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Roger Antoine, pionnier du « Black power » dans le basket français

En définitive, l’aîné des Tony Parker, Boris Diaw, Florent et Mickaël Pietrus et autre Rudy Gobert est Roger Antoine. Le premier joueur « de couleur » comme on disait à jouer en équipe de France.

Roger Antoine au centre derrière le trophée de champion de France avec le Paris Université Club, en 1963. L’Américain Henry Fields est debout à droite.

En NBA, l’histoire est connue. Chuck Cooper fut en 1950 le premier noir drafté –par les Boston Celtics-, Nat « Sweetwater » Clifton le premier à signer un contrat pro –par les New York Knicks- et Earl Lloyd le premier à entrer en jeu –sous le maillot des Washington Capitols. La ligue américaine est aujourd’hui à majorité « African Americans ».

Pour la France, c’est beaucoup moins su. Et pourtant, en ce XXIe siècle, comme aux Etats-Unis, le basket est ici entre les mains du « Black power ». Près des trois quarts des joueurs de la Pro A sont des Noirs ou des métis, d’origine américaine, africaine ou antillaise. En équipe de France, les Blancs sont également depuis pas mal d’années minoritaires. Cinq sur douze lors des Jeux de Rio.

Il fut un temps où comme en NBA les équipes françaises étaient 100% blanches. Seulement, il ne faut pas s’y tromper. Aux Etats-Unis il s’agissait d’un véritable rejet, d’une ségrégation. Les Blacks n’avaient droit de jouer au basket qu’entre eux, la plus célèbre équipe noire de tous les temps étant les Harlem Globetrotters qui sillonnèrent le monde et qui dans les années quarante n’avaient pas sportivement d’équivalents. En France, si les équipes étaient composées exclusivement de joueurs blancs, c’est que l’immigration venue d’Afrique et des Antilles était mineure et que les bornes du recrutement se limitaient très souvent en première division à la ville ou même au village.

Le premier international antillais en 1964

« S’il y avait du racisme, ce n’était pas dit, c’était diffus. Les insultes racistes ont toujours existé, genre « remonte sur ton arbre » mais il n’y avait pas de débat sur ça. Au contraire, dans le basket on aimait beaucoup les Noirs, les Harlem étaient symboles d’étoiles, de spectacle, Tatum était une vedette », explique l’historien Gérard Bosc.

Nous avons interrogé sur le sujet, il y a quelques années, Max-Joseph Noël qui fut en 1964 et pour 7 matches le premier Antillais sélectionné en équipe de France. Même si le Martiniquais répondait au sobriquet de « Blanchette », un surnom plus bête que méchant donné communément aux footballeurs noirs, il confirmait :

 « Je n’ai pas souffert de racisme. Il y a des gens de ma génération qui avaient un complexe d’infériorité vis à vis des Blancs, mais on s’est aperçu que les Blancs ne sont pas meilleurs que nous. Nous, les Antillais, sommes très satiriques. Comme pour tous les gens qui ont été esclaves, c’est une façon de résister au mauvais sort en souriant. »

Un athlète de haut vol

En définitive, l’aîné des Tony Parker, Boris Diaw, Florent et Mickaël Pietrus et autre Rudy Gobert est Roger Antoine. Le premier joueur « de couleur » comme on disait à jouer en équipe de France. Un parcours très singulier que celui de cet homme né en 1929 à Bamako, au Mali, décédé en 2003, qui mesurait 1,88m -une bonne taille à l’époque-, et qui porta le maillot violet du Paris Université Club. Voici la description qu’en fit en son temps l’entraîneur national Robert Busnel :

