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Matthias Piault : de joueur pro à Nancy à concierge dans un hôtel de luxe à Monaco

Matthias Piault (28 ans, 1,96m), fait partie de ces gens qui n’hésitent pas à saisir les opportunités. Éternel espoir du SLUC de Nancy, 3 fois champion de France de la catégorie, il n’aura joué au final que 15 matchs avec les pros en LNB -6 à Nancy en Pro A et 9 à Aix-Maurienne en Pro B-. Aujourd’hui, il travaille dans un hôtel de luxe. L’occasion de revenir sur un parcours qu’il qualifie lui même d’atypique.  

Le basket professionnel français : un univers sportif impitoyable

Quand on lui demande les raisons de cette reconversion, il répond sans aucune hésitation…

« Je ne voulais surtout pas me retrouver à 30 ans en train de courir après un contrat, en ayant un compte à rebours au dessus de la tête des quelques années qu’il me resterait à jouer. »

En découvrant la vie de cet ancien arrière de Nancy, on se dit que la vie d’apprenti basketteur professionnel n’est pas toujours facile. Mathias Piault a vite compris qu’il existait un gouffre entre le monde des espoirs et celui des professionnels…

« Ce furent de très belles années pendant toute ma jeunesse. Nous avions la chance d’évoluer dans des conditions optimales et les résultats suivaient, nous avons dominé pendant longtemps les championnats cadets et espoirs nationaux avec de nombreuses victoires à la clé. Dont trois titres de champions de France espoirs consécutifs ce qui n’est tout de même pas rien compte tenu de l’opposition à l’époque. Malgré tout, il m’en reste un sentiment mitigé. Le fait qu’aucun d’entre nous n’ait véritablement eu la chance d’exploser avec le SLUC en pro, ça reste une déception; notamment pour moi qui étais du crû comme on dit et qui étais très attaché au club, à ses valeurs, à la ville et au public. Mais c’était une période où tout le monde savait que malgré nos performances en jeunes, il faudrait s’exiler au terme de notre formation pour aller chercher du temps de jeu ailleurs. Les causes et conséquences de cela ont d’ailleurs longtemps fait débat au sein du club. »

S’il ne confirme pas vraiment, Mathias était pourtant un joueur prometteur en début de carrière…

« J’ai débuté le basket un peu par hasard dans une petite ville des Vosges, Gérardmer. J’ai commencé au foot et au ski mais on m’a encouragé, mon frère notamment, à faire du basket car je dépassais tous mes camarades d’une tête à l’époque. Je me suis accroché et je me débrouillais pas mal. J’ai donc intégré le pôle espoirs de Lorraine pendant deux ans, avant de rejoindre le centre de formation du SLUC Nancy pour quelques années avant d’intégrer l’équipe pro. »

Mais les choses se compliquent assez rapidement pour lui…

« Suite à une vilaine blessure mais pas uniquement, j’ai vécu une année noire en Nationale 3 au WOSB (banlieue de Strasbourg) avant de rejoindre Aix-Maurienne en Pro B et Nationale 2. »

A la suite de cela, il fait le choix difficile d’arrêter sa carrière de basketteur professionnel…

« Ce fut un choix payant d’avoir écourté ma carrière de basketteur pro volontairement. Aujourd’hui, je considère le basket plutôt comme un bonus tout en me construisant un avenir professionnel dans le même temps. J’ai donc signé au club du Cannet en Nationale 3, où j’ai passé sept belles années ponctuées de deux montées en Nationale 2. Et aujourd’hui, j’évolue avec l’équipe réserve de l’AS Monaco avec laquelle nous sommes en bonne position pour monter en Nationale 3. »

 

Matthias lors de son seul match de playoffs avec le SLUC Nancy.

