Problèmes financiers, ambiances hostiles, racisme : les Américains racontent leurs péripéties en Europe

Jacques Durand
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Le site hoopshype.com a publié un nombre impressionnant de témoignages sur les différents « problèmes » que peuvent rencontrer les basketteurs américains qui s’aventurent à l’étranger et principalement en Europe. Les joueurs actuels et anciens qui ont livré leurs témoignages ont, pour la plupart, voulu rester anonymes. Deux joueurs NBA passés en Europe ont cependant livré leurs expériences à visage découvert : Shane Larkin (Boston Celtics, photo) et Garrett Temple (Washington Wizards). Les sujets sont nombreux, et plus ou moins marrants : des histoires de coachs aux méthodes particulières aux problèmes financiers de certains clubs mauvais payeurs en passant par les ambiances les plus chaudes du Vieux Continent ou certains traitements médicaux parfois douteux, mais aussi à des problèmes de racisme.

Du drôle, et du moins drôle

Pour commencer sur une note légère, Adonis Thomas, brièvement aperçu en NBA, raconte l’anecdote typique de l’expatrié complètement perdu, à l’occasion de son passage en Italie, à Avellino la saison dernière :

« C’est probablement l’histoire la plus folle qui m’est arrivée, lorsque j’ai conduit du mauvais côté de la route à Rome. Je me suis arrêté et, ne connaissant aucun mot d’italien, je n’avais aucune idée de ce qui se passait (rires). Honnêtement, je ne savais pas que je conduisais du mauvais côté et que j’allais dans le sens inverse. La police pensait que j’étais ivre; J’ai dû passer un alcootest et tout ! Je ne pouvais tout simplement pas lire les panneaux ! ».

Moins marrant, les péripéties que les joueurs évoluant en Israël peuvent rencontrer lors des périodes de vives tensions entre l’Etat palestinien et israëlien.

« Un jour, quand je jouais en Israël », raconte un ancien joueur NBA. « J’ai reçu un texto et le staff me disait : » Dors dans la salle d’acier ce soir (steel room).  » Si vous savez quelque chose à propos d’Israël, alors vous savez qu’il y a de la tension … Eh bien, cette nuit là, on a battu des records car ils ont activé le système de défense appelé Dôme de fer. Pour faire sauter d’autres missiles, disons qu’ils tirent quelques missiles de la bande de Gaza en Israël. Je sais ce que vous pensez : « C’est quoi cette histoire ? Une salle en acier ? » Et bien chaque maison a une pièce, avec fenêtre, porte, tout en acier. Alors j’ai dormi dedans cette nuit-là, je n’ai pas eu trop peur, mais c’était assez fou. »

A la pause, un entraîneur serbe veut réveiller un joueur: « Frappe mon putain de visage » !

Le meneur Shane Larkin a pour sa part livré une expérience sur son passage à Baskonia Vitoria avec un staff désireux de marquer le coup après une contre-performance.

« Baskonia était l’une des meilleures équipes de la ligue. À un moment, nous nous battions pour la première place et nous avons eu un match contre l’équipe avec le pire bilan de notre ligue. On s’attendait évidemment à gagner facilement, mais nous avons perdu, de 10 ou 12 points. Nous étions l’équipe visiteuse, mais vu que les équipes sont assez proches en Espagne, nous avions été conduits jusqu’à la salle. C’était environ à deux heures de bus de notre salle, où toutes nos voitures étaient garées. Le match avait eu lieu le soir, donc au moment où nous sommes revenus, il était environ 2 heures du matin. Nous sommes arrivés devant la salle, mais au lieu de partir, ils nous ont fait entrer et regarder le film de tout le match. Les entraîneurs ont souligné chaque chose que nous avions mal faite, les séquences où nous n’avions pas joué assez fort et les zones où nous avions besoin de nous améliorer. C’était assez fou. »

Du gentillet à côté de la drôle d’histoire contée par Ashton Gibbs, meneur US, passé par la Grèce, l’Espagne, la Roumanie ou le Liban

«J’ai eu un entraîneur serbe et lors d’un match, nous perdions de 10 points à la mi-temps et l’entraîneur a fait quelque chose que je n’avais jamais vu auparavant. Il s’est mis à genou devant l’un de mes coéquipiers et a crié: « Gifle moi ! Frappe moi au visage! Frappe mon putain de visage! Je ne sais pas ce qui l’a poussé à faire ça, mais il essayait de nous dire que nous étions soft, alors il a insisté pour que l’un de nos joueurs le gifle au visage. Mon coéquipier ne l’a pas frappé au début, mais il a continué à lui crier dessus. Alors il l’a finalement giflé légèrement et le coach a crié: «Fais-moi plus de mal ! » Donc, mon coéquipier a continué à le frapper, mais trop doucement apparemment. Donc l’entraîneur a continué à hurler. Finalement, mon coéquipier l’a frappé un peu plus fort et ensuite l’entraîneur a fini par se laisser tomber, sans doute qu’il avait l’impression que ça avait servi à quelque chose. Voilà le résumé de son discours à la mi-temps : « nous traiter de femmelettes, de nous dire que nous n’avions aucun joueur dur dans l’équipe pour finir par insister pour le frappe au visage (rires). Nous avons perdu le match ».

