Basket Europe Tour : Madrid me voilà !

Corentin Rodriguez
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Quatre ans ! Quatre ans que je n’avais pas foulé de mes pieds la terre de mes ancêtres. L’Espagne, sa tortilla, son « pulpo a la gallega », sa corrida et sa sangria! Mais surtout ces clubs de basketball puissants, habitués des joutes européennes. Etape numéro une: Madrid.

Grâce à l’aide de quelques madrilènes j’ai réussi à trouver mon chemin dans les immenses corridors du magnifique métro de la capitale espagnole. Il est environ 17 heures lorsque j’arrive à la Puerta del Sol de Madrid près de laquelle se situe mon auberge de jeunesse. C’est le kilomètre zéro des routes espagnoles. Ce centre symbolique du pays accueille une Statue de l’Ours et de l’Arbousier, symbole de la ville de Madrid et la statue de Charles III, initiateur de la nation espagnole. C’est ici que les indignés du mouvement « 15M » s’étaient ré-appropriés l’espace public. Ce cadre grandiose sera mon antre pendant trois jours.

A peine installé, je m’assure que mon rendez-vous du lendemain avec le Real Madrid est bien confirmé puis, une fois de plus je relance les clubs et groupes de supporters de la « Casa Blanca ». Je prends le temps de faire connaissance avec mon camarade de chambre, Osvaldo. Professeur d’art argentin qui visite Madrid après avoir été à la recherche de ses origines à Brindisi en Italie (tiens encore une ville de basket !). Celui-ci me parle des alentours et c’est avec une curiosité non dissimulée que je mets à arpenter les pâtés de maisons voisins. Sous mes yeux ébahis défilent le Congreso , la Real Academia Bellas Artes ou encore le Mercado de San Miguel.

Puis l’heure vient de dîner, et c’est avec un plaisir énorme que je me tourne vers ce dernier pour déguster des fameuses « tapas ». Calamars, patatas bravas, ensalada rusa et jambon cru espagnols m’avaient manqué ! Une fois ce repas consommé je m’en vais dans mon antre, rêver de ma future rencontre avec les joueurs du Real Madrid.

Il est 7 heures du matin lorsque je me réveille le lendemain pour aller à la rencontre de la « Casa Blanca ». Mon rendez-vous est à 9h45 à la station de métro Valdebebas, quartier nouvellement sorti de terre à proximité de l’aéroport de Madrid. Avec seulement 30 minutes de transports, je suis largement en avance. Largement le temps de préparer mon matériel de tournage, prendre un petit déjeuner typique, un pan tostado y un cafe et de me mettre en route pour la station Nuevos Ministerios ma correspondance pour arriver à Valdebebas. Il fait bon et chaud, ce Basket Europe Tour commence sous les meilleurs hospices.

Ana, du service de la communication vient à ma rencontre à la sortie de la station de métro. Après avoir échangé sur l’objet du Basket Europe Tour nous entrons dans la cité d’entraînement. Gigantesque structure de 1.200.000 m², le tout est très sécurisé avec des grilles tout autour. De nombreux fans sont venu tenter leur chance à l’entrée du centre pour se faire signer des maillots par les stars du club. Ici les deux équipes du club se partagent les lieux, d’un côté le basketball, de l’autre le football. Une fois passé les contrôles de sécurité, Ana me laisse dans un hall ouvert sur le gymnase, devant un bureau où j’ai l’occasion de discuter avec les hôtesses du club. Puis Jorge, le responsable de la communication du Real vient à ma rencontre. Après m’avoir exposé le déroulé de la matinée nous traversons la salle de physiothérapie où quatre joueurs peuvent être massés en même temps. Puis Jorge m’emmène dans la salle de récupération où un bassin d’eau gelé est à disposition des joueurs après l’effort. Elle est située à côté de la salle de musculation, le tout relié par un couloir sur les murs duquel il est écrit clairement que à gauche se trouvent les installations du centre de formation et à droite, celle de l’équipe professionnelle. C’est lorsque nous pénétrons dans les vestiaires de l’équipe professionnelle que j’interroge mon hôte sur cette séparation. Jorge me répond donc que se côtoient ici toutes les catégories hautes du Real de Madrid, depuis les cadets jusqu’aux professionnels en passant par la Liga EBA, la quatrième division espagnole. Cela permet aux plus jeunes de prendre exemple sur les plus grands, de s’inspirer, parfois peut-être de se confronter.

