Interview Livenews

« Que deviens-tu Steeve Essart? »

Ancien membre des cardiac kids de Levallois à la fin des années 90, Steeve Essart qui a passé 20 saisons en LNB est aujourd’hui entraîneur au Pôle Espoir d’Alsace et prépare son diplôme d’Etat, le DEJEPS avec l’aide de la FFBB. Le Guyanais sera sur le marché des coachs dès cet été.

Quel est votre sentiment et avis sur l’actualité en Guyane?

Pour moi c’est un mouvement qui est légitime. C’est un mouvement dont la Guyane avait besoin pour qu’elle se réveille et se fasse entendre. Ca fait plus de 20 ans que je suis en métropole, il y a quelques infrastructures qui se sont développées mais pas assez encore pour que la Guyane se développe complètement. Il y a des problèmes partout, dans l’insécurité, dans les hôpitaux ou encore dans l’éducation. Avec tous les mouvements qui sont en cours aujourd’hui, la Guyane demande que ce que François Hollande avait promis, lors de son passage en 2011, soit mis en œuvre. Sachant que les présidentielles sont dans un mois, la Guyane a peur de s’être faite berner et veut maintenant du concret. Pour moi, ils ont raison de se faire entendre et je suis à 2000% derrière eux vu que je suis Guyanais et que mes enfants vivent en Guyane. J’aimerais que les infrastructures se développent et qu’on n’ait pas besoin d’aller aux Antilles ou en métropole pour faire de grandes études ou continuer à se développer. Je pense que la Guyane est un grand territoire qui est capable d’avoir ses propres infrastructures. Je pense que si on arrive à faire décoller la fusée Ariane, on peut tout aussi bien construire plus d’universités, plus d’écoles ou d’hôpitaux. J’espère que ce mouvement va faire vite réagir le gouvernement français pour que la Guyane soit traitée au moins au même niveau que les autres, c’est-à-dire comme un département français légitime.

Est-ce que vous vivez là-bas?

J’ai mes enfants qui vivent en Guyane avec leur mère mais moi je vis en métropole. Je vais de temps en temps en Guyane pour les vacances ou bien eux viennent me voir ici pour qu’on reste en contact. Comme j’ai divorcé, ils sont restés avec leur mère là-bas.

Vous êtes sur Strasbourg, comment vous occupez-vous ici?

Oui voilà, je suis à Strasbourg. Ici je prépare mon diplôme d’Etat, le DEJEPS. La FFBB a créé une nouvelle session pour les anciens sportifs et ceux qui sont en fin de carrière donc je suis notamment avec Maleye N’Doye, Pierric Poupet et Paccelis Morlende. Je vais une fois par mois sur Paris pour suivre cette formation à la fédé ou à l’INSEP. Dans la vie de tous les jours je suis également entraîneur du Pôle Espoir d’Alsace avec Laurent Hantz. J’entraîne donc les filles et les garçons de 13 à 15 ans.

 

« Je me suis mis sur le marché pour être coach ou assistant »

 

Votre objectif est donc de devenir coach, le but est d’entrer dans l’univers pro ou de rester sur les jeunes ? Est-ce que vous avez envie d’aller en Guyane pour faire quelque chose là-bas ?

C’est une très bonne question parce que je suis avec le Pôle Espoir mais personnellement j’ai suivi un cursus normal dans un centre de formation pro. J’ai été très, très bien formé au Paris-Levallois et je suis revenu 20 ans en arrière pour voir comment ça se passe lorsqu’on entraîne des jeunes. Là, j’en apprends tous les jours et je me dis que c’est quand même un univers différent des pros et c’est très intéressant parce que ça permet d’être un des premiers piliers d’une formation d’un jeune pour l’aider à atteindre ses objectifs. D’un autre côté, le monde pro que j’ai côtoyé pendant 15 ans me passionne aussi, m’attire beaucoup. Quand il s’agit de fédérer un groupe, quand il s’agit de gagner, d’avoir de l’adrénaline ça me plait, en plus j’ai été capitaine et j’ai eu des responsabilités en tant que joueur donc mon choix pour ce qui est de mon futur dans le coaching n’est pas encore fait (rires) mais je pense rester dans l’Hexagone. Pour la saison qui arrive, je me suis quand même mis sur le marché pour être coach ou assistant donc sur les trois mois qu’il me reste avec les jeunes je vais essayer d’en apprendre le maximum pour que je sois au point si jamais un poste d’entraîneur de centre de formation se libère et se présente à moi.

Concernant les autres joueurs guyanais comme Kevin Séraphin, Christophe Léonard ou encore Claude Marquis, est-ce que vous êtes en contact?

