"Pour démarrer, on va parler sélection. Qu'est-ce qui vous a poussé à choisir de représenter l'Angola vous qui êtes né à Bondy ?
C'est vraiment le choix du cœur, parce que mes deux parents sont Angolais, j'ai encore énormément de famille là-bas. À la base, je ne savais pas que je pouvais jouer pour l'équipe nationale angolaise, je ne savais pas comment ça fonctionnait. Mais depuis tout petit, j'ai le passeport, donc dès que la fédération m'a contacté, je n'ai pas hésité et j'ai accepté. Ça me permettait de reconnecter avec mes racines, avec ma famille sur place et les représenter aussi en portant le maillot. En plus l'Angola, c'est une équipe forte en Afrique. Je savais que ça me permettrait de jouer des compétitions comme l'AfroBasket, la Coupe du Monde ou pourquoi pas les Jeux Olympiques. À l'époque, j'avais 21 ou 22 ans, donc c'était aussi une opportunité sportive pour moi de me développer. Quand on met tout ça bout à bout, le choix était simple, donc j'ai foncé.
Et vous ne ressentez donc pas de regret en voyant que Frédéric Fauthoux est désormais à la tête des Bleus ?
Non, il n'y a pas de regret parce qu'on ne sait pas comment ça serait passé si je n'avais pas l'expérience que j'ai acquise en jouant la Coupe du Monde, en faisant les stages de préparation avec des joueurs de haut niveau qui m'ont forcément aidé à progresser mentalement, physiquement ou même dans l'expérience. Peut-être que sans ça, je n'aurais pas été le joueur que je suis aujourd'hui. Donc, pas de regret. Après, ça aurait été une belle histoire aussi. Mais je ne regrette pas, j'ai choisi mon chemin et ça me va très bien. Et je pense que l'équipe de France s'en sort très bien sans moi. [Rires]

Cet été, Frédéric Fauthoux a fait le choix de vous nommer capitaine de la JL Bourg. Qu'est-ce que cela représentait pour vous de prendre cette nouvelle responsabilité si tôt, à 24 ans ?
Beaucoup de fierté, parce que ça a témoigné du chemin accompli. J'étais l'un des seuls joueurs qui restait de l'année précédente. C'est ma troisième année au club. Je suis arrivé par la petite porte en tant que troisième intérieur. Et aujourd'hui, pour ma quatrième saison, je suis titulaire et capitaine. Donc, ça prouve que le club n'a pas eu tort de me faire confiance. J'ai progressé, j'ai travaillé, j'ai fait des bonnes prestations, et j'ai réussi à montrer au coach que je pouvais être un leader sur le terrain et en dehors. C'est pour ça qu'il m'a donné ce rôle. Il ne l'a pas fait par sympathie, mais parce qu'il a confiance en moi. Cette confiance, elle me tient à cœur. J'ai pour objectif de donner la plus belle image possible pour le club en donnant le maximum à chaque fois.
Justement, quand vous êtes arrivé à Bourg en qualité de troisième pivot, vous attendiez-vous à y connaître une ascension si fulgurante ?
Aussi rapidement, non. Mais quand j'ai eu les entretiens avant de signer, on m'a toujours dit que c'était un projet à long terme et que, tôt ou tard, j'aurais ma chance, que ça allait être à moi de la saisir. Il s'est avéré que, ma chance, je l'ai eue dès le premier match de championnat. Donc, j'ai réussi à la saisir et c'est allé beaucoup plus vite que prévu. Je savais que je pouvais atteindre ce niveau-là, et le club m'a bien aidé. Et j'espère leur rendre au maximum chaque jour sur le terrain.
Vous n'êtes pas très grand pour un intérieur (2,04 m), qu'est-ce qui vous a permis malgré tout de vous imposer dans l'un des meilleurs clubs français ?
J'ai eu la chance d'arriver dans une ère où le basket est très moderne et basé sur le jeu extérieur. Donc, la vitesse et la mobilité, ce sont mes principales qualités. Je suis avant tout un défenseur. Le fait que je sois un peu plus petit que mes pairs, ça fait que je peux switcher plus facilement sur les extérieurs en fin de possession. Je peux être plus rapide sur des steps agressifs comme on le fait à Bourg. Je peux être beaucoup plus mobile sur des pick and roll, des courses tout-terrain, des alley-oops. En tout cas, tout ce qui est réactivité et mobilité, j'ai un avantage. Je suis un profil différent de ce qu'il peut se faire sur le marché. Je corresponds bien au style du jeu du coach, c'est pour ça que j'ai réussi à m'imposer à Bourg.
