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Roger Esteller : « L’anglais de Fred Fauthoux est son seul obstacle pour entraîner à l’étranger »

En septembre 2000 débarque à Pau-Orthez l’international espagnol Roger Esteller, alias El Tigre de Sants, un ailier pas très grand (1,91m) mais à la fois hyper puissant (101 kgs) et rapide. Avec l’Elan Béarnais de Boris Diaw et des frères Piétrus, il sera champion de France la première année et MVP étranger la seconde. BasketEurope l’a retrouvé et après une première partie consacrée à son arrivée en France et sa reconversion, on revient aujourd’hui sur le niveau de la Pro A, son bilan en sélection ou encore sur la guerre entre la FIBA et l’Euroleague.

Freddy Fauthoux est entrain de réaliser une très bonne première vraie saison de coach avec Paris-Levallois. Que pensez-vous de son parcours, mais aussi de son avenir ?

 

Fred était déjà coach quand il jouait (rires). Tout le temps, il était en train de diriger, de dire ce qu’on devait faire. Je ne suis pas surpris par son parcours parce qu’il est super-intelligent. C’était un joueur qui avait un instinct de tueur. Il voyait des choses que tous les autres joueurs ne voyaient pas. Et avec son physique standard il faisait quand même des choses incroyables. Il n’était pas grand, il n’allait pas vite mais il pouvait shooter, il avait le timing mental. Quand tu as le timing mental, tu peux bien sûr jouer mais tu peux aussi entraîner. Je pense qu’il entraîne comme il jouait mais avec un costume au lieu d’un maillot. Ça ne me surprend pas, ça va être un super entraîneur, il va avoir beaucoup de succès peu importe où il sera.

 

Penseez-vous qu’il puisse coacher à l’étranger ?

Il peut bien sûr. Ce qui me fait un peu peur c’est son anglais (rires). Je ne sais pas s’il a amélioré son anglais mais je pense que c’est la seule chose qui peut être un obstacle pour entraîner à l’étranger parce qu’il a du talent.

 

Que pensez-vous en général des coaches français, et de leur absence dans les championnats étrangers ?

 

Vincent Collet est un super entraîneur, il était au Mans quand j’étais en France et je pense qu’il a bien sûr le talent pour aller découvrir d’autres ligues européennes. Pour Fred il a le talent aussi mais j’espère que son anglais est meilleur que quand il était joueur (rires). Il y a de très bons entraîneurs en France, en Pro A, mais il y a un peut être une limite mentale.

A la télé les audiences ne sont pas bonnes.

 

Quelles différences voyez-vous entre l’ACB et la Pro A de votre époque et aujourd’hui ?

 

Je pense que quand j’étais joueur en 2000, il y avait sept ou huit équipes en Pro A qui pouvaient jouer contre des équipes espagnoles, tranquillement. A l’époque quand on parlait de Coupe Korac et qu’il y avait des matchs entre des équipes françaises et espagnoles c’était les Français qui gagnaient. La différence à l’époque c’est qu’en Espagne, le dernier du classement pouvait gagner le premier quelle que soit l’équipe. Et c’était dur de gagner toutes les équipes en Espagne parce que toutes les équipes étaient en forme. En France ça c’était impossible, je pense qu’il y avait un très bon niveau de huit équipes et pour le reste du classement c’était vraiment trop, trop, trop facile de gagner et je crois que c’était le problème du championnat. Aujourd’hui, c’est dommage qu’il n’y a pas d’équipe comme Pau, l’ASVEL ou Limoges en Euroleague et je pense que ça doit changer parce que le basket français a été hyper important sur la scène internationale et au niveau des clubs. Après si on parle de l’ACB on peut voir que les dernières années c’était le Barça ou Madrid –plus Madrid maintenant- et je crois que ça fait mal au championnat ainsi qu’aux afficionados. A la télé les audiences ne sont pas bonnes. Je pense que ce serait bien pour le championnat que des équipes comme Valence, Vitoria ou encore l’Estudiantes –même s’ils sont moins bons en ce moment- gagnent parce que de voir toujours Barça ou Madrid ça m’ennuie un petit peu.

