Le rappeur Manu Key prêt à saisir la balle au bond

Jacques Durand
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Nous mettons ce matin en accès libre ce PREMIUM sur Manu Key.

Membre fondateur de la Mafia K’1 Fry, celui que l’on nomme Manu Key a été un rappeur émérite dans les années 1990-2000. Producteur, découvreur de talents comme Kery James ou Rohff, il a également participé à la réalisation de bon nombre d’albums marquants du rap français à cette époque (« Le combat continue » d’Ideal J, « Les Princes de la ville » du 113, « La vie avant la mort » de Rohff, « La cerise sur le Ghetto » et « Jusqu’à la mort » de la Mafia K’1 Fry).

Ce qu’on sait moins, c’est qu’en dehors de la musique, Manuel Coudray est un vrai passionné de basket. Après avoir joué à un niveau départemental/régional à l’AS Orly Basket, la ville où il a grandi, l’ancien meneur de jeu a continué à œuvrer en tant qu’entraîneur. Si bien qu’il a passé son Diplôme d’Etat au sein de la SIG Strasbourg, et après avoir mené son équipe de cœur jusqu’en NM3, le Guadeloupéen est à la recherche d’un nouveau défi. A l’occasion d’un stage FFBB sur son île natale en marge du jubilé Mickaël Gélabale-Florent Piétrus ce week-end et du Quai 54 ce dimanche, tournoi d’envergure mondial qu’il a vu grandir depuis ses débuts, BasketEurope est allé prendre de ses nouvelles à l’aube d’une nouvelle saison pleine de nouveaux défis.

Salut Manu ! Enfin, bonjour Monsieur Coudray. Racontez-nous votre histoire d’amour avec le basket, comment êtes-vous tombé dedans ?

J’ai joué au foot dans ma jeunesse, de 8 ans jusqu’à 17 ans. Et puis il s’est avéré que j’habitais en face du gymnase Robert Desnos qu’ils ont construit à Orly en 1985. Depuis ce moment, j’entendais toujours du bruit, je voyais des gens y aller le samedi soir. Un jour, on m’a dit « viens au gymnase, il y a un match, on va voir ». Pour moi, il n’y avait que le foot. A l’époque c’était la Nationale 1B chez les filles et l’équipe d’Orly était plutôt forte et il y avait une vraie ambiance dans ce gymnase. Les filles avaient gagné d’un point et dès que j’ai vu ce match, j’ai kiffé tout de suite. Je me disais « c’est quoi ce sport en intérieur, athlétique, ça court, ça shoote, il y a une ambiance de fou ». Je m’y suis intéressé direct. Rapidement, je m’étais renseigné sur l’endroit où je pouvais trouver un club à Orly et les horaires d’entraînement. J’avais fait un entraînement avec les cadets alors que j’étais minime dernière année. Je me rappelle avoir fait ce premier entraînement en jeans. Le coach m’avait demandé de venir à la rentrée car on était à la fin de la saison. Donc je suis revenu, j’ai fait les entraînements, ça m’a plu et c’est comme ça que j’ai pris ma première licence, en 1990 et j’ai joué jusqu’en 2011.

Quel a été votre parcours de joueur ?

J’ai joué en cadet, junior, ma première année senior à l’AS Orly Basket… Je me souviens que l’équipe était descendue en excellence département. Il y avait une nouvelle génération, on a dû reconstruire autour de ça. J’avais 21 ans à ce moment là. Et on est reparti de là pour monter jusqu’en Nationale 3, avec une équipe de quartier. Aucun joueur ne venait d’ailleurs, c’était que des potes qui venaient de la même ville. C’est ça qui était assez extraordinaire. On est resté 6-7 ans ensemble. On a fait honneur région, promo région, excellence région et enfin Nationale 3. En Nationale 3, on est monté avec un coach qui s’appelait Nenad Kovacevic, qui avait joué à Bondy en Nationale 2, il avait fait tous les centres de formation en France. Il y avait une bonne ambiance et après l’équipe s’est un peu dispersée à gauche à droite. Certains étaient payés, ça commençait à parler d’argent. Je suis resté encore quelques années et après on m’a demandé de reprendre l’équipe lorsqu’elle est un peu redescendue, à partir de 2009. J’ai continué un peu à jouer et j’ai commencé à passer mes diplômes en 2010.

