europe.

 

A suivre : Max Joseph Noël, le premier international antillais

Photo: Florent Pietrus (FFBB)

 

Du côté de chez Fred revisité 18 ans après

Suite et fin de la série sur Frédéric N’kembé. En 1999, un questionnaire « Du côté de chez… » avait accompagné le portait republié ici. Nous lui avons posé les mêmes questions dix-huit ans plus tard avant de lui rappeler ce qu’il avait répondu. Voici le résultat :

Où aimeriez-vous vivre ?

Réponse en 1999 (MaxiBasket n°194) : Au soleil, Tahiti peut-être.

Réponse en 2017 : Toujours au soleil, ça n’a pas changé même si je suis actuellement à Lille, je ne vais pas y rester longtemps (rires).

Avec qui ?

1999 : Avec ma famille.

2017 : Avec ma femme et mes enfants.

Votre occupation favorite ?

1999 : Lire de la poésie, des histoires vraies. Françoise Dotto et tout ce qui concerne la psychologie enfantine. Ecouter de la musique et jouer à la PlayStation.

2017 : Malheureusement depuis six ans, mon occupation favorite c’est les bouquins d’anatomie et de physiologie donc je ne vais pas dire ça parce que on dirait que le gars n’as plus de vie (rires) ! Mon occupation favorite, on va dire que ça reste le sport, le basket parce que j’arrive quand même à continuer à jouer, heureusement. Bon après c’est de la Nationale 3, ce n’est pas le haut niveau. J’arrive encore à mettre 35 points de moyenne donc ça va à mon grand âge (rires).

Par rapport à avant, la console, ça fait dix ans que je n’y ai pas touché, pour les livres, la poésie, je n’ai plus le temps. Ma seule lecture c’est malheureusement, comme je le disais, les bouquins de médecine.

L’objet auquel vous tenez le plus ?

1999: Ma PlayStation. J’aime les jeux de combat, quand ça saigne bien !

2017 : A l’heure actuelle, je dirais mon disque dur externe! Il y a six ans de kiné là-dessus, j’ai absolument tout, toutes mes vidéos, tous mes livres en numérique… Je l’ai en trois exemplaires et ce n’est pas pour rien. Il est dispatché un chez ma famille, un chez des amis et un chez moi. Si celui-là je le perds je me pends.

Votre héros préféré ?

1999 : Malcom X.

2017 : Mon héros préféré… Je vais prendre quelqu’un d’un peu plus récent, ça sera ma mère et Barrack Obama.

Votre bête noire ?

1999 : C’est une salle, Beaublanc. J’ai toujours fait des matches de merde à Limoges. Je déteste les arceaux de cette salle.

2017 : Ces dernières années ma bête noire c’est le trou de mémoire… Le trou de mémoire et la kiné fonctionnelle… Les gens vont se dire « mais ce gars il est relou ! Il est devenu casse couilles ! » (rires). La kiné fonctionnelle c’est difficile, j’ai raté l’examen, je l’ai repassé quatre fois donc voilà (rires).

A Beaublanc, j’envoyais que des « saucisses » je ne sais pas pourquoi.

Quelle est la chose que vous savez le mieux faire ?

1999 : La cuisine. J’adore préparer des plats bien lourds, avec du riz, de la sauce, bien épicé.

2017 : Prendre sur moi… prendre du recul, avoir de l’empathie.

Si vous pouviez déposer de la dynamite où vous voulez en toute impunité ?

1999 : Au siège du Front National.

2017 : Je pense que je la déposerais tranquillement au siège de Daesh, où il y a tous les petits chefs, où il y a toute leur logistique, où ils font leurs réunions d’état-major. Je ne sais pas dans quelle grotte ils sont mais je pense qu’un bon paquet avec tous les mecs de Daesh, qu’on en loupe pas un seul. Oui, voilà sous la table, au moment où ils font leur réunion d’état-major.

Maintenant Daesh m’inquiète un peu plus que l’effet Marine.

Une qualité chez la femme ?

1999 : La fidélité.

2017 : La fidélité.

Un défaut chez l’homme ?

1999 : Trop fier, trop orgueilleux.

2017 : La fierté.

Votre principal trait de caractère ?

1999 : Je ne suis jamais satisfait. On m’appelle d’ailleurs le bougon. Je n’aime pas perdre.

2017 : L’exigence, je suis trop exigeant envers moi-même et envers les autres.

Votre principal défaut ?

