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Kukoc, Radja et Maljkovic : le triangle d’or de Split

radjakukoccoll1« Split, c’était la plus grande équipe de basket-ball amateur de tous les temps », assurait avec recul son coach Bozidar Maljkovic. La seule pour le moins à avoir remporté trois Final Four d’affilée. Malgré une saignée épouvantable dans le roster.

On attendait le Maccabi Tel-Aviv de Kevin Magee. Ce furent des gamins (les six joueurs de base guidés par Dusko Ivanovic avaient au maximum 21 ans) venus de Split, sur la côte Dalmate qui montèrent jusqu’au sommet de l’Europe en ce mois d’avril 1989, à Munich. Victoire en finale, 75-70. À la surprise générale. Sauf de leur coach, un certain Bozidar Maljkovic, qui avait fait ses armes dans trois clubs de Belgrade avant de prendre en main Jugoplastika Split, trois ans auparavant. « Quand je suis arrivé, cette équipe était en très mauvaise posture. Je n’étais pas arrivé à Split parce que j’étais bon, mais parce que personne ne voulait y aller. Cela a représenté beaucoup de travail ».

Le mot est lâché « travail ». C’est ça le vrai secret de Bozidar Malkovic, qui n’a jamais été un sorcier vaudou susceptible de jeter un sort à ses adversaires. « Ce n’est pas facile de travailler avec moi. Je suis très dur et de caractère difficile. Mais je parle avec tout le monde ». La Yougoslavie était encore unie et Maljkovic avait pu puiser dans l’immense réservoir national pour recruter des joueurs doués athlétiquement pour le basket, mais aussi avec une tête bien faite.« J’ai eu avec eux des milliers d’entraînements et, avec aucune équipe aujourd’hui, je ne pourrais arriver à retrouver une qualité et une intensité d’entraînement pareilles », déclara-t-il au moment où il coachait Limoges. « A Split, les joueurs étaient de grande qualité, de grande classe, de grand talent naturel quoi. Alors moi coach, je ne pouvais pas dormir parce qu’il fallait que je trouve de la place pour chacun de ces talents, pour que chacun puisse s’exprimer et donner tout ce qu’il avait ».

Le Serbe avait tout de même une science du jeu largement au-dessus de la moyenne, et c’est lui qui plaça en deuxième mi-temps le petit meneur Zoran Sretenovic sur Doron Jamchi qui avait planté jusque-là 19 points. L’Israélien en fut fort contrarié. Mais c’est vrai que ces jeunes garçons étaient des surdoués et que ce n’était jamais le même qui jouait le premier rôle. Ce soir-là, Dino Radja, un pivot aux fondamentaux sortis tout droit d’un précis technique, cumula 20 points et 10 rebonds. Et surtout Kevin Magee fut vite privé d’oxygène et s’englua dans le marquage yougoslave. 3/11 aux tirs, c’était indigne de ses standards. « Split est une bonne équipe, bien coachée, disciplinée, qui ne compte pas de super stars (sic) et où chacun joue pour le groupe » commenta alors l’Américain à Maxi-Basket. « En fait, leur force, c’est qu’ils font tout en équipe. Chaque joueur bouge, chaque joueur sait ce que l’autre va faire et est capable de faire, ils se connaissent parfaitement. Ça se voit au niveau de l’aide défensive où ils sont fabuleux, comme en attaque. Ils jouent juste ».

« Chez nous, Kuki portait les sacs. C’est comme ça qu’il a commencé la musculation ! » Bozidar Maljkovic

La Panthère Rose

Il répondait à divers surnoms, « La Panthère Rose », « Alien », « L’Araignée de Split », « Kuki ». Toni Kukoc avait arrêté de jouer au foot après avoir grandi de quinze centimètres en une année. Il était si long, si maigre, qu’on avait peur qu’au moindre choc, il se casse en deux. Il pouvait se placer à l’intérieur comme mener le jeu, se faire discret, se mettre au service de la collectivité, comme subitement vous assassiner par des flèches lancées à sept mètres. Ses passes décisives étaient de pures merveilles. Comme Radja, comme Divac et Djordevic, il s’était fait connaître lors du Mondial juniors à Bormio, en Italie, à l’été 87. On n’avait jamais vu en Europe une bande de jeunes de ce niveau-là. Les Américains étaient repartis tête basse. « On l’appelait “La Panthère Rose” parce qu’il était tellement maigre. Chez nous, “Kuki”, c’était celui qui portait les sacs. C’est comme ça qu’il a commencé la musculation ! » rigolait Maljkovic.

