"Les joueuses WNBA ne sont pas encore avec l'équipe. Vous avez beaucoup voyagé pour aller les rencontrer et leur parler. Pensez-vous avoir, malgré leurs absences, préparé cette Coupe du Monde au mieux ?
Oui, l'objectif d'y aller, c'était de rattraper le temps qu'on aurait voulu avoir ensemble. C'est aussi notre
façon de s'entraîner pour nous. Toutes
les équipes ont des contextes différents. Donc c'est particulier, mais
l'ambition reste là. Il y a eu beaucoup d'échanges avec les filles. On espère que quand on
se retrouvera avec elles la semaine prochaine, ça sera comme si on ne s'était jamais quittés.
Le socle créé depuis les JO peut-il permettre d'accélérer cette dynamique ?
Le socle est là, sans être là, parce que ça bouge, vous savez, c'est le haut niveau, ce ne sont pas des CDI
qu'on donne aux filles. On essaie de construire des équipes avec
les meilleures du moment. Aujourd'hui, on a la chance, par notre formation en tout cas, par
l'émergence de beaucoup de filles, d'avoir des joueuses de très bonne qualité. Moi, en tant que
sélectionneur, je suis content d'avoir des joueuses de cette qualité.
C'est vrai qu'après, quand on fait des sélections, parfois on fait des erreurs.
Et au niveau de la cohésion ?
Vous savez, quand elles vont arriver
, nous, on n'aura même pas 24 heures pour former notre équipe.
C'est ça notre challenge, la chose la plus difficile. On a des joueuses qui vivent des expériences extraordinaires, on en est très très content. Mais, la réalité de l'équipe nationale, c'est tout à fait différent.
Donc, c'est pour ça qu'il était important de m'y rendre et discuter avec elles. En tout cas, il y a cette volonté de construire une belle dynamique.
Avec les huit joueuses WNBA, il reste donc quatre places à pourvoir. Comment allez-vous choisir les profils que vous allez retenir ?
Aujourd'hui, on construit une équipe par rapport à des complémentarités, par rapport à des projets de jeu. Aujourd'hui, il nous a semblé qu'il fallait prendre les filles qui sont en WNBA plutôt que les autres. Il y a un problème de logistique. Celles qui sont [à l'INSEP], tout ça, elles l'ont su dès le début. Elles étaient toutes, encore il y a quelques temps, en présélection. Après, notre boulot, c'est de choisir. C'est beaucoup plus dans le choix d'une construction d'équipe, de projet de jeu, que des individus.
Qu'est-ce qui va être le plus dur à gérer pour les joueuses WNBA qui vont arriver ?
Ça va être de savoir comment elles vont se régénérer. Elles vont arriver dans la continuité de leur championnat, sans coupure. Elles vont devoir prendre sur elles pour switcher sur un autre schéma et se tenir prêtes.
Peut-on s'attendre à un temps de jeu réparti sur les premiers matches ?
Je n'en sais rien. Il faudra gagner les matches, dès le premier. C'est sûr que l'on espère que ça se passera bien, ce qui nous permettrait de poser plein de choses.
Quel est l'objectif de cette Coupe du Monde ?
Aller le plus haut possible. L'ambition, c'est le dernier carré et essayer d'aller chercher une médaille. Mais c'est complètement différent de d'habitude. Les Jeux Olympiques, il y a eu un ou deux mois de travail. Là, c'est différent. Tout le monde est prêt à relever ces difficultés. C'est comme ça aussi qu'on se construit. Aujourd'hui, on est dans l'adaptivité, il faut être agile, se comprendre les uns les autres. C'est excitant pour ma part, de vivre ces moments. Même si on l'a vécu par le passé, par contre, sur des fenêtres, où dès qu'on se retrouvait, il fallait jouer. Là, c'est une coupe du monde...
Pouvez-vous nous parler du secteur intérieur, sans Alexia Chery et Iliana Rupert, mais avec de jeunes joueuses ?
On a des joueuses performantes. Pour l'instant, la sélection n'est pas finalisée. J'ai confiance en toutes ces filles-là. Tout dépendra de la configuration de l'équipe, de comment on va jouer, par rapport à nos adversaires. Il y a plein de paramètres qui sont là aujourd'hui. Mais bon, on part avec un plan A, un plan B, un plan C voir même un plan D.
On en est encore un peu loin, mais est-ce que vous sentez, dans la tête des filles, qu'il y a une petite envie de prendre la revanche contre les Américaines ?
Non, on n'en est pas là. Nous, déjà, on est d'abord sur le premier match. Donc, essayons d'aborder cette coupe du monde avec beaucoup d'humilité. C'est important. Parce que ce n'est pas parce qu'on a eu ces Jeux Olympiques que ça va se faire automatiquement de la même façon. Je sais que ça fausse un petit peu le prisme qu'on a par rapport à beaucoup de gens. Mais la perf, ce n'est pas ça. La perf, c'est de se remettre en question tous les jours. On s'attelle à rappeler certains fondamentaux pour y arriver.
Le fait que la France n'ait pas gagné une médaille au Mondial depuis 1953, c'est une bonne manière de le rappeler ?
C'est une bonne manière. Surtout, c'est une motivation pour nous. C'est sûr qu'on ne va pas en terrain conquis. Je pense que ce n'est pas l'état d'esprit de l'équipe et de la fédération. C'est pour ça que je rappelle cette humilité-là. On est capables, comme on l'a montré par le passé, mais rien n'est gagné dans le jeu."
Propos recueillis à l'INSEP, Paris XII

