"On va démarrer par l'actualité, et cette série face à Landerneau. En tant que groupe, comment avez-vous vécu ce match retour où vous avez vu votre avance fondre petit à petit pour une qualification sur le fil (+1 sur l'ensemble des deux matches) ?
Ce n'était pas simple, bien évidemment, parce qu'on maîtrisait plutôt le sujet en première mi-temps. On était dans ce qu'on voulait faire, on était vraiment dans le match. Et puis on a calé un petit peu. On avait du mal à mettre notre attaque en place, on prenait des paniers en défense. Comme dans tout ce genre de momentum, quand ça ne tourne pas en notre faveur et qu'on n'arrive pas à trouver des solutions, c'est un petit peu dur. Mais on a su faire le dos rond et malgré tout aller chercher cette qualif', ce point différentiel. Donc voilà, quand même satisfaite de l'issue, ça montre qu'on avait fait ce qu'il fallait à la maison. Même si c'est vrai que ce n'était pas simple de rester vraiment présente et de ne pas baisser la tête.
En cas d'élimination, ça aurait pu être le dernier match de votre entraîneur Valéry Demory. Que vous a-t-il apporté depuis son arrivée sur le banc du BLMA ?
Beaucoup de confiance. S'il y a quelque chose à retenir, c'est la confiance qu'il a eu en moi. Il m'a laissé être moi-même tout en me poussant à être encore meilleure et à améliorer des aspects du jeu qu'il fallait. En fait, je n'ai pas changé énormément, mais c'est grâce à cette confiance-là que je pense que j'ai pris un peu plus de responsabilités, que j'ai été meilleure aussi au niveau de mon tir extérieur. Même si c'est aussi grâce à moi, il m'a permis de retrouver l'équipe de France. Donc ça, ça a été un gros, gros point pour moi. Je lui en serai toujours reconnaissante.

Votre prochain rendez-vous, c'est la demi-finale contre Basket Landes, les favorites qui risquent d'arriver revanchardes après leur élimination en Euroleague. Dans quel état d'esprit allez-vous aborder cette confrontation ?
Très décomplexée, on a conscience de l'équipe qui se dresse face à nous. Une équipe qui n'a perdu que trois fois en championnat cette saison, qui a fait un très gros parcours d'Euroleague, qui est en finale de la Coupe de France. C'est à l'heure actuelle la meilleure équipe française, qu'on se le dise. Mais ça reste du basket, on n'a réellement rien à perdre, tout à gagner. Si on arrive à sortir cette équipe, ce serait un petit exploit. On est concentré sur nous. Il faut qu'on arrive prête et décomplexée. Qu'on joue notre jeu, bien évidemment. Si les dieux du basket sont avec nous et qu'on a la réussite, ça pourrait bien nous aider [rires]. Mais voilà, en tout cas, on veut jouer sans avoir de regrets. Et puis, on verra. On fera les comptes à la fin.
"La quasi-totalité des salles sont pleines"
Vous avez terminé la saison 3e meilleure passeuse de La Boulangère Wonderligue, qu'avez-vous pensé de votre saison ?
Honnêtement, je n'ai même pas regardé les statistiques. Je ne sais même pas si c'est mieux que la saison précédente ou pas. Je pense que je peux faire un peu mieux. Il y a eu des très bons matchs et des moins bons. Je sais que ma blessure à la côte, ça m'a quand même bien freinée dans mon élan, c'est un peu dommage parce que je pense que la première partie de saison était correcte à titre individuel. Et après, j'ai mis un peu de temps entre janvier, février et mars. Je pense que ça m'a pris deux mois à peu près pour bien revenir. Je ne me sentais bien qu'après la trêve internationale.
En vrai, je n'aime pas réellement parler de moi. C'est les résultats de l'équipe qui sont importants. C'est juste un peu triste qu'on n'ait pas pu accrocher une finale cette année. On avait deux demi-finales, que ce soit en Coupe d'Europe ou en Coupe de France. Je pense que le gros regret notamment de la Coupe de France, c'est difficile. J'ai à cœur de bien terminer et d'essayer justement de décrocher une finale cette année.
À quel point était-ce difficile pour vous de devoir suivre votre équipe depuis les tribunes sans pouvoir les aider pendant plusieurs semaines ?
