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Interview Nobel Boungou-Colo : « Beaucoup de Français partent à l’étranger pour jouer l’Euroleague et l’Eurocup »

Joueur emblématique du Limoges CSP à partir de 2012 avec qui il a été sacré champion de France de Pro B la même année et deux fois champion de France de Pro A en 2014 et 2015, Nobel Boungou-Colo a quitté la France en août dernier après 9 neuf saisons en LNB pour rejoindre le Khimki Moscou. 

Pour Basket Europe, le natif de Brazzaville revient sur son arrivée en Russie, sur sa relation avec son coach Dusko Ivanovic, sur son parcours plus qu’atypique et sur son futur en Bleu.

Vous évoquiez votre envie de changer d’air en fin de saison dernière, quelques mois plus tard, celui de Russie vous fait-il du bien?

Quelques mois plus tard, je suis plutôt content de la destination que j’ai prise. L’air russe m’apporte une vraie nouvelle expérience en championnat. C’est nouveau et très enrichissant.

Comment se passe la vie en Russie?

La vie se passe bien, on a beaucoup de matchs et on bouge donc beaucoup, on s’entraîne souvent. C’est une saison chargée avec deux matchs par semaine donc ça se passe plutôt bien.

Comment s’est passé votre adaptation?

C’est sûr que ce n’était pas facile mais avec l’équipe ça s’est bien passé. J’ai été bien accueilli. La pré-saison a été un peu plus dure parce qu’il faut essayer de se faire sa place et j’étais le petit nouveau dans cette équipe au milieu de tous ces joueurs qui ont l’expérience européenne, qui connaissent le club et le championnat russe. Personnellement c’était la première fois que je bougeais et c’était assez dur. Mais petit à petit, c’est allé de mieux en mieux.

Comment vous sentez-vous dans cette équipe maintenant?

Je me sens bien dans l’équipe, je connais mon rôle et je sais ce que j’ai à faire. Mais ce n’était pas le plus dur… Le plus dur c’était de savoir comment j’allais être utilisé, de comprendre, de trouver ma place mais aujourd’hui on va dire que je l’ai trouvée donc je me sens beaucoup mieux.

Etes-vous en contact avec Nando De Colo qui évolue aussi à Moscou mais au CSKA?

Nando, on va dire qu’il m’a un peu accueilli. Il m’a écrit quand je suis arrivé, il m’a mis en relation avec des Français qu’il connaît ici pour m’aider à me loger. Des personnes qui l’ont aidé à se loger aussi quand il est arrivé à Moscou. Il a un championnat avec plus de matchs que nous avec l’Euroleague donc il joue beaucoup. On s’est croisé quand on a joué contre le CSKA, on a pu discuter mais sinon on est en contact par message de temps en temps.

 

« Ce n’est pas facile de quitter le confort que j’avais en France où je m’étais fait ma place »

 

Comme vous le disiez, vous évoluez aux côtés de joueurs qui ont une certaine expérience, vous inspirez-vous d’eux pour tenter de vous imposer avec le Khimki Moscou?

Oui je m’inspire d’eux, j’observe beaucoup et j’essaye d’apprendre. C’est nouveau pour moi parce que c’est la première fois que je quitte la France, je n’ai jamais joué à l’étranger. Les joueurs ici ont cette expérience que moi je n’ai pas donc, oui, j’essaye de m’inspirer d’eux et d’apprendre. C’est vrai que ce n’est pas facile comme j’ai quitté le confort que j’avais en France où je m’étais fait ma place, où j’étais à l’aise, où je connaissais l’environnement et le championnat mais je suis beaucoup aidé par mes coéquipiers et ça se passe plutôt bien. Aussi, je suis quand même content de travailler avec des gars qui sont sympas comme ça.

Quelles sont les différences entre un club russe et un club de Pro A ?

Déjà je ne suis pas tombé dans n’importe quel club russe puisque je suis dans un club qui a vraiment des moyens, qui veut gagner l’Eurocup et qui l’a déjà gagné (NDLR: en 2012 et 2015), qui veut l’Euroleague l’année prochaine et qui a donc de réelles grandes ambitions. Ce club-là a énormément de joueurs qui ont joué en NBA. On a par exemple Alexey Shved qui est une très grosse star ici en Russie et qui est un très gros scoreur qui a une expérience NBA. Donc si je me base par rapport à mon club, je dirais que la différence déjà c’est qu’on a des joueurs beaucoup plus forts individuellement, on a un très gros effectif de 14 ou 15 joueurs. Il y a vraiment des effectifs ici qui sont montés pour l’Europe.

Que pensez-vous du niveau de la VTB League?