1999 : Je ne sais pas dire non.

2017 : En ce moment, c’est l’impatience. J’ai envie que tout arrive vite mais malheureusement c’est long, il y a des étapes à valider et j’aimerais bien en griller certaines.

Maintenant je sais dire non. Quand tu termines ta journée de boulot, tu en as une autre qui commence à la maison avec les voisins, avec les amis, tout le monde a mal quelque part. La petite-fille est tombée à la recré elle s’est cassée le coude sauf qu’il est 22h donc laissez-moi tranquille !

Ce que vous détestez par-dessus tout ?

1999 : Les gens qui ne sont pas francs, qui ne disent pas ce qu’ils pensent.

2017 : Il y en a deux, le manque de respect et la violence. Mais la violence des hommes envers les femmes parce que j’en vois assez souvent pour le coup. Quand tu demandes à la personne de se changer et que tu vois bien qu’il y a des hématomes, ça ne trompe pas. C’est vraiment un truc qui me rend fou !

Un fantasme ?

1999 : Disputer le All-Star Game NBA.

2017 : Alors un fantasme absolu ça aurait été d’être le kiné, être le physio de la Dream Team de Barcelone aux JO 92. J’aurais trop aimé être avec eux dans le vestiaire avant les matchs et après les matchs, être avec eux pendant les matchs ça devait être un truc de fou. Être avec des mecs qui à ce moment-là ne pensaient même pas que l’Europe existait. Ça devait être bien.

Votre idée du bonheur ?

1999: Ma femme, des enfants, chez moi, tranquille…

2017 : Être en bonne santé avec des gens que j’aime. Être en bonne santé et prendre soin des siens.

Quel serait votre plus gros malheur ?

1999: Perdre ma famille.

2017 : Ça ne change pas. Ça serait vraiment perdre femme, enfants, mère, frère. Il n’y a rien de pire, je pense. Suite au décès de mon frère, je n’ai jamais été aussi mal de toute ma vie, il n’y a rien de pire.

Le don de la nature que vous aimeriez avoir ?

1999 : Lire dans la tête des gens… Souvent, j’ai l’impression de me faire avoir. On dit : « Trop bon, trop con ».

2017 : Le don de la nature que j’aimerais avoir… Alors il y en a deux (rires) ! Le premier serait d’être invisible quand je veux. Et le deuxième serait de pouvoir me téléporter dans l’endroit auquel je pense en un instant. Ça serait un truc de ouf ! Mais je ne suis pas sûr de pouvoir rester dans la légalité à partir de ce moment-là (rires).

Que faites-vous s’il ne vous reste plus qu’une heure à vivre ?

1999 : J’appelle ma famille, je me fais un super repas et je fais l’amour. C’est bon, je peux mourir.

2017 : Je réuni tous les gens qui comptent pour moi dans la mesure du possible. J’appelle tous ceux que j’aime, j’essaye de bien manger, j’essaye de m’isoler vite fait et faire l’amour une dernière fois.

Et une semaine ?

1999: Je fais tout ce que je n’ai pas eu le droit de faire, plein de conneries. J’ai découvert récemment les facilités matérielles. Quand on dit, l’argent ne fait pas le bonheur, ok. Mais quand on en a, on rigole mieux. Voir quelque chose et pouvoir se le payer, c’est trop bon.

2017 : Alors là forcement la famille vite fait, les amis et surtout je vide mon compte en banque, je fracasse mon plafond de découvert autorisé et je me casse pendant une semaine. Je fais le tour du monde, je vais dans des endroits que je n’ai pas eu l’occasion de voir, je profite, je m’éclate ! Je kiffe la life en famille !

 

Lire l’article « Portrait de 1999 » et lire l’article « Qu’est ce que tu deviens« 

Frédéric N’Kembé, le bison bisontin

Article publié dans Maxi Basket N°194 en 1999

Puissant, athlétique et sans peur, Frédéric N’Kembé est un bison de 1,90 m qui bouscule les adversaires et les idées reçues.

The body, Frédéric N’Kembé a emprunté le surnom qui fait la gloire de Elle McPherson, mannequin australien au corps parfait. « On se cherchait des surnoms avec les potes de Levallois. Quand mon tour est arrivé, on a pensé à quelque chose qui ait un rapport avec le physique. C’est pas très malin » dit-il aujourd’hui, un peu gêné.