« Originaire de l’AOF (Ndlr : Afrique-Occidentale Française), fut conquis par le sport surtout à son arrivée en France comme étudiant. Il fut d’abord un athlète côté –spécialiste du 110m haies (Ndlr : et aussi champion de France universitaire du saut en hauteur en 1953)- et donnant beaucoup d’espoirs. Mais découvrant le basket de compétition au cours d’une soirée de bienfaisance… où il joua un rôle étincelant dans une formation de débutants (Ndlr : match opposant les athlètes du PUC à une équipe de journalistes), il fut aussitôt gagné par cette nouvelle activité. En quelques mois, grâce à des qualités athlétiques exceptionnelles, il s’imposa au tout premier plan du basket national… devenant international dès sa première saison au PUC, un an après ses débuts. »

Busnel vantait sa technique individuelle, sa détente, sa vitesse et certifiait que Roger Antoine pouvait jouer aux cinq postes sur le terrain. Le Puciste disputa un Euro (1957), un Championnat du Monde (4e en 1954) et surtout deux Jeux Olympiques, à Melbourne en 1956 où l’équipe de France, considérée comme la meilleure de tous les temps avant la génération Parker, se classa 4e et à Rome, quatre ans plus tard (10e). Antoine remporta aussi un titre national en 1963 avec le PUC et le pivot Henry Fields qui est la première vraie référence américaine du championnat de France. Un Noir lui aussi.

Le club des internationaux a rendu hommage à ce pionnier méconnu dans une vidéo.

Photo : Musée du Basket

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Commentaires   |  5 commentaires

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  • duncanforcinq dit :

    un blanc, un noir, un metisse…
    mais qu'est-ce que c'est?

    Un copain qui me disait en rigolant que je lui disait un truc parce qu'il était noir, je lui ai répondu que" si il ne nous l'avait pas dit, on n'aurait pas su qu'il était noir" (en gros que c'était une caractéristique sans intérêt)

    • FIBasket dit :

      Là où je te suis est ce bilan comptable tout de même très singulier. En effet, compter 5 blancs sur les 12 joueurs de l'EDF, c'est donc prendre dans les "blancs" que Diot, De Colo, Heurtel, Lauvergne et Tillie. Ce qui revient à considérer que n'est blanc que ce qui est "pur" (je prends beaucoup de gant), sans mélange avec un sang noir (tout ce que je raconte n'a aucun sens biologique, attention, mais je renvoie à une construction sociale)…En effet, pourquoi un TP, un Diaw, un Batum, Un Gobert devraient donc être considérés comme noir ? Ils sont tous métis, d'une mère blanche et d'un père noir (lui-même peut-être métis pour certains ? je ne connais pas leur généalogie). Or l'article les considèrent bien comme tel.
      Ca revient tout de même inconsciemment à reprendre à son compte des préjugés raciaux anciens qui disaient n'étaient blancs que les "purs". Dans ce cas précis, il y a sans doute une inversion : du négatif, on passe peut-être au positif : c'est-à-dire qu'ils seraient bons basketteurs par leur origine black et non blanche (pourquoi pas mais cela reste tout de même difficilement quantifiable scientifiquement et est-on sûr que les qualités d'un Diaw ne puisse venir de sa maman "blanche" et une des meilleures de l'histoire du basket français ?).
      Il est tout de même symptomatique que de tels concepts (un métis est un noir) demeure. Car in fine, ils proviennent de préjugés racistes qui n'augurent rien de bon pour les personnes de couleur, qui restent souvent dans une position de dominés socialement.

  • Remember90s dit :

    Oulàlà!!! Dangereux les statistiques ethniques!

    Pour la petite histoire, Charles Mingus, un des génies du Jazz ricain, a très mal vécu son métissage dans l'Amérique ségrégationniste du XXeme siècle. Il disait de lui même qu'il était "couleur chiasse", car personne, c a d, ni les Noirs, ni les Blancs ne l'acceptaient.

    • duncanforcinq dit :

      je crois que quand on demandait a miles davis ce qu'il souhaitait, il répondait être blanc.

    • M.Az dit :

      Tu peux dire que c'est dangereux, il n'empêche que Roger Antoine est bien noir et c'est le premier.
      Je ne pense pas qu'il faille avoir peur de ces statistiques. Même si elles doivent être maniées avec précaution.