Sortie du Livre d’Or 2022 : L’interview des auteurs

Yann Casseville de Basket Le Mag et Yann Ohnona de L’Equipe ont écrit la version 2022 du Livre d’Or, une référence depuis plus de quarante ans. Ils nous en livrent les dessous.

Qu’est-ce qui vous a amené à écrire ce Livre d’Or 2022 conjointement ? 

Le Livre d’Or, au fil des ans, a été écrit à quatre mains à plusieurs reprises. C’est un ouvrage qui se prête bien à l’exercice. Le but est de retracer, raconter une année de basket, et même si les sujets se définissent par eux-mêmes – il était évident de traiter les Warriors champions NBA ou le triplé de l’ASVEL par exemple –, il est toujours enrichissant d’avoir des regards différents, de confronter des points de vue. « Vaut-il mieux traiter Laëtitia Guapo en portrait ou en interview ? Que retenir de l’EuroBasket ? » Avant même l’écriture, nous avons beaucoup réfléchi au livre, au produit fini. Nous avons par exemple décidé d’accorder une belle place aux photos, pour que ce soit un livre esthétique. Et nous nous sommes réparti les sujets, en fonction de nos envies respectives, et également en fonction de ceux que nous avions pu, chacun, couvrir en personne. Ce qui permettait de nourrir chaque contenu d’éléments de reportage et d’interviews de première main. Ce qui n’a pas empêché de discuter de chaque sujet en amont, d’angles précis, des idées à intégrer et d’encadrés potentiels. Quand l’un écrivait un sujet, l’autre savait à quoi il ressemblerait.

Quels sont les temps forts de cette édition ? 

Nous avons articulé le livre autour de six chapitres : la dynastie Warriors, l’EuroBasket masculin, le triplé de l’ASVEL, l’épopée européenne de Monaco, le tango de Bourges et ce que nous avons appelé « l’ère des prospects », autour, notamment, de Victor Wembanyama. Pour chaque chapitre, les personnages centraux sont mis en avant, de Stephen Curry à Élie Okobo en passant par Mike James ou Iliana Rupert. Mais à chaque fois, nous avons opéré des pas de côté pour raconter d’autres destins et moments qui ont également marqué 2022. Pour l’EuroBasket, au-delà des Bleus, c’est parler de Sergio Scariolo ou des superstars NBA reparties sans médaille. Pour le basket US, c’est la retraite de Coach K ou la disparition de Bill Russell. En Europe, c’est un portfolio consacré à « l’apocalypse », comme l’a décrit Kevin Durant, l’envahissement du terrain d’Olympiakos lors du match 5 du quart de finale contre Monaco. C’est traiter le doublé d’Efes Istanbul, donner la parole à Fabien Causeur, champion d’Espagne. Le chapitre consacré à « l’ère des prospects », travail d’enquête s’appuyant sur de nombreux acteurs du jeu, s’inscrit dans cet esprit : l’éclosion de Wembanyama, le match de Bronny James à Nanterre, l’exode des talents français… Tout cela n’est pas inscrit dans un palmarès, mais a marqué 2022.

Pourquoi Stephen Curry en couverture ? C’est lui le basketteur de l’année ? 

C’était pour nous une évidence. Cela aurait été différent si les Bleus avaient remporté l’EuroBasket. Que retiendra-t-on de 2022, dans cinq, dix, vingt ans ? Les aficionados de Betclic Élite penseront à la fabuleuse finale ASVEL-Monaco par exemple. Pour autant, Stephen Curry a mis tout le monde d’accord. Le titre des Warriors et le trophée de MVP des Finals sont sa consécration. Golden State est et restera l’une des meilleures équipes de l’histoire, et Curry fut un maestro formidable dans ces playoffs, avec en point d’orgue son chef-d’œuvre, le match 4 contre Boston. Il est à l’origine d’une révolution, celle du shoot à 3 points, et après avoir placé les Warriors au sommet en 2015, il a lui-même cimenté sa place parmi les très grands de l’histoire en 2022. 

Vous avez réalisé une interview de Victor Wembanyama. Que pensez-vous de la Wembamania actuelle ? 

Il est impossible pour qui apprécie le basket de passer à côté de cette Wembamania… et tant mieux ! Sa seule présence remplit les salles du Championnat de France et a augmenté l’éclairage mis sur l’équipe de France lors de la fenêtre internationale de novembre. Depuis LeBron James en 2003, aucun jeune n’avait provoqué un tel engouement dans le monde du basket. C’est une chance inouïe pour le basket français, d’autant que la pression est aussi forte, démesurée, que les propres attentes de Victor Wembanyama elles-mêmes sont élevées. Quant à sa sérénité face à cette frénésie ambiante, à 18 ans, elle est tout simplement bluffante. 