Quel était votre poste ?

J’ai toujours joué au poste 1.

Je vous voyais jouer à l’intérieur avec votre carrure…

Oui, ça c’est parce que j’ai pris un peu de poids avec l’âge, mais j’ai toujours joué meneur. Je fais 1,89m et à cette époque j’étais vachement fin, et je cavalais comme un fou. Mon idole, c’est Magic Johnson, donc de toute façon, je ne pouvais pas jouer à un autre poste. Magic, c’était fou. Tu vois un grand arriver sur le terrain, tu te dis « il va jouer pivot lui ». Mais non, poste 1, il prenait le ballon, il distribuait, il ne shootait pas tellement même si ça lui arrivait parfois. C’était surtout un très grand passeur.

Quels sont les souvenirs marquants que vous gardez de cette époque ?

Le premier, c’est lorsqu’on est tous allés chez notre entraîneur, Monsieur Govenet. Il nous avait invité à voir le All Star Game chez lui. On faisait des petites soirées tous ensemble entre joueurs. A l’époque, je pense que c’était l’un des seuls coachs à faire ça, ramener l’ensemble de ses joueurs chez lui. On avait regardé le match, c’était le All Star Game de 1992, à Orlando, Magic avait fini MVP. C’était la première fois que je voyais ça. Je ne connaissais pas du tout cette ambiance, la Dream Team, les matchs à 3h du matin, ce n’était pas si accessible. Et c’est ça qui m’a mis vraiment dedans. Je regarde ce match avec Magic, toutes les plus grandes stars du basket mondial, c’était quelques mois avant la Dream Team de Barcelone aux Jeux Olympiques de 1992. Et tout ça s’est enclenché, le basket en France a commencé à connaître un vrai engouement. Après j’ai découvert des joueurs comme Mouss Sonko, ça ne s’arrêtait plus.

Sinon avec ma team, il y a eu plein d’anecdotes. Le match qui nous fait monter en Nationale 3, on recevait Meaux à la dernière journée. On était obligé de gagner. On avait décidé de changer de gymnase à la dernière minute pour aller dans un gymnase plus petit pour qu’il y ait plus d’ambiance, que la salle soit plus chaude. Le coach nous avait demandé s’il existait un gymnase plus petit, parce qu’il ne connaissait pas très bien la ville et nous, on jouait au Palais des Sports. Je lui dis qu’il y a effectivement un autre gymnase mais beaucoup plus petit. Il me dit « on prend celui-là ». Le lendemain on a fait la convocation pour prévenir l’équipe pour leur dire qu’on jouait à Romain Rolland, une salle sans tribunes, avec que des bancs autour du terrain. L’équipe d’en face n’était pas facile, mais ça nous beaucoup aidé, avec l’ambiance du public. On a gagné comme ça et on est monté. C’était assez extraordinaire, un vrai match de playoffs. Ils ne lâchaient rien en face et nous, on avait besoin de monter. Ça avait donné une ambiance de fou.

A quel moment avez-vous décidé de poursuivre en tant qu’entraîneur, quelles étaient vos motivations ?

J’étais encore joueur. Je voyais que les anciens commençaient à être vieillissants, ils partaient pour la plupart. L’équipe s’était un peu dissoute et j’étais le dernier rescapé de cette génération qui avait passé tout ce temps dans la même équipe. Les dirigeants m’ont demandé de reprendre le flambeau, ramener des jeunes… La première année, on s’est maintenu, et après on a quelques jeunes qui ont commencé à venir. On m’a dit que pour pouvoir coacher en région, gravir les échelons, il fallait commencer à passer des diplômes. J’ai trouvé ça intéressant, et j’ai voulu me lancer la-dedans, savoir comment on gère une équipe et ça m’a plu. Il y a quand même des coachs qui m’avaient marqués durant ma jeunesse avec qui j’ai pu partager. Et c’est à partir de ce moment là que je me suis dit « pourquoi pas ? ».

 

« Ma plus grande fierté c’est d’avoir repéré Lahaou Konaté lorsqu’il était encore très jeune »

 

Quel a été votre parcours d’entraîneur jusqu’à aujourd’hui ?

