Vous avez dans le groupe des joueurs d’Euroleague qui sont déjà avec vous et d’autres qui vont arriver en cours de route. C’est une nouveauté comme processus ?
Boris Diaw : On est sur la deuxième fenêtre de qualification pour la Coupe du Monde. Les fenêtres sont toujours un petit peu particulières de toute façon. Mais c'est vrai que c'est très difficile pour le sélectionneur de pouvoir former une équipe pendant la saison de cette façon. On connaît les contraintes qu'on peut avoir par rapport aux équipes d’Euroleague. On a essayé de contacter plusieurs équipes et plusieurs joueurs qui avaient des matchs d’Euroleague. On a bien entendu reçu quelques refus de la part d'équipes de rater des matchs d’Euroleague. Et on a eu aussi quelques équipes qui ont accepté qu'un joueur vienne ici plutôt que de jouer leur match. On a ainsi Bodian (Massa) et Amath (Mbaye) qui sont dans des équipes d’Euroleague (ASVEL et Paris). C'est vrai que les équipes françaises sont un petit peu plus enclines à nous donner une réponse positive. Ce sont les seules qui nous ont donné une réponse positive pour avoir les joueurs sur les deux matchs. Mais on va avoir aussi des joueurs qui vont nous rejoindre après puisqu'ils ont un match d’Euroleague entre-temps. On a Sylvain (Francisco) qui est un peu entre les deux parce qu'il joue juste avant un match (NDLR : mercredi avec le Zalgiris face à l’Olympiakos). Il va nous rejoindre directement en Hongrie. Il va pouvoir participer aux deux matchs, mais il ne peut pas participer aux premiers entraînements. Monaco et Maccabi jouent l’un contre l’autre et après leur match on va pouvoir avoir Elie Okobo et Jaylen Hoard. Ils nous rejoindront directement sur Le Mans. Donc, voilà, c'est compliqué et c'est compliqué pour beaucoup d'équipes. On voit que parfois, c'est plus simple de pouvoir demander aux équipes qui jouent dans notre propre championnat. Je n'ai pas regardé exactement les rosters, mais je pense que ça va être la même chose pour d'autres équipes qui ont des joueurs espagnols, lituaniens, israéliens, etc. C'est compliqué pour ces fenêtres-là mais on fait avec et on a une équipe solide et on est confiant pour la suite.
Est-ce que c'était un choix du staff qu'il n'y ait pas Matthew Strazel, ou, en fait, est-ce que Monaco n’avait envie de libérer qu'un seul joueur ?
Frédéric Fauthoux : Du moment où Sylvain (Francisco) pouvait faire les deux matchs, il n'y avait pas d'intérêt de demander à Matthew de venir faire le second sachant qu'aussi que, même s'il n'y a pas beaucoup d'entraînement, il y a un peu de travail en amont et il faut aussi savoir considérer les joueurs qui font les fenêtres à part entière. Donc, c'est toujours ça qui est compliqué à jongler, avoir les joueurs qui font toutes les fenêtres, toute la semaine et un joueur qui va venir pour un seul entraînement. Donc, du moment où Sylvain avait l'opportunité de faire les deux matchs, ce n'était pas nécessaire que Matthew nous rejoigne après.
Est-ce que Nadir Hifi était un des joueurs que vous auriez aimé appeler, s'il avait eu l'accord du Paris Basketball ?
FF : Oui, bien sûr. Sauf qu’on voulait des joueurs pour toute la semaine. Donc, ils nous ont libéré Amath (Mbaye) qui était aussi une des fortes options que l'on voulait.
Victor Wembayama a dit récemment à BeIN qu'il souhaiterait être là cet été, sur les deux fenêtres, mais que si San Antonio atteignait la finale NBA, ce serait compliqué pour celle de début juillet. Est-ce que c'est quelque chose qu'il a déjà verbalisé auprès de vous ?
BD : Non, pas encore. On est bien entendu concentrés sur cette fenêtre pour l'instant. Bien sûr, on commence à réfléchir sur cet été et on aimerait avoir, de la même façon que sur ces fenêtres, le plus de joueurs libres possibles. Après, bien entendu, on comprend que sur une saison très longue, les finales NBA qui finiraient quelques jours avant la fenêtre de fin juin, ce serait quelque chose de compliqué si quelqu'un y va.

« Paul (Lacombe) est le parfait exemple d'un joueur qui a l'expérience internationale et qui a le savoir aussi de fédérer et de créer un groupe »
Dans quel état d'esprit êtes vous avant d'affronter la Hongrie, qui a gagné ces deux premiers matches ?
