Julien Monclar (GM de Blois): “la « saison blanche » serait bien plus qu’une erreur : la négation de ce qu’est notre activité”

Sacha RUTARD
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Sur les réseaux sociaux, le general manager de l’ADA Blois, Julien Monclar a explicité sa position quant à la formule que doit adopter l’Assemblée Générale de la LNB mercredi 27 mai. Pour lui, surtout pas de “saison blanche”.

« Quand on ne sait où l’on va, qu’on sache d’où l’on vient »Le Basket est à la fois mon métier et ma passion, un sport qui a jalonné ma vie entière. Ça a été dit et redit, nous vivons des moments sans précédent, qui incitent à prendre du recul et à relativiser, mais aussi à réfléchir et donner du sens à ce que nous faisons. Quelle place pour le sport dans cette crise sanitaire ? Certains, surtout dans notre pays, la croiront modique ou secondaire. Je crois même m’être laissé aller à penser la même chose, mais, les semaines passant, l’évidence est revenue : le Sport est essentiel. C’est à la fois la convivialité, le fair-play, la performance, le spectacle et le goût de l’effort. Pour les sportifs de tous niveaux des heures de sueur, de douleur, des années de monomanie parfois, des joies, des pleurs et des amitiés, des victoires et des défaites. Autant de valeurs et d’émotions dont nous avons tous besoin, le manque subi depuis 2 mois le rend encore plus évident. Mais que faire de notre sport ? Que faire de nos compétitions ? C’est la question que toutes les ligues et fédérations se posent depuis le début de la pandémie. Certaines ont tranché vite, d’autres se laissent encore du temps, c’est le cas de la Ligue Nationale de Basket qui attend que le destin de la saison 2019-2020 soit scellé en assemblée générale le mercredi 27 mai. C’est évidemment sur ce sujet que j’ai besoin de m’exprimer aujourd’hui. Pas pour défendre la formule A, B ou C, pas pour prendre parti pour mon Club. Il s’agit de parler de sport, de compétition, de morale et d’émotions. Et appuyer sur un point qui me semble limpide. J’ai beau tourner la chose dans tous les sens, la solution consistant à tirer un trait sur 2019-2020, la « saison blanche » serait bien plus qu’une erreur : la négation de ce qu’est notre activité, de son sens et de son économie. Honnêtement je n’aurais jamais imaginé qu’un tel choix puisse prendre corps comme c’est le cas depuis quelques semaines dans le microcosme des dirigeants du basket français. La compétition s’est arrêtée le 12 mars 2020, alors que 70% de la saison avait été jouée (un tout petit moins pour la plupart des clubs de ProB, un peu plus en Jeep Elite). Voter la saison blanche reviendrait à nier l’existence de cette saison sportive, non sans impact. Que ferions-nous des efforts produits par plus de 350 joueurs ? Des heures d’entrainement, du travail des clubs, des salaires versés, des entraineurs virés, des joueurs blessés, des victoires partagées ? Que faire des spectateurs ayant payé leurs places ? Des partenaires ayant acheté les prestations ? Des collectivités ayant accompagné notre feuilleton sportif ? Devons-nous expliquer aux plus passionnés, aux plus jeunes, que ce qu’ils ont vécu avec tant de ferveur n’a pas existé ? Que tout cela n’avait aucun sens ? Quiconque a senti l’odeur d’un vestiaire, la détresse de la défaite ou le goût de la victoire ne pourra jamais accepter cela. Pas après avoir parcouru 70% du chemin. Quiconque ayant eu à signifier à un joueur qu’il ne le conservait pas, à un entraîneur la fin de son contrat, sait parfaitement que cette saison a été bien réelle. Les analogies ne manquent pas, je vais vous épargner une liste, mais le bachelier qui a brillamment travaillé jusqu’à mars doit-il redoubler ? Nous savons ce qu’il en est, de la même manière le pilote ayant dominé plus des 2 tiers de sa course est déclaré vainqueur en course auto. Soutenir l’inverse c’est se tromper lourdement, faire preuve d’opportunisme ou simplement d’incompétence. Nous faisons un sport professionnel, avec un modèle économique. Contrairement aux idées reçues diffusées par certains, économie et éthique sportive sont 2 faces d’une même pièce. Ce sont les valeurs du sport qui attirent les partenaires, les émotions et la croyance dans le fait sportif qui déplacent le public. Nier une saison, nier la réalité du terrain, tirer un trait sur le mérite sportif revient à vider notre produit de toute sa substance. Lui retirer toute valeur. Bien sûr la valeur éthique et morale, mais aussi, ça parlera peut-être plus à certains, sa valeur économique.Les gens ne consommeront plus le sport s’ils ne croient plus au fait sportif. Et ils auront raison. Ôter le mérite sportif au sport, effacer une histoire qui a été largement écrite, à laquelle les passionnés ont cru et pour laquelle ils ont consenti des sacrifices, une histoire qui a créé chez eux euphorie, déception, colère ou espoir, c’est oublier d’où nous venons et qui nous sommes. En tous cas ceux qui donnent de leur personne pour partager cette passion, que ce soit sur le terrain, dans les tribunes, derrière un écran ou dans des bureaux.Hormis la « saison blanche », la solution qui sera votée le 27 mai importe peu, il y a des arguments pour et contre chacune d’elles, nous sommes tous conscient du caractère exceptionnel de la situation. Le basket professionnel français doit être responsable et respecter son sport, une discipline extraordinaire qui pâtit déjà de bien des incohérences et autres querelles animées par autre chose que son véritable Esprit.”

Photo: ADA Blois

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3 Responses
  1. Bémol

    On ne peut pas comparer le classement d’un championnat de basket aux 3/4 de la saison avec des clubs qui n’ont pas rencontré toutes les mêmes équipes, et une course automobile où sur le circuit les conditions étaient les mêmes pour tous les pilotes.

  2. Choiseau

    La comparaison avec le lycéen est vraiment intéressante. Va t-on faire redoubler tous les élèves, de la maternelle aux grandes études ? La réponse est NON. Il doit en être de même pour le sport.

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