Il y a plein d'intérieurs qui sont dans le même profil que moi. On peut citer Mathias Lessort ou Josh Nebo qui sont en Euroleague. Ça montre que des gars de poste 5, un peu petits, un peu "under-sized" comme ils disent peuvent rivaliser avec Edy Tavares, Nikola Milutinov ou Jonathan Jeanne en Championnat de France. Ma capacité à switcher, à être réactif, à pouvoir courir et enchaîner les courses à haute intensité, c'est ça qui fait que je suis là aujourd'hui.
"Le coéquipier qui m'a le plus surpris ? Je dirais William McDowell-White"
Cet été, le club a enregistré neuf nouvelles recrues. Comment s'est passé l'adaptation ?
Ça a été plutôt simple, parce que tout le monde était nouveau, vu que je suis le seul rescapé avec Adrian Nelson, qui est malheureusement blessé et n'a pas encore joué de cette saison. Tout le monde est arrivé avec une très belle mentalité. Une envie d'apprendre et de créer un groupe, un collectif, le plus rapidement possible. Ça a pris le temps qu'il fallait, il y a eu des petits couacs, mais là, le groupe est solide. On est en train d'atteindre le potentiel qu'on a pu percevoir au début de saison entre nous. Tout le monde a trouvé sa place, tout le monde est content, il y a une bonne ambiance dans le groupe, que ce soit sur et en dehors du terrain, et ça aide pour créer un collectif et faire des belles choses. Ça a été plutôt simple, mon job de capitaine a été très très facilité par mes coéquipiers qui sont exemplaires.
Comme vous n'en connaissiez aucun, lequel de vos coéquipiers vous a le plus agréablement surpris ?
Celui qui m'a le plus surpris ? Je dirais William McDowell-White, qui est pour moi un élément capital de l'équipe. Il est très calme, très posé, avec beaucoup d'expérience. Avec lui, on est serein. Il dégage une sérénité qui m'a surpris. Quand tu es sur le terrain avec lui, tu sens que tu es en contrôle et tu ne paniques pas. Contre Paris, il met un 3-points qui nous donne 6 points d'avance, face à Ljubljana aussi il avait été très important en fin de match.

Face à Ljubljana, vous n'aviez pas très bien démarré. Comment vous y êtes-vous pris pour corriger le tir et vous imposer ?
Ça, c'est la force de caractère de cette équipe. On n'abandonne pas et on connaît nos qualités. On sait qu'en resserrant la défense, en empêchant les paniers faciles et en récupérant le rebond, on a assez de talent offensif pour rivaliser avec n'importe quelle équipe du championnat ou même d'Europe. Donc, on a gardé confiance en nous. On s'est concentrés sur les tâches défensives pour récupérer le momentum. Petit à petit, on a grappillé et une fois qu'on a égalisé au score, on était en contrôle et on savait qu'on avait les cartes entre les mains.
Vous êtes sur une série de quatre victoires en ce moment. Êtes-vous dans la meilleure forme de votre saison ?
Je ne sais pas parce qu'on a eu une très grosse série au mois de décembre. Mais en tout cas, on arrive à atteindre un niveau dont on avait besoin pour cette période. On est très content, parce que c'est à ce moment-là qu'il faut être bon, c'est à ce moment-là que les matchs couperets arrivent - la demi-finale ou encore des gros matchs contre des concurrents directs en playoffs. On a réussi à faire des matchs de très haut niveau à chaque fois. Ça prouve que notre équipe a progressé. On a eu un petit creux au niveau du mois de janvier/février, mais ce regain de forme montre que c'était seulement une fatigue passagère et qu'on est prêt à dérouler jusqu'à la fin de saison. Mais pour ça, il faut rester concentré, continuer à bosser, rester humble et avancer.
"Cette année, on est beaucoup plus homogène"
Depuis votre victoire à Paris, vous avez eu une semaine complète sans match. À quel point est-ce que cela vous a fait du bien avant la grosse échéance contre Turk Telekom ?
C'est sûr qu'on a eu du repos comme rarement dans la saison. On a pu se reposer, mais on a aussi pris le temps de bien bosser et préparer cette demi-finale contre un adversaire qu'on connaît déjà, qu'on a battu deux fois. Mais on sait que la saison régulière et les playoffs, ce n'est pas le même basket. Donc on a bien bossé pour être prêt pour les batailles qu'il faudra livrer mardi et vendredi.