Dans le monde du gigantisme du basket, Fred N’Kembé est recensé dans la catégorie des « petits » avec son mètre quatre-vingt dix (maximum !), mais rares sont ceux qui possèdent une charpente aussi bien fournie. Il pointe désormais au quintal, et la matière grasse y est presque aussi rare que dans un yaourt Taillefine.

« C’est un athlète très doué, qui aurait pu réussir en foot, en athlétisme » dit Ron Stewart, son ancien coach à Levallois, qui en préparation testait ses joueurs sur la piste en tartan, sur 100, 200, 400 m. Fred se souvient avoir été mesuré à plus de 80 cm de détente sèche et avoir couru le 100 m en 11 secondes. Un chrono remarquable pour quelqu’un qui n’a jamais fait d’entraînement spécifique. Ce qui est unique chez N’Kembé, c’est cet alliage de vitesse, détente et puissance.

Fred est fier de son corps. C’est son signe distinctif et son gagne-pain. Il l’entretient avec le soin que porte un jardinier anglais à son gazon. Il fait de la musculation depuis qu’il est arrivé au centre de formation du Mans, à une époque où il pesait les 75 kg. « Quand on joue, et que l’on se fait bousculer par des mecs plus grands et plus costauds, on se dit qu’il va falloir qu’on s’y mette un jour. Je me suis rendu compte que plus j’en faisais, mieux je me sentais et plus j’arrivais à m’imposer sur le terrain. J’ai ainsi gagné 5-6 kilos chaque année ». Et Fred de préciser qu’il a été élevé aux grains, sans le concours de substances plus ou moins licites.

Michel Beuzelin, qui fut son entraîneur avec les espoirs du Mans, se souvient que Erwan Bouvier et lui s’étaient vu indiquer direction de la salle de muscu par Duane Washington, le meneur américain de l’époque. « Il leur avait qu’ils n’étaient pas assez forts de l’avant-bras pour repousser leurs adversaires en défense. Erwan était une puce quand il est arrivé au Mans, et il en est reparti avec une cage thoracique correcte. Fred et Erwan faisaient des concours pour se motiver. Ce qui est remarquable dans leurs cas, c’est la continuité. Beaucoup de joueurs font de la musculation pendant trois mois puis arrêtent ».

Aujourd’hui, Fred et Erwan se sont retrouvés à Besançon et continuent de soulever ensemble des haltères, souvent en compagnie du canadien Michael Meeks. Tous les jours. Une à deux heures à chaque fois. Entre-temps, Fred N’Kembé est passé par Levallois et sa bande de « Cardiac Kids » fondue de fonte. « Les deux dingues du lot, c’était Vincent (Masingue) et Fred. Les autres ont suivi » explique Ron Stewart. « Masingue prend beaucoup de plaisir à faire de la musculation. C’est une drogue. Un moment, je lui ai même dit d’arrêter, il commençait à avoir mal à l’épaule ».

« Avec Vincent, Sacha (Giffa), Brice (Bisseni), on se lançait des défis. C’était à celui qui soulevait les plus gros poids ou qui prenait le plus de rebonds » explique Fred.

Mais quand on lui demande s’il prenait son pied à durcir ses biceps comme Vincent Masingue, il se marre et lâche : « Un plaisir ? Franchement non. Je préfère rester chez moi à regarder des conneries à la télé plutôt que d’aller à la salle… ». Puis, il ajoute : « Mais, heureusement que j’en fais, sinon avec ce que je bouffe, j’aurais un p’tit bide sympa ». C’est qu’il faut savoir, c’est que le Bisontin est un fin gourmet et un bon vivant.

Élevé avec Erwan Bouvier

Davantage que Alain Digbeu et Mous Sonko, qui ont en fait été formés en clubs, Fred N’Kembé est un authentique produit des playgrounds parisiens. Ceux de La Courneuve, où ce fils de Camerounais, a passé son enfance. Une banlieue de Seine-Saint-Denis que l’on qualifie pudiquement de « difficile ».

« Sa famille n’était pas défavorisée. Son père travaillait. Sa soeur a fait des concours de top-model chez Elite. Disons qu’il a fallu qu’il se prenne en charge vis à vis du milieu ambiant de La Courneuve. Cela a été compliqué. Les études, tout ça… Il avait tendance à se mettre dans les emmerdes plus qu’à son tour » témoigne Michel Beuzelin.

