Delaney Rudd, en tête du top-5 des meneurs de jeu étrangers de tous les temps

Pascal Legendre
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Lors de la Leaders Cup, sur les antennes de SFR Sport 2, le Villeurbannais Walter Hodges s’est autoproclamé « meilleur meneur de Pro A ».

« J’ai confiance en moi-même. Ce qui me guide, c’est la victoire, l’esprit de sacrifice, et tirer mon équipe vers le haut », a t-il commenté dimanche dans L’Equipe.

Walter Hodges a ses partisans mais une consécration en fin de saison ne va pas de soi car la concurrence à ce poste est particulièrement dense cette saison en Pro A. Il y a le favori D.J. Cooper (Pau), capable d’infliger des triple double à ses adversaires, John Roberson (Chalon), le meilleur shooteur du lot, et Dee Bost (Monaco) qui mène avec efficience la meilleure équipe de la ligue.

Cela fait des lustres que l’on n’avait pas vu en Pro A d’aussi bons point guards américains –même si Hodges, né à Porto Rico joue pour les Iles Vierges-, ce qui est inversement proportionnel avec le nombre de meneurs français de valeur.

Avoir du recul

Il est beaucoup trop tôt pour évaluer les performances de ces quatre meneurs contemporains à l’aune de l’histoire du basket français. Boost et Hodges n’en sont qu’à leur première saison en France, Cooper et Roberson a leur deuxième.

Pour comparer, il faut prendre en compte un maximum d’éléments : l’impact sur le ou les équipes dans lesquelles les joueurs ont évolué, la durée de leur présence en France, les résultats qu’ils ont pu obtenir au niveau européen, et aussi la valeur globale de la Pro A au moment où ceux-ci l’ont fréquenté. A l’évidence, ce dernier point ne joue pas en faveur des meneurs actuels.

Et puis aussi, au-delà des chiffres et du palmarès, établir un classement comporte aussi une grosse part de feeling, de subjectivité… On prend le risque ! En excluant les combos au profit des seuls purs meneurs.

Déjà en consultant la liste des MVP étrangers, on s’aperçoit qu’ils évoluaient très majoritairement à d’autres postes même si les meneurs ont trusté les prix entre 1995 et 1999.

Dans notre top-5, nous n’avons pas oublié l’Antibois Dan Rodriguez, extrêmement spectaculaire mais pas toujours efficace, ni les Gravelinois Jerry McCullough (MVP étranger en 1998) et Dwight Buycks (MVP étranger en 2013) qui ont été trop météoriques.

Autant vous le dire franchement, si l’ordre des quatre suivants est contestable, on ne voit pas comment Delaney Rudd pourrait ne pas avoir le prix d’Excellence.

Le top-5 des meneurs de tous les temps

1-Delaney Rudd (1,88m, né en 1962, Racing Paris, Villeurbanne)

Donnée pour morte, l’ASVEL va remonter la pente au milieu des années 90 jusqu’à disputer le Final Four de l’Euroleague en 1997 grâce au trio Marc Lefèbvre (président), Greg Beugnot (coach), Delaney Rudd. Celui-ci était connu pour avoir été un temps le remplaçant de John Stockton aux Utah Jazz (239 matches en NBA à 3,4 pts en moyenne) et avoir fait un passage éclair au Racing Paris. Doté d’une science du jeu hors du commun, l’ancien étudiant de Wake Forest va littéralement porter son équipe avec cette faculté de rendre ses équipiers meilleurs. Combien de joueurs ont été surcotés après une saison à ses côtés ! Son investissement dans un club français (six saisons) est très rare à l’époque moderne. Le seul meneur à avoir gagné deux titres de MVP étranger de Pro A.

2-David Rivers (1,83m, né en 1965, Antibes)

Sa carrière est prestigieuse avant et après son séjour en France. Star de l’université de Notre Dame, il fut un temps le backup de Magic Johnson aux Los Angeles et aussi champion CBA et MVP des playoffs en 1992. Champion de France avec Antibes en 1995, MVP des playoffs et du All-Star Game. En 1997, il fut sacré champion d’Europe avec Olympiakos en étant élu MVP du Final Four. Un acrobate avec des reverses diaboliques et des passes lumineuses. Ses liens avec Antibes furent si forts que David Rivers vint y clôturer sa carrière en Pro B, après deux saisons d’arrêt, à 39 ans.