Si on parle de votre adversaire, vous le connaissez déjà, il vient de sortir l'un des favoris de la compétition (Hapoël Jérusalem) au terme d'un scénario dingue. Qu'attendez-vous de Turk Telekom ?
Bien sûr, on les appréhende. C'est un effectif qui a été aussi construit pour gagner l'Eurocup. C'est un de leurs objectifs depuis le début de saison. C'est une équipe avec de grands joueurs, beaucoup de qualité. Les deux matchs qu'on a joués contre eux étaient des matchs très disputés, qui se jouaient à la fin, sur quelques possessions. On a réussi à avoir le calme et la réussite nécessaires pour que ça bascule de notre côté. Mais ça aurait pu basculer de l'autre avec un peu moins de réussite.
Donc, on sait que ce sera des matchs acharnés, où chaque possession, chaque défense, chaque rebond seront capitaux. On est prêts pour ça. Et je pense qu'aussi, ils risquent d'avoir un petit esprit de revanche. Parce que perdre deux fois contre le même adversaire, ça doit rester dans la tête. Mais nous, en revanche, gagner deux fois contre eux ne doit pas nous mettre en surconfiance. On sait que, en tout cas, on s'est bien rappelé cette semaine que ça allait être un contexte totalement différent, que ça allait être une équipe totalement différente qu'on allait affronter. Donc, on est prêts à ça.

La dernière fois que vous avez atteint ce stade de la compétition, l'équipe était bien plus médiatisée, notamment avec la présence de Zaccharie Risacher. Comment compareriez-vous cette équipe avec celle de cette année ?
C'est marrant parce qu'on m'a posé cette question à l'entraînement ce matin, en discutant entre coéquipiers, et j'aurais dit qu'il y avait un peu plus de talent il y a deux ans. On avait des joueurs exceptionnels comme Zaccharie qui est en NBA aujourd'hui, qui a fini premier choix après cette saison-là. Ou alors Isiaha Mike, qui est en Euroleague pour la deuxième saison. Donc on avait des gros talents.
Personnellement, je suis plus mature, j'ai pris deux ans d'expérience en plus, donc je suis meilleur qu'il y a deux ans. Cette année on a un peu plus de sérénité et de contrôle sur les matchs. On a appris à la dure, on a fait des grosses contre-performances, des matchs qu'on dominait et qu'on a perdu sur le fil. Ça fait partie du processus quand l'équipe est jeune et nouvelle comme ça. Aujourd'hui on a atteint un niveau où ça ne peut pas nous arriver de nouveau. Donc je dirais que oui, on est plus collectif, plus compact, plus dur défensivement qu'il y a deux ans, et ça peut nous aider à aller plus loin.

Cette saison, vous avez battu l'ASVEL, Paris et Monaco en Betclic Élite. Ressentez-vous que vous vous êtes greffé au trio de tête pour former une sorte de "Big Four" ?
Je ne pense pas. Il ne faut pas oublier des équipes comme Nanterre, qui fait une très grosse saison et qui aujourd'hui est deuxième du championnat, et qui mérite totalement sa place. Ou alors une des équipes comme Le Mans, qui a réussi à nous battre par exemple à la Leaders Cup, qui a fait toutes les finales et qui a encore un finale de Coupe de France cette année. Donc créer un "Big Four", je ne pense pas, ça serait manquer de respect aux deux autres que j'ai cité, sans parler de Cholet et Strasbourg. Mais on fait partie des prétendants, on sait que ça pousse fort derrière. Si on veut avoir cette place dans le "Big Four", il va falloir le prouver, et on n'a encore rien fait. Si on atteint la demi-finale de Betclic Élite, là on pourra en parler.
En théorie, le vainqueur de l'Eurocup doit disputer l'Euroleague. Est-ce devenu un objectif pour vous ? Un sujet qui revient dans le vestiaire ?
Non, on n'en parle pas trop. J'essaie de garder les gars dans le haut au présent. On ne peut pas trop se projeter. On a d'abord une demi-finale à gagner, un match 1, et un match 2. Et après, il y a une finale contre potentiellement Besiktas ou Bahçesechir, deux gros clients. Personnellement, je n'aime pas trop me projeter parce que ça peut créer des illusions, de sensation de confort, de voir les choses plus faciles qu'elles ne sont. Donc non, cette question-là, on ne se l'est pas posée. Ce n'est pas pour nous pour le moment. Mais en temps voulu, peut-être qu'on y répondra. J'espère en tout cas."