On va dire qu’il y a 4 ou 5 équipes qui ont vraiment un très, très bon niveau, qui ont de gros budgets, qui veulent jouer les premiers rôles sur la scène européenne. Les autres équipes ont forcément un moins bon niveau mais dans l’ensemble c’est sûr que c’est plus relevé que la Pro A. Tu as des équipes comme le CSKA, Kazan, Lokmotiv Kuban… et des équipes de ce niveau, il n’y en a pas en France. On ne peut que dire que c’est plus élevé en voyant ces quelques équipes qui ont un très haut niveau et de très gros budgets.

Vous disiez que Dusko Ivanovic vous voulait absolument, comment est votre relation?

Ça se passe bien, c’est un coach qui est très exigeant sur le terrain que ce soit aux matchs ou à l’entraînement. Quand je dis très exigeant c’est-à-dire qu’il est très dur, il crie et il n’est jamais content. Mais il a tout fait pour me recruter et en dehors des heures où il est très exigeant, la discussion est possible et la discussion est bonne. C’est un bon coach et je ne peux que le remercier d’avoir fait appel à moi dans son club. C’est sûr que son exigence est dure, il faut être prêt et s’y habituer.

Parlez-vous un peu de Limoges lui qui est passé par le CSP en tant que joueur et entraîneur?

Oui. On a plus échangé sur Limoges en pré-saison puisque je venais d’arriver du CSP. On a parlé de Limoges, du championnat de France et il m’a dit que, à son avis, c’était le bon moment pour moi de quitter l’Hexagone et je pense que c’est pour ça qu’il a tout fait pour m’avoir. Il a attendu avant de me recruter parce qu’il me voulait déjà quand il était au Panathinaïkos…

Il avait déjà un œil sur vous quand il était au Pana?

Oui, il me voulait déjà quand il était à Athènes mais il n’a pas fait le forcing, il ne s’est pas battu comme là il s’est battu pour m’avoir. Je l’avais eu au téléphone, il m’avait dit qu’il me voulait mais que ce n’était pas sûr parce qu’il y avait des facteurs qu’il ne pouvait pas gérer. Cette fois, il a vraiment fait le forcing jusqu’au bout pour m’avoir donc je pense que pour lui c’était le moment pour moi de tenter l’expérience à l’étranger et il était sûr et certain qu’il me voulait.  

Pour parler de Limoges, vous disiez dans Basket Le Mag que l’équipe tournait autour d’Adrien Moerman et vous à l’époque où vous y étiez tous les deux. Suivez-vous toujours la carrière d’Adrien?

Ouais! Avec Adrien on se parle toujours par Facetime, on s’appelle etc… Avec Léo (Westermann) aussi, on est resté en contact on se parle souvent. Mais pour en revenir à Adrien, oui on est toujours beaucoup en contact, c’est un ami donc on se suit et on se parle souvent.

 

« Beaucoup de joueurs français partent à l’étranger parce qu’en France il n’y a plus l’Euroleague ni l’Eurocup. »

 

Vous avez connu l’Euroleague avec le CSP, cette saison l’Euroleague a disparu en France, que pensez-vous de ce conflit entre la FIBA et l’Euroleague?

Je pense que c’est regrettable pour le championnat de France de ne pas jouer ces deux coupes d’Europe (Euroleague et Eurocup, NDLR) qui sont pour tout le monde les plus prestigieuses. La Champions League vient de débarquer et l’Euroleague domine largement le marché des coupes d’Europe et je pense que ça restera ainsi. Donc c’est clair que c’est regrettable que ce conflit ait eu lieu, que des pays ont eu besoin de se positionner d’un côté ou de l’autre. Mais au final, l’Euroleague reste reine et tout le monde veut la jouer et quand on voit qu’en France il n’y a ni l’Eurocup ni l’Euroleague, c’est encore plus regrettable. C’est aussi pour ça que beaucoup de joueurs français partent à l’étranger. Des joueurs qui faisaient les beaux jours de la Pro A et de leur club en France.

Suivez-vous toujours ce qui se passe en France?

Très peu… J’ai suivi quelques matchs parce que j’ai encore quelques amis qui jouent en France mais vraiment très peu. J’ai vu le All Star Game parce que c’est quand même un show et il y a plein de bons joueurs qui s’y retrouvent. Je suis plus les résultats après que les matchs en live.

Qu’espérez-vous pour la suite de ta carrière?