 

« Dans trois ou quatre ans, je pense que ce sera pire pour intégrer l’Euroleague »

 

Un mot sur la guerre entre l’Euroleague et la FIBA ?

Il s’est passé exactement la même chose quand je jouais. J’ai joué la SuproLeague une année et l’année d’après j’ai joué en Euroleague. Maintenant, à mon avis je pense que menacer des clubs ou des équipes nationales, parce que les clubs ne veulent pas évoluer en compétitions FIBA, ce n’est pas bon. Par contre cette Euroleague à 16 équipes, ok ça donne des matchs plus intéressants mais je pense que ça laisse dehors des pays comme la France qui n’est représentée par aucune équipe en Euroleague. Par contre, si on se projette dans trois ou quatre ans, je pense que ce sera pire pour intégrer l’Euroleague parce que je pense que pour un pays qui n’est plus en Euroleague, ce sera encore plus dur d’y remettre les pieds. Et je trouve que l’Europe c’est global et il faut se rendre compte que c’est important d’inclure tout le monde.

 

Parlons un peu de l’équipe nationale. Votre participation à l’Euro de 99 en France est la seule grande compétition que vous ayez faite. Un souvenir de l’ambiance au Palais des sports de Pau pour le France-Espagne (il avait joué 14 minutes et marqué 2 points. La France avait gagné 74-57 mais l’Espagne avait pris sa revanche à Paris en demi-finale) ?

Je me souviens que l’on a joué à Pau, mais pas de ce match en particulier. Mais je me souviens que l’on avait démarré ce championnat d’Europe en jouant très mal, on n’était pas loin de se faire éliminer. Quand on est arrivé en quart de finale tout a changé. On a gagné la Lituanie. On était 4e de la poule et on s’est retrouvé avec le premier de l’autre poule (ndlr : déjà à l’époque !) donc la Lituanie de Sabonis qu’on a battue alors qu’ils avaient une superbe équipe. Ensuite en demi-finale on se retrouve contre la France. Je crois que les Français ont peut-être eu trop de pression et l’équipe a explosé parce que honnêtement je pense qu’ils étaient meilleurs que nous. Et puis en finale on perd contre la super équipe d’Italie qui avait battu la Yougoslavie en demi.

« Je pense qu’il y a des moments pour aller en équipe nationale et pour se reposer et je devais me reposer »

Pourquoi n’avez-vous plus joué ensuite après 1999 ?

J’avais d’autres possibilités de me rendre en sélection mais je ne voulais plus, non pas parce que je ne voulais plus de titres mais parce que je voulais être important et ils ne m’ont pas assuré un bon temps de jeu régulier. Je voulais un gros rôle, j’étais le joueur espagnol avec les meilleures statistiques en Euroleague parce que j’étais le 6e marqueur de C1. Je les avais prévenus que je voulais faire partie des joueurs majeurs mais ils m’ont dit qu’ils n’étaient pas sûrs de pouvoir me donner ce que je voulais et c’est donc pour ça que je n’y suis plus allé. Je garde de bons souvenirs de cette campagne 99 mais je pense qu’il y a des moments pour aller en équipe nationale et pour se reposer et je devais me reposer.

Y-a-t-il toujours eu cette rivalité entre la France et l’Espagne ou s’est-elle vraiment créée avec la génération des Gasol-Navarro ?

Je pense que ça s’est fait après parce qu’à notre époque on avait une très bonne relation avec les joueurs français. Il n’y avait pas de rivalité spéciale contre la France. Ça s’est construit avec Gasol et Navarro qui étaient plus forts que nous, bien sûr et heureusement ! C’est une génération de gagnants ! Ils ont gagné le championnat du monde en juniors… Ils ont gagné toutes les compétitions qu’ils ont jouées mais je pense que c’est une chose qui ne va pas se répéter parce que c’était une génération dorée. Cette rivalité s’est vraiment construite avec cette génération et celle de Mickaël Pietrus, de très bons joueurs français également meilleurs que les anciens.

 

Retrouvez-ici la première partie de l’interview

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