À Saragosse, pour l’acte 2, Split était opposé au FC Barcelone, jamais consacré, et que tout le peuple catalan voyait déjà au firmament. Maljkovic laissa longuement Toni Kukoc sur le banc afin de cadenasser le jeu intérieur du Barça. « Vous vous rendez compte ? » demanda Pierre Seillant, le président de l’Élan Béarnais « Kukoc attend onze minutes pour rentrer ! Il jouerait à Orthez, nous, on le ferait rentrer sur le terrain avant le match et sortir après ! ». Le Prince Maljko se félicita de son option.

Kukoc scora 20 points avec un minimum de déchets et fut totalement décisif en fin de match. Avec une rage que le coach de Limoges, Michel Gomez, avait perçue en croisant les Yougoslaves à la sortie du vestiaire avant leur demi-finale. « On n’existait pas ! Personne n’existait plus ! Ils étaient concentrés comme des bêtes, les yeux exorbités, la mâchoire et les poings serrés, droits comme des “i”. Ils n’auraient pas senti le souffle d’une bombe au napalm ». À sec au rebond aux moments-clés, Barcelone fut privé de sa meilleure arme, la contre-attaque et s’inclina de 5 points (72-67).

Durant l’intersaison, le richissime Barça eut recours à une embauche qui devait, croyait-il, déstabiliser Split. Il se paya Bozidar Malkovic

Le pillage

Durant l’intersaison, le richissime Barça eut recours à une embauche qui devait, croyait-il, déstabiliser Split. Il se paya Bozidar Malkovic dont les systèmes de jeu étaient pillés par l’Europe entière. Les deux équipes se retrouvèrent face à face en finale, à Paris. Dino Radja n’était plus sous le maillot jaune ; il avait rejoint Messagero Rome qui ne regardait pas à la dépense. Dusko Ivanovic était parti monnayer son talent en Espagne et Goran Sobin, un autre solide intérieur, en Grèce. Zoran Tabak avait encore un rôle mineur et Petar Naumoski restait indéfiniment cloué sur le banc. Le nouveau coach Zeljko Pavlicevic avait recruté un Américain Avie Lester, mais comme role player. Les clés de la boutique étaient toujours confiées à Toni Kukoc, au redoutable shooteur Velimir Perasovic et à l’intérieur serbe Zoran Savic que l’on verra plus tard… à Barcelone.

C’est lui, Savic, qui fit voler en éclats la défense catalane avec 27 points et 8 fautes provoquées. Toni Kukoc se contenta d’apporter sa fantastique créativité, sa science du placement et c’est lorsqu’il fut sur le banc que Split décrocha Barcelone. Barcelone qui, en hébergeant deux Américains (Norris et Trumbo) et un Portoricain (Ortiz) sous le même toit, avec les produits locaux (San Epifanio, Solozabal, Montero), le tout guidé par Maître Maljkovic, pensait avoir réussi un recrutement déterminant, et qui fit pourtant encore chou blanc.

L’été suivant, la guerre civile eut raison de la Yougoslavie et du règne de Jugoplastika. Les Serbes étaient devenus indésirables en Croatie. Ainsi, Zoran Stetenovic s’exila-t-il à Antibes. Mais l’esprit Yougo n’était pas mort. En 1992, c’est le Partizan Belgrade de Sasha Djordjevic et Pedrag Danilovic qui s’imposait en finale sur un panier de légende au buzzer du premier nommé. Et l’année suivante, le Limoges CSP entrait dans l’histoire. Avec comme coach Bozidar Maljkovic.

Article paru dans BasketNews en 2009.

Visuel : YougoPapir

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