L’histoire incroyable de Manny Pacquiao, de nouveau champion du monde de boxe et basketteur professionnel !

Pascal Legendre
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Cette nuit à Kuala Lumpur, la légende philippine de la boxe Manny Pacquiao a récupéré son titre mondial WNBA des poids welter. A 39 ans.

A lire ou relire cet article PREMIUM proposé en accès libre pour comprendre que Manny Pacquiao est aussi un fada de basket et qu’il a joué dans la ligue professionnelle du pays.

Manny Pacquiao est un étonnant cumulard. Du haut de son 1,69 m, il est le seul boxeur à avoir remporté un titre de champion du monde dans huit catégories différentes, des poids mouches jusqu’aux poids super-welters. Sa technique exceptionnelle, son sens de l’esquive, lui ont permis de gagner plus de 90% de ses combats dont le dernier cette nuit face à l’Argentin Lucas Matthysse.

Le gamin d’un bidonville du sud de l’archipel philippin, vendeur de beignets, a amassé une fortune de l’ordre de 500 millions de dollars, ce qui en fait le premier contribuable du pays. Il y a un trois ans, son combat perdu contre l’Américain Floyd Mayweather, labellisé comme tant d’autres « du siècle », lui a rapporté à lui seul, hors primes et sponsoring, 80 M$. De quoi financer largement la maison qu’il a achetée pour 12,5 M$ à Los Angeles.

 

« La vie de Manny remonte le moral de tout Philippin qui se bat au jour le jour pour se sortir de l’adversité. »

 

Multicartes

Manny Pacquiao est aussi acteur, chanteur, prédicateur, et il fait de la politique pour de bon. Il y a six ans, il a été élu député de la province de Sarangani avec comme leitmotiv d’être (encore) « plus efficace en politique qu’il ne l’est sur le ring ». Visiblement sa promesse a été tenue puisqu’il a été réélu en 2013 pour un second mandat. À moins que sa seule popularité suffise à en faire un candidat intouchable. Car Manny Pacquiao est une idole dans son pays, un demi-Dieu même. « La vie de Manny remonte le moral de tout Philippin qui se bat au jour le jour pour se sortir de l’adversité. Son humilité et sa foi sont une inspiration pour nous tous », a fait savoir le vice-président Jejomar Binay. Pour les élections sénatoriales, il a rassemblé des foules incommensurables et là aussi sa campagne a été couronnée de succès. Cela n’est pas toujours sans danger. Pacquiao a révélé que le groupe islamiste Abu Sayyaf avait selon les services de renseignement philippins le projet de l’enlever ainsi que sa famille. « Je suis surpris car tous les Philippins sont mes amis. Je les aime, spécialement les musulmans. »

Pac-Man n’est pas pour autant le gendre idéal. Il a longtemps eu la réputation d’être un coureur de jupons invétéré et un addict aux jeux. Il n’est pas non plus à l’abri de dérapages verbaux et comme tous ses actes sont scrutés et décortiqués, cela peut engendrer d’intenses polémiques. Ainsi, le penchant homophobe de ce catholique converti à l’évangélisme a éclaté à la surface quand il a déclaré : « connaissez-vous des groupes d’animaux où un mâle est avec un mâle, une femelle avec une femelle ? Les animaux sont meilleurs. Ils savent comment distinguer le mâle de la femelle. Si nous approuvons un homme et un homme, une femme et une femme, alors l’homme est pire que les animaux. » Scandale national. « Tu as perdu mon respect », a clamé l’ancien basketteur Jason Collins, un des premiers sportifs professionnels à avoir officialisé son homosexualité. L’un de ses principaux sponsors, Nike qui commercialisait des produits à son nom sous le label « Team Pacquiao » a rompu sous la pression son contrat avec le boxeur. Le mea culpa de celui-ci est davantage apparu comme une façon d’éteindre l’incendie que comme un repentir sincère.

 

« Son entrée en scène dans la Philippine Arena de Manille constitua un événement à l’incroyable retentissement national. 52 612 spectateurs, un record pour un match indoor de basket hors États-Unis, avaient acheté un billet pour ce match d’ouverture de la 40e saison de PBA. »

 

Début dans le basket pro à 33 ans

Aux Philippines, chaque village possède son terrain de basket même si parfois il s’agit d’un panneau artisanal accroché à un arbre. Le basket est aux Philippines ce que le foot est au Brésil, plus qu’un sport, un passe-temps national, une religion, un phénomène commercial. Il y a quelques années, un sondage avait démontré que 81% de la population des zones urbaines se disaient intéressés par ce sport et la moitié s’affirmait comme de véritables fans. 40% des Philippins jouent ou ont joué au basket alors qu’ils n’y sont pas prédisposés, la moyenne de taille des hommes étant de 1,62 m. La Philippines Basketball League fut fondée en 1975 et est constituée de douze équipes sponsorisées par des grandes marques comme la bière San Miguel et la Phoenix Petroleum, mais c’est comme un peu partout autour du globe la NBA qui est la référence suprême.

