Aller au contenu

“Que deviens-tu Fred Nkembé ? »

Ancien espoir au Mans Sarthe Basket, Frédéric Nkembé  (1,90m, né en 1975) est aujourd’hui devenu kiné. En Pro A, il fut meilleur marqueur français en 2004 et deux fois All-star.

Ancien espoir au Mans Sarthe Basket, Frédéric Nkembé  (1,90m, né en 1975) est aujourd’hui devenu kiné. En Pro A, il fut meilleur marqueur français en 2004 et deux fois All-star. Retrouvez également le portrait de Fred publié en 1999 dans MaxiBasket et le questionnaire du côté de chez Fred revisité 18 ans après.

Tout d’abord, revenons sur ton parcours. Après les espoirs au Mans, tu débutes en pro 1994, il y a tout juste 20 ans, lors de la saison 1996/97 à Roanne. Tu as passé la totalité de ta carrière en France avec une expérience en summer league à Trévise. As-tu eu d’autres expériences à l’étranger ?

Je suis passé à Alicante en 2005 après ma blessure au tendon d’Achille mais je ne suis pas resté là-bas bien longtemps, seulement trois semaines. Ils cherchaient un poste 4 à la base et moi je suis arrivé en tant que poste 3. Bouna (NDLR: Ndiaye, son agent) le savait mais il m’a dit d’y aller quand même et « on verra bien ». Finalement, je ne suis pas resté mais le Général Manager m’aimait bien et il voulait me garder alors il m’a dit qu’il ne cherchait pas de poste 3 mais qu’il appréciait mes qualités de joueur. Aussi, je devais remplacer un autre mec qui devait être blessé un peu plus longtemps et qu’ils ont essayé de mettre à l’arrêt. Seulement l’agent du joueur a compris ce qui était en train de se tramer et a mis un petit coup de pression au club. Ce qui a fait qu’au final, je ne suis resté que trois semaines et que je n’ai même pas pu jouer. On avait fait toutes les démarches, on s’était mis d’accord sur le salaire, tout était prêt mais au final, ça ne s’est pas fait.

Tu as fait une très belle carrière entre la Pro A, la Pro B et les championnats nationaux, as-tu des souvenirs en particulier qui te reviennent à l’esprit ? Je dirais l’époque Levallois. Avec les Cardiac Kids (Ndlr: Vincent Masingue, Sacha Giffa, Steeve Essart, Mansour Thiam…), c’est vrai qu’on a passé deux saisons de malade aussi bien au point de vue amical que basket. C’est une époque où les ricains faisaient un peu la loi et où on ne faisait pas confiance aux jeunes Français donc se retrouver ces deux années entre jeunes français, c’était vraiment un kiffe de malade !

Vincent Masingue avait dit à ce propos que si les réseaux sociaux avaient existé à cette époque, ça aurait été encore plus marrant ! [arm_restrict_content plan= »registered, » type= »show »]

C’est clair que si à cette époque il y avait eu tout ce bordel, ça aurait été un truc de malade ! Je pense qu’on aurait été des putains de stars par contre, on aurait été suivis par trop de monde (rires) ! Je ne suis pas sûr que la Ligue aurait apprécié ce qu’on aurait publié ni les commentaires qu’on aurait pu mettre, on était des gros chambreurs. Et les adversaires encore moins (rires) ! Pour le coup on aurait eu pas mal d’ennemis mais oui ça aurait été énorme. Pour les plus jeunes, pourrais-tu décrire le joueur que tu étais ? On te surnommait « The Body » … Pas très grand, 1,90m avec mes chaussures. En début de carrière, j’étais un vrai poste 3 donc je me frottais aux grands. J’étais un joueur puissant aussi bien physiquement qu’athlétiquement grâce à beaucoup de travail notamment en salle de musculation pour combler le déficit de taille. J’étais explosif, gros défenseur, rapide et agressif. Pas très technique, pas shooteur mais j’avais un gros physique, j’allais droit au but et au début ça suffisait (rires).

