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Interview Predrag Bogosavljev : Directeur du Sport et des Compétitions de la FIBA

Article Premium publié le 16 juin dernier, en accès libre aujourd’hui suite aux déclarations des derniers jours.

Ancien pivot de l’équipe nationale serbe, Predrag Bogosavljev a passé toute sa carrière à l’Etoile Rouge de Belgrade (1976/89) avant de signer une saison avec l’OKK Belgrade en 1992. Aujourd’hui Directeur du Sport et des Compétitions de la FIBA, Basket Europe est allé à sa rencontre au siège, à Genève, pour en savoir plus sur le nouveau système de compétition mis en place par la Fédération Internationale.

Comment est né ce nouveau système de compétition?

Ce système est né du besoin de la FIBA de développer le basket et d’aider à renforcer les structures et les fédérations. Quand nous avons établi notre stratégie, nous avons réalisé que nous avions en notre possession un puissant outil à utiliser pour promouvoir et développer le basketball. Et cet outil est en réalité les équipes nationales. Les sélections nationales ont le pouvoir unique de réussir à promouvoir le sport qu’elles représentent dans leur pays. Ce n’est pas spécifique dans le basket, c’est une règle générale dans le sport, les équipes nationales ont ce pouvoir magique d’attirer de nouveaux fans, de promouvoir le sport et de créer des modèles pour les jeunes. C’est le résultat que nous pouvons constater partout à travers le monde. C’est une première chose. La seconde chose, c’est que nous avons également remarqué dans le passé que lorsque les fédérations organisaient les matchs des sélections à domicile et quand le travail était bien fait, le résultat final était, qu’après l’événement, nous avions de meilleures structures et de meilleures fédérations. La conclusion est donc qu’en organisant des matchs internationaux à domicile, nous accomplissons nos deux objectifs : développer et promouvoir le sport, et renforcer les structures de nos fédérations. Pour en revenir au système de compétition que nous avions jusqu’ici, nous avons réalisé qu’en jouant seulement l’été, les équipes nationales avaient trop peu d’exposition, que ces événements ne se jouaient que dans un seul et même pays et en réalité 90% des pays n’ont jamais eu la chance d’accueillir les tournois car ces derniers nécessitent de la logistique, des ressources et des structures. Cela a révélé deux problèmes. Premièrement, il y avait un nombre restreint de pays capable d’organiser les compétitions et secondement, elles n’avaient lieu qu’en été une fois tous les deux ou quatre ans. Cela donnait une exposition limitée aux équipes nationales et par conséquent, le pouvoir de ces équipes pour promouvoir et développer le sport était lui aussi limité. La même chose s’applique pour l’organisation des matchs puisqu’un nombre restreint de pays est capable d’accueillir les tournois et ce n’est que ce même nombre qui peut en bénéficier en matière de développement des structures. Et nous avons donc réalisé que nous devions changer quelque chose, nous devions accentuer l’exposition des équipes nationales et leur donner plus d’opportunités de jouer à domicile. C’est ainsi que ce nouveau système de compétition est né, comme un besoin, comme une nécessité pour développer et promouvoir notre sport. Aussi, nous avons appris des expériences dans d’autres sports. Au moment où nous avons commencé à développer notre stratégie, nous avons réalisé que nous étions le seul grand sport qui n’avait pas de fenêtres internationales pendant la saison. Si vous regardez le handball, leurs événements majeurs se déroulent en milieu de saison. Nous avons aussi évidemment l’exemple du football qui a choisi ce format il y a bien longtemps et qui bénéficie réellement de tous les effets de ce système.

 

« Nous n’aurons donc pas de NBAers pour toutes les qualifications, c’est irréalisable. »

 

Voulez-vous avoir le même calendrier que le football ?

Non, c’est impossible. Le football organise plus de matchs et possède plus de fenêtres. C’est un sport différent donc c’est une histoire complètement différente et nous ne voulons pas copier ce modèle mais appliquer quelques principes similaires afin d’avoir une exposition de nos équipes nationales plus régulière durant l’année et de permettre aux fans de voir des matchs à domicile. Aussi, toutes les équipes ne jouent pas les qualifications et nous devons donc séparer les équipes en deux différents niveaux. Par exemple au foot, les Îles Féroés affrontent l’Espagne, le match peut se terminer avec 2 ou 3 à 0 mais c’est toujours un match que vous pouvez regarder. Si vous prenez le même exemple en basket et qu’au début du 2e quart temps il y a déjà 200-15, vous ne voulez même plus regarder ce match. Nous devons absolument se faire affronter des équipes compétitives et pour cela nous ne pouvons pas copier le foot. Nous devons développer quelque chose de différent. Mais, ce qui est bien dans le modèle du football c’est l’exposition régulière dont disposent les équipes nationales pour leur fans.

Quels sont les retours des Etats-Unis ?

Les USA c’est un marché différent et nous devons le reconnaître. Le développement du basket aux Etats-Unis est vraiment différent à cause de leur système d’éducation qui, en réalité, effectue le même travail que les autres fédérations du reste du monde. Les autres fédérations ont en charge de développer les nouveaux talents. Aux USA, ce travail est fait par le collège et le lycée. Donc, c’est un cas un peu spécial et ce qui s’applique dans 99,9% des pays du monde n’est pas totalement applicable aux Etats-Unis, mais ce qui est important à dire, c’est que la fédération américaine comprend l’intérêt global du basket et soutien le concept.

