Aller au contenu

Dounia Issa (Vichy) : "Si les jeunes avancent, le club suivra"

Choisi pour entraîner la Team Rigaudeau au Young Star Game de ce mercredi, Dounia Issa est l'architecte de la très belle saison réalisée par la JA Vichy, sur laquelle il est revenu au micro de BasketEurope.

© JA Vichy

Lorsque vous êtes arrivé à Vichy, vous remplaciez l'icône locale Guillaume Vizade. Y avait-il une sorte de pression ?
C'est particulier parce que Guillaume a passé sept ans là-bas, et que sa dernière saison était une masterclass [Rires]. C'est peut-être la plus belle saison de l'histoire du club en Pro B, il ne manquait que la montée pour que ça soit la saison parfaite. Il avait des chiffres hallucinants, meilleure éval, des séries de victoires de fou, un jeu incroyable, un titre, une demi-finale, tu ne peux pas faire mieux. Donc mon ambition c'était de rester à peu près cohérent. Il y avait forcément de la pression et des attentes, donc j'ai réfléchit avant de prendre le job car je me suis dit "c'est un peu chaud".

J'ai eu la chance d'avoir deux propositions au moment de rejoindre Vichy, il y avait Aix qui était aussi sur la table. Ce n'était pas évident car les deux étaient très différents mais très séduisants. Au final, il faut se challenger, donc même si ce n'était pas un spot simple, je me suis dit "let's go". On a connu un début de saison [20224/25] compliqué. On l'a bien ressenti, que ça soit le staff ou les recrues, qui subissaient cette pression, surtout celles qui venaient de N1. Même si les joueurs s'entendaient très bien, il y avait parfois un manque de confiance entre eux. Ça a pris petit à petit. Et on a fini sur une deuxième partie de saison intéressante.

Lorsque vous avez signé là-bas, vous disiez que votre but était de "développer les jeunes". Cette sélection pour coacher au Young Star Game, c'est une sorte de consécration par rapport à cet objectif ?
Consécration, le terme est peut-être un peu fort. Mais en tout cas ça met en valeur le travail du club et de l'équipe, donc c'est toujours gratifiant. Je ne vais pas faire le mec blasé à dire "nan c'est rien". C'est sûr que c'est cool. Quand j'ai reçu la nouvelle, je ne m'y attendais pas du tout et j'étais content. On essaye d'avoir des équipes jeunes, et à chaque fois de les faire progresser, sur comme en dehors du parquet. Donc oui c'est gratifiant à ce niveau-là.

Vous avez connu des moments forts en tant que joueur à Vichy, Clermont, Le Mans ou encore Gravelines. Que retenez-vous de ces expériences pour transmettre à vos jeunes joueurs ?
Les exigences du très haut niveau. Quand j'ai été joueur, j'ai eu la chance de croiser plein de personnalités différentes, et de pouvoir comparer ce qui faisait que certains joueurs jouaient à plus haut niveau que d'autres. Je n'ai pas fait de centre de formation, mais j'ai connu quasiment toutes les divisions. J'ai fait la N2, la N1, la Pro B et la Pro A. Le goût de l'effort, l'exigence, c'est ce que j'essaye de transmettre. Aussi le plaisir de partager ces moments-là, parce qu'une carrière, c'est court. J'essaie de faire en sorte qu'ils ne prennent pas ces moments pour acquis, qu'ils les apprécient. Les gamins parfois ils ne s'en rendent pas compte parce qu'ils sont dedans, mais c'est des belles aventures. Ils vont développer des souvenirs énormes et des connexions à vie avec certaines personnes. Il faut qu'ils apprécient ça.

Comme quasiment chaque année, Vichy performe malgré l'un des plus petits budgets de l'Élite 2. Quelle est la recette pour rester bien placés malgré vos petits moyens ?
On essaie de créer une identité forte, d'être une bonne équipe défensive. Forcément, pour se maintenir, quand on n'a pas le budget de certaines équipes, on ne peut pas se payer les joueurs "confirmés" au niveau de la technique et du talent. Ils coûtent trop cher. On essaie d'avoir une base solide dans l'état d'esprit et la défense. L'année dernière, on finit deuxième meilleure défense derrière Boulazac. Cette année, à la mi-saison, on était premier. J'espère qu'on le restera, ou au pire qu'on soit dans le top 5. On sait que si on se trouve dans ces chiffres-là, on sera cohérent en vue d'un maintien confortable, et peut-être pour ambitionner mieux. Derrière, l'idée c'est de faire progresser les jeunes tout au long de la saison. S'ils avancent, forcément, le club suivra.