Garrett Temple : « J’ai connu le racisme en Italie »

Sur le sujet plus délicat du racisme, Garrett Temple raconte son expérience transalpine à Casale Monferrato (région du Piémont) au Junior Libertas Pallacanestro durant le lockout (2011) et dresse le portrait terrifiant d’une vieille dame italienne

« J’ai connu le racisme en Italie. Entre mon appartement et l’endroit où j’allais me faire soigner, il y avait un parking que je ne faisais que traverser. Si je voulais y aller en voiture, je devais faire le tour du pâté de maisons, pour arriver à l’entrée du parking. Donc, je prenais juste un raccourci en passant par le grillage pour arriver au centre médical. J’avais toujours un rendez-vous à peu près à la même heure tous les jours, et parfois je voyais cette vieille dame italienne. Je rappelle que là où j’étais en Italie c’était vraiment rural. Il n’y avait pas de personnes noires. Tout le monde était italien (…). Un jour elle commence à me crier quelque chose et comme je ne parle pas l’italien, je lui ai juste dit ‘Chow!’ Une fois, je me rendais au centre de traitement avec un de mes coéquipiers qui a à peu près la même couleur que moi (Oluoma Nnamaka, aux origines nigérianes et suédoises). Il était en Italie depuis quatre ans, donc il parlait couramment l’italien. Nous avons vu la même femme et elle a commencé à crier des choses et mon coéquipier est parti. C’était l’une des personnes les plus agréables que j’ai jamais rencontrées de ma vie. Littéralement, à ce jour, il est l’un des trois meilleurs coéquipiers. Quand je lui ai demandé ce qu’elle avait dit, il m’a dit: «Je suis juste fatigué de voir à quel point les gens sont racistes ici. Ils ne supportent pas les noirs. » Il se trouve qu’elle avait dit: « Vous les noirs, devez sortir d’ici (…) » Il y avait aussi d’autres insultes racistes, mais en gros, elle insinuait que nous allions avoir des problèmes ».

Sous anonymat, un autre joueur actuellement en Europe ajoute : « J’ai connu pas mal de racisme car j’ai joué dans plusieurs villes. Je dirais que le pire, c’est en Europe de l’Est (…). Mais c’est surtout l’ancienne génération. Les jeunes gars avec qui j’ai joué ont été super. Je ne vais pas généraliser et dire tout le monde est comme, mais j’ai vraiment l’impression que c’est la majorité. Ils vont vous regarder de haut en bas, et ils vont essayer de vous faire sentir mal. C’est malheureux, mais on voit encore ce genre de choses ».

Fumeuses aventures en Grèce

Parmi les autres sujets évoqués, la Grèce revient souvent lorsqu’il s’agit de parler des ambiances les plus chaudes ou des retards de paiement. Garrett Temple livre son expérience italienne à ce sujet

« Mon agent à l’époque ne connaissait pas grand-chose aux équipes en dehors des USA, alors j’ai rejoint une équipe qui venait de remporter la deuxième division. Heureusement, mon équipe m’a payé à temps, mais je parlais à beaucoup d’autres joueurs américains en Italie et il y avait une équipe où les joueurs n’avaient pas été payés pendant quatre mois. Quatre mois! C’était ridicule, mais que pouvez-vous faire? Vous ne voulez pas simplement partir parce que vous voulez obtenir votre argent, et vous ne pouvez pas arrêter de jouer parce que vous ne pouvez pas être payé sans jouer. J’ai eu de la chance d’être payé, mais je me sentais vraiment mal pour ces gars parce que c’est une situation vraiment difficile. »

Sur l’ambiance folle qui peut régner en Grèce, un ancien joueur NBA y ayant évolué raconte :

« Il y avait des combats dans les gradins. Certains fans jetaient des choses. A chaque match, il y a avait une tonne de fumée à cause des gens qui allumaient des fumigènes et qui fumaient des cigarettes dans les tribunes. À chaque match, il y avait toujours un nuage de fumée au sommet de l’Aréna ».

Gare aux conclusions hâtives, le tableau n’est pas tout noir pour autant. Hoopshype précise par ailleurs à la fin de son article que cette série de témoignages ne représente évidemment pas la majorité des expériences vécues par les joueurs US à l’étranger, et que de nombreux basketteurs ont reconnu l’apport que leur passage en Europe (ou ailleurs) avait pu avoir sur la suite de leur carrière. Certains ont par exemple souligné qu’ils n’auraient jamais franchi les portes de la NBA sans cette expérience, que celle-ci leur a permis d’aider leur famille financièrement comme jamais ils n’auraient pu l’imaginer, qu’elle leur a donné l’opportunité de voir le monde autrement grâce aux voyages, aux différentes cultures qu’ils ont pu découvrir…

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1 Response
  1. OscarAbine

    Intéressant article.
    Bien sûr, comme dit en conclusion, il ne faut jamais tirer de généralités de quelques cas particuliers.
    Cela étant, il est clair que le racisme est malheureusement encore trop présent dans certaines mentalités. L'intelligence n'est pas la chose la mieux répartie au monde…

    Quant au coach serbe demandant à un joueur de le frapper (ils sont fous, ces Serbes ! xD), je me demande s'il aurait fait ça face à un Clarence Kea. C'est un truc à se retrouver à l'hôpital !

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