Au moment de devenir la première joueuses tricolore à faire son entrée au Hall Of Fame du basket féminin américain, Isabelle Fijalkowski a, avec toute l'humilité qui la caractérise, souhaité dédier son discours d'intronisation à toutes les personnes qui l'ont aidé à atteindre les sommets du basket féminin. En voici la transcription complète :
"Je dois être honnête avec vous : je ne suis pas sûre d'avoir jamais imaginé me retrouver ici. Non pas parce que je n'ai pas travaillé pour y arriver, mais parce que quand on grandit en France en rêvant de basketball, on se concentre sur le prochain entraînement, le prochain match, le prochain défi. On n'imagine pas qu'un moment comme celui-ci puisse exister.
Alors avant toute chose, je veux simplement dire merci, parce que personne n'accomplit cela seul. J'ai grandi en France à une époque où le basketball féminin cherchait encore sa voix. On n'avait pas grand-chose, mais on avait la passion. Et on s'avait les unes les autres. C'était suffisant pour aller loin.
Je jouais déjà pour l'équipe nationale, je vivais mon rêve, quand quelque chose en moi a commencé à se demander ce que ce serait de jouer aux États-Unis. Je ne savais pas comment y arriver. Je n'avais pas de plan. J'avais juste ce rêve discret. Et puis des gens sont apparus. Ma coéquipière, Paoline Ekambi, a entendu ce rêve.
Paoline était la capitaine de notre équipe nationale, 254 sélections sous le maillot bleu, la première Française à avoir jamais joué en NCAA aux États-Unis. Et elle a passé un coup de téléphone en mon nom. Elle a appelé Tanya Haave, une joueuse américaine qui évoluait professionnellement en France à l'époque.
Tanya était quelqu'un qui a tout donné à ce sport, une All-American à Tennessee, la meilleure scoreuse de tous les temps des Lady Vols, 14 ans de carrière professionnelle à travers l'Europe. Elle parlait français. Elle comprenait les deux mondes.
Elle a porté mon nom jusqu'à Ceal Barry (coach de l'université du Colorado à l'époque, NDLR), comme vous le savez, et a ouvert une porte que je n'aurais jamais trouvée seule. Ceal, je n'ai pas les mots pour te remercier pleinement. Tu as cru en moi. Tu m'as poussée. Tu m'as montré ce que cela signifiait de se battre au plus haut niveau chaque jour. Tu m'as façonnée en tant que joueuse et en tant que personne. Je suis tellement reconnaissante que tu sois entrée dans ma vie.
Et Renee Brown (Cheffe des opérations basket de la WNBA pendant 20 ans, NDLR). Quand Renee a prononcé mon nom avec le deuxième choix en 1997, elle a envoyé un message au monde entier : une Française avait sa place en WNBA. Elle a vu en moi quelque chose que j'apprenais encore à voir moi-même. Ses conseils et son amitié ont compté plus que je ne saurais le dire. Merci, Renee.
Aucune d'elles n'était obligée de faire ce qu'elles ont fait. Elles ont choisi de le faire. Et grâce à elles, ma vie a pris un chemin que je n'aurais jamais pu tracer moi-même.
Le reste, c'était du travail. Beaucoup de travail. Chaque matin, de longues saisons, des moments de doute qu'il a fallu apprendre à traverser. Je ne vais pas prétendre que c'était toujours facile, mais j'ai toujours cru que si on reste discipliné, humble, et si on continue à se montrer présent, quelque chose de bien finit par arriver.
C'est ce que ce sport m'a appris. Et tout au long de ce parcours, j'ai eu mes amis et ma famille. Katia, nous étions coéquipières en équipe nationale. Et l'amitié que nous avons construite dure depuis toutes ces années, depuis nos 20 ans. Tu es forte en tout point, toujours enthousiaste, incroyablement généreuse. Et aujourd'hui, tu t'occupes aussi de mes relations publiques avec tellement de talent et d'énergie, ce qui est honnêtement peut-être ton travail le plus difficile à ce jour.
David et Florence, vous faites partie de ce cercle d'amis proches qui m'ont accompagnée tout au long de ce parcours vers le Hall of Fame. Avec vous, on partage les bons moments de la vie et on se soutient dans les difficiles. Vous faites partie de ces belles âmes qui apportent de la lumière dans nos vies, tout comme Leila, Carthy, Fabienne, et leurs maris.
Éric, mon chéri, tu es entré dans ma vie après le basketball, et cela me dit tout sur notre relation. Tu n'as pas choisi la joueuse, tu as choisi la personne. Tu as été mon roc, mon calme, mon foyer. Cela t'appartient aussi. Tu n'as peut-être pas compris cette partie, alors laisse-moi le dire simplement, en français : "Merci, Eric, du fond du cœur."
Et Alicia, ma petite chérie. Tu écris ta propre histoire maintenant à l'Université de Caroline du Sud avec Dawn Staley. Te voir porter ce même amour du jeu, ce même feu, simplement savoir que tu es là-bas à faire ce que tu aimes, c'est tout pour moi.
Alicia Tournebize quitte Bourges pour South Carolina en NCAA
Alicia Tournebize (1,96 m, 18 ans) ne portera plus le maillot du Tango Bourges Basket. Elle va poursuivre sa carrière à partir de janvier en NCAA aux South Carolina Gamecocks.

Je suis ici aujourd'hui grâce à vous tous : mes coéquipières à CU, représentées par Shelley Sheetz et Reagan Scott, mes coéquipières à Cleveland, et mes coéquipières des équipes nationales françaises, des clubs en France et en Italie. Ce sport m'a tellement donné. Il m'a donné l'amour et la résilience, et surtout, il m'a mené vers des gens qui ont cru en moi, qui ont transmis mon nom, qui ont ouvert des portes et les ont tenues ouvertes. Je leur suis tellement reconnaissante pour tout cela.
Merci pour tout."
