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Interview Andrew Albicy : « A l’étranger, tu dois montrer ce que tu vaux »

Ancienne figure du championnat de France de basket, meilleur défenseur de Pro A en 2011/12 ou encore quadruple All Star LNB et MVP en 2015, Andrew Albicy (1,78m, 26 ans) a fait le choix de s’exiler vers Andorre cet été pour évoluer au sein du fameux championnat espagnol. Pour BasketEurope.com, l’ancien meneur du Paris-Levallois revient sur ce qui l’a poussé à rejoindre le BC Andorra, sur sa vie en Espagne ou encore sur l’équipe de France.

Cet été, vous avez quitté la France pour rejoindre Andorre, pourquoi cette destination ?

Ils ont montré de l’intérêt pour moi. Toute l’année ils m’ont suivi, ils me montraient vraiment qu’ils me voulaient dans leur équipe tout simplement. Je voulais jouer à l’étranger et encore plus dans le championnat espagnol, c’était assez intéressant comme projet donc j’ai fait le choix de partir à Andorre.

« Quand je vois certains Américains qui sont en France depuis dix ans et qui ne parlent toujours pas un mot de français, je trouve ça carrément ridicule »

Beaucoup doutaient de ce choix quand vous êtes parti, qu’en pensez-vous aujourd’hui ?

J’en pense que je le montre sur le terrain tout simplement (rires). Cela se passe vraiment très, très, très bien, je suis vraiment content de ce choix et j’espère que cela va continuer jusqu’à la fin de l’année. On est en bonne position pour la Copa del Rey, on est très bien placé en championnat donc je suis vraiment content de ce qui se passe en ce moment (NDLR : Andorre est actuellement classé 7e avec 7 victoires et 5 défaites).

Comment s’est passé votre intégration ?

Très bien. L’équipe était assez renouvelée donc je n’étais pas le seul nouveau mais tout le monde s’est bien intégré. J’ai aussi été intégré assez rapidement, le club est assez professionnel, on s’occupe bien de nous et je pense qu’il n’y a rien à dire de ce côté-là.

Si on vous suit sur les réseaux sociaux, on peut y voir que vous avez commencé à apprendre l’espagnol, est-ce important pour vous ?

Oui parce que je ne supporte pas d’être quelque part et ne pas comprendre donc voilà, j’essaye d’apprendre le plus rapidement possible même si c’est sûr qu’apprendre une langue à 26 ans ce n’est pas facile. C’est vraiment quelque chose qui me tenait à cœur parce que quand je vois certains Américains qui sont en France depuis dix ans et qui ne parlent toujours pas un mot de français, je trouve ça carrément ridicule.

C’est vraiment quelque chose qui part d’une envie personnelle, ce n’est pas une obligation ?

Oui, oui dès que je suis arrivé j’ai demandé à pouvoir apprendre la langue et le club a mis cela en place. Il l’a également fait pour un autre joueur de l’équipe.

« L’ambiance espagnole est déjà particulière alors avec cette victoire c’était vraiment un plus »

 

Cela faisait combien de temps que vous cherchiez à jouer à l’étranger ?

Depuis un petit moment… Je pense qu’après mes deux ans à Paris, et cela va faire deux ans déjà que j’avais envie de partir. J’avais eu une occasion que je n’avais pas saisie mais là je voulais vraiment partir. Je pense que j’avais les épaules et puis tout simplement l’envie de partir donc cela s’est fait cet été.

Si vous n’êtes pas parti avant c’est parce que vous n’osiez pas franchir le pas ou parce que les propositions ne vous paraissaient pas bonnes ?

Un peu des deux. Ce n’était pas forcément ce que j’attendais et je ressentais quand même un peu d’appréhension à l’idée de partir.

Justement vous êtes pas mal de Français en Espagne, êtes-vous en contact avec les autres ?

Je parle vite fait avec Antoine (Diot) et Edwin (Jackson), je l’ai croisé il n’y a pas longtemps donc quand on se voit, on discute un peu. Mais à part cela je ne suis pas vraiment en contact régulièrement avec les autres Français.

Lors de la 12e journée, vous remportez un gros match face à Barcelone (87-80). Quel était votre sentiment par rapport à cette victoire, cela doit être spécial de gagner contre un club comme le Barça ?

Pour moi c’était juste un match. Après c’est vrai que c’est Barcelone donc tu as envie de montrer ce que tu vaux. Mais avant tout, c’était vraiment un match comme un autre parce que cela fait qu’une victoire en plus. Mais pour le club c’était vraiment important parce que je crois que c’est la première fois depuis qu’ils sont en première division qu’ils remportent un match face à Barcelone donc cela a vraiment fait du boucan dans la ville. Même au club, c’était vraiment quelque chose qu’ils attendaient donc il y avait vraiment une ambiance hors norme. L’ambiance espagnole est déjà particulière alors avec cette victoire c’était vraiment un plus.

Justement y-a-t-il un vrai engouement de la ville par rapport au basket ?

Oui clairement ! On fait une très belle saison pour l’instant, même si on n’arrive pas encore à gagner à l’extérieur, en tout cas à domicile on prend tous les matchs et on arrive même à gagner des « gros », donc les gens sont vraiment emballés par l’équipe, ils viennent nous voir. On ressent une différence par rapport au début de l’année et maintenant donc c’est vraiment cool.

« Retrouver l’Equipe de France fait partie de mes objectifs »

Quelles sont les différences entre le jeu en Pro A et celui en Liga Endesa ?