En face de moi se trouve l’énorme paire de chaussure de Walter Tavares, 2,21m, le géant du Real Madrid, mais aussi les lots de chaussures et de maillots de Rudy Fernandez, du capitaine Felipe Reyes, du génie Sergio Llull ou encore de l’exquis Fabien Causeur.

Une fois cette petite tournée effectuée, mon guide m’emmène dans les gradins pour voir la totalité du gymnase flambant neuf qui compte quatre terrains complets et deux demis terrains. Au fond, celui où les pros s’entraînent puis par ordre décroissant viennent les terrains de chaque catégorie. Alors que l’équipe d’entretien est en train de terminer de nettoyer ce magnifique parquet, un cadet vient de sortir des vestiaires et prend quelques tirs pour se mettre en jambe avant son entrainement.

Mon hôte m’invite à descendre les escaliers. C’est alors qu’une tête connue ouvre la porte qui se trouve en face de moi. Les cheveux mi-longs bruns, la barbe de trois jours, un colis à la main, c’est Sergio Llull, la star du club. Jorge me présente au magicien de l’ancien Palacio de los Deportes. Dès lors ce n’est plus la même visite pour moi. Un difficile « Hola, encantado » sort de ma bouche. Je suis en face de l’un des joueurs que j’admire le plus, un de ceux qui m’a fait aimer ce sport. Celui qui m’a fait m’intéresser au basket européen, à la défense du pick and roll, au passage au-dessus de l’écran et à l’art du tir au buzzer. Un large sourire aux lèvres, Sergio m’indique que l’on se reverra tout à l’heure.

Le temps pour Jorge de me montrer les vestiaires des arbitres, des équipes cadets, juniors, EBA et les bureaux des équipes marketing et de la communication. Très bien équipés et décorés des images de sacres du club, les bureaux ont fière allure. Mon guide regarde sa montre et m’indique que l’on va aller voir les joueurs. Ils commencent ce jour la préparation physique et tous ne sont pas arrivés. L’excitation grandit, pour autant je ne pourrai pas les interviewer, les indications sont claires et l’accueil adorable, c’est donc avec sympathie que je m’y plie. Nous descendons alors sur le parquet pour y retrouver Fabien Causeur qui pédale tranquillement en attendant ses camarades. L’occasion pour moi de parler français. Mais aussi d’évoquer le Basket Europe Tour et mes souvenirs de ses prestations à Vitoria, du temps où je faisais enchainer les paniers à trois points à son avatar sur la console, ou à Bamberg où il a côtoyé l’italian connection. L’occasion de prendre une photo du crack français. Tandis qu’Ognjen Kuzmic est à côté en train de s’étirer, je le salue de loin, impressionné par le gabarit du monsieur. Enfin, apparaît Sergio Llull, souriant, remis de mes émotions et enfin apte à parler correctement la langue de Cervantès je lui confie mon admiration pour lui. Mes souvenirs reviennent, les JO de Pékin, la Copa del Rey 2016 ou encore son buzzer-beater contre Valence. Surpris et content d’avoir des admirateurs même en France, il est enthousiaste à l’idée de prendre une photo avec ce petit messin venu de loin pour le rencontrer. Les préparateurs physiques très souriants me saluent puis emmènent les joueurs à l’extérieur, la petite troupe est bientôt rejointe par le géant cap-verdien Walter Tavares et Gabriel Deck, la nouvelle pépite argentine en provenance de San Lorenzo.

