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Max Joseph-Noël, le premier international antillais

Il fut le premier international venu des Antilles. Max Joseph-Noël, 79 ans aujourd’hui, fut une météorite dans le ciel du basket français. Son parcours atypique est vraiment étonnant.

« Les journalistes sont toujours en train d’exagérer ! Je mesure 1,92 m. On m’a signalé à 1,94 m et même parfois 1,96 m. J’ai par contre une envergure de 2,05 m et je sautais un peu plus haut que les autres mais surtout avec les bras, j’allais piquer des balles ou les contrer. C’était ma spécialité comme Serge Ibaka ! Je jouais pivot, j’étais l’un des plus petits du championnat. Je faisais 80 kg à mon arrivée en métropole et après une année j’ai pris 7-8 kg sans faire de muscu. Robert Busnel, qui était le patron de l’équipe de France, disait « faire de la musculation, ça enlève de l’adresse ! » Alors que l’on voyait aux actualités les pros américains, et même les universitaires, qui étaient solides. Il est allé aux Etats-Unis, il a fait venir Bob Cousy (NDLR : meneur de jeu emblématique des Boston Celtics des années 50-60, d’origine française), il a été ébloui, et il fallait tout faire comme les Américains. Comme quoi…

René Lavergne disait de moi que je n’étais pas bon car j’étais un produit de Monoprix ? Pourquoi ? Joe Jaunay était l’entraîneur de Caraman, à 25 km de Toulouse qu’il a fait monter en 1ère division. Je le rencontre à Printafix, un concurrent de Monoprix, en plein centre de Toulouse.

– Monsieur, vous me reconnaissez, je suis Joe Jaunay, le meilleur entraineur de basket de la région.

– Non monsieur !

– Êtes-vous intéressé pour jouer au basket ?

Je lui ai donné mon adresse et il m’a dit qu’il m’écrirait. J’étais sportif mais je n’avais pas fait de sport de haute compétition dans ma jeunesse car à 11 ans j’ai eu le genou gauche pété suite à un accident et on m’avait interdit de faire du sport. J’en ai fait en cachette à Fort-de-France, un peu de foot, un peu de basket. Je suis arrivé en France à 17 ans pour faire ma terminale. Après avoir vu Jaunay, et sans nouvelles de sa part, je suis allé au TUC, le club universitaire, mais on ne s’est pas occupé de moi. Le hasard a voulu que je le rencontre une deuxième fois, l’été suivant, toujours à Printafix. Il avait perdu mon adresse et il m’a demandé si ça m’intéressait toujours, je lui ai répondu que oui.

Tout le mois de juillet il m’a entrainé tout seul, trois heures le matin, trois heures l’après-midi. J’ai débuté de zéro mais j’étais un athlète. En deux mois il m’a appris à récupérer et à remettre dedans. J’avais interdiction de dribbler en match. Dès septembre je me rendais trois fois par semaine à Caraman pour les entrainements. C’était la seule équipe de 1ère division avec un terrain macadamisé en plein air. Il y avait 2 000 habitants dans le village, c’était vraiment le basket à la campagne. J’ai débuté en 1ère division en octobre contre le Racing Club de France qui était champion de France !

Je n’ai joué qu’une année à Caraman. Jaunay est tombé malade, il y a eu un clash avec les dirigeants, le club est descendu en 2e division. Louis Bertorelle, notre vedette, est parti au RCM Toulouse avec Boyer qui faisait 1,96 m. J’ai suivi Jaunay à Castres en Régionale 1. J’ai continué à me former et c’est là que j’ai rencontré ma femme. J’ai rejoint le RCMT, de 1960 à 65. Il y avait Bertorelle et en meneur de jeu mon meilleur ami, Jean Luent (NDLR : futur entraineur d’Orthez et de l’équipe de France).

En 64, à la demande de l’entraîneur André Buffière, j’accepte de faire des stages au Bataillon de Joinville et je suis retenu en équipe de France militaires. Il y avait Alain Gilles, Daniel Ledent, Jacky Renaud, on est champion du Monde à Damas !

J’ai fait ensuite 12 ou 13 matches en équipe de France mais il n’y en a que 7 qui ont compté (NDLR : d’avril 64 à janvier 65). Et là, j’ai dit « terminé ! » J’ai arrêté ma carrière à 27 ans. J’étais en plein boom, mais on était des amateurs chef ! J’étais chargé de famille et j’avais honte que ma femme gagne plus d’argent que moi. J’ai passé mon concours en octobre 1965 et je suis devenu directeur d’hôpital public. J’ai eu des propositions de La Vendéenne de La Roche/Yon et du Stade Clermontois en N2. Refus. Je travaillais 60 heures par semaine. J’ai été en poste à Dreux et j’ai quand même été entraineur-joueur à l’Alliance, en Régionale.

Je préfère le basket féminin car les filles jouent plus en équipe. Ah ! si… Jordan, Magic, Bird, Pippen, la Dream Team de Barcelone, ça c’était du basket collectif ! »

 

Antillais ou pas

En métropole, la colonie d’origine antillaise est de plus en plus importante, notamment en région parisienne.

Avec la crise de l’exploitation de la canne à sucre, le chômage qui gangrénait les sociétés martiniquaises et guadeloupéennes et les révoltes qui en découlaient, Paris organisa massivement l’émigration antillaise dès 1962 à travers le Bumidom (Bureau pour le développement des migrations intéressant les départements d’outre-mer). Objectif : fournir de la main d’œuvre aux administrations métropolitaines.

Les Antillais et Guyanais de métropole sont estimés aujourd’hui à plus de un demi-million et ils sont parfois traités de « négropolitains » par leurs frères des îles.

La question est de savoir si les descendants de ces émigrés doivent être considérés comme des Antillais, ou pas. C’est le cas ainsi de Johan Petro, Jérôme Moiso ou encore Bruno Coqueran. Patrick Cham donne un point de vue intéressant : « ça dépend du lien culturel. S’il est encore très fort avec les Antilles, s’il revient au pays, s’il parle créole, qu’il écoute de la musique antillaise, qu’il mange antillais, on le considère comme Antillais. Mais un Breton peut quitter la Bretagne et habiter dans le sud de la France et s’il n’a plus de famille là-bas, s’il n’y retourne pas, il n’est plus Breton. Pareil pour les Antillais. Généralement, pour la première génération, la culture antillaise reste forte, on peut l’intégrer, après, pour les générations suivantes, c’est différent. »

Comme l’explique Patrick Cham, l’administration française a facilité le rapprochement avec la diaspora.  « La France a mis en place ce que l’on appelle les congés payés bonifiés »  dit-il. « Tout Antillais d’origine qui a quitté les Antilles et qui travaille dans la fonction publique a droit, tous les trois ans, à un congé payé de deux mois et des billets d’avion pour lui et sa famille. Ce afin qu’un lien existe toujours entre eux et la famille demeurée sur l’île. »

 

Photo: Musée du Basket

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