Ce n'était pas simple du tout. C'est une des premières fois de ma carrière que je vivais ça. Je suis quelqu'un d'un peu hyper actif, qui a du mal à se poser. Déjà dans cet aspect-là, ça a été dur. Je n'ai pas réellement coupé. J'allais à l'entraînement tous les jours pour être avec les filles. Je n'avais pas envie de perdre ce lien. Je trouvais ça important comme je suis capitaine. Si je n'avais pas fait ça, j'aurais eu l'impression de les délaisser. C'était impensable pour moi. J'ai essayé d'être là au maximum. Après, c'est quand même passé assez rapidement, j'ai pu rebouger, faire des trucs assez tôt. Ce n'était pas simple. Mais en même temps, je pense que je l'ai plutôt bien géré.
"Le basket est un sport incroyable"
Et justement, les tribunes de LFB sont de plus en plus remplies, avec un record de fréquentation cette saison. En tant que joueuse, vous l'avez ressenti sur le parquet ?
Oui, franchement, on le voit. La quasi-totalité des salles où on va, elles sont pleines. Ça fait vraiment plaisir. Il y a des salles plus grandes que d'autres, mais même quand ce sont des petites salles, elles sont pleines. Là, on a vraiment cette sensation que le basket féminin est suivi et que les supporters, mais aussi spectateurs, plus ou moins lambda, se déplacent et viennent voir du basket féminin. Je ne veux pas dire que c'est une victoire, parce que ce n'est pas une fin en soi, mais c'est bien, il faut continuer comme ça. J'espère que le spectacle produit sera toujours aussi bien pour que ça donne envie aux gens de venir voir du basket féminin et de remplir encore une fois les salles. Et espérons même que les salles doivent s'agrandir, parce qu'il y a de plus en plus de demandes et de monde.
Cela fait plus de quinze ans que vous jouez en pro en France. Comment ça a évolué au niveau de la médiatisation depuis vos débuts ?
Il y a de plus en plus de médias qui voient le jour, qui suivent, qui essayent de faire encore plus grandir le sport féminin. Les matchs sont de plus en plus médiatisés aussi, ils sont à la télé. Ce n'était pas le cas avant. Je me rappelle qu'il n'y a peut-être que les finales qui étaient à l'ancienne sur Sport +. Franchement, ça avance bien. Après, je pense qu'on peut faire encore mieux quand on voit ce qui se fait aux États-Unis. Ce n'est pas réellement comparable, mais on voit que le basket féminin là-bas devient vraiment un gros truc. Il faut essayer de tendre vers ça.

Pourrais-t-on imaginer un système comme celui de l'Élite 2, avec des matchs en clair sur les chaînes régionales ?
Oui, ça serait cool ! Honnêtement, c'est possible. J'essaye réellement d'être objective, mais je trouve que le basket est un sport incroyable. Je suis sûre que les gens, même s'ils ne connaissent pas, pourraient réellement aimer. Je le dis en connaissance de cause, dans le sens où nous, on a beaucoup de gens qui viennent nous voir à Montpellier qui ne connaissent pas. Et le nombre de personnes qui nous disent : « Ah, c'est ma première fois, mais j'ai adoré, c'est incroyable ! » Les gens aiment quand ils viennent, ils passent un super moment. Donc, je pense que ce serait faisable. Je ne sais pas trop par où commencer, mais je suis sûre que les gens prendraient du plaisir.
Avec la médiatisation qui grandit, avez-vous gagné en notoriété ? Êtes-vous souvent reconnue dans la rue ?
J'habite maintenant à Montpellier, donc c'est un peu différent qu'à Bourges, par exemple, où il n'y avait que du basket. Les gens dans la rue nous reconnaissaient souvent. Par contre, on voit quand même plus d'engouement dans les salles. Après les Jeux, j'ai vraiment ressenti cette chose-là. Les gens qui venaient nous remercier, les parents, les enfants qui voulaient des photos, des choses comme ça. On voyait qu'il y avait eu un gros événement, que les gens avaient suivi, qu'ils étaient heureux de nous voir, ou des choses comme ça. Donc ça, c'est vraiment super cool.
