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Davy Coffie, le Français qui flambe à Ibiza

Expatrié en Espagne depuis ses 21 ans, Davy Coffie (1,90 m, 23 ans) tente de relever un gros défi : percer à l'étranger en passant par les divisions inférieures. Cette saison, le Franco-Ivoirien est devenu indispensable à Ibiza, en Tercera FEB, équivalent de la Nationale 2.

Davy Coffie © Noah Salime

Depuis plusieurs années, le vivier de talents du basket français est, à juste titre, mis en avant. Mais cette abondance de jeunes joueurs à fort potentiel soulève un problème : tous n'auront pas la chance de pouvoir faire leur trou dans l'Hexagone. C'est le cas de Davy Coffie, qui a dû partir très tôt à l'étranger pour entreprendre sa carrière de basketteur professionnel.

Un départ qui s'est fait à la suite d'un passage tronqué par une blessure à la voûte plantaire avec les U21 d'Aix-Maurienne, et d'une saison passée sans club, à s'entraîner avec un coach particulier. Cette décision a été précipitée par une règle : celle des mutations, instaurée pour réguler les transferts entre clubs des divisions inférieures.

Pour faire simple, les clubs sont limités dans leur recrutement, et doivent respecter un quota. "Par exemple, en N2, je crois que la limite est à 4 mutations, nous explique Davy Coffie. Chaque année, le coach ne peut prendre que 4 joueurs qui avaient une licence avec un autre club. Donc si tu veux jouer en N2, ça peut être très compliqué, parce qu'il y aura peut-être d'autres gars qui viennent d'une autre équipe de N2, qui y sont déjà référencés et qui arrivent au club. Donc il n'y a plus de place pour toi."

L'Espagne comme une évidence

Face à ce système réducteur, le Franco-Ivoirien a dû élargir ses horizons, et a alors opté pour l'Espagne. Un pays reconnu pour sa culture basket, que le jeune arrière connaissait bien avant même d'y signer. "Je suis originaire de Toulouse, donc la Catalogne et Barcelone, au final, c'est à quatre heures de route. Du coup, j'y étais déjà allé pendant les vacances. J'ai tout de suite ressenti la proximité, j'avais la sécurité de me dire que, même si j'étais à l'étranger, je n'étais pas loin de l'endroit où j'ai grandi."

Car oui, malgré le peu de contact qu'il avait de l'autre côté des Pyrénées, Davy Coffie a rapidement trouvé preneur chez nos voisins ibériques, en signant à l'Espanyol Barcelone. "J'avais un ami qui se trouvait en Espagne, il m'a donné les coordonnées d'un club à qui j'ai directement envoyé mes vidéos. Ils m'ont pris. Une fois arrivé ici, justement, il n'y avait pas ce problème de mutation, c'est le terrain qui a parlé pour moi. Très vite, j'ai signé avec mon agent actuel, j'ai commencé à avoir des intérêts. Et c'est comme ça que tout a commencé."

Davy Coffie © Noah Salime

Là-bas, malgré la faible distance parcourue, le Toulousain découvre un tout nouveau style de basket. "Le basket français, c'est plus dur, plus physique, et les joueurs sont sûrement meilleurs en 1 contre 1 qu'en Espagne. Mais ici, c'est beaucoup plus axé sur la tactique, il y a énormément de systèmes, on joue beaucoup en contre-attaque. Il y a des joueurs qui ne sont pas très forts techniquement qui font carrière ici car ils sont intelligents. En France, si toi, individuellement, tu n'es pas bon, tu ne vas pas exister dans le collectif."

Si la première division espagnole, la Liga Endesa est globalement considérée comme la meilleure ligue d'Europe, ses divisions inférieures ne sont pas forcément les plus reconnues. "Si on prend l'équivalent de la Pro B, de la N1 ou de la N2, le niveau est meilleur en France" mais "ça reste quand même très fort en Espagne" nous explique l'arrière.

L'une des différences se fait au niveau des infrastructures où, comme pour le recrutement, les règles ont tendance à être plus laxistes chez nos amis ibériques. "En France, quand tu passes de N2 à N1, je crois que le gymnase doit avoir un certain nombre de places, il doit être validé, etc. Ici, il n'y a pas tellement ça. Il y a un peu de tout, mais dans l'ensemble, ça reste très bien. Surtout quand on affronte les sections jeunes des grands clubs. L'année dernière, j'ai joué quatre fois contre le FC Barcelone, c'était le top."