J’ai commencé à Orly en 2009 dans la plus basse division après la dissolution de l’équipe fanion chez les garçons. On avait été rétrogradé au plus bas niveau. De DM3, on est monté en DM2, pré-région puis région dès l’année suivante pour aller jusqu’en excellence région. Ensuite, je suis parti. Ça faisait 7 ans que j’étais au club, c’était la fin d’un cycle. Ça faisait longtemps que j’étais là, les mecs n’étaient plus trop à l’écoute, ils avaient besoin d’apprendre de nouvelles choses. J’ai passé une année dans le 95, j’ai changé un peu de cercle et j’ai pu coacher à Ermont. Et cette année j’ai atterri à Paris Académie qui joue en RM2.

Quelles sont vos plus belles réussites/fiertés en tant qu’entraîneur ?

A Orly, j’entraînais les seniors, mais j’ai aussi eu la chance de coacher les plus jeunes, en catégorie benjamins. Et ma plus grande fierté c’est d’avoir repéré Lahaou Konaté lorsqu’il était encore très jeune. Je savais que ce petit allait percer parce qu’il avait une envie débordante. C’était l’un des seuls qui venaient à tous les entraînements. Il était tout petit à l’époque, très mince, il ne payait pas de mine. Il était déjà fort dans les divisions départementales, mais en région il y avait plus fort et plus grand que lui, avec des gabarits plus imposants. Personne ne le calculait, et j’ai eu la chance de le voir évoluer depuis tout petit. C’est quelqu’un qui n’a jamais lâché. Je savais qu’il allait percer un jour où l’autre. Après sa dernière année minime où il était en championnat de France (minime France) à Charenton avec toute la génération d’Evan Fournier, Jeremy Nzeulie et autres, c’était encore le petit joueur qui faisait le fond de banc. Il ne rentrait pas trop voire pas du tout parce qu’il était plus petit que les autres et plus mince mais il avait une qualité technique que les gens n’oubliaient pas. Il faisait des bouts de matchs. Et c’est une fois arrivé en cadets qu’il a commencé à prendre de la taille, de l’assurance. Il n’arrêtait pas de grandir mais il gardait la même technique. Il dominait pratiquement tout le monde. Il a quitté Charenton, il est venu faire une année en excellence région avec nous. On voyait bien les dimensions athlétiques qu’il commençait à avoir. C’était un joueur adroit et il s’entraînait deux fois plus que tout le monde. C’est là que je me suis dit qu’il avait un gros potentiel. Il a reçu la proposition de jouer en espoir à Hyères-Toulon. Et on a vu la différence quand il est revenu l’été d’après, comment il avait changé, encore grandi. Il n’était même pas majeur mais il avait la même dimension athlétique que les pros.

Il a toujours été comme on le connaît aujourd’hui ? Avec la tête sur les épaules, quelqu’un de réfléchi…

Ça a toujours été un gros travailleur. Il a fait de bons choix de carrière c’est vrai, mais surtout, il est à l’écoute, c’est ça le plus important. Il écoute beaucoup. Il avait un agent quand il a commencé en Pro B, pendant quatre ans, et pour avoir une nouvelle dimension et aller vers la Jeep ELITE, on lui a conseillé avec un ami d’aller vers un nouvel agent qui avait un plus grand panel à sa disposition, un autre carnet d’adresse : Bouna Ndiaye. Avec lui, il a tout de suite pu aller au Mans qui lui avait fait une grosse offre. Il était bien à Evreux, il commençait à tout défoncer. Mais comme on lui a dit à ce moment là, on ne néglige pas la Pro A. Il a alors fait le choix de quitter Evreux et aujourd’hui c’est un joueur reconnu qui évolue au plus haut niveau. Il fait partie de la Team France Basket, ce qui n’est pas à négliger non plus. Il a atteint la plus haute marche en France. Là il va faire encore une année à Nanterre et ensuite j’espère qu’il va tout défoncer pour essayer d’accrocher un club en Europe par la suite.