Après, au quotidien, ma vie n'a pas changé. Mais on sent quand même qu'il y a de l'engouement. Plus qu'avant ? Je ne sais pas, parce que j'ai quand même connu l'époque des braqueuses à Londres, l'effet Céline Dumerc. Les salles étaient pleines et ça a été une belle époque pour le basket français et la ligue. Je dirais quand même qu'il y a plus d'engouement aujourd'hui. J'espère que ça pourra encore plus se développer, parce que, comme tu l'as dit, je pense qu'il y a beaucoup de gens qui pourraient se régaler en venant voir du basket.
Cela est-il dû à la belle génération de joueuses qui est en train d'éclore, avec Dominique Malonga ou Nell Angloma ?
Oui, c'est incroyable de voir le nombre de talents qu'on peut avoir en France. Ça permet à des jeunes filles de rêver grand, elles voient que ça peut leur arriver aussi. Donc je pense que c'est bien, ça ne peut que faire évoluer le basket féminin dans le bon sens, honnêtement. Ça prouve combien la formation française est bonne, ça donne aussi peut-être envie à des parents de mettre leurs enfants au basket. Je trouve ça cool.
"Les Bleues iront à la Coupe du Monde pour la remporter !"
Que pensez-vous des nombreux départs que l'on observe vers la NCAA ?
C'est difficile de rivaliser. Maintenant, on va se le dire : c'est financier. À l'ancienne, il y avait des universités qui nous demandaient, mais c'était moins dans les mœurs. Maintenant, l'essor du basket aux États-Unis, avec tout ce que ça comprend, fait que les filles se posent beaucoup de questions et la plupart partent, mais je les comprends. Les conditions dans lesquelles elles sont mises sont juste extraordinaires.
Avec les NIL et tout ça, elles ont des salaires que même les meilleures joueuses européennes n'ont pas. C'est déjà un énorme point, parce qu'on ne va pas se mentir, quand on est jeune et qu'on arrive dans la ligue, on est souvent au SMIC. Il n'y a pas que ça, il y a toutes les installations, comment elles voyagent, toutes les universités ont des avions privés, elles ont des chefs qui font à manger. C'est là où nous, on est un petit peu en retard. Je peux comprendre maintenant qu'avec tout ça, elles aient envie de rêver grand aussi, de tenter l'expérience.
En voyant cela, regrettez-vous de ne pas être plus jeune ?
Non, il ne faut pas avoir de regrets. Je suis née quand je suis née. Je suis juste contente de voir combien ça évolue et combien ça grandit. Il faut le prendre dans ce sens-là, plutôt que d'être jalouse ou quoi que ce soit. Je trouve ça génial que tout ça se passe et que le basket féminin devienne un sport très respecté et que les moyens soient mis pour que les filles performent. Je trouve ça superbe, tant mieux pour elles et tant mieux pour les prochaines générations. Je pense que ça ne fera qu'améliorer le basket féminin.
En septembre, il y a la Coupe du Monde. À 32 ans et avec la belle génération qui arrive, est-ce un objectif avant la retraite internationale ?
Tous les moments avec l'équipe de France sont un objectif. J'ai conscience de l'âge que j'ai (33 ans en juin), j'ai conscience du vivier qu'il y a derrière aussi, des jeunes qui poussent et qui vont arriver et qui sont incroyables. On ne sait jamais de quoi demain est fait et ta place n'est jamais garantie. Ça pourrait être le dernier. Je profite de chaque instant. Si j'ai la chance d'être à la Coupe du Monde, je me donnerai à fond comme je l'ai toujours fait parce qu'encore une fois, rien n'est promis pour après. J'espère réellement y être et surtout faire un résultat. C'est pour ça qu'on bosse aussi. Il y a une superbe équipe. L'équipe de France est très compétitive et elle ira au championnat du monde pour le remporter.

Avez-vous les Jeux Olympiques de 2028 dans un coin de la tête ?
Oui, bien sûr. Ce serait mentir de dire que ce n'est pas un objectif parce que ça va arriver très vite. Mais je n'y pense pas trop non plus parce qu'il y a énormément d'étapes avant et que j'ai toujours fonctionné comme ça. Je n'ai pas envie de m'emballer et de commencer à penser à quelque chose qui potentiellement pourrait ne pas arriver. Chaque chose en son temps. Déjà, il faut terminer la saison avec le BLMA de la meilleure des manières. Ensuite, je me tournerai, j'espère, avec l'équipe de France."