Le temps est donc venu pour moi de préparer mon matériel, mini-trépied à la main et filtre ND fixé sur mon appareil, je rejoins la petite troupe qui s’est rassemblée sur la pelouse autour du bâtiment. Cette piste de gazon sillonne toute la cité sportive et elle est bordée par un cours d’eau. La coupe de l’herbe et parfaite, le lieu silencieux, un cadre parfait pour faire du sport. Tandis que les joueurs enchaînent les exercices physiques je capture les images que je peux, puis Jorge m’indique qu’il va m’emmener vers d’autres bâtiments.

Nous quittons alors l’équipe championne d’Euroleague pour nous diriger vers une piste bordée par des terrains de football magnifiquement entretenus. Non loin j’aperçois le terrain de football où évolue la Castilla du Real Madrid de football, l’équipe de jeune de la Casa Blanca. Jorge me montre du doigt les locaux qui servent de résidence étudiante aux jeunes athlètes du club, nombreux ne sont pas Madrilènes ou Espagnols et vivent ici à l’année. Mon hôte me confirme qu’il y a peu un certain Luka Doncić s’y trouvait. Puis nous rentrons dans le bâtiment qui est le cœur de la vie du club. Donnant sur le terrain d’entraînement de l’équipe professionnelle de football, s’y trouve la cafeteria « Cantera ». Avec une surface de 500m² intérieur et une terrasse de 200 m². Mais également une salle de relaxation pour les joueurs avec billard, console de jeu, bornes d’arcades, une piscine tout équipée, une salle de cinéma de 50 places où l’équipe d’Euroleague fait sa séance vidéo avant un grand match de la compétition reine. Puis enfin sur deux étages les chambres des joueurs où ceux-ci peuvent se relaxer entre deux grandes échéances, par exemple lorsqu’ils rentrent d’un rendez-vous d’Euroleague à l’extérieur et qu’ils ont un entraînement de lendemain à la cité sportive. Jorge me fait visiter une chambre témoin, puis nous passons devant celle de Felipe Reyes, de notre Frenchy Fabien Causeur mais aussi des footballeurs Dani Carvajal et Luka Modrić.

Une fois ce joli tour finis nous rentrons au gymnase pour assister à la séance de stretching de l’équipe première. Nous saluons Sergio Llull et Fabien Causeur qui s’en vont et me souhaite une bonne continuation dans mon aventure. Puis Ognjen Kuzmic et Walter Tavares s’adonnent à une séance de shooting improvisée, bientôt rejoint par Gabriel Deck, je n’en perds pas une miette. Enfin, Jorge m’indique que l’entraînement est terminé, et après avoir salué les personnes présentes, je repars pour Madrid. La tête pleine d’étoile et le cœur apaisé.

Merci à toute l’équipe du Real Madrid pour son excellent accueil, ce fut un réel plaisir de rencontrer les administratifs, le staff médical et les joueurs du club.

Je regagne la station Valdebebas en regardant l’immense logo des Merengues s’éloigner. Une fois rentré à la Puerta del Sol et mon matériel de tournage rangé à l’auberge de jeunesse, je me dirige tranquille, vers un restaurant galicien, l’occasion pour moi de me rapprocher de mes racines en dégustant un pulpo a la galega, sorte de madeleine de Proust pour moi qui en avait tant rêvé. Le programme de l’après-midi est chargé, il faut reprendre des forces. Sur ma liste: Plaza de España, Basilique de San Francisco el Grande, Palacio Real, Catedral de la Almudena, Teatro Real et jardín de Sabatini. Madrid est un régal pour les yeux et un cauchemar pour les jambes. Et c’est fatigué que je retrouve ma chère auberge le soir même. Le repos s’impose puisque le lendemain sera exigeant pour mes jambes.

