Interview LNB

Syndicat des Joueurs (1) : « On aurait préféré limiter les Américains à deux »

 

SNB

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Quasiment neuf joueurs de la Ligue Nationale de Basket sur dix sont adhérents au Syndicat National des Basketteurs. Celui-ci est ainsi un acteur majeur du basket professionnel même si sa voix n’est pas forcément déterminante. Pour mieux comprendre les nouveautés dans les championnats de Pro A et Pro B, la réglementation qui concerne les JFL (Joueurs Formés Localement) et les JNFL (Joueurs Non Formés Localement qui sont désormais divisés en deux catégories, Européens/Cotonou d’un côté, reste du monde de l’autre avec principalement des joueurs américains), les coupes européennes, les raisons de l’accroissement du nombre de chômeurs, nous avons interrogé Jean-François Reymond, son directeur. Voici le verbatim.

 

 

Un record de  joueurs français au chômage

« On a déjà eu pas mal de chômeurs la saison dernière mais effectivement à ce moment là de l’année, début septembre, je n’ai jamais vu ça depuis que je suis au syndicat avec un Flo Piétrus (ex-Nancy) ou un Jo Aka (ex-Monaco) qui n’ont pas de clubs. Je pense qu’il y a plusieurs facteurs. Effectivement la réglementation n’aide pas. Le plus mauvais exemple, c’est Nancy puisqu’à dix jours de la reprise, ils n’avaient pas leur quota de JFL (Ndlr : Joueurs Formés Localement, en très grande majorité des Français. Le SLUC a ensuite signé Lenny Charles-Catherine). Avant même de remplir leur quota de JFL ils ont rempli leur quota d’étrangers. C’est aberrant que des clubs fonctionnent à l’envers, construisent une équipe de D-League pour faire le championnat. Les gens qui vont venir aux matches et qui ne sont pas trop basket ne vont pas s’identifier à ça.

Il y a eu des échanges entre le syndicat des joueurs et le comité directeur de la ligue dans le cadre de la commission paritaire sur ce que devait faire la LNB avec la Commission Européenne. On ne remet pas ça en cause. On a même donné un mandat à Alain Béral (Ndlr : président de la Ligue Nationale de Basket) pour aller discuter avec la commission européenne. Par contre, ce qui est difficile à accepter c’est que la décision qui a été prise l’année dernière lors du Match des Champions à l’Assemblée Générale de la Ligue ne l’a pas été faite en concertation, uniquement entre présidents de club et Alain Béral. On comprend que la commission européenne ait exigé une réponse claire et que la LNB s’engage sur une réduction du nombre de JFL. On savait que malheureusement ça devait arriver. C’est la forme qui nous a déplus, la rapidité de décision puisqu’il y a eu une Assemblée Générale le lundi et le vendredi soir précédent, l’ordre du jour a été modifié pour aborder la question des JFL en disant que la Commission Européenne mettait la pression en demandant que les règlements soient absolument modifiés. A l’AG de la ligue, il n’y a que les présidents qui votent. Le Syndicat des Joueurs c’est une voix sur toutes celles qui sont disponibles et donc ce n’est pas là que l’ont peut intervenir.

 

« Limités à deux, ces Américains auraient apporté une plus-value au championnat »

 

Des équipes de Pro B sans Français confirmés

Notre proposition pour faire évoluer la situation des JFL était dans le sens de ce qu’avait dit la Commission Européenne. On n’était clairement pas opposé à mettre des JFL européens. Or ils ont conservé la possibilité d’avoir un nombre d’Américains élevé (quatre en Pro A) et pour nous c’est ça la problématique car je pense qu’un coach préfèrerait plutôt qu’un Européen, qui vient d’un championnat folklorique ou qui a un passeport un peu bizarre, un joueur local qui connaît le championnat. En résumé, on aurait préféré limiter les Américains à deux et mettre en addition des Bosman/Cotonou. Limités à deux, ces Américains auraient apporté une plus-value au championnat. Pour nous ce qui est inconcevable, c’est qu’un Américain soit recruté au mois d’août et qu’une semaine après, il soit viré. En plus, le coût est énorme pour un  club de faire venir le mec avec sa famille, faire toutes les démarches administratives, faire passer la visite médicale, le faire s’entraîner et lui dire de repartir après une semaine… Construire des effectifs avec des gars que l’on ne connaît pas, c’est invraisemblable !

Les équipes de Pro A peuvent être constituées avec seulement 9 contrats et celles de Pro B avec 8. Ça a une influence minime en Pro A car les clubs sont obligés d’avoir leurs 4 JFL par contre c’est hyper dommageable en Pro B pour les équipes qui n’ont pas de centre de formation. Ils peuvent faire une équipe à 8 avec 4 U23 (Joueurs âgés de moins de 23 ans) et 4 JNFL. A cause de cette règle là, un joueur de 24 ans qui est bon est pénalisé. C’est dur pour lui de se faire entendre dire qu’il n’a plus sa place dans l’effectif car il faut quatre joueurs de moins de 23 ans. Aussi des joueurs n’ont pas trouvé de boulot car le coach de Pro A voulait 12 joueurs mais le club a répondu que ça sera 11. Il y a automatiquement une déperdition de places. Vous allez en Euroleague ou en Allemagne, les rosters d’équipe ne sont pas construits sur 9 joueurs mais 12, 14. Des coaches français n’ont pas envie de gérer 10 joueurs et jouent à 8. Je pense que c’est pénalisant sur le long terme au niveau des résultats. L’année dernière Nancy avait une toute petite équipe, ils ont eu des blessés, et à un moment ils ont été obligés de mettre trois joueurs du centre de formation sur le terrain…