Sur la deuxième partie de saison notamment il a prouvé avec Nanterre qu’il avait encore franchi un cap supplémentaire …

Il a été nommé capitaine, ça lui a fait passer un nouveau cap. Il a été dans la Team France Basket et ça, il ne s’y attendait pas du tout. Quand Vincent Collet te passe un coup de fil pour te dire que tu vas être dans la sélection, c’est quand même quelque chose. De pouvoir côtoyer des joueurs comme Boris Diaw, c’était un peu un rêve pour lui. Même à l’heure actuelle, quand il revient, il nous en parle. « J’ai vu Boris, il est vraiment impressionnant ». Il vit encore son rêve comme un gamin, il n’y a rien de plus beau. Je pense que s’il continue à bien travailler comme ça et qu’il fait une grosse saison à Nanterre, il peut encore franchir un cap. Il pourra alors se projeter sur une nouvelle aventure en Europe, la Grèce, l’Espagne, la Turquie ou autre chose.

A Evreux à ses débuts, c’était le Jimmy Butler de Pro B !

(rires) Oui, mais il n’est pas trop dans les modèles même s’il kiffe bien Kevin Durant. Mais il n’est pas dans ce truc de regarder des vidéos, calquer les mouvements des uns et des autres, des joueurs américains. Il aspire à améliorer son jeu tous les jours, mais il ne va pas regarder des vidéos pour dire « je veux être comme lui ». Il aime beaucoup le bagage de Kevin Durant, parce qu’il est injouable, il a un shoot très pur etc etc mais il ne va pas approfondir à regarder des vidéos à n’en plus finir. Ce n’est pas trop son délire.

Que recherchez-vous comme mission aujourd’hui ?

Ça fait dix ans que je coache, dont cinq ans au niveau régional en Île-de-France. Je pense que j’arrive à saturation, il me faudrait passer un cap au niveau national, pourquoi pas dans les catégories des championnats de France jeunes. J’ai la chance d’avoir passé mes diplômes à la SIG au Creps de Strasbourg, le CQP (Certificat de Qualification Professionnelle). Je pense qu’au niveau de la formation, c’est la structure la plus redoutable parce qu’il y a Vincent Collet là-bas et les formateurs, ils ne rigolent pas. Ils ne font pas de cadeaux. Abdel Loucif, le CTS de l’Alsace, c’est quelqu’un de droit. Si tu es bon, il te le donne, si tu n’es pas bon, tu seras recalé. Aujourd’hui, ce que j’aimerais aussi, c’est de trouver une structure pro qui pourrait me permettre de franchir un cap et m’aider à passer mon DE (Diplôme d’Etat). Quand tu entraînes en Ile de France, en RM2, RM1, Nationale 3, ça ne suffit pas, l’accès au diplôme d’état est impossible à avoir. Tu n’as pas la structure pour. Avoir un diplôme d’état, oui, mais ça va te servir à quoi? Si c’est pour coacher en Nationale 3, ça ne sert à rien. On préfère laisser l’accès à ceux qui en ont vraiment besoin, qui sont dans une structure pro, qui sont assistants en Nationale 2 où qui ont une équipe dans un championnat de niveau supérieur. Si tu es dans un club où il n’y a pas vraiment de structure, ça ne sert pas à grand-chose. Tant que je n’aurai pas franchi ce cap afin de me permettre de passer ce diplôme et être assistant par exemple, derrière un bon coach, je ne pourrai pas avancer. Au niveau régional, j’ai tout fait sur ces dix dernières années. Mes équipes ont souvent fini à la première ou à la deuxième place. C’est bien, mais ça reste de la région, sans plus.

Manu Key avec coach Zo, son ami avec qui il a commencé à passer ses diplômes

Vous avez eu des touches ces derniers temps ?

Non, j’ai fait pas mal de demandes par le biais de connaissances, mais les places sont chères. Les clubs recherchent des DE en priorité. Un DE, ça coûte quand même 10 000 euros, il faut que le club puisse le prendre en charge et ils préfèrent prendre un coach qui est déjà diplômé d’état. C’est pour ça que ce n’est pas si facile. J’ai des réponses, les gens que j’ai en retour sont toujours cools, mais la réponse est toujours négative. J’ai fait de la Jeep ELITE, de la Pro B, de la N1, Bordeaux qui monte, Brissac… ça ne me dérangerait pas de voyager, de partir quelques années pour avoir ce diplôme et passer un cap, bosser aux côtés d’un entraîneur auprès de qui je pourrais continuer à apprendre…

 

2017, au stage du NDC, camp de Nando De Colo, à Tignes

« C’était deux passions et la musique est ensuite devenu mon métier pendant une quinzaine d’années »

 

Pour beaucoup, on vous connaît davantage grâce à la musique. Avez-vous déjà eu à faire un choix entre les deux ou vous avez toujours réussi à concilier rap et basket ?