« C’était dur. La Courneuve, Saint-Denis, Sarcelles, c’est clair que c’est galère. Mais, je dis ça maintenant que je connais autre chose, mais quand j’étais gamin, je m’y plaisais. J’étais avec des potes. on connaissait tout le monde dans la cité ». Sûr que Fred ne renie rien, au contraire. Il est pour tous là-bas une référence. « Je ne dirais pas que mes potes ont mal tourné, mais beaucoup ne font rien de leur journée. Il y a un paquet de chômeurs. Ils restent dans le hall, ils font leur petit business ».

Fred découvre le basket à 16 ans en pleine Jordanmania, et son style de jeu copié sur celui des Blacks américains des ghettos veut que le plus court chemin pour aller au panier soit la ligne droite. Il faut dribbler, sauter et surtout dunker. Ses potes l’entraînent à Aubervilliers, un club d’Excellence Régionale. C’est Jean Marie Deganis, ex-joueur de haut niveau et entraîneur fédéral, qui mettra Le Mans sur sa piste. « Il m’avait dit : ça sera compliqué, mais on y arrivera. Il avait raison » commente Michel Beuzelin.

« Fred n’avait peur de personne, mais il fallait qu’il apprenne à jouer avec les autres. Il n’avait aucune notion de ce qu’était la Pro A, la durée d’un match, la formule de compétition. Au début, sa relation avec les Amércains, c’était comme à la télé. Il était admiratif. Il voulait reproduire leurs gestes ». Ce n’est pas le moindre mérite de Fred de s’être plié au fil du temps aux exigences d’un autre monde, celui du basket pro. En espoirs, malgré sa propension à vouloir jouer près du cercle, il se retrouve en numéro 2. Beuzelin lui commande même, à titre expérimental, sur de courtes séquences, de prendre la mène ! Pour qu’il comprenne la difficulté de la tâche. Les tirs à trois points qu’il mettra plus tard, il les prenait déjà… souvent en pure perte. Fred score beaucoup et accumule les rebonds. Vite, le cadre du championnat espoirs se montre trop étroit pour lui. Fred a la confiance de Ernie Signars, le coach du MSB, enfant d’un ghetto de Chicago et qui a pour le gamin les yeux d’un papa poule. « Quand Ernie a donné leur chance à Erwan et Fred, ils l’ont saisie » rappelle Beuzelin. « Ils remplaçaient soit le naturalisé Truvillion, soit l’Américain, Hopson, et ils ne se sont pas dégonflés. La réussite d’Erwan, qui est entré réellement en jeu quelques jours avant lui, a servi à Fred. En pro, Fred est entré pour défendre. Il avait compris que pour jouer à ce niveau, il fallait défendre. Quand il était en espoirs, je pouvais le mettre sur des 1 comme sur des 4 ».

Nous nous sommes tant aimés

A 21 ans, la trajectoire de Frédéric N’Kembé change de direction. Il se plaisait au Mans, mais le nouveau coach, Alain Weisz, opte pour une équipe expérimentée et cosmopolite. Fred est prêté une première fois à Roanne où il s’embourbe un peu. Il revient l’été suivant pour faire ses preuves, mais le MSB qui monte en puissance s’offre l’Espagnol Aisa et le Grec Stavrakopoulos, qui ont déjà porté, l’un le maillot de Estudiantes Madrid, l’autre du Panathinaikos Athènes. « Je n’avais pas envie de partir. Je m’entraînais avec eux. J’avais largement le niveau. Ils se sont sans doute dit que mon jeu playground ne convenait pas, mais comme j’avais prouvé que je pouvais passer 20 minutes sur le terrain et apporter des choses positives quand Ernie était là, je ne vois pas pourquoi ça n’aurait pas marché un ou deux ans après. Il y avait le Grec là, je ne me souvient plus de son nom… Il est clair que… » Fred ne finit pas sa phrase, mais on devine une certaine amertume. Il a voulu ensuite prouver à Levallois que Le Mans avait eu tort de s’en défaire, il a dû sans doute se marrer parfois en voyant Stavrakopoulos errer sur les parquets de Pro A, mais l’homme est trop gentil pour en vouloir à quiconque : « Ils forment des jeunes et ils prennent des Espagnols, des Grecs. Tant mieux, ça marche, je suis content pour eux… »

C’est donc Levallois, alors en Pro B, qui récupère « The Body » à la rentrée 97. Ron Stewart ne cherche pas à s’approprier ce recrutement judicieux : « franchement, je ne le connaissais pas trop. C’est, je crois, son agent, Philippe Ruquet, qui pensait que Levallois était un bon club pour lui pour s’exprimer. Il est venu faire un essai de 3-4 jours et dès le premier jour, j’ai souhaité qu’il reste ».