 

« Tant mieux si les étrangers sont payés plus chers »

 

La valeur des Américains en baisse

C’est sûr que l’intérêt des fans n’est pas un facteur de décision ! Il y a parfois des débats au comité directeur de la ligue qui sont aberrants pour le fan de basket absolu que j’ai été. Parfois je rentre chez moi, j’ai envie de me suicider (rires). Je comprends qu’il y ait des contraintes économiques, plein de facteurs de ce genre, mais il faut noter que s’il y a une différence  financière entre un JFL et un JNFL c’est en faveur des étrangers, les JNFL ont de plus gros salaires. Ou alors il y a des doubles contrats qui ne sont pas envoyés à la DNCG (Ndlr : l’organisme qui contrôle la gestion des clubs) et on n’est pas au courant ou alors encore il y a un problème dans les calculs des comptables. Et je dirai tant mieux si les étrangers sont payés plus chers. Des Micheal Ray Richardson, des Delaney Rudd, des Brian Howard, des JR Reid, étaient là pour augmenter la valeur de l’équipe pas pour compléter un effectif. Aujourd’hui, on a l’impression que certains clubs prennent des mecs simplement parce qu’ils ne sont pas chers. On jette une pièce en l’air et peut-être qu’ils feront un bon coup… ou pas. Et puis ce n’est pas grave, le mec on va le virer et on en prendra un autre. Pas tout le monde bien sûr. Certains clubs font bien leur travail, prennent du temps, dépensent de l’argent pour aller scouter des joueurs, Français ou étrangers, mais d’autres font ça à la petite semaine. Je sais que le fan de basket s’y perd quand il voit qu’entre septembre et mai trois joueurs ou davantage de leur équipe auront changé.

 

« Une voix du Syndicat des Joueur ne fait pas le poids contre trente-six présidents qui votent »

 

62 JFL, 97 JNFL

Il faut reconnaître aussi que le marché a changé, des championnats n’existaient pas avant, il y a plein de paramètres qui s’ajoutent à cette mondialisation. Bien ou pas, c’est le chemin que prend la société, dans l’économie comme dans le basket. On ne fait que suivre une tendance. Mais la Commission Européenne, le nombre d’Américains, ils s’en fichent, ce qu’ils veulent ce sont des places pour les Européens. Alors, allons-y !, prenons des Européens plutôt que des Américains. Et comme ça on mettra peut-être plus d’argent sur des Américains de grande qualité. Mais donc il y a un an, l’AG de la ligue a décidé que ce sera 4 (Américains) et 2 (Bosman/Cotonou). Une voix du Syndicat des Joueur ne fait pas le poids contre trente-six présidents qui votent.

A ce jour, dans la composition de la Pro A, il y a très exactement 62 JFL qui ont des vrais contrats pros et 97 JNFL et à peu près 25 joueurs avec des contrats aspirants-stagiaires, qui a de rares exceptions, ne vont jamais jouer mais qui font partie du quota. Comme on inclus dans le nombre de JFL des gars qui ont leur premier contrat pro, mécaniquement, le salaire moyen des étrangers sera toujours supérieur à celui des Français. Mais même en les sortant des calculs on arrive toujours à une différence favorable aux étrangers. ll y a aussi des avantages en nature qui viennent se rajouter à un contrat d’un étranger, ce qui n’est pas forcément le cas pour celui d’un JFL.

Je pense que cette année beaucoup de joueurs n’ont pas négocié leur contrat. Ils se sont dits « on m’offre l’opportunité d’aller là, je ne vais pas faire le con car je sais que je vais avoir du mal à trouver du taf, j’ai envie de jouer, j’y vais. » Il y a aussi des mecs qui sont payés et qui prennent un complément de Pole Emploi car ce n’est pas interdit. Tout salarié français peut avoir un complément de pole Emploi si son salaire est inférieur à celui qu’il avait avant sauf qu’il perd ainsi des droits ASSEDIC. »

 

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Commentaires   |  1 commentaire

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  • FJ13 dit :

    Je suis pas trop d’accord avec le fait que s’il y a plus de joueurs américains les gens qui connaissent pas le basket ne viendront pas.
    Un mec qui vient voir un match de basket de temps à autres, ce qu’il veut voir c’est du spectacle, du jeu. Par conséquent vaut mieux avoir les joueurs qui proposent ce genre de jeu. Et si pour avoir du beau jeu, c’est moins cher d’avoir 5 ricains que 3 JFL alors autant prendre les ricains. En créant une règle obligeant les équipes à prendre des JFL, ça crée une surestimation des bons joueurs JFL.
    C’est normal que les équipes se tournent alors vers des ricains.