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« Que deviens-tu Tariq Kirksay? »

Américain naturalisé français en 2006, Tariq Kirksay a passé six saisons dans l’Hexagone et a été trois fois finaliste de Pro A avec Nancy (2005, 2006, 2007). Aujourd’hui à Tenerife en Liga Endesa, l’ancien international tricolore nous donne de ses nouvelles.

Comment se passe votre saison à Tenerife ?

Personnellement, la saison a commencé un peu tard mais j’ai eu la chance venir ici. Le coach (Txus Vidorreta) m’a appelé au mois de janvier pour savoir si je pouvais aider l’équipe et l’aider à maintenir ce niveau parce que les victoires s’accumulaient tant bien en Champions League qu’en championnat. Quand je suis arrivé, il m’a dit que je n’allais pas beaucoup jouer parce qu’il ne voulait pas casser l’alchimie qui s’était créée dans l’équipe mais ça ne m’a pas posé de problème, j’étais prêt à jouer peu et à faire ce que le coach me demande. Il m’a fait confiance dès le premier match et je me suis rendu compte que j’étais tombé dans un groupe formidable. Tout le monde s’entend bien sur le terrain, tout le monde s’entend bien en dehors du terrain et c’est super. On a participé à la Copa Del Rey (équivalent de la Leaders Cup en Pro A, ndlr), on s’est qualifié pour le Final Four de Champions League qu’on a remporté et on est en playoffs de Liga Endesa. J’apporte mon expérience et j’aide tout le monde peu importe mon temps de jeu. Lors du dernier match j’ai joué 25 minutes, c’est la première fois de la saison que j’étais dans le 5 de départ. Partout où je suis passé j’ai eu l’habitude de jouer 30 ou 35 minutes facilement mais ici j’ai commencé en jouant à peine 15 minutes et c’était un peu bizarre pour moi. Au final aujourd’hui, je suis dans le cinq de départ, je joue 25-27 minutes, tout le monde est content de moi, je suis très content d’être ici et l’équipe se porte bien. Tout le monde partage le ballon, on joue ensemble et on n’a pas de joueurs individualistes qui jouent seulement pour trouver un contrat parce que 6 ou 7 joueurs arrivent en fin de contrat cette saison et ils pourraient dire qu’il faut qu’ils cherchent quelque chose pour la saison prochaine mais non, tout le monde joue pour l’équipe.

Est-ce que vous avez eu des propositions de clubs français avant de faire ton retour en Espagne ?

J’étais un peu en contact avec le président et le coach de Rueil-Malmaison (NM1) parce qu’on voulait monter un grand projet pour que le club monte en Pro B et Pro A mais finalement on ne l’a pas fait mais on verra dans les prochaines années pour faire quelque chose. J’avais surtout des contacts avec des clubs espagnols mais tout s’est passé très vite et je n’étais pas forcément dans l’optique de trouver un club à la base.

Vous disiez récemment que le Nancy vous manquait, aimeriez-vous terminer votre carrière ici ?

Oui mais je ne sais pas si c’est une option pour eux, je ne sais pas ce qu’il se passe à Nancy. Tout a changé, il y a un nouveau coach et un nouveau président. Je ne suis pas beaucoup en contact avec eux, à part quelques joueurs de l’équipe que je connais. Je suis aussi toujours en contact avec l’ancien président Christian Fra mais à part ça, je ne sais pas vraiment ce qu’il se passe là-bas.

Que pensez-vous de la situation actuelle du club?

C’est un peu triste pour le club parce que quand je suis parti, c’était un club de luxe, tout le monde voulait venir et donc c’est triste d’en arriver là. Mais c’est le basket, tu ne peux pas savoir ce qui va se passer à l’avance, je ne sais pas ce qu’il se passe dans le club et je ne peux pas trop m’avancer là-dessus, sur comment le club en est arrivé là.

Que retenez-vous de vos expériences en France ?

Je retiens de belles choses comme de mauvaises choses. J’ai disputé trois finales de suite qui m’ont fait mal au cœur et c’est une bonne raison pour revenir en France et aller chercher le titre, je suis très motivé pour gagner un titre en France. En France, j’ai rencontré de belles personnes qui sont aujourd’hui mes amis. Que ce soit en Pro B à Besançon, Rueil ou en Pro A à Bourg-en-Bresse ou Nancy, tout s’est toujours bien passé. Le SLUC, n’avait jamais disputé les playoffs et n’avait jamais été en finale avant que j’arrive, la première année on a gagné la Semaine des As, on a terminé 8e du classement et on a perdu en finale, la deuxième année on a terminé 2e et on a aussi perdu en finale, et la troisième année on était à la 1ere place mais on a encore perdu en finale. J’ai beaucoup de bons souvenirs en France, il y a des gens qui m’ont beaucoup aidé et ma famille y était aussi très bien.