FF : Ce sont des matchs importants contre une équipe qui est invaincue, qui a battu la Finlande chez elle, et qui surtout a l'habitude de jouer ensemble depuis de nombreuses années. Donc c'est vrai que leur vraie force, c'est leur collectif. C'est le fait que leur équipe ne change jamais, voire très peu. Nous, c'est toujours là où on doit jongler. Alors on a essayé de faire une équipe avec pas mal de joueurs qui étaient là sur la fenêtre numéro 1. On aurait aimé aussi avoir Lionel (Gaudoux) et Matisse (Dossou-Yovo) qui se sont blessés, mais ceux qui les remplacent sont aussi de valeur, sauf qu'ils n'ont pas joué depuis longtemps avec les autres. Donc ça, c'est toujours la difficulté. Maintenant, je pense qu'on a des qualités pour pouvoir s'imposer sur les deux matchs. Et en tout cas, c'est ce que l'on voudra.
Vous avez sélectionné Paul Lacombe, qui nous a dit être très surpris d'être appelé de nouveau en équipe de France ?
FF : Déjà il est là de par ses performances avec son club, puisque Nanterre est deuxième du championnat, et Paul fait une bonne saison. Un groupe, ce n'est pas que l'addition de bons joueurs de basket, c'est aussi savoir créer un état d'esprit et un collectif. Avec la retraite d'Andrew Albicy, qui était quand même le socle de ces fenêtres, on avait besoin aussi d'un joueur qui sache fédérer la nouvelle génération et l'ancienne génération, et qui connaisse aussi ces fenêtres-là. Paul est le parfait exemple d'un joueur qui a l'expérience internationale et qui a le savoir aussi de fédérer et de créer un groupe.
Sachant que la Hongrie est à 2-0, est-ce que l’équipe de France a déjà grillé son joker et doit remporter les deux confrontations à venir ?
FF : Enfin, griller un joker quand on perd en Finlande, qui a terminé 4e du dernier championnat d'Europe, et auquel il ne manquait qu'un seul joueur. C'est ce qu'il faut voir aussi. C'est vrai qu'on doit faire une bonne fenêtre. C'est une évidence, on le sait. Donc, on travaille pour ça.
Y a-t-il un peu de stress ou est-ce que vous arrivez à rester serein ?
Un stress ? Je pense que c'est une partie du métier. Je ne pense pas qu'on puisse parler de stress mais c'est vrai qu'il y a toujours une pression. Mais comme je pense que la Hongrie aussi, même s'ils ont fait un bon début, ce sont des matchs à domicile qui ne sont pas toujours simples à gérer. Maintenant, nous, on connaît notre mission, on connaît les ambitions que l'on a. Donc, les joueurs qu'on a là sont habitués chaque week-end, chaque semaine, que ce soit en Euroleague ou dans leur championnat, ou en BCL, à avoir une nécessité de victoire à chaque fois. Donc, c'est la continuité sauf qu'aujourd'hui, il faut le faire avec l'équipe nationale.
Il y a de plus en plus de joueurs français qui jouent à l'étranger dans la sélection, en Israël, en Turquie, en Lituanie. Est-ce que ça complique ta tâche du coach dans la mesure où ça peut influencer leur jeu de jouer à l'étranger ?
FF : Non, au contraire. Ça peut qu'apporter de la plus-value à leur connaissance du jeu. Déjà, il ne faut jamais oublier qu'ils ont tous été formés en France pendant très longtemps. Donc, on a quand même une académie de jeu et des caractéristiques de jeu bien particuliers. Ensuite, le fait qu'ils jouent à l'étranger, je trouve que c'est une plus-value importante par rapport à leur savoir-faire après sur le terrain. Et nous, quand on construit une sélection, on construit aussi une équipe et on prend les caractéristiques de jeu dans lesquelles ils sont performants. Donc, je trouve que c'est quelque chose d'enrichissant pour le joueur. Et du coup, ça donne une palette encore plus large sur le jeu que l'on peut proposer.
Parmi les joueurs de Nanterre qui ont été convoqués, il y a aussi Hugo Yimga-Moukouri comme partenaire d’entraînement. Parlez-nous de comment vous appréciez le joueur qui n’a que 17 ans et de son potentiel ?
FF : Comme tous les observateurs qui le voient au quotidien, c'est un garçon qui fait une très belle saison. En plus, il est sur place. C'est le côté pratique mine de rien (sourire). Hugo a encore une grosse marge de progression. Et quand on fait quatre entraînements avec des joueurs beaucoup plus expérimentés, c'est une plus-value pour lui, avec un premier contact avec la sélection. Si tout se passe bien pour lui, je pense que c'est quelqu'un que l'on reverra aussi assez vite puisqu'il est censé rester encore un petit peu en France.