Dans l’histoire, finalement, tout le monde a été gagnant. Le Mans a grimpé vers les sommets et Fred a baigné à Levallois dans une ambiance unique propice à son épanouissement. Il s’est retrouvé avec d’autres joueurs du même âge, aux goûts et aux tempéraments identiques, et qui ont regagné le droit de remonter en Pro A avant, la deuxième saison, d’étonner le monde du basket avec leur jeu spontané, tonique et spectaculaire. Les « Cardiac Kids » étaient potes au point de passer leurs week-ends ensemble. Masingue, Bisseni et Giffa se sont même offert des vacances communes au Club Med’. Même quand la salle était vide, ils faisaient eux-mêmes monter l’adrénaline, en se bousculant, en criant, en s’insultant après chaque panier, comme des collégiens américains.

« Les gens ont pris conscience qu’on n’était pas qu’une bande de banlieusards à la tête dure qui jouait un basket de fous. on pouvait jouer contre des joueurs confirmés, battre de grosses équipes. Ne pas avoir d’Américains (Hubert Register n’a disputé que 6 matches et James Scott en a manqué 9) nous a permis de mieux nous exprimer individuellement, mais avec deux Américains qui tiennent leur rôle, on aurait pu aller plus haut ».

En début de saison, Fred a franchi le mur du son

Sa venue à Levallois a permis de découvrir chez Fred N’Kembé une arme qu’on ne lui connaissait pas : le shoot à trois points. Il n’avait mis qu’un seul panier à plus de 6,25 m en deux saisons, au Mans et à Roanne, alors qu’il en a transformé 63 sur 182 en deux ans dans les Hautes-Seine. « Il s’est rendu compte que s’il voulait faire vraiment sa place dans le basket français, il fallait qu’il tire de loin » dit Ron Stewart. « Et nous, on avait beaucoup de joueurs qui attaquaient le panier et on avait besoin de paniers à trois points. J’avais remarqué qu’il avait une bonne finition de son shoot, et que c’était davantage le début du geste qui n’était pas parfait, alors on a beaucoup travaillé ça. Il a pris de plus en plus confiance. Je lui ai donné le feu vert à trois points. Il en a profité ».

C’est une constance chez N’Kembé : il bosse et il progresse. Eric Lehmann, son nouveau coach à Besançon, est le premier à le souligner : « C’est un travailleur acharné qui aime beaucoup la vie et qui est toujours joyeux. C’est très important dans le basket de haut niveau. On a trop de joueurs qui manque d’enthousiasme, qui font leur métier avec ennui ».

Le plaisir, il transpire du jeu du Bisontin. On est d’abord épaté par sa masse, sa force, sa faculté à foncer même si en face, c’est plus grand, plus haut et a priori plus fort. Un bison, quoi. Fred est toujours en mouvement, infatigable. Face à Limoges, on l’a vu rater un shoot face au panier, se lancer dans la meute pour le rebond offensif, récupérer la balle et la remettre dans le cercle, ce qui a permis au BBC de se relancer. Une séquence familière pour N’Kembé, mais tout de même étonnante pour un joueur de 1,90 m. Combien de joueurs européens de son gabarit sont capables de pareilles percussions dans les défenses ? Si peu que, finalement, on est bien embêté au moment de tirer un parallèle avec d’autres. Il faut puiser dans l’immense réservoir américain pour avoir des références. Il n’y a qu’aux US où existent des Blacks de 1,90 m, 100 kg, formés sur les playgrounds et qui courent le 100 m  en 11 secondes.

D’ailleurs, si N’Kembé est répertorié en deuxième arrière, c’est davantage un 3, un petit ailier, ce qui est encore plus anachronique considérant son nombre limité de centimètres. Il est le premier à reconnaître aimer se frotter aux molosses : « 1,90 m, c’est pas géant. Les trois-quarts du temps, les mecs font 1,95 m – 2 m, mais je n’ai pas de problème à défendre ou attaquer avec eux. Je préfère défendre sur les grands, sur des 3, sur ceux qui aiment attaquer le cercle, aller au rebond. Sur les petits, tu donnes un coup de poitrine, ils reculent d’un mètre et on te donne une faute. Et puis, les 3, quand ils me voient arriver, ils ne se méfient pas, ils pensent que ça va être plus facile ».