 

Du parquet à l’hôtel de luxe

Il n’est pas toujours facile d’arriver sur le marché du travail après avoir côtoyer le milieu sportif professionnel et ce fut le cas pour Mathias qui a pas mal galéré au début. Mais le joueur n’a jamais lâché…

« Après m’être éloigné du basket pro, j’ai dû repartir d’en bas et remonter la pente. J’ai fait pas mal de petits jobs à droite à gauche. Néanmoins je suis toujours resté ambitieux et je n’ai jamais voulu me contenter d’un job lambda. On a essayé de me décourager. On m’a dit que j’étais un doux rêveur, mais je n’ai jamais lâché. J’ai réussi à passer les étapes jusqu’à aujourd’hui, la plupart du temps au culot. Je suis encore loin de là où j’aimerais être, mais c’est une fierté pour moi de savoir que ce que j’ai, je suis allé le chercher moi même, on ne m’a jamais rien servi sur un plateau. »

Le joueur a même quelque conseils à donner aux personnes qui sont à la recherche d’un emploi…

« Quant aux opportunités que j’ai pu saisir, disons que j’ai vite compris l’importance de se constituer un réseau professionnel solide et élargi. De ne jamais sous estimer la portée que peut avoir une rencontre, ainsi que l’importance de faire une bonne première impression, d’être extrêmement flexible et volontaire et de se montrer digne de confiance. Cela peut sembler très simple mais ça se perd de nos jours dans le monde du travail, alors que la bonne approche couplée à ces valeurs peut ouvrir pas mal de portes. De plus, avec le bon état d’esprit, je pense qu’on peut apprendre et assimiler beaucoup de choses et être rapidement opérationnel dans de nombreux domaines. »

Aujourd’hui, il est plus que satisfait de son nouveau métier, loin des parquets…

« Actuellement je suis Concierge d’Hôtel de luxe à Monaco. C’est un métier qui se veut confidentiel de nature, assez peu connu de l’extérieur dirons nous, la plupart de mes proches ne sachant pas vraiment ce en quoi cela consiste. Ce qui n’est pas plus mal comme ça d’ailleurs! Mais en effet je peux tout de même concéder que c’est une position gratifiante et stimulante, surtout dans un lieu comme Monte Carlo. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas, nous avons affaire à une très belle clientèle et je vais travailler tous les jours avec la banane, ce qui n’est pas négligeable dans le contexte actuel. La route pour en arriver là a été quelque peu atypique, ce qui colle à mon personnage d’une certaine façon. »

Il croise George Lucas, Michael Jordan…

La route du concierge va même croiser celle de quelque stars, dont une gloire de la balle orange…

« Une fois en marge du boulot je ne sais trop comment, je me suis retrouvé sur un yacht avec George Lucas, on a pu discuter de tout, de rien avec d’autres amis autour de quelques cocktails, c’était assez fun pour un fan de Star Wars comme moi. Un autre jour j’ai également eu affaire à Michael Jordan, a défaut de l’avoir croisé autour d’un terrain ! -Il sourit-. Le meilleur pour la fin, un client se présente à la loge et me demande le plus sérieusement du monde, si la limite de vitesse pour les Ferrari en Italie est bien de 230 km/h. Après l’avoir fait répéter et en essayant de garder mon sérieux et bien que la tentation d’acquiescer fut grande, je lui ai dit que ça n’était pas le cas et que la limite de vitesse était la même pour tout le monde, au grand étonnement de Monsieur! »

 

Une reconversion payante

Matthias affirme qu’il est bien mieux payé aujourd’hui, qu’à l’époque en Pro B. Il constate que, hormis certains joueurs de Pro A, les revenus des joueurs de basket français sont assez faibles…

« Lors de mon année à Aix-Maurienne en 2009, j’étais payé une misère, sous prétexte qu’ils relançaient les joueurs ayant connu un passage difficile. Je me retrouvais presque à payer de ma poche pour pouvoir jouer au basket. En y repensant aujourd’hui, ça me fait rire! Je m’étais remis en bonne condition physique et je m’étais relancé, je tournais à presque 20 points de moyenne en Nationale 2 à 21 ans, dans une saison certes compliquée collectivement. Malgré ça, je n’ai presque pas joué en Pro B, le coach m’a dit que je faisais ce qu’il fallait, mais que je n’aurais pas beaucoup de temps de jeu sans plus d’explications. No comment. A la fin de cette saison là, je n’ai reçu que des offres moyennes d’autres clubs et j’ai compris qu’il était temps pour moi de changer de stratégie. Ce fut un choix décisif pour moi. »

Une expérience qui lui a donc servi pour sa reconversion.