Comme beaucoup de ses compatriotes, Manny Pacquiao aime profondément le basket. Son argent et sa notoriété lui permettent toutes les extravagances pour assouvir cette passion. Il est ainsi membre honoraire des Boston Celtics. En échange, Pacquiao a offert à chaque Celtic, dans les vestiaires après un match contre les Memphis Grizzlies, un gant dédicacé. Beaucoup plus original : il a tout d’abord joué à ses heures perdues dans la Liga Pilipinias, une ligue semi-professionnel, au sein des Gensan Warriors une équipe dont il était lui-même propriétaire. Ce n’était pas suffisant pour ce vorace jamais contenté. Aussi, en avril 2014, il a annoncé son intention de rejoindre la Philippine Basketball Association comme entraîneur-joueur des Kia Carnival, propriété de l’un de ses amis homme d’affaires. Évidemment des critiques en sourdine se sont élevées sur sa capacité à 33 ans de s’improviser basketteur de haut niveau. Pacquiao a répondu avec toupet que ce sont les mêmes qui avaient estimé qu’il serait incapable de devenir champion du monde de boxe. C’est ainsi qu’il fut choisi en 11e position lors de la PBA draft de 2014 ; il était bien sûr le plus vieux rookie de l’histoire à être drafté.

Son entrée en scène dans la Philippine Arena de Manille constitua un événement à l’incroyable retentissement national. 52 612 spectateurs, un record pour un match indoor de basket hors États-Unis, avaient acheté un billet pour ce match d’ouverture de la 40e saison de PBA. Pacquiao s’intronisa dans le cinq de départ, soulevant les acclamations de la foule qui cria « donnez la balle à Manny ». Mais l’idole reçut peu de ballon, ne prit pas un shoot et se renvoya définitivement sur le banc après sept minutes alors que son équipe était menée de neuf points. Les Kia Carnival gagnèrent finalement de quatorze. Au buzzer, bien entendu l’assistance hurla d’une seule voix des « Manny… Manny… ». Son entourage et ses fans étaient surtout heureux que leur champion ne se soit pas blessé face à des joueurs d’un autre gabarit que le sien. « Pourvu qu’il ne se fasse pas une élongation ou une déchirure », avait ainsi déclaré le médecin en chef de la ligue, le docteur Oliver Wendell Lozano. Pacquiao, lui, se sentait immunisé. « Dieu prend soin de moi. »

SON panier, Manny l’a marqué de sa main gauche contre Rain or Shine d’un shoot de l’aile et avec une totale complaisance de son défenseur. Le public a exulté comme s’il s’agissait du shoot victorieux au buzzer en finale des Jeux Olympiques.

 

« Boxeur professionnel, yeah, okay… Député, très bien. Basketteur professionnel, non. C’est une blague. »

 

Neuf matches en 2016

Critiquer ouvertement Manny Pacquiao revient à l’insulter, ce qui vaut à son auteur opprobre et châtiment. Daniel Orton, un joueur américain, s’en est aperçu à ses dépens. « Tout le monde est en colère contre lui ! », avait maugréé René Pardo, l’un des dirigeants de son club. « C’est comme s’il allait aux États-Unis insulter le nom de Martin Luther King. » Qu’avait déclaré Daniel Orton ? Simplement que Manny Pacquiao… n’est pas bon au basket et que les arbitres le favorisaient outrageusement. « Boxeur professionnel, yeah, okay… Député, très bien. Basketteur professionnel, non. C’est une blague. » Daniel Orton fut condamné à une amende puis exclu de l’équipe. Pour autant il reçut plus tard indirectement le soutien du commissioner de la PBA lui-même, Chito Narvasa, qui estima que la plaisanterie avait assez duré. « Vous avez à comprendre que Mr. Pacquiao est une personnalité, il a beaucoup d’engagements et en premier lieu ce n’est pas un basketteur mais un boxeur. Et ce n’est pas seulement une icône du sport c’est aussi un législateur. »

De quoi décourager Manny Pacquiao ? Pas du tout. Afin de préparer un combat face à Jesse Vargas, Manny qui est toujours listé comme coach des Mahindra Floobusters, a joué un total de 9 matches dans la PBA et dans la Coupe du Gouverneur collectant un total de sept points, quatre rebonds et deux passes. Il vit tous ses rêves éveillé lui qui ambitionne de devenir un jour président des Philippines. Qui osera dire que c’est impossible ?

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9 Responses
  1. Brian_Hale

    La boxe est un sport tellement corrompu (rien qu'à voir les derniers JO), dire qu'ils ont donné la victoire à Mayweather…

    1. Nobody

      Au niveau professionnel, ça c'est grandement amélioré. Les matchs bidons et les jugements plus qu'étranges sont tout de même de plus en plus en rare en boxe. Y'a toujours des étrangetés, comme le fait de voir un juge ou un arbitre de la même nationalité qu'un des combattants, m'enfin, en dehors de ça, ça reste relativement propret. Ce n'est plus comme il y a un certains temps. La discipline qui fleure bon les effluves étranges qui émanaient du noble art serait sans doute davantage à chercher du côté du kick-boxing en ce moment. Dans certaines fédérations, c'est vraiment pas joyeux du tout dans ce sport.

  2. basketuser

    Vraiment sympa ces articles. Quand j' aurais le temps, je remonterais les archives, ais en tout cas, c' est un vrai régal, merci Mr Legendre :)) Au passage, j' aimerai bien voir Kobe avoir le même délire au foot, genre avec la Philadelphie Union (improbable, certes^^).

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