Comme vous dites, j’ai pu concilier ces deux passions, je n’ai jamais eu à faire un choix. Ça a été deux passions depuis tout jeune. Parfois, j’avais des concerts, on partait et je loupais un ou deux matchs. Mais j’ai toujours eu un emploi du temps où j’ai réussi à jongler entre les deux. Pourtant, dans les années 2000, on était en pleine bourre. Mais j’ai toujours eu assez de temps pour ne pas avoir à faire de choix. Les entraînements c’était le soir, et ensuite le studio c’était parfois la nuit. J’avais toujours le temps d’y aller. C’était deux passions et la musique est ensuite devenu mon métier pendant une quinzaine d’années. Heureusement pour moi, ça n’a jamais posé problème. Le sport, c’était avant tout une hygiène de vie et puis j’en faisais en amateur, à mon niveau. Je ne pouvais pas laisser tomber l’un ou l’autre, j’aimais bien pouvoir faire les deux.

Il y a 22 ans, tiré de l’Album d’Idéal J « Original MC’s sur une mission »

Vous êtes notamment à l’origine de ce fameux son sur le Quai54 à son tout début ?

Ça s’est fait comme ça, j’avais un son dans ma boîte mail que DJ Mehdi m’avait envoyé. J’aimais bien l’énergie qu’il dégageait. J’ai gratté un petit truc sur le thème du basket. Après on a demandé à un rappeur qui a suivi, puis deux, puis trois… Ils sont tous venus au studio les uns après les autres. A chaque fois, le morceau évoluait sans qu’on sache jusqu’où il pouvait aller. Comme dans le basket, parfois dans le rap, il y a tellement de magie, le morceau a pris et ça a donné un morceau estampillé « Quai 54 ».

C’est un morceau qui a notamment contribué à la renommée du Quai à un niveau national à l’époque où il n’avait pas l’aura d’aujourd’hui…

C’est ça, c’était au tout début, à la troisième ou quatrième année du Quai. Son ascension a été extraordinaire.

Quel est votre regard sur l’évolution de ce tournoi ?

On l’a vu grandir, d’abord au niveau français. Il est rapidement devenu incontournable en France, puis ensuite en Europe. Il y a eu des Allemands, des Espagnols, plein de nationalités qui sont venues. Et ça a pris une envergure mondiale lorsque ça a touché les States. Maintenant il est reconnu dans le monde entier puisqu’il y a même les stars de la NBA qui participent. C’est grandiose. C’est un événement qui a pris de l’ampleur, qui ne lâche pas. Et une fois par an, il y a un week-end, Hammadoun Sidibé et Thibault de Longeville arrivent à le faire progresser chaque année. Je trouve ça extra qu’on puisse passer un week-end tous ensemble. Ça dépasse même le cadre du basket, on se retrouve tous, les joueurs de province ou d’ailleurs.

Vous serez au rendez-vous ce week-end ?

Malheureusement non, c’est la première année où je ne pourrai pas y être. Je pars en Guadeloupe ce vendredi (entretien réalisé mercredi soir) faire un camp. Ça va me donner une autre opportunité, de la visibilité en tant que coach car c’est en partenariat notamment avec la FFBB. Ça me permet de voir des gens, d’échanger, de progresser avec eux et puis pourquoi pas, rencontrer de nouvelles personnes. Mais je suis toujours un proche du Quai et d’ailleurs je vais partir avec une grosse série de tee-shirts pour véhiculer aussi l’image du tournoi en Guadeloupe.

2012 à New York, Manu Key en compagnie d’Hammadoun Sidibé (au centre), son neveu Alfa et le meneur Zainoul Bah

Il y a aussi le jubilé de Mike Gélabale et Flo Piétrus ?

Oui, j’y serai. On arrive le même jour et on est invité à venir voir le match de gala.