"On est le premier réservoir d'Europe"

Ce mercredi, vous allez affronter votre pivot Mohamed Sankhé, qui jouera dans la Team Piétrus. Que pouvez-vous nous dire sur lui et sur ce qu'il apporte à votre groupe ?
Déjà, je suis extrêmement content que Cholet ait accepté de nous le prêter. Quand je l'avais vu jouer là-bas et à la Coupe du Monde U19, j'avais beaucoup aimé. À Vichy, j'ai retrouvé un garçon enthousiaste, qui a faim d'apprendre, très actif, capable de jouer au poste 4 et 5, même si on le met surtout en pivot. Il est très mobile, fort sur les short rolls avec du toucher. Puis un état d'esprit très intéressant. Beaucoup de fraîcheur, de bagarre.

Il nous a fait de très bons matchs. Je pense à son match à Orléans où, même si on perd, il finit à 20 d'éval en 13 minutes. Ça doit être l'un des meilleurs rebondeurs du championnat à la minute. Il a un sens du jeu et du rebond exceptionnel. Là je parle de ses points forts, mais il a encore des choses à améliorer. Que ça soit ses poses d'écran, sa concentration, ou sa régularité à l'entraînement, c'est des choses sur lesquelles il doit bosser. Mais on est très content de l'avoir avec nous.

Mohamed Sankhé © FIBA

En parlant de la Team Piétrus, vous en avez un dans votre effectif (Illan). Comme pour Mohamed, que pensez-vous de sa production ?
C'est sa première expérience pro, donc il arrive des Espoirs. Quand Élian Benitez s'est blessé, on était bien content d'avoir un gars comme Illan qui s'est présenté, c'était presque inespéré. Il a très vite accepté de nous rejoindre. Il y a eu des hauts et des bas, avec des périodes de forte progression, et des rechutes où on était en droit d'en attendre plus de lui. Il découvre encore l'intensité qu'il fau déployer au quotidien pour se mettre au très haut niveau.

Il a des flashs comme à Quimper avant la trêve ou à Saint-Chamond à la reprise où il a été très bon. Parfois, il est plus discret, il se perd un peu et on le voit moins. Pour une première saison c'est encourageant, mais j'espère qu'il va continuer à monter. On aura besoin d'un Illan qui finit en boulet de canon si on veut accrocher les play-offs sans passer par le play-in. Ça sera une bataille parce qu'il y a beaucoup de monde derrière.

Il y aura une vingtaine de scouts NBA au Young Star Game. Qu'est-ce que cela dit de la qualité du vivier du basket français ?
Ça dit tout. On est le premier réservoir d'Europe sur les joueurs. On a des garçons de plus en plus jeunes, dynamiques, avec de grosses qualités athlétiques. La création de cet évènement a permis d'avoir une vraie mise en valeur de la formation française. C'est vrai que nous, Français, on aime bien critiquer, être ronchons, mais des fois il faut reconnaître qu'on a de très bons formateurs. Je pense à Nicolas Croisy à Bourg ou Christian Corderas à Antibes.

L'été dernier, entre Lucas Duféal, Assémian Moularé ou encore Ugo Doumbia, vous avez essuyé beaucoup de départs. Craignez-vous que la situation se répète lors du prochain mercato ?
Quand tu es à Vichy, malheureusement, c'est ton lot. Les joueurs progressent, ils sont mis en valeur... bon parfois il y a des buy-out et le club s'y retrouve. Mais en vrai ce n'est pas facile, c'est challengeant en tant que coach. J'aimerais bosser sur des cycles de deux ans, mais des fois je ne peux pas. En plus maintenant, avec la concurrence des NIL en NCAA, c'est fou. On a trois joueurs qui avaient des NIL très importants sur la table, et qui ont décidé de venir à Vichy alors qu'ils pouvaient gagner plus que certains joueurs de Pro A. Ça en dit long sur ce qu'il se passe et sur la difficulté pour les clubs français d'assurer la post-formation de leurs jeunes joueurs.

À Levallois-Perret.

Fil d'actualité