C’est donc avec une énergie neuve que je me lève ce vendredi 24 août ! Aujourd’hui c’est un grand jour, aujourd’hui je rechausse enfin les sneakers pour aller me mesurer aux joueurs madrilènes. Mais avant cela une grande balade s’impose, la visite du parc de El Retiro en passant par el Congreso, el paseo Colón, la puerta de Alcala et la plaza Colón. Mon petit déjeuner rapidement avalé, c’est donc avec curiosité que je m’élance sur la calle San Geronimo en quête de savoir et de ravissement pour les yeux. Et le moins que l’on puisse dire c’est que je n’ai pas été déçu. Madrid est une ville surprenante, malgré le fait qu’elle soit assez administrative, elle garde un style hors du temps, ses grandes avenues dénotent d’un grand sens de l’esthétisme. On passe tour à tour des Arts décoratifs à l’art Nouveau en passant par l’art andalou. Et même si parfois on sent la foule active qui se presse vers ses activités, on sent que certains endroits comme le parc d’El Retiro ou le Parc Sabatini dénotent d’une volonté de tranquillité de ses habitants. C’est ce qui rend cette ville unique. Sorte de capitale unique. C’est quelque chose que l’on retrouve dans l’institution qu’est le Real Madrid. Dans cette volonté de donner au joueurs les moyens d’être les meilleurs possibles pour qu’ils n’aient à penser qu’au basketball (logements, salles de relaxations, salles de jeu). Notamment en allant chercher les petits détails comme la personnalisation des voitures prêtées pour le club ou un service chargé de résoudre tous leurs problèmes fonctionnels ou enfin d’avoir une administration conséquente et de talentueuse pour permettre sur le long terme de la performance. Comme les jardins symétriques et monumentaux d’El Retiro ce cadre, encadré par des chartes et processus codifiés permet aux joueurs de se concentrer sur leur activité principale mais aussi sur leur passion. C’est honorable et cela doit être mis en valeur car cette apparente rigidité mêlée à cette esthétique espagnole est quelque part la recette de la réussite du club. Car en son sein, ce cadre permet de faire jaillir la créativité et le talent. Tout m’a semblé millimétré et c’est quelque chose qui m’avait échappé lorsque j’avais visité d’autres endroits en Espagne et semble être propre à Madrid.

C’est donc pensif qu’après m’être restauré je me dirige vers le terrain de Lavapies. Un playground coloré inauguré par Kevin Durant situé dans un quartier cosmopolite de Madrid. Marc Gasol ou Sergio Llull étaient également venus participer à des événements équipementiers. Seulement deux stations me séparent de mon but et elles sont vite avalée par un métro de Madrid si propre et performant à mes yeux.

Il est 18 heures lorsque j’arrive au terrain. Tout y est, graffiti coloré, tribunes et des paniers avec filet en métal. Tout y est sauf des joueurs. C’est donc seul que j’enchaîne les tirs pour me mettre en jambe. Puis arrive deux italiens, Matteo et Michele, deux Florentins venus à Madrid pour étudier. Nous nous lançons donc dans un 21 à la mode New-Yorkaise, assez éprouvant pour une reprise. Nous sommes bientôt rejoints par un autre joueur, philippin puis un compatriote, Flo expatrié à Madrid. Puis enfin vient un sixième joueur, dominicain, le décor est planté, nous faisons des équipes cosmopolites qui nous mèneront vers un 3 contre 3 intense. Ce terrain de Lavapies a un charme spécial. En plus de la diversité culturelle qu’il porte, il y a une atmosphère spéciale qui s’en dégage, semblant nous rappeler que nous sommes tous sur ce terrain pour profiter d’une activité saine permettant de faire des rencontres et d’animer notre fin de semaine.

C’est à la fin de cette partie, difficile et perdue que je leur parle de mon projet et que j’ai la chance d’interviewer mes deux camarades italiens. Merci à eux pour leur gentillesse et leur confiance. Lavapies, c’est fait ! Maintenant place à la deuxième étape de l’aventure, Barcelone !

Lire ici le portrait de Fabien Causeur.

Photos: Real Madrid

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