Je suis en contact avec tous les joueurs guyanais qui sont dans l’Hexagone et aux Etats-Unis. Dernièrement j’étais sur Lille avec Claude Marquis qui s’est lancé dans une start-up. Donc on continue de discuter tous ensemble pour voir ce que l’on peut faire pour la Guyane, pour les jeunes et pour qu’il y est encore plus de Guyanais en métropole. Surtout, les jeunes qui sont toujours dans le circuit comme Christophe Léonard, Kévin Séraphin, Livio Jean-Charles et d’autres que j’oublie surement, j’essaye de leur envoyer un petit message pour les encourager parce que je sais que le monde professionnel est beaucoup plus difficile aujourd’hui que de mon temps. On est toujours en contact et je veux qu’ils sachent que je suis toujours là s’ils ont besoin de moi que ce soit dans le basket ou en dehors.

Un mot sur votre carrière. Nous avons interrogé Fred Nkembé qui a également fait partie des cardiac kids, est-ce que vous avez quelque chose à dire sur cette période quasiment 15 ans après ?

(Rires) Les cardiac kids, wow, quelle épopée… J’aimerais tellement que cette époque soit maintenant, c’est-à-dire avec tout ce que ça engendre avec les réseaux sociaux parce qu’en fin de compte quand on y était, on l’a vécu mais ça aurait été bien s’il y avait eu des sites et des vidéos pour vraiment rigoler et pouvoir se remémorer tout ça. C’est une étape de ma vie qui a été cruciale et importante pour la suite de ma carrière. Ça m’a appris beaucoup de valeur, ça m’a appris qu’une équipe –même si ce sont des collègues que pour 9 mois- on peut devenir une famille et avec une famille on peut aller très loin même dans la difficulté. J’ai appris qu’en étant soudés à l’extérieur, ça nous permettait de relever la tête à n’importe quel moment sur le terrain. Avec peu de moyens, on a pu faire de grandes choses. Mes coéquipiers de l’époque sont restés de vrais amis, on a même créé un groupe sur Whatsapp des retraités de Levallois (rires) donc on s’envoie des messages de temps à autre avec Brice, Sacha, Vincent, Fred, Mansour et tout le reste donc c’est assez sympa !

 

« Je pense que si les règles avaient été les mêmes à mon époque, je n’aurais pas eu la même carrière. »

 

Avez-vous un avis sur l’évolution du basket français et sur les règles des JFL qui ne permettraient pas de revoir un groupe comme les cardiac kids se former aujourd’hui?

C’est vrai que si les règles d’aujourd’hui avaient été appliquées à notre époque, il n’y aurait pas eu de de cardiac kids et je pense même que nous n’aurions pas eu la médaille d’argent aux JO eux Olympiques de 2000. Je fais référence aux JO parce que c’était la bande de Sciarra, Foirest, Rigaudeau ou encore Risacher et tous ces joueurs-là, qui étaient jeunes, ont vite été mis sur le devant de la scène parce qu’on avait le droit qu’à 2 Américains et un Bosman à l’époque. Ils ont été responsabilisés dès le plus jeune âge donc ils ont acquis de l’expérience et derrière d’être compétitifs pendant les Jeux. Aujourd’hui, le fait d’avoir 4 Américains et 2 JNFL dans les équipes de Pro A et un petit peu moins en Pro B et en N1, oui ça tue nos joueurs qui sont peut-être talentueux mais que l’on ne voit pas donc c’est dommage et moi je suis contre.

Est-ce que vous pensez qu’avec cette réglementation vous auriez pu avoir votre chance et la carrière que vous avez eu ?

S’il y avait eu les mêmes règles, je ne pense pas que j’aurais eu la même carrière dans le sens où je me souviens qu’en 96 ou 97 Moustapha Sonko était blessé en début de saison et Ron Stewart est venu me voir en me disant « Steeve, Mouss est blessé donc c’est toi qui commenceras la saison avec les pros et tu n’iras pas avec les Espoirs ». Sur les cinq premiers matchs j’ai été balancé dans le 5 majeur, j’ai joué 30 minutes et on a perdu, bien sûr, les cinq premiers matchs. Je sais que c’était de ma faute mais c’est comme ça. Quand Mouss est revenu c’était 20 points et 10 passes par match donc il n’y avait pas photo. Mais tout ça pour dire que Ron Stewart m’a pris entre quatre yeux pour me féliciter alors qu’aujourd’hui, dès qu’il y a un blessé, on prend tout de suite un pigiste. Je pense donc que si ces règles avaient été les mêmes à mon époque, je n’aurais pas eu la même carrière.

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