Avez-vous une stratégie pour faire en sorte que les internationaux de NBA puissent jouer avec leur pays pendant les fenêtres ?

C’est le problème que nous avons. Nous y croyons fermement car nous avons des représentants de la NBA au sein de notre comité exécutif ainsi que dans notre bureau central. Tout ce que nous avons fait était donc en réalité soutenu et su par la NBA. Nous sommes également conscients que la NBA est une ligue professionnelle et une entreprise, et que nous ne pouvons pas nous attendre à ce qu’elle fasse des coupures en plein milieu de sa saison pour envoyer ses joueurs en équipes nationales pour tous les matchs de qualification. Il est également important de souligner que ce nouveau format va considérablement réduire le rôle des joueurs, c’est une chose très bien perçue par la NBA et nous pouvons donc nous attendre à une plus grande participation des NBAers aux tournois finaux. Nous n’aurons donc pas de NBAers pour toutes les qualifications, c’est irréalisable, mais nous avions également jusque-là un problème sur les événements comme l’Euro, la Coupe du Monde ou les JO lors desquels beaucoup de joueurs NBA faisaient l’impasse à cause du rôle important qu’ils avaient à endosser ou parce qu’ils avaient le soutien de leur équipe ou de la NBA. Maintenant que nous avons le soutien de la NBA, nous espérons avoir plus de joueurs lors des événements majeurs même si leur participation en qualification sera limitée. D’un côté, vous pouvez voir cela comme une mauvaise chose pour le produit, mais vous devriez analyser combien de joueurs jouent réellement avec leur sélection. D’un autre côté, cela permettra d’ouvrir des portes pour de nouveaux talents car nous pouvons imaginer que si vous avez un Tony Parker, le deuxième Tony Parker sera cloué sur le banc et n’aura pas la place pour se montrer, pour briller. Maintenant, si Tony Parker ne vient pas pour diverses raisons, ce second Tony Parker aura une vraie opportunité de montrer ses qualités et il aura peut-être à remplacer Tony Parker dans le futur. Quand vous avez qu’un seul événement majeur, vous amenez vos meilleurs joueurs, mais si vous avez des matchs qualificatifs, vous pouvez amener un roster différent à chaque fois et vous avez la possibilité de promouvoir de nouveaux talents.

Nous devons finalement peut-être voir ça comme une chance pour les équipes nationales de montrer de nouveaux joueurs.

Exactement. Cela offre de grandes opportunités aux fédérations d’avoir un roster plus large et de donner leur chance à plus de joueurs.

 

« Je pense que nous avons la bonne approche et les bons objectifs. Mais personne n’aiment les changements »

 

Pensez-vous que c’est réaliste d’avoir un jour la présence de joueurs NBA pendant les fenêtres internationales comme par exemple pendant 10 jours au moment du All-Star break ?

Si vous me posez la question personnellement, j’aimerais pouvoir dire que cela va arriver et je suis très enthousiaste au sujet du nouveau système de compétition car je pense que cela va montrer le grand pouvoir que nous avons entre les mains et que nous n’utilisions pas. Je pense que ce format va réellement booster le développement du basket et comme la NBA est une entité commerciale, quand elle va voir qu’il y a ici un pouvoir, elle va peut-être penser qu’il pourrait également lui faire engendrer des bénéfices. La NBA se vend mieux, leur basket est plus fort sur le marché donc c’est aussi dans leur intérêt de faire grandir leur marché. Je pense que ce système aidera le basket à grandir sur tous les marchés.

Nous supposons que c’est la même réponse concernant les joueurs d’Euroleague.

Pour l’Euroleague c’est différent. Avec l’Euroleague nous avons eu la confirmation qu’ils laisseront les joueurs se rendre avec leur sélection donc je ne pense pas que nous avons ce genre de problème avec l’Euroleague ou d’autres ligues. Tout d’abord, je suis absolument convaincu que les premiers bénéficiaires de ce système seront les clubs et les ligues car les équipes nationales agissent comme un booster, elles boostent l’intérêt du sport en général. Donc, si quelqu’un s’intéresse d’un coup au basket, c’est sur les clubs et les ligues que cet intérêt se tournera après les fenêtres internationales. Si l’intérêt grandi, les ligues utiliseront cet intérêt pendant les 10 mois où les équipes nationales ne joueront pas. Pour conclure, je pense que ce système est dans le plus grand intérêt des clubs. Je crois fermement que c’est une synergie qui doit être comprise et soutenue.

Est-ce un travail simple ?

Personne n’aime les changements. Nulle part. Instaurer des changements est toujours un lourd travail donc ce n’est pas une tâche facile car c’est un gros changement dans lequel nous nous engageons. Pour nous qui sommes dans le processus depuis le tout début, la réticence était plus importante à ce moment-là mais maintenant nous ressentons de plus en plus de soutien car cela prend du temps aux gens de comprendre toute l’histoire et le but final. Je pense que nous avons la bonne approche et les bons objectifs. Nous avons réalisé toutes sortes d’analyses et je suis sûr qu’à la fin, nous serons tous satisfaits du résultat.

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