» Du lundi au mercredi, j’étais passé du basket au cartable pour la rentrée »

Donc tu es aujourd’hui kiné, comment s’est passée ta reconversion ? C’est vraiment un hasard complet même si j’en parlais depuis un petit moment. J’ai pas mal d’amis kiné du fait qu’en tant que joueur on les côtoie tous les jours et j’en connais deux ou trois qui sont ici à Lille et qui s’occupaient de l’équipe. Je leur ai demandé comment on devient kiné parce que c’est quand même un job qui me plait bien, on est toujours dans le sport et puis on ne va pas se le cacher c’est plutôt très bien payé. Il y a aussi cette liberté qui fait que tu n’es pas derrière un bureau avec ton costume, ta chemise et ta cravate. Tu es ton propre patron, tout ce que moi je kiffe. Ils m’ont expliqué comment ça se passe, les concours et tout ça mais, ce n’est pas pour me rabaisser, je trouvais ça un peu trop compliqué pour moi de pouvoir réussir ce concours qui est jumelé à celui de médecine, ce qui veut dire que les places sont chères et limitées. Donc j’avais mis ça de côté. Après ma saison au Portel, je m’étais mis d’accord avec Orchies pour signer un contrat de 4 ans. C’est Philippe Namyst qui avait repris la tête de l’équipe et qui avait un peu reconstitué l’équipe qu’on avait à Lille avec Djordje Petrovic, Romain Malet ou encore Olivier Gouez. Il avait refait un peu ce noyau dur et à ce moment-là, j’ai une amie qui m’a dit qu’elle avait raté sa deuxième année de médecine en France, qu’elle ne pouvait plus redoubler, que du coup elle voulait rebasculer en kiné et qu’elle était en train de monter un dossier pour la Belgique. Je lui ai demandé comment elle faisait. Elle m’a dit que c’est juste un tirage au sort pour les Français, qu’il suffit d’avoir son bac, déposer son dossier à Bruxelles et faire une demande pour les écoles. Je lui ai donc dit que ça m’intéressait de voir comment ça se passe pour le faire trois ou quatre ans plus tard une fois que je serai arrivé au bout de mon contrat avec Orchies. A 40 ans ça serait le moment parfait. Je l’ai accompagné, j’ai fait les démarches en même temps qu’elle, j’ai vu qu’il y avait une école à 20 minutes de chez moi à Tournai, en Belgique, donc c’était parfait. J’ai déposé un dossier avec elle, sur 3 700 dossiers il n’y avait que 36 places. 36 sur 3700, ça ne fait même pas une chance sur 100 ! Oui voilà, j’avais donc une chance sur cent d’être pris et je suis tiré en deuxième position, mon numéro sort, le 75, l’année de ma naissance en plus. Pour moi c’était un peu particulier parce qu’il faut dire ce que tu as fait pendant cinq ans et le justifier.  La plupart c’était des étudiants donc il n’avait pas fait grand-chose à part le bac et à la limite deux ans d’études de médecine. Ca tient sur une page alors que moi il y a cinq ans de fiches de paye, j’arrive avec un machin qui fait 300 pages et il faut tout signer, page par page, alors les gens derrière ils pètent les plombs, tout le monde me dépasse « écoutez monsieur mettez-vous sur le côté ». Du coup, je perds quasiment 100 places.Je me retrouve donc avec mon numéro 75, je ne sais pas pourquoi, et là personne devant moi et 30 personnes derrière moi n’est tiré au sort donc je me dis que c’est vraiment un truc de malade. Mon amie, elle, n’est même pas tirée au sort, elle est dépitée. Je lui propose de prendre ma place donc j’appelle l’école pour leur dire que je ne viendrai pas mais que je donne ma place à une amie qui était avec moi. Chose qui m’est refusée parce que c’est contrôlé par un huissier donc ils m’ont dit que si je n’y allais pas, ils prendraient la première personne qui est sur la liste d’attente, tout simplement. De mon côté j’ai repris les entraînements avec Orchies, j’ai un peu zappé le truc parce que c’était au mois d’août, le kiné de l’équipe qui était le kiné de Lille aussi me dit qu’il a reçu plein de mails, que l’école me cherche et que j’ai jusqu’à mercredi pour donner une réponse alors que moi j’avais complètement zappé le truc et qu’on était lundi ! On était au 10e match amical de pré-saison, alors je lui dis que je suis perdu que je ne sais pas quoi faire et il me répond « moi si j’étais toi, j’irai ». Mais je lui demande comment je fais avec le basket, il me dit simplement que je ne peux pas faire les deux, que je dois faire un choix. J’ai un contrat de 5 000

pendant 4 ans, je suis bien et le gars me dit qu’il faut que j’arrête pour l’école, c’est un fou ! Donc j’appelle Bouna et Sébastien Raoul qui étaient mes agents et je leur explique la situation en leur demandant des conseils sur ce que je dois faire. Ils me disent « c’est toi qui décide Fred. Ça fait 20 ans qu’on bosse ensemble maintenant c’est toi qui décide, c’est ta vie et on n’est pas à une commission près ». J’ai dit « ok, j’y vais ». J’explique la chose au coach et au président d’Orchies, je leur dis que j’arrête pour partir en kiné. Voilà, du lundi au mercredi, j’étais passé du basket au cartable pour la rentrée (rires).

« Bouna Ndiaye est venu nous parler jeune avec un langage que nous, « jeunes de banlieue », on comprend donc ce n’est pas le même discours qu’un Philippe Ruquet ou qu’un Didier Rose qui étaient un peu les boss à ce moment-là. »

Tu parlais du salaire de 5 000€ par mois sur lequel tu as fait une croix pour te concentrer sur tes études. Tu as une idée de ton futur salaire une fois que la patientèle sera bien en place? Ce sera plus ou moins ? Pour l’instant dans le cabinet où je suis, parce que je suis en train de faire une spécialisation en thérapie manuelle et médecine du sport, je n’ai pas encore mon numéro de praticien, mais ça sera aux alentours de 5 000 ou 6 000 euros. On sera dans les mêmes eaux parce que je suis dans un énorme cabinet à Lille qui fait kiné-balnéo. Il y a tous les sportifs, c’est une très grosse structure, il y a une piscine, un plateau technique qui fait plus de 100m², il y a une vingtaine de box et une dizaine de kiné. En moyenne avec la piscine et le plateau on tourne à quasiment 40 patients par jour, c’est un truc de fou. Il y en a qui disent que c’est une usine, je ne suis pas d’accord parce que quand t’as 80% de sportifs, tu ne restes pas à faire du massage pendant une heure, on en reçoit 4 ou 5 en même temps, ils savent se prendre en charge, on leur montre des exercices et ils savent les faire. On n’a pas besoin d’être collé à eux tout le temps en leur donnant des directives « lèves ta jambe, détends ta jambe »… Donc de ce côté, je vais plutôt bien (rires). Tu as cité l’agence Comsport un peu plus tôt, tu as fait toute ta carrière à leur côté ? Oui. J’ai commencé avec Philippe Ruquet que certains connaissent mais c’est sûr qu’aux jeunes ça ne leur dira rien. C’était un des agents les plus influents, à l’époque il avait Moustapha Sonko et compagnie. J’ai passé cinq ou six ans avec Philippe et une fois arrivé à Besançon, j’ai commencé à travailler avec Bouna et Comsport. Que penses-tu du travail qu’ils ont effectué cet été, avec les signatures de Nicolas Batum, Rudy Gobert, Evan Fournier et Ian Mahinmi dont on a beaucoup entendu parler? C’est sûr ! Pour moi, c’est mérité, c’est des bosseurs, ils ont beaucoup été critiqués sur leurs méthodes et leur manière de travailler mais je pense qu’avec tous ceux avec qui ils ont bossé on n’a jamais eu à se plaindre, on a toujours eu des gros contrats, même les jeunes. Ils ont toujours été derrière nous, aussi pour les contrats de sponsoring, ça ne se faisait pas à l’époque. On était des petits jeunes français et on était sponsorisé par Adidas, on recevait des grosses dotations, on recevait de l’argent, du matos, on pouvait aller se servir au magasin à Paris dans la rue de Rivoli. Ce qu’ils ont fait à notre époque c’était déjà révolutionnaire. Le travail de cet été est vraiment mérité, ils ont bossé dur. C’est vrai que c’est impressionnant les contrats qu’ils ont réussi à négocier, c’est du lourd donc je trouve vraiment que c’est mérité même s’il y aura toujours des gens qui vont cracher dans la soupe, qui vont mal parler sur la méthode qu’avait Bouna au début quand il est venu nous chercher. C’est vrai qu’il est venu au culot, il savait qu’on avait des agents et des contrats mais il n’en avait rien à foutre. Il venait aux matchs, il envoyait des textos en te disant qu’avec lui c’était « ça, ça, ça et cela ». Il est venu nous parler jeune avec un langage que nous, « jeunes de banlieue », on comprend donc ce n’est pas le même discours qu’un Philippe Ruquet ou qu’un Didier Rose qui étaient un peu les boss à ce moment-là et forcément on a commencé à casser nos contrats avec nos agents pour rejoindre Bouna… Mais sans regret !

« Des kinés vraiment salariés dans le basket il n’y en a pas beaucoup sauf dans les grosses écuries mais ils toucheraient le double en étant dans une structure à leur compte »

Revenons un peu sur ton année au Portel qui réalise actuellemnt une très belle première saison en Pro A. Comment s’est passée ton séjour avec l’ESSM? Le Portel c’était une année de malade, sincèrement. Quand je quitte Lille à la base je n’étais pas très chaud pour aller au Portel, j’avais d’autres propositions ailleurs mais c’est vrai que ma femme travaillait à Lille, ce qui fait que quitter la région devenait compliqué et l’opportunité du Portel m’offrait un bon compromis tout d’abord au niveau sportif parce qu’il y avait une grosse équipe avec les Mehdi Labeyrie, Ismaila Sy et compagnie et niveau géographique c’était à côté, ça me permettait de rentrer tous les jours à Lille. Je faisais la route avec le coach, on partait ensemble, on rentrait ensemble donc c’est vrai que c’était vraiment cool pour moi à ce niveau-là. Je les avais joués lors des derbies quand j’étais à Lille. En gros quand ils débarquait à Lille, ils étaient chez eux, la salle passait du rouge et blanc au vert et blanc (rires). Les matchs au Portel pareil, un truc de fou ! Les matchs de carnaval que j’ai pu jouer là-bas quand j’étais à Evreux c’était une ambiance de psychopathes et même une heure avant le match avec la fanfare et les supporters qui sont dans la rue, c’est des malades. Franchement c’est une ambiance de fou, même en Pro A je n’ai pas connu ça. Toute la ville ne vit que pour ça, elle est toute petite et en plus il y a la rivalité avec Boulogne-sur-Mer du coup c’est encore plus marrant. Le chaudron porte vraiment bien son nom. Quand tu as un public comme ça, ça te transcende, tu peux clairement renverser des montagnes. Le Portel c’était pour moi une super expérience. Après ta spécialisation, l’objectif est de retourner dans le basket ou tu n’as pas l’envie d’être le kiné d’une équipe professionnelle ? Pour le moment non, tout en sachant qu’à moi on ne peut pas me vendre du rêve parce que je sais comment ça se passe (rires). Les kinés quand ils débarquent la première fois forcément ils ont les discours du président, du coach, ils sont chauds, ils aiment le sport et c’est génial. Sauf que connaissant l’envers du décor et connaissant pas mal de kinés même dans les grosses équipes comme l’ASVEL, ce n’est pas des conditions qui m’intéressent. Par la suite pourquoi pas mais vraiment une fois que je serai bien établi et que j’aurais un gros noyau de patientèle, là avec plaisir je pourrais m’occuper d’une équipe sur mon temps libre parce que c’est comme ça qu’il faut le voir. Des kinés vraiment salariés dans le basket, il n’y en a pas beaucoup sauf dans les grosses écuries mais ils toucheraient le double en étant dans une structure à leur compte donc c’est vraiment par passion. C’est vraiment un truc que je veux faire que ce soit dans le basket, dans le foot ou dans le tennis et d’ailleurs dans le tennis j’ai un ami qui est directeur des sports universitaires et qui a donc participé aux championnats du monde universitaires en Corée, c’était le directeur de la délégation française et ce genre d’événement ça m’intéresse. J’ai pu le faire un peu avec le basket et le tennis donc c’est sympa. Sur des événements ponctuels ça me dit bien mais de rentrer tout de suite dans une équipe, non merci. Déjà les joueurs on est relou, on est « casse couilles » mais un truc de fou (rires). On croit trop que le kiné est magicien, qu’il est à notre disposition et qu’il n’a pas de vie mais non, non ce n’est pas comme ça (rires).

[/arm_restrict_content]

[arm_restrict_content plan= »unregistered, » type= »show »][arm_setup id= »2″ hide_title= »true »][/arm_restrict_content]

Lire le portrait de Fred Nkembé publié dans Maxi Basket en 1999 et le questionnaire « Du côté de chez Fred » revisité 18 ans après.

Photo : LNB

Commentaires

Fil d'actualité