Filip Petrusev : La NBA via une solide éducation

Pascal Legendre
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Le Serbe Filip Petrusev (2,11m) est un surdoué mais il fait preuve d’une louable patience et il a déjà multiplié les expériences pour parvenir à son objectif : la NBA.

Forcément, on est plein d’attention pour un jeune homme de 20 ans, qui est le meilleur marqueur (23,6 points) avec la meilleure évaluation (28,44), le 2e rebondeur (7,6) et 3e contreur (1,19) de la Ligue Adriatique avec le KK Mega Soccerbet.

D’ailleurs, cela fait déjà quelques années que l’on suit Filip Petrusev, qui a gagné deux fois l’or avec la Serbie à l’Euro U18, en 2017 et 2018. La seconde fois, il s’était fendu de 21,0 points, 8,7 rebonds et 3,1 passes – avec 29 points en finale contre la Lettonie. Il avait été privé du trophée de MVP par Marko Pecarski (2,08m), qui formait avec lui une paire de tours infernales dans la peinture et qui, statistiquement, avait fait encore plus fort avec 24,7 points et 11,0 rebonds sur le tournoi. Pecarski a signé depuis un contrat de trois ans avec le FMP Belgrade, et il est loin d’être dans les standards de son ancien camarade de promo (7,3 points et 4,0 rebonds cette saison).

Les chiffres de Petrusev ont été tout aussi excellents au Mondial U19 en 2019 avec un double double de moyenne : 19,3 points, 10,1 rebonds, 2,6 passes, 1,6 interception et 2,0 contres.

Photo: Gonzaga U.

L’Espagne puis les Etats-Unis

Sa première expérience à l’étranger a eu pour cadre l’Espagne, au centre de formation de Baskonia Vitoria. Son frère cadet David a choisi ensuite la même voie. « Si nous avions été guidés par une carrière professionnelle et des revenus, les deux ne seraient pas allés en Espagne à l’âge de 14 ans et en Amérique à 16 ans », explique leur père, Dejan. « Car, déjà à 15 ans, Filip aurait pu être professionnel en Espagne. Il a eu l’opportunité de signer un très bon contrat. Mais il était au début du développement de son basket-ball et de son chemin de vie. La priorité devrait être le développement du basket-ball, qui d’année en année, à mesure que le basket-ball évolue, dure de plus en plus longtemps, surtout en ce qui concerne les pivots. Son objectif est de jouer un jour en NBA, et pour avoir une chance d’y arriver, il a encore beaucoup de travail à faire. C’était notre condition de base. Nous n’avons pas pensé à l’argent, ils en avaient toujours assez. En plus du basket-ball, la partie académique était tout aussi importante, cela permettait d’apprendre et à maîtriser la langue espagnole. Nous avons aimé l’ensemble du package que nous avons vu cet été-là quand ils nous ont accueillis et simulé sa journée de travail. De retour à Belgrade, nous nous sommes assis, avons accepté et soutenu Filip, qui aimait beaucoup l’ensemble et était prêt à aller à Vitoria. »

A Vitoria, les frères Petrusev sont allés dans une bonne école privée, et ils ont rapidement maîtrisé l’espagnol et ainsi pu suivre les cours sans difficulté. Ils étaient hébergés dans une ambiance familiale propice à leur bien-être, leurs parents leur rendaient régulièrement visite et pourtant Filip n’est pas resté très longtemps. Là aussi, le père met l’accent sur le fait qu’il ne souhaitait pas que son fils vive une carrière de basketteur en accéléré. « Au début de la deuxième année, Filip a été transféré de l’équipe de développement junior à l’équipe de développement senior, à l’âge de 15 ans. On a vu que tôt ou tard, cette voie irait dans le sens du basket professionnel, et qu’il aurait de moins en moins de temps et d’opportunités pour poursuivre ses études. Nous avons convenu qu’ils iraient tous les deