Quand un journaliste raconte une histoire sur son héros d’enfance, Allen Iverson

Pascal Legendre
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Rédacteur en chef de Basket Le Mag, Yann Casseville a profité de ses temps-morts pour se fendre d’un ouvrage sur le héros de son enfance, Allen Iverson. Il concerne la période 1993-2001, mais le meneur américain fut aussi un membre apprécié de Team USA aux Jeux Olympiques de 2004 et a clos sa carrière en Turquie, à Besiktas. Interview.

Pourquoi un livre sur Allen Iverson ?

Chez moi, Iverson, cela touche à l’affect. J’ai grandi avec lui. En 2001, quand il devient MVP de NBA, j’ai 11 ans. Pour autant, je m’étais jusqu’alors toujours refusé à écrire à son sujet. Je suis journaliste dans la presse basket depuis plus de dix ans et je n’ai fait aucun portrait de lui. Pas un seul. Je me l’étais toujours interdit, justement parce que je me sentais trop « impliqué émotionnellement ». Et je ne voulais pas écrire une biographie. Il en existe déjà une, excellente, « Not a game » de Kent Batt. Et surtout, j’ai été marqué par Iverson en 2001, mais la suite de sa carrière est une succession de déceptions. Raconter cette chute ne m’intéressait pas. Et puis l’an dernier, en revoyant un match de la finale 2001 Lakers-Sixers sur beIN SPORTS, et avec l’anniversaire des vingt ans qui arrivait, l’idée a fait son chemin. D’écrire, non pas une biographie, mais le récit de l’ascension d’Iverson, une odyssée, de la prison en 1993 au titre de MVP en 2001. Je me suis lancé avec un parti-pris en quelque sorte égoïste : écrire l’histoire qui m’avait touché, moi… tout en me disant que je n’étais pas seul, tant « The Answer » a marqué son époque. Ce livre, c’est ça : utiliser l’aventure sportive des Sixers en 2000-2001 comme fil rouge pour raconter une histoire humaine. Il est bien sûr question des matches, mais pas dans le détail action par action – tout le monde peut les revoir sur YouTube –, plutôt comme des prétextes pour aborder l’aspect émotionnel.

Avec quelles documentations l’avez-vous écrit ?

La documentation à laquelle j’ai eu accès, c’est clairement ce qui m’a poussé à écrire, à estimer avoir une légitimité à le faire. Les bibliothèques publiques de Philadelphie m’ont donné accès à toutes les archives de deux quotidiens de la ville, le Philadelphia Inquirer et le Philadelphia Daily News. Entre l’arrivée d’Iverson aux Sixers en 1996 et la finale NBA en 2001, cela représente très précisément 5 421 articles ! J’ai également eu les archives du Washington Times (pour mieux comprendre sa période universitaire), du New York Times (pour saisir sa place dans le sport américain), et de trois magazines : The Sporting News, Newsweek et Jet. Ces sept publications papiers – et bien sûr quelques archives Internet, sur SLAM, ESPN et Sports Illustrated – m’ont donné une matière première extrêmement riche. Je pensais connaître l’histoire, je l’ai redécouverte, et j’ai découvert de nombreux éléments. Il faut replacer dans le contexte : en 2001, Internet est balbutiant, Twitter n’existe pas, on ne suivait pas en France la NBA en direct comme aujourd’hui. Tous ces articles m’ont laissé à penser qu’il y avait bel et bien une histoire à raconter.

Aux Jeux Olympiques d’Athènes en 2004, Allen Iverson avait eu un comportement exemplaire, loin de l’image de mauvais garçon qu’il a pu véhiculer à une époque. La maturité ?

Le livre est centré sur 2000-2001, mais il y a un chapitre bonus (envoyé en PDF pour les personnes commandant sur le site de l’éditeur) qui concerne justement les JO 2004. Ces Jeux marquent les retrouvailles entre Iverson et Larry Brown. Les États-Unis ont été humiliés au Mondial 2002, ils ont repris la marche avant en archi-dominant le Tournoi des Amériques 2003. Mais de cette équipe (Jason Kidd, Ray Allen, Vince Carter, Tracy McGrady, Jermaine O’Neal…), il ne reste plus qu’Iverson et Duncan en 2004. Team USA a enchaîné les refus : blessures, mariages, craintes quant à la sécurité pour les premiers JO post-11 septembre. Aux États-Unis, certains, comme Sam Smith, grande plume de la presse basket, estiment qu’Iverson n’a rien à faire dans l’équipe, à cause de sa mauvaise réputation, de l’image qu’il renvoie. Et au final, Iverson, le plus âgé du groupe, 29 ans, va endosser le rôle du grand-frère, du capitaine. Il était « The Answer », il devient « Captain America ». Quand Tim Duncan, frustré par les règles FIBA, évite la presse, quand Larry Brown passe l’été à se plaindre des absents ou des défauts des présents, Iverson, lui, assume son rôle, son statut, est disponible pour les reporters, répète à quel point il chérit le fait de porter ce maillot. Sur le terrain, Team USA manque de shooteurs, et surtout de vécu et de connaissances du jeu FIBA. L’équipe est humiliée en ouverture contre Porto-Rico, et prend en demi-finale une leçon de l’Argentine. Mais Iverson, encore une fois, a tenu un cap : il s’est fracturé le pouce contre Porto-Rico mais a continué à jouer, et dès la défaite en demi, il est le premier à remobiliser les troupes pour rappeler l’importance de ramener au moins le bronze. Ce que Team USA réussit. Et dans la foulée, il prend son téléphone pour tenter de convaincre ses camarades stars de NBA de venir aux prochains JO. Athènes, c’est du pur Iverson : il ne gagne pas à la fin, mais il a effacé nombre de préjugés.

Son passage en Turquie, à Besiktas, à la fin de sa carrière, a été très laborieux. Il était atteint par la limite d’âge ? Qu’est-ce qui l’avait poussé à faire un dernier tour de piste en Europe ?

À l’hiver 2009, sa carrière bat clairement de l’aile, il revient à Philadelphie au salaire minimum, à 34 ans. Mais il quitte le groupe quelques mois plus tard, pour être auprès de sa fille malade. Ensuite, il va être persuadé d’avoir toujours sa place en NBA, et va militer pour son retour. Pour rejouer, il finit par accepter d’aller en Turquie à l’hiver 2010. L’expérience sera brève : sept matches de ligue turque et trois en Eurocup – dont un à l’Astroballe contre l’ASVEL. C’est sa dernière expérience en club, et pourtant il attendra 2013 pour officialiser sa retraite. Il était effectivement rattrapé par l’âge, il avait 35 ans en Turquie. Sur le terrain, il était réputé pour sa vitesse, une des bases de son jeu. Mais ça faisait plusieurs saisons déjà que son corps ne répondait plus comme avant. Ce qui n’a d’ailleurs rien de surprenant, tant il est connu que son hygiène de vie ne correspondait absolument pas à ce qu’une carrière de sportif de haut niveau requiert comme sacrifices. Il a toujours méprisé le travail physique, déserté la salle de musculation, raté des entraînements à la pelle parce qu’il n’était pas réveillé ou n’avait pas envie. Et ses coéquipiers des Sixers ont reconnu l’avoir vu souvent débarquer, en retard à l’entraînement ou cinq minutes avant le coup d’envoi d’un match, avec les yeux rouges, empestant encore de tout l’alcool qu’il avait bu. Parce qu’il se couchait tard, qu’il vivait la nuit. Il était comme ça.

2001, l’oyssée d’Allen Iverson

240 pages – format 15×22 – éditions Exuvie – 18,50 €

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