Ibiza, un environnement hors du commun, mais propice au succès

Après deux années à l'Espanyol Barcelone, le Français a changé d'air cet été, en partant pour Ibiza, un cadre "paradisiaque", plus connu pour ses soirées et sa vie nocturne que pour le basket, qui n'a pas de quoi distraire Davy Coffie de ses ambitions. "Je ne suis pas vraiment quelqu'un qui peut se faire distraire par ce genre de choses. Surtout qu'en fait, la période où on joue, c'est hors-saison [pour les touristes]. Depuis novembre, c'est une île qui est très tranquille. Ce qu'on y voit l'été, ça ne dure pas toute l'année. Par contre, la météo est bonne toute l'année. C'est un endroit où, si tu le veux, tu peux vraiment être focus."

Cet apaisement, le combo-guard arrive à le retranscrire parfaitement sur le parquet. À 23 ans, le Franco-Ivoirien a le vent en poupe cette saison, et s'est rapidement imposé comme un indéboulonnable au sein de l'effectif d'Ibiza. Derrière l'ancien du Barça, de Manresa ou encore de Gran Canaria Nacho Martin, et Javier Medori, touché aux ligaments croisés et out pour le reste de la saison, Davy Coffie est le troisième meilleur scoreur (11,7 points) de son club, avec une excellente adresse (56% au tir et 43% de loin) en championnat et est en passe de boucler la meilleure saison de sa carrière sur le plan individuel.

"Ce qui me permet de me sentir aussi bien, c'est le rôle qui m'est donné. L'année dernière, là où je jouais, c'était très compliqué, parce qu'il y avait un des meilleurs arrière du championnat, qui sortait du centre de formation du Barça dans mon club, tous les ballons passaient par lui. Cette année, sur les postes extérieurs, je me sens comme la première option. Ça me permet de pouvoir avoir cette créativité en attaque, et surtout d'avoir cette marge d'erreur où si je fais une ou deux erreurs, je sais que je vais avoir d'autres possibilités dans le match pour me rattraper, et que je ne vais pas rester sur le banc."

Un plein potentiel qu'il est en train d'atteindre en grande partie grâce à la formation dont il a bénéficié en France. "Ce qu'on m'a appris en France, c'est de défendre dur, et aussi d'être généreux dans les efforts qu'on donne. Par exemple, une balle par terre, je vais me jeter dessus. Quand j'étais en France, il y avait beaucoup de concurrence. Tout le monde devait se battre pour sa place. J'ai gardé cette mentalité et ça a fait que je suis en train de réussir ici."

Parmi les obstacles que l'Occitan a su éviter, celui de la langue est probablement le plus essentiel. Car effectivement, si tout le monde au sein des clubs parle au moins l'anglais dans les ligues principales, ce n'est pas forcément le cas lorsque l'on descend en gamme. "Dans les divisions d'en dessous, c'est impératif de parler espagnol. Parce que même si le coach va faire des efforts pour parler en anglais, au final, il y a tellement d'aspects tactiques pointus à comprendre, de communications à avoir avec tes coéquipiers sur le terrain, que si tu ne parles pas espagnol, ça va directement affecter ton jeu."

Rapidement adapté à cette spécificité, Davy Coffie n'a pas tardé à sympathiser avec ses nouveaux camarades, notamment sous fond de chambrage par rapport à la fameuse rivalité franco-espagnole. "Déjà, on se chambre sur les compétitions et les matchs internationaux de basket, forcément, mais même sur les classements FIBA hors périodes de compétitions. Et aussi, moi qui adore le foot, dès qu'il y a un résultat, que ça soit les Bleus ou un club, on va se chambrer. Mais ça reste toujours bon enfant."

Autre point positif de son expatriation, la partie financière. S'il ne touche pas un salaire mirobolant, le Français bénéficie d'un gros accompagnement de la part de son club. "Beaucoup de clubs font ça en Espagne : mon loyer, mes repas, mes billets d'avion pour rentrer en France, tout est pris en charge. Pareil pour toutes les complications ou les impératifs que je peux rencontrer. Au final, je n'ai même pas besoin de travailler à côté, puisque je n'ai quasiment rien à dépenser de ma poche."

Malgré cette sécurité financière, et son épanouissement dans les Îles Baléares, Davy Coffie ne cache pas son souhait de retourner en France un jour pour y poursuivre sa carrière. "Chaque été, je me pose la question, je me demande si ce n'est pas le moment de rentrer en France. Comme mon agent a plus de contacts en Espagne, la plupart du temps, il me sort des projets ici. Mais je ne me ferme aucune porte, la France, ça reste mon pays. Donc forcément, si jamais je peux avoir quelque chose qui me convient en France, je rentrerai."

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