Comme je l’ai dit, j’ai eu la chance de quitter la France et donc de réaliser mon souhait qui était de rejoindre une équipe européenne et j’ai en plus eu la chance de tomber dans la bonne équipe qu’est le Khimki Moscou. C’est vrai qu’on n’a pas l’Euroleague cette année mais on joue l’Eurocup et on a des objectifs élevés pour essayer d’avoir l’Euroleague la saison prochaine. Je pense que je suis dans une bonne situation dans ce club-là, à moi de bosser dur et bien. Si je pouvais rester dans ce club je pense que ce serait une bonne chose mais je ne me limite pas et j’espère atteindre le plus haut niveau possible dans le plus grand club possible. Si je bosse bien, on verra dès cet été toutes les options qui se proposeront à moi que ce soit avec le club, si on atteint les objectifs, ou autres. Mais je suis bien au Khimki Moscou ! Je pense que j’ai vraiment de la chance d’être tombé dans ce club-là !

On a appris que vous vous êtes blessé en milieu de semaine, que vous est-il arrivé?

Lors du dernier match d’Eurocup, un joueur est tombé sur mon genou qui a complètement bougé, qui est parti en arrière. On a fait des examens et normalement ce n’est pas si grave que cela. On m’a dit deux semaines d’arrêt environ. Cela aurait pu être pire. On va soigner ça pour revenir plus fort parce que les phases finales d’Eurocup arrivent donc cela va devenir très intéressant.

Etes-vous contraint de faire une croix sur le All Star Game?

A part un miracle ou des résultats bien meilleurs que prévus dans les jours qui viennent cela me semble vraiment compromis étant donné que le All Star Game a lieu en fin de semaine prochaine… A voir selon la façon dont je récupère.

 

« J’espère reporter ce maillot et disputer l’Euro avec l’équipe de France. »

 

Que représentait cette sélection pour le concours de tirs à trois points du All Star Game de VTB League pour vous?

C’était un bon clin d’œil par rapport à mon pourcentage aux shoots à longue distance en championnat. Je suis d’ailleurs assez étonné  de ses chiffres parce que je crois que je suis à peu près à 50% (50% à 21 sur 42, NDLR). Je pense que je n’ai jamais shooté à ce niveau-là à trois points dans ma carrière et je peux confirmer que je ne suis pas du tout un shooteur à trois points même si j’en mets et que mon pourcentage est joli. Donc c’est sympa comme clin d’œil mais je ne me sens pas plus shooteur et encore moins shooteur de concours à trois points (rires)!

Quand vous regardez en arrière dans votre carrière (de la NM2 à l’Eurocup en Russie), que pensez-vous de votre parcours atypique?

C’est vrai que mon parcours est complètement atypique, j’ai commencé sans vraiment connaître le basket professionnel en Europe ni même Français. J’ai commencé en voulant devenir basketteur en rêvant de la NBA et au fur et à mesure je pense que j’ai progressé en me battant. Rien n’a été facile puisque j’ai connu le chômage… Je n’ai pas eu toutes les portes ouvertes partout d’un coup, j’ai dû me battre et en me battant et grâce à ma force de caractère j’arrive à faire mon trou et je réussis, quelques années plus tard, dans un des plus gros clubs de Russie et même d’Europe parce que cette formation du Khimki Moscou est également importante sur la scène européenne. C’est un parcours qui me surprend mais j’espère continuer à me battre, à me surprendre et à surprendre tout le monde.

Comment voyez-vous votre futur avec l’équipe de France ? Espérez-vous pouvoir en faire partie régulièrement?

L’équipe de France, j’espère depuis longtemps… J’espère depuis que j’ai goûté aux stages depuis que j’ai été champion de France la première fois avec Limoges. J’ai déjà porté ce maillot donc j’espère pouvoir le reporter… Les années qui ont suivi mon premier titre avec Limoges je n’en ai plus fait partie même si je faisais partie des listes élargies et donc je recevais toujours les courriers qui me faisaient espérer de rejoindre le groupe (rires). Je sais qu’il y a quelques joueurs qui sont partis dont Mickaël Gelabale à mon poste. Est-ce-que ça me donnera réellement ma chance cette année? Je ne sais pas parce que ce n’est pas moi qui décide mais bien sûr j’espère reporter ce maillot et disputer l’Euro avec l’équipe de France.

Photo : Eurocup / Limoges CSP

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  • coin dit :

    c'est moi ou elle est vraiment bizarre cette phrase ?:
    "Je me sens bien dans l’équipe, je connais mon rôle et je sais ce que j’ai à faire. Mais ce n’était pas le plus dur… Le plus dur c’était de savoir comment j’allais être utilisé, de comprendre, de trouver ma place "
    savoir ce que j'ai a faire et comment j'allais etre utilisé c'est la meme chose nan ?