Erik Lehmann développe une théorie intéressante à propos de son joueur : « Je pense qu’il faut mettre de côté la taille. Ce qui compte aujourd’hui, ce sont les qualités athlétiques et le mental. En théorie, Jordan n’était-il pas un peu petit pour son poste ? Et Rodman, pour être le rebondeur exceptionnel qu’il fut ? Fred est plus un 3 qu’un 2. Il est encore plus petit pour ce poste, mais il compense par son physique, ses dons athlétiques, à un point où ça peut même devenir un avantage ».

Sur les premières semaines de compétition, Fred a franchi le mur du son. Il s’est retrouvé un moment à 15 points et plus de 6 rebonds de moyenne. Des stats qu’il ne pourra tenir sur la longueur, mais qui lui ouvrent, à 25 ans, des perspectives insoupçonnables. Jusqu’où ira-t-il ? « Pour moi, son niveau de manipulation est insuffisant » dit Lehmann. « Il ne peut pas suppléer le meneur et c’est pourquoi il est plus un 3 qu’un 2. Il ne peut pas monter la balle sous pression et installer le jeu. Fred me fait penser à Digbeu. Il doit rester trois ans ici et j’espère qu’il va bouffer de la manip’ tout l’été. J’ai le souvenir par exemple d’un Robert Smith qui dribblait partout, y compris à l’hôtel. La question que je me pose, c’est : va-t-il travailler les manques ? Veut-il aller au bout de lui-même ? Je ne le connais pas encore assez pour juger, mais déjà, je peux dire que j’aime travailler avec lui. J’aime le joueur athlétique, mais aussi le personnage ».

« Dans ma tête, c’est clair, je ne veux pas m’arrêter là. Je vais tout faire pour travailler, continuer à progresser. Je ne veux pas me fixer de bus, mais ce sera le plus haut possible » répond Fred. Les métamorphoses, lui, le fils de banlieue installé dans un appart’ lumineux de Besançon, ça ne lui fait pas peur. « Le style entre Levallois et Besançon, ça n’a rien à voir. Ici, c’est beaucoup de patience. Le jeu est plus structuré. Parfois, c’est clair, j’ai envie de prendre la balle et de partir dans un drive un peu fou. Je commence de temps en temps. Le coach, il gueule, alors j’arrête (il se marre). Mais bon, il faut passer par là. Dans le basket de haut niveau, chacun doit avoir son rôle ».

Depuis Tanoka Beard, Besançon n’avait jamais eu un joueur qui fasse autant parler du club. Lehamann verrait bien Fred N’Kembé comme franchise player. L’intéressé ne dit pas non, mais précise : « j’ai envie de jouer dans un club ambitieux, au plus haut niveau. Jouer le maintien, ça ne m’intéresse plus ! »

Article orinial en PDF : Fred Nkembe Maxi Basket N°194 en 1999

 

Bill Bradley, la première superstar américaine du basket européen

Son cursus sportif et universitaire était totalement exceptionnel lorsque Bill Bradley devint champion d’Europe avec le Simmenthal Milan en 1966.

 

Bill était un surdoué, pour le basket, pour les études, pour la politique. Il cherchait sans cesse à innover, à s’améliorer. Dans le jardin familial, il avait dessiné une raquette et planté un panier. Il localisait visuellement le cercle puis répétait des shoots en suspension comme un robot et en aveugle. Il invitait régulièrement un de ses copains pour se tester ensemble. Celui-ci avait la permission de shooter les yeux ouverts, mais prenait régulièrement une raclée.

Elu deux fois all-American en high school, Bill Bradley avait le choix entre soixante-quinze bourses d’études. Un pied cassé lui interdit de rejoindre Duke, et finalement il sélectionna l’université de Princeton, qui ne proposait pas de bourses pour les sportifs mais qui était une institution intellectuellement prestigieuse, que fréquentèrent le président John F. Kennedy et plusieurs prix Nobel de physique et d’économie.

« Je n’ai jamais vu un garçon aussi travailleur »,  lâcha plus tard le coach Butch Van Breda Kolff. Une anecdote rapportée par Jean-Jacques Maleval, dans « L’Equipe Basket Magazine » en dit long sur l’investissement monacal de ce fils de banquier. Un soir, quelques potes décidèrent de le dérider et demandèrent à une fille de se glisser nue dans les draps de notre héros. En la découvrant, Bill piqua une grosse colère et la pria de déguerpir sur le champ. Rien ne pouvait le faire dévier du droit chemin qui mène aux diplômes et aux titres.