Est-ce que vous revenez souvent en France ?

Parfois je reviens oui. J’ai été voir un match de Strasbourg en janvier et j’ai été à Rueil. Je suis ce qu’il se passe en France et je reviens quand je peux parce que les saisons sont longues et c’est dur de trouver le temps pour revenir.

Vous êtes passé par l’Angola, comment est le basket là-bas ?

Il y a en fait trois ou quatre équipes qui ont un bon niveau mais le reste n’est pas très fort. Il y a des matchs où il peut y avoir 50 points d’écart mais les matchs entre le premier et le deuxième c’est du beau basket, c’est très physique. Les matchs se jouent en 48 minutes et non pas 40 comme ici, c’est très, très physique et c’est très rapide. C’est un peu comme du streetball mais dans mon équipe il y avait cinq joueurs de l’équipe nationale donc ils savaient jouer, ils avaient des vraies qualités de basketteurs. Comme je l’ai dit, les équipes qui ne sont pas en tête du classement sont moins bonnes. C’est à cause de l’argent, les équipes d’en haut ont beaucoup d’argent mais celles d’en bas n’en ont pas donc ça fait une grande différence. J’ai gagné le titre là-bas, ça fait deux ans de suite que je gagne un titre donc j’espère bien pouvoir en gagner un autre la saison prochaine. Si je peux continuer sur cette lancée, ça serait bien.

Vous avez également eu plusieurs sélections en Equipe de France, qu’est-ce qui vous a poussé à vous faire naturaliser ?

Tout d’abord, je n’avais pas pour objectif d’avoir le passeport français parce que je venais simplement pour jouer, j’ai ensuite rencontré ma femme et ça s’est fait naturellement. Avec le temps, je me sentais de plus en plus français et je me sentais bien ici. Je suis très fier d’avoir eu l’opportunité d’être français et de jouer avec l’équipe de France qui est de haut niveau avec des joueurs de NBA comme Tony Parker, Ronny Turiaf ou Boris Diaw qui sont à part et qui sont de bonnes personnes. On a passé deux ans incroyables… C’était une très bonne expérience pour moi et personnellement ça m’a montré, ça m’a prouvé à moi-même que j’étais capable de jouer au plus haut niveau. J’étais très fier de moi et d’avoir pu faire ça. Ça s’est très bien passé, je suis toujours français et je suis fier d’avoir ce passeport. Je suis ce qu’il se passe en France, on a un nouveau président (rires) et j’ai pu voter pour les Présidentielles.

Comment voyez-vous le futur de l’équipe de France après les retraites de Tony Parker, Flo Pietrus et Mike Gelabale ?

Il y a beaucoup de joueurs qui sont en train de se faire un nom aujourd’hui. Des joueurs de NBA comme Rudy Gobert. Il y aussi Nando, ça fait des années qu’il joue à très haut niveau. Il y a beaucoup de joueurs de qualité mais c’est difficile de remplacer des joueurs comme Florent Pietrus ou Tony Parker, ce sont des joueurs exceptionnels. Tu peux avoir d’autres bons joueurs mais ce n’est pas la même chose, tu ne peux pas les remplacer. Si on met en place une équipe de qualité, on peut rester à ce niveau, il n’y a pas de problème là-dessus.

Vous avez remporté la BCL avec Tenerife, quel est votre avis sur cette compétition ?

C’était bien. Je ne savais pas à quoi m’attendre avec cette compétition parce que, quand on parle de Champions League, ce n’est pas Euroleague, c’est quelque chose de nouveau. Les équipes étaient de très bon niveau avec l’ASVEL, Monaco ou Banvit… Quand on s’est qualifié pour le Final Four, on était à la deuxième place en Espagne, Venise était deuxième en Italie, Monaco était premier en France et Banvit qui était quatrième de Turquie a remporté la Coupe de Turquie donc ça veut tout dire. C’est une compétition de haut niveau.

A 37 ans vous êtes toujours en activité, jusqu’à quand vous voyez vous encore jouer ?

Je ne sais pas. La passion du basket je l’ai toujours, j’ai beaucoup d’amour pour ce sport que je respecte beaucoup. Ça m’a fait quitter mon quartier du Bronx et pour ça j’ai beaucoup de respect et de passion pour le basket. C’est une grande partie de ma vie et je ne sais pas quand je vais arrêter. Quand je n’aurai plus cette passion, quand je n’aurai plus de « feeling », c’est sûr que j’arrêterai tout de suite. Avec tout le respect que j’ai pour le basket, dès que je n’ai plus ça, j’arrête.

Photo : BCL

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