Pour conclure, vous avez un peu suivi la Jeep ELITE ? J’ai cru vous apercevoir avec un maillot de Monaco sur les réseaux…

C’est Amara Sy qui me l’a offert. J’ai trouvé que la Jeep ELITE nous a offert un très bon niveau cette année. Je retiens le bon travail du Mans. Ce qu’ils ont fait depuis les quarts de finale, j’ai trouvé ça extraordinaire. Il y a eu le super travail d’Eric Bartécheky, mais c’est aussi l’apport et le travail de tout le staff avec Dounia Issa et Antoine Mathieu. Avec les joueurs aussi, car comme je l’ai lu dans la presse, ce n’était pas toujours facile. On croit toujours que c’est uniquement au niveau départemental ou régional qu’on entend les joueurs se plaindre ou qu’il y a des problèmes de cohésion de groupe entre ceux qui ne jouent pas, les autres etc etc. Et ce que me disait Dounia Issa, c’est que ça arrive aussi en pro, à tous les niveaux en fait. Certains peuvent manifester leur mécontentement s’ils estiment qu’ils ne jouent pas assez, ils peuvent s’éparpiller un peu et te le font bien ressentir. Ce sont des choses qui peuvent rejaillir sur le groupe. Ça s’est un peu passé comme ça pendant les Playoffs, pendant la saison, mais les mecs ont tenu et c’est ce qui leur a donné la volonté d’aller chercher deux matchs à Strasbourg, deux à Monaco. Il y a vraiment eu un gros travail du staff. Je me rappelle du match 4 que Le Mans avait perdu à la maison alors que le titre était en jeu. Pour en avoir discuté avec Dounia Issa, c’était l’une des premières fois en tant que coach que j’entends ça. Il me disait : « Sur ce match, dans le staff, on n’a pas été bon. On va rectifier le tir au prochain match et on fera tout pour gagner à Monaco ». C’était le dernier match de la série, et ils l’ont gagné. Il y a eu un très gros travail de leur part. Ils ont reconnu qu’ils n’avaient pas été bons en revoyant des situations à la vidéos, ils ont rectifié et ça leur a permis de continuer à avancer et à arracher le titre là-bas avec les tripes alors que Monaco était favori. Je regarde aussi beaucoup Monaco, et si j’avais un tout petit reproche à leur faire, c’est qu’ils sont moins bons sur le jeu posé qu’en contre-attaque, sur le jeu de transition. Ça déroule moins bien sur attaque placée. Pourquoi, je ne sais pas, ils ont pourtant beaucoup de rotations, ils jouent à quatre beaux intérieurs… Quand ça défend dur en face, ils ont eu un peu de mal. Le Mans a été plus fort dans l’ensemble et notamment sur ces deux aspects. Ils ont pris un très bon coach pour l’année prochaine, celui de Banvit, Saso Filipovski. J’ai un peu suivi Banvit cette saison pour voir comment il pouvait bosser avec une équipe très jeune, et il a réussi à faire du bon travail. Je pense qu’ils vont rebondir. Zvezdan Mitrovic était plus dans le charisme, à donner l’envie à son groupe d’aller à la guerre. C’est quelque chose qui manquait un peu à Villeurbanne et c’est pour ça qu’il va là-bas je pense.

Pour terminer, pouvez-vous donner un cinq majeur composé de joueurs amis et de ceux que vous avez aimé voir jouer ?

En premier lieu, Amara Sy. C’est un joueur qui a su prendre soin de son corps pour durer au plus haut niveau. Il est toujours là, indétrônable, il ne lâche jamais l’affaire. Je mets Lahaou Konaté au poste 2. A la mène un joueur qui a arrêté depuis dix ans, Moustapha Sonko, quand même. Pour aller à la guerre je prendrais Jim Bilba. Parce que c’était quand même quelque chose aussi. Il a fait une grande carrière, notamment en Equipe de France et il a fait rayonner le basket français. C’était un joueur qu’on admirait. Quand on le voyait, on était à fond. Et puis à l’aile, je dirais Laurent Foirest. Parce que c’est quelqu’un qui était capable de dégainer, je suis content de le voir toujours actif dans le staff de l’Equipe de France. C’était un joueur complet qu’on aimait aussi regarder jouer. Il y avait très peu de joueurs français aussi adroits que lui à l’époque. Il faisait partie de cette nouvelle vague de joueurs. C’était un peu un pionnier, il a prouvé qu’en France aussi on pouvait avoir des joueurs très adroits. Voilà, Sonko-Konaté-Foirest-Sy-Bilba, et en coach je mettrais Bozidar Maljkovic.

 

 

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