Opinion – Moerman et Causeur, une carrière en Bleu sacrifiée pour l’Euroleague ?

Mathieu Rey
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Adrien Moerman, vainqueur de l’Euroleague, vient d’annoncer sa retraite internationale. Comme Fabien Causeur avant lui, il a poursuivi et accompli son rêve de remporter la coupe reine en Europe. Au sacrifice de sa carrière en équipe de France ?

« Les Bleus et moi, c’est fini », explique ce matin Adrien Moerman dans L’Equipe. « Ce titre (Euroleague 2021), c’est une manière, aussi, de prouver que j’avais ma place en équipe de France. C’était important de montrer ce que je vaux. Je l’ai fait et je suis heureux. Mais avec les Bleus, le problème est ailleurs. Je ne leur souhaite que du bonheur, mais de mon côté, en tout cas, c’est terminé. »

Adrien Moerman est-il plus fort ou moins fort que Amath MBaye ou Guerschon Yabusele, les deux postes 4 qui sont devant lui dans la sélection pour Tokyo ? Plus ou moins complémentaires des cadres ? Fabien Causeur est-il plus fort ou mérite-t-il plus sa sélection de que Timothé Luwawu-Cabarrot ? Le dévoilement du roster d’une équipe nationale amène toujours des débats, des questions. Vincent Collet reconnaissait d’ailleurs lui-même que cette sélection 2021 est celle qui lui a posé le plus de problèmes et de dilemmes. C’est tout à fait logique.

Mais dans ces deux cas de figure, le débat est biaisé. Il est possible que Moerman et Causeur – peut être également Lauvergne et Beaubois – aient payé leurs victoires en Euroleague au prix de leur rêve olympique.

En 2019 après le bronze à la coupe du monde, Vincent Collet espère renforcer son équipe et il a deux noms en tête : Adrien Moerman et Thomas Heurtel. Le premier était même pressenti pour être le poste 4 titulaire en 2019 avant de déclarer forfait en raison de douleurs au tendon d’Achille.

Deux ans plus tard, Collet lui préfère deux autres joueurs, sachant que Nicolas Batum va évoluer également sur le poste 4. Le sélectionneur n’a pas évoqué directement le cas d’Adrien Moerman mais en creux, quand il explique pourquoi MBaye et Yabusele sont dans le groupe, des explications se dessinent. La nature a horreur du vide. Et MBaye a pris la place. Il a assuré lors des fenêtres de qualification puis en tant que titulaire à la World Cup 2019 et depuis, il est toujours présent lors des fenêtres, à l’image d’un Andrew Albicy. Il assure sur le terrain mais également en dehors, dans la vie de groupe, dans l’état d’esprit, garant de la transition entre les fenêtres et les grandes compétitions. En raison d’une carrière de club qui se déroule en dehors de l’Euroleague, MBaye est disponible pour la sélection et il a pris la place, tout simplement. Pour Yabusele, on sent dans le discours du sélectionneur, comme dans l’intérieur de l’ASVEL que sa présence aux fenêtres 2020, au retour de Chine, a été déterminante. Ce qu’il a montré sur le terrain a convaincu le sélectionneur. Même chose pour Moustapha Fall, passé devant Joffrey Lauvergne (en Euroleague depuis 2018) et même devant Vincent Poirier dans la hiérarchie des pivots, en raison de son profil de jeu certes, mais également grâce à ses excellentes performances lors des fenêtres.

Autant d’opportunités de convaincre en situation de matches à enjeux que n’ont pas eu récemment des joueurs de très haut niveau comme Adrien Moerman ou Fabien Causeur. Alors, certes, ces deux joueurs ont enchainé les blessures et les rendez-vous manqués. Mais il est également certain que s’ils avaient pu rejoindre les Bleus, ne serait-ce que pour une ou deux fenêtres, pour s’étalonner, prendre leurs marques avec leurs coéquipiers, sur et en dehors du terrain, il est presque certain que la liste serait différente aujourd’hui.

Et si Joffrey Lauvergne avait été disponible pour une, deux ou trois fenêtres ? Aurait-il pu se relancer auprès du sélectionneur ? Montrer un autre état d’esprit, une nouvelle maturité ? Un autre registre sur le terrain ? Même question pour Rodrigue Beaubois, qui n’a pas souhaité venir à Tokyo alors que Collet l’avait invité. Mais s’il avait pu rejoindre la sélection plus souvent ? Découvrir la camaraderie, le plaisir à jouer en Bleu que racontent tous les membres du groupe France depuis plusieurs années que les fenêtres ont lieu. La donne serait-elle différente ?

Le seul joueur qui participe à l’Euroleague depuis plusieurs saisons et qui est indiscutable en Bleu, c’est Nando De Colo, un talent essentiel aux Bleus, comme peut l’être Gobert ou Fournier. Un patron. Pour tous les autres habitués de l’Euroleague, la carrière en Bleu est très compliquée.

L’Euroleague, en conflit actuellement avec toute l’Europe du basket – ULEB, ligues nationales, fédération nationales et internationale – a proposé ces dernières années un calendrier en conflit ouvert avec les fenêtres internationales. Causeur et Moerman, en poursuivant leur rêve d’Euroleague depuis plusieurs saisons, ont payé ce projet en sacrifiant le rêve olympique. Heureusement pour eux qu’ils ont remporté l’Euroleague, car la facture est salée.

Photo: Euroleague

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2 Responses
  1. Philou971

    l’Euroligue continue sa marche en avant sans de soucier de l’environnement du Basket,
    que ce soit les joueurs qui sont pris en otage, et led sélections nationales.
    On aimerait que le dossier du Basket soit pris en compte au niveau du parlement européen, pour enfin considérer le sport professionnel comme une activité à part et pas seulement comme une activité économique.

  2. Chipotel dominique

    Un peu tard la soi disant invitation de beaubois !!!!! Il savait pertinemment que celui ci aurait refusé
    Hypocrisie !!!!

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