Quelle a été pour vous la meilleure nouvelle pour le basket français en 2022 ? 

Difficile d’en choisir une seule. Même si la finale ternit forcément l’événement, voir les Bleus enchaîner un troisième podium international est une bonne nouvelle. Il ne faut pas banaliser un podium dans un sport aussi compétitif que le basket, surtout pour une équipe diminuée, qui malgré divers aléas est parvenue à se frayer un chemin vers la finale, quand tant d’autres – Allemagne, Grèce, Slovénie… – sont restées sur le bord du chemin.

En France, la bonne nouvelle se situe au niveau des clubs, et plus précisément de Monaco et l’ASVEL. Beaucoup d’éléments les opposent, leurs stratégies diffèrent – l’ASVEL mise sur une French Team, le sponsoring privé, à terme son arena, tandis que Monaco a changé de catégorie par la seule arrivée à la présidence d’Aleksej Fedoricsev –, mais ces deux organisations ont contribué à replacer le basket français sur la carte de l’Europe, à redonner du respect à son Championnat. Après des années sans équipe en Euroligue, le basket tricolore souffrait de ce déclassement en termes d’image et de crédibilité. Grâce à son épopée jusqu’aux portes du Final Four, Monaco, diffusé en clair sur La chaîne L’Équipe, a réalisé d’excellentes audiences et amené le public français à s’intéresser au basket européen. Quant à l’ASVEL, grâce à Tony Parker, à son association avec l’OL, à son académie, elle est respectée des autres cadors européens.

Si vous aviez à décerner un Prix Orange à une personnalité du basket pour la qualité de ses interviewes et sa disponibilité, à qui irait-il ?

Evan Fournier. Il a accepté de faire la préface du Livre d’Or, et nous ne lui avons pas proposé par hasard : il a marqué 2022 en prenant le brassard de capitaine des Bleus, mais aussi en montant au créneau sur plusieurs sujets majeurs, en n’hésitant pas à faire entendre sa voix, comme pour la future salle des JO. Auparavant, il avait interpellé le ministre des Sports Jean-Michel Blanquer. Il est devenu une voix qui compte dans le sport français. Et en plus d’oser dire les choses, il le fait en restant lui-même : c’est naturel, c’est franc, c’est direct. Au-delà de tout ça, il s’est toujours, depuis ses débuts professionnels à Poitiers, montré disponible pour les médias.

Et un Prix Citron ? 

Toutes les personnes contactées pour le livre ont joué le jeu : T.J. Parker, Laëtitia Guapo… De façon générale, dans le basket français, la grande majorité des acteurs acceptent les demandes d’interviews. Parce qu’ils ne sont pas sursollicités comme dans le foot, et parce qu’ils comprennent que cela permet, au-delà de leur cas personnel, de faire grandir leur discipline dans le pays. S’il fallait donner un nom, alors pourquoi pas Joel Embiid. Il a officiellement obtenu la nationalité française, nous savons qu’il a fait part à des internationaux de son envie de rejoindre les Bleus, mais il ne s’est encore jamais prononcé officiellement, bottant en touche lorsqu’il était interrogé en conférence de presse. Pourquoi veut-il porter le maillot bleu ? Ce serait intéressant de l’entendre se confier réellement. Et s’il rejoint la sélection, nul doute qu’il se pliera au jeu, car aux États-Unis, il est un très bon client.

A vous deux, combien d’heures d’interview avez-vous réalisé en une année pour ce Livre d’Or mais aussi pour vos publications respectives ?

Impossible de compter ! Mais ce qui nous a semblé intéressant dans ce duo, dont on espère surtout qu’il profitera aux lecteurs, c’est que nous avons raconté dans le livre des événements que nous avons vécus et couverts pour nos différents supports. L’Équipe pour Yann Ohnona, qui était à Berlin pour la finale de l’Euro, à Belgrade au Final Four de l’Euroleague ou encore au Pirée pour le mythique match 5 entre Olympiakos et Monaco. Basket Le Mag pour Yann Casseville, dont le magazine, en 2022, a publié 12 numéros, pour un total de 896 pages 100% basket.

Editions Solar. 136 pages. 24,90 euros à la FNAC

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