« Je voulais te dire que c’est la plus grande démonstration que je n’ai jamais vu. Ce fut un plaisir de regarder ça et je voulais t’en remercier »

Deux minutes d’ovation au Garden

Le monde entier le découvrit lors des Jeux de Tokyo. Bill venait d’être élu NCAA Player of the Year de l’année 1964 par le prestigieux magazine The Sporting News. A 21 ans, Bradley était le plus jeune de l’équipe américaine et tourna à 10,1 points en moyenne avec un presque parfait 23/24 aux lancers-francs. Les Etats-Unis remportèrent évidemment leurs neuf matches ; seule la Yougoslavie (-8) s’approcha de leurs baskets. L’élégance gestuelle, la technicité de William Warren Bradley, capable de haut de son 1,96m, de jouer arrière ou ailier, avait frappé les imaginations. Et inutile d’ajouter que son QI basket était hors normes.

La soirée du 30 décembre 1964 au Madison Square Garden de New York est passée dans la postérité. Elle illustre le magnétisme que possédait Bradley sur les foules. Il restait quatre minutes et trente-sept secondes à jouer dans ce match Princeton-Michigan lorsqu’il se vit siffler sa cinquième faute. Le match fut interrompu deux minutes. Les 18 500 spectateurs newyorkais lui offrirent la plus longue ovation jamais reçue dans ce temple mondial du sport. Bradley avait tout réussi, 41 points, 9 rebonds et 4 passes décisives, plus une défense en béton armé. Princeton menait de douze points, et sans lui l’université de l’Ivy League se fit dépasser, 78-80. Admiratif, le pivot de Michigan Bill Buntin vint alors l’enserrer dans ses bras pour le féliciter. Cette saison-là, contre toutes les prévisions, Bradley emmena Princeton au Final Four NCAA. Sa star fut vite percluse par les fautes et Princeton se fit corriger par Michigan (76-93), mais lors du match dit de consolation qui existait à l’époque, il cumula 58 points avec 22/25 aux shoots et 14/15 aux lancers et c’est lui qui se fit élire MVP du tournoi. L’arbitre Bob Korte, qui avait sifflé lors des deux matches quantité de fautes à Bradley, vint le voir dans les vestiaires et lui serra la main en disant : « je voulais te dire que c’est la plus grande démonstration que je n’ai jamais vu. Ce fut un plaisir de regarder ça et je voulais t’en remercier. »

Bradley se vit remettre un autre trophée, le James E. Sullivan Award, qui échoit chaque année au meilleur athlète amateur américain. C’était la première fois qu’un basketteur en héritait.

 

« L’Américain avait la liberté de rejoindre l’équipe seulement un  jour avant chaque match »

L’idée de génie de Milan

Diplômé avec mention de Princeton, Bill Bradley fut choisi par les New York Knicks dans le cadre des choix territoriaux (territorial pick), une règle en vigueur à l’époque. Seulement, il venait de bénéficier d’une « Rhodes Scholarship », une bourse réservée aux plus brillants étudiants des Etats-Unis –le futur président Bill Clinton en fut plus tard un des récipiendaires- et préféra poursuivre son cursus universitaire deux ans à Oxford, en Angleterre, plutôt que de rejoindre instantanément la NBA. Au programme : sciences politiques, économie et philosophie au sein des têtes les mieux faites venues de Grande-Bretagne et d’ailleurs.

C’est à ce moment-là que Milan, parrainé par une entreprise de viande en conserve, Simmenthal, fit preuve d’une très grande habilité. Bradley avait déjà sympathisé avec deux basketteurs italiens lors de la cérémonie de clôture des Jeux de Tokyo. Il participait aux Universiades à Budapest lorsqu’il fut approché par Ricky Pagani, un ancien joueur du club qui parlait une douzaine de langues, qui était mandaté par le propriétaire du club, Adolfo Bogoncelli, et le coach légendaire Cesare Rubini, et qui se fit passer pour un  agent. Bradley se laissa convaincre de rejoindre le club lombard. Dans le contrat, il était prévu que Bill ne jouerait que la coupe des champions, l’équivalent de l’Euroleague –soit douze matches au total-, que la prime serait de 1 000$ par match, que le club prendrait en charge les frais de déplacement, et que l’Américain avait la liberté de rejoindre l’équipe seulement un  jour avant chaque match.