Je pense que c’est beaucoup plus adroit et beaucoup plus exigeant dans le jeu. Par contre c’est peut-être un peu moins athlétique, je dirais même beaucoup moins. Les différences se trouvent surtout dans ces secteurs-là. Aussi, cela joue beaucoup, beaucoup en première intention. S’il y a une possibilité de marquer, ils vont la saisir tout de suite et ils ne vont pas attendre en faisant tourner la balle comme on peut le voir un peu en France, dans certaines équipes en tout cas.

 Le niveau de jeu espagnol est-il vraiment beaucoup plus élevé que la Pro A ?

Sincèrement, oui.

C’est la destination que vous vouliez en priorité l’Espagne ?

Oui parce que pour moi c’est tout simplement le meilleur championnat de basket en Europe

Vous êtes actuellement meilleur passeur d’ACB mais déjà en France vous étiez toujours parmi les meilleurs dans cette catégorie. D’où vous vient ce sens de la passe?

J’ai toujours voulu mettre mes coéquipiers en valeur. Je l’ai toujours dit, je préfère faire marquer mes coéquipiers plutôt que de marquer moi-même. J’ai toujours été comme cela et j’arrive encore plus à le faire ici.

Est-ce important pour vous de figurer parmi les meilleurs à la passe et aux interceptions ?

Oui parce que j’ai toujours eu cette mentalité de défendre fort et de faire des passes. J’affectionne tout particulièrement ces deux secteurs de jeu-là. Cela ne m’étonne pas non plus mais comme on dit les assists arrivent aussi parce que mes coéquipiers marquent leurs paniers. S’ils ne mettaient pas les paniers je ne serais pas là. Donc je suis vraiment content et assez satisfait par rapport à ces statistiques-là.

N’est-ce pas une récompense pour le travail que vous effectuez en défense, une des forces de votre jeu ?

Oui, oui c’est cela. J’essaye de montrer la voie à mon équipe en défense ce qui fait qu’après tout le monde arrive à me suivre donc si moi je montre l’exemple cela facilite la chose. J’essaye toujours de montrer ce côté grosse défense et pour l’instant cela marche assez bien.

Est-ce que vous sentez que vous avez passé un cap depuis votre arrivée en Espagne ?

Un peu. C’est vrai que je me sens un peu plus à l’aise, je sens vraiment qu’il y a beaucoup de responsabilités et c’est aussi cela que j’attendais. Même le fait d’être à l’étranger j’avais une appréhension et finalement tout se passe super bien. C’est vraiment autre chose donc cela met un peu plus de pression aussi parce que tu dois prouver, tu dois montrer ce que tu vaux alors qu’en France il y avait souvent le « on te connaît, on sait ce que tu vaux ». Donc cela met une pression mais c’est bien, en tout cas cela se passe bien pour l’instant, j’espère que cela va continuer.

Vous avez signé pour deux saisons avec Andorre mais avez-vous déjà un plan la suite ?

J’ai signé une année plus une autre année en option donc je n’ai pas vraiment de plan. J’ai juste envie d’évoluer pour tout simplement pouvoir encore passer d’autres paliers.

Est-ce comme une étape avant de rejoindre une grosse écurie européenne ?

Oui, c’est cela. C’est le projet.

Dans les structures de votre club, les salariés, les moyens mis à disposition (médicaux, en déplacement), y-a-t-il une grande différence avec ce que vous avez connu en France ?

Non, c’est à peu de chose près identique. Déplacements en bus, on a deux kinés, c’est pratiquement pareil. Sur ce point-là il n’y a pas vraiment de changement.

Vous ne vous sentez pas trop dépaysé ?

Non. Après Andorre je pense que c’est une bonne destination du fait que les gens y parlent un peu français, l’adaptation est assez facile même pour aller en ville. Tu peux facilement te repérer, ce n’est pas non plus très grand. Les gens sont assez accueillants, ils sont chaleureux donc c’est cool (NDLR : le trône andorran à deux coprinces, l’évêque catalan d’Urgell et le président de la République Française).

Avez-vous toujours un œil sur la Pro A ?

Oui, oui je suis toujours la Pro A. Je regarde même les matchs quand je peux donc oui, oui j’ai toujours un œil sur la France surtout que j’ai des amis qui jouent donc je les suis un peu aussi.

Il y a un an, vous étiez élu MVP du All Star Game. C’était important pour vous ?

Non pas vraiment, moi je voulais juste battre le record de passes décisives (rires) ! On va dire que c’était la cerise sur le gâteau d’avoir été élu MVP.

Allez-vous regarder celui de cette année ?

Oui je pense, même si cela fait un peu bizarre de voir ce match-là. Je trouve que c’est assez particulier dans le sens où le niveau français est quand même beaucoup plus bas que ce que je pensais, en fait. Il y a certains joueurs français pour qui c’est leur première sélection et par rapport au niveau des Américains je pense qu’il y a un petit écart mais après sur un All Star Game on ne sait jamais.

Etes-vous toujours ouvert à l’Equipe de France ?

J’ai toujours été ouvert. Je n’ai jamais fermé la porte à l’Equipe de France. Après, comme je l’ai dit ce n’est pas moi qui fais la sélection mais si on m’appelle je serai là.

Vous sentez-vous capable d’aller regagner votre place pour le prochain Euro ?

Oui, c’est mon objectif. Mais si le sélectionneur choisi quelqu’un d’autre, c’est son choix et je dois faire avec.

Photo : Morabanc Andorra

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