3-Loyd King (1,88m, né en 1949, Le Mans)

Lloyd King fut mis à l’essai en avril 1973 lors d’un match entre le SCM Le Mans et une sélection belge. King avait alors 24 ans, était originaire de Caroline du Nord, fut star de Virginia Tech, et il avait joué deux saisons anonymes aux Memphis Pros en ABA – la deuxième ligue professionnelle américaine de l’époque derrière la NBA – avec seulement dix matches la deuxième saison. Il était venu au Mans à cause d’un problème de contrat avec la franchise. Du premier coup, il illumina La Rotonde par sa panoplie technique avec des passes sèches et un jump shoot parfait. Il marqua 37 points pour son premier match officiel et surtout deux fois 52 contre Bagnolet et Denain.  Il demeura au Mans jusqu’en 1978. Fut plus tard coach à Caen.

4-Robert Smith (1,80m, né en 1955, Monaco, Antibes)

Le seul de ce top-5 à n’avoir pas été élu MVP mais à l’époque la concurrence était féroce. Le Petit Robert est pourtant dans les premières pages du Livre d’Or du basket français pour avoir été élu MVP du premier All-Star Game (en 87) avec quelques actions très spectaculaires et surtout avoir réussi un fabuleux 99/100 aux lancers-francs lors de la saison 1987-88. Le Californien était un expert mondial du lancer puisque sa moyenne en 229 matches de NBA s’est établi à 87,7% et à 93,2% en 157 de CBA. Tout les joueurs aimaient jouer avec lui car il était sympa, altruiste, et pouvait aussi scorer quand le besoin s’en faisait sentir.

5-Keith Jennings (1,70m, né en 1968, Le Mans, Strasbourg)

Un phénomène naturel puisqu’il fait partie des très rares Monsieur-Tout-le-Monde à avoir forcé la porte de la NBA (un total de 174 matches à Golden State). « Mister » est l’auteur avec Le Mans de ce qui est peut-être la plus formidable saison jamais réussie par un Américain, celle de 1998-99 où il fut élu MVP étranger. Il fut le top-scoreur de la Pro A avec 19,4 pts à 55,2% aux shoots (63/139 à trois-points), 6,7 passes, 2,1 interceptions et –malgré sa petite taille- 3,3 rebonds. Keith Jennings avait une capacité extraordinaire de se situer dans l’espace, ce qui lui permettait de ne presque jamais se faire contrer. Son retour en France, à Strasbourg, après des brefs passages au Real Madrid, Saint-Petersbourg et Fenerbahçe, fut moins concluant.

 

 

 

 

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5 Responses
  1. T_Kukoc

    J'avais les 3 qui ont joué après 1990. Et j'ai eu le plaisir de voir jouer Jennings. Avec Josh Grant, cette paire US me faisait rêver.
    Le MSB de cette époque me faisait rêver d'ailleurs : Ron Anderson et Terence Stansbury, JD Jackson, Dioumassi (impossible de me souvenir s'ils ont tous joué ensemble à l'époque), puis un peu plus tard, Shawnta Rogers et ses shorts tombant aux chevilles.

    Faudrait pas vieillir …

  2. Xavito04

    J'hésitais (et j'hésite toujours) entre Rudd et Rivers, mais comme ils occupent les 2 premières places, votre classement me va très bien.
    Et puis, vous avez sans doute raison, car si individuellement Rivers lui était sans doute supérieur, lui rendait les autres meilleurs (Delaney Rudd ou comment transformer des joueurs quelconques comme Rémy Rippert ou Jimmy Nébot en membres de l'équipe de France…)
    Et moi aussi il m'a fait rêver avec l'ASVEL : ses shoots à 3 points avec une parabole parfaite et sa capacité à sortir des grosses perfs dans les gros matchs m'ont marqué.

  3. RomHK49

    Même si Rudd était un super joueur, Rivers était un cran au dessus et plus décisif que lui, son palmarès en France et en Europe ensuite le prouve.
    De plus si il y avait toujours 1 ou 2 joueurs plus besogneux que flamboyants il a quand même eu comme coéquipiers Bilba, Digbeu, Pluvy, Howard, Ronnie Smith, Georgie Adams, Curry, Edwards…ce ne sont qu'en même pas des peintres.
    Mais ce sont 2 fantastiques joueurs qui en plus se coltinait une superbe génération de meneur Français: Rigaudeau, Sonko, Sciarra, Forte…

    Pas un petit mot pour Marcus Brown dans l'article, vous le considérer comme arrière?

    Ce qui est certain c'est que le niveau général des étrangers évoluant en France avant 2005-2010 était bien plus élevé qu'aujourd'hui c'est valable pour les meneurs mais aussi pour les autres postes.

    1. T_Kukoc

      Tu m'étonnes … Je ne sais pas si on verra encore débarquer en Pro-A des mecs avec le pédigree d'un Micheal Ray Richardson ou d'un JR Reid (Jean René comme l'appelait Monclar).

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