Le Simmental  était parvenue en demi-finale de la Coupe des champions deux ans auparavant. Il engagea un deuxième Américain, Duane « Skip » Thoren, un pivot de 2,08m qui sortait de l’université d’Illinois, et qui fera ensuite une solide carrière en ABA. C’est le Real Madrid qui avait lancé auparavant la « mode » des joueurs américains avec la paire Clifford Luyk-Bob Burgess. Mais pour mesurer combien était exceptionnelle  la présence de deux ressortissants étatsuniens dans la même équipe, il faut savoir que cette saison-là, la première division française, forte de trente-deux équipes, n’en recensait que deux, Henry Fields au Stade-Français et Leroy Johnson à Caen ! Des joueurs totalement lambda à l’échelle américaine. Bill Bradley, lui, même s’il s’entraînait peu, c’était l’as des as.

Les débuts de Bradley à Milan furent éblouissants. Il passa 36 points aux Allemands de Giessen. Il en mit 43 au Racing Malines la première fois et 33 la seconde. Ses gestes sur le terrain étaient ceux d’un extra-terrestre. Dans les rues de Milan, il s’amusait à lire les prix des marchandises dans les vitrines des magasins, tout en marchant la tête bien droite. Cette vision périphérique, il l’avait développé en s’entraînant au basket.  Bradley épatait le public mais aussi ceux qui le côtoyait. C’était un homme extrêmement bien élevé. Milan passa sur le corps du Real Madrid titré les deux saisons précédentes. 20 points pour Bradley à l’aller, 27 au retour. De Bill Bradley, son entraîneur Cesare Rubini dira « C’est un phénomène. Il joue comme un Dieu et de l’autre côté il étudie pour devenir président des Etats-Unis. »

Juste avant le Final Four, Bill Bradley participa avec l’équipe d’Oxford –avec qui il s’entraînait parfois- au derby face au grand rival Cambridge, gagné 76-64 et devant un demi-millier d’étudiants qui pour une majorité n’y connaissaient rien au basket. En demi-finale, le Simmenthal écarta le CSKA Moscou, super puissance européenne de l’époque, et en finale, à Bologne, il vint difficilement à bout du Slavia de Prague (77-72). Bradley (14 points) ne fut pas offensivement à son meilleur, mais Skip Thoren et Gabriele Vianello (21 points chacun) assurèrent largement la marque.

« En 2000, il se lança dans l’investiture démocrate pour la présidentielle »

Battu par Al Gore

Bradley ne porta pas une seconde saison le maillot du Simmenthal et quitta Oxford deux mois avant l’examen final afin de rejoindre les réserves de l’US Air Force. Il signa un contrat de quatre années et de 500 000$ pour les New York Knicks où il ne prit ses fonctions qu’en décembre 1967 à cause d’un accident de la circulation. Il avait été si fin dans les négociations que la presse l’affubla du surnom « Dollar Bill » (en anglais « Bill » signifie « billet »). Suite à la blessure de Cazzie Russel, il entra dans le cinq majeur quelques mois plus tard. Il fit partie des deux équipes des Knicks qui furent champion en 1970 et 73. Big Apple s’en souvient, émue. Ce n’est plus jamais arrivé depuis.

Les archives statistiques attestent qu’il a joué 742 matches en NBA pour 12,4 points en moyenne. Mais Bill Bradley, ce n’était pas qu’un  excellent basketteur. Il fut élu sénateur du New Jersey, un an après s’être retiré de la NBA. En 2000, il se lança dans l’investiture démocrate pour la présidentielle. Il reçut notamment le soutien d’un ancien équipier des Knicks, un certain Phil Jackson, et aussi de Michael Jordan. Mais, sentant le vent tourné, Bradley se retira en mars de la course pour soutenir son rival Al Gore, qui sera battu lui-même battu par George W. Bush. Huit ans plus tard, Bradley se prononça en faveur de Barack Obama, un autre fervent du basket-ball. Son CV évoque également sa réussite dans les affaires, l’écriture de plusieurs livres sur la politique, la culture et l’économie. Un incroyable touche à tout ce Bill Bradley âgé aujourd’hui de soixante-treize ans, une étoile qui l’espace de quelques matches illumina le ciel européen.

Article paru dans Basket Hebdo en 2013.

 

 

 

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