« Pour ce qui est des conditions, j’ai appris qu’il valait mieux éviter de parler de chiffres ouvertement dans ce pays donc pour faire court, oui ma situation actuelle est effectivement bien meilleure que si j’étais resté dans le milieu du basket pro en N1/Pro B. Aucun doute la dessus. Je ne voulais surtout pas me retrouver à 30 ans en train de courir après un contrat au basket, en ayant un compte à rebours au dessus de la tête des quelques années qu’il me resterait à jouer. À mes yeux, mis à part pour les joueurs titulaires avec un beau contrat en Pro A et au-dessus bien évidemment, le basket reste très précaire. Après attention, je ne crache pas dans la soupe, je constate simplement vis-à-vis de mon parcours. »

Le basket puni par sa vision à court terme

Un parcours semé d’embûches où il constate que les clubs français préfèrent investir dans les salaires des joueurs étrangers, plutôt que dans la formation de jeunes talents. Une stratégie qu’il remet en cause aujourd’hui…

« Lorsque j’étais concerné, il est vrai que de nombreux jeunes Français se voyaient barrer la route parfois injustement. Je m’explique: que des Américains ou joueurs étrangers soient présents au sein des différents championnats est selon moi évidemment bénéfique et nécessaire. A condition néanmoins que ce soit des joueurs au dessus du lot et qui tirent le championnat vers le haut, qu’ils apportent à leurs clubs de la valeur ajoutée et qu’ils s’inscrivent dans la durée. Trop souvent il y a des cas où les équipes usent et abusent d’Américains de seconde zone, qui changent d’effectif parfois plusieurs fois par saison en invoquant des raisons économiques qui me semblent pour le moins floues. Pas sur que ces équipes y gagnent sur le long terme, d’autant plus que souvent ce sont celles qui rechignent à valoriser le fruit de leur formation. »

Au final, c’est le basket dans son ensemble qui souffre de cette sur-utilisation de joueurs US.

« Tout cela ne favorise pas la visibilité des championnats et dès lors, leur médiatisation. Cela reste dommage, même si je pense qu’il y a tout de même eu une prise de conscience dernièrement, avec de plus en plus de jeunes à qui on donne leur chance à la suite de leur formation. Certaines têtes d’affiche aujourd’hui en Pro A ou en Euroleague auraient très bien pu passer à la trappe dans un contexte différent. Alors qu’on le voit avec les clubs qui jouent le jeu, les Français responsabilisés méritent leurs minutes et leur statut pour la plupart. En tous cas, c’est ce que je constate. Certains coachs y sont également pour beaucoup contrairement à d’autres qui choisissent de s’entêter et parfois de sombrer avec leurs idées ».

  Que deviennent-ils ? :  un Espoirs, un ancien Pro avec un parcours atypique ? N’hésitez pas à nous contacter pour nous faire part de vos histoires.

 

crédit photo : Patrick Mangin

Commentaires   |  3 commentaires

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  • Willy Denzé dit :

    Merci pour cet interview qui permet de voir que vivre du basket c'est assez compliqué ^^

  • thorsk dit :

    Une misère pour lui, c'est quel niveau de salaire ? parce que le niveau Pro B/N1, c'est du pro/semi-pro (d'un sport pas très médiatique chez nous) donc ça semble me évident que les joueurs n'assurent pas leur vie avec quelques saisons dans les pattes. Comme au foot dans les niveaux inférieurs, malgré la popularité.

  • Airvincz dit :

    Super sujet et interview. Merci d'éclairer un peu le public connaisseur sur ce genre de parcours.Avec ce point noir de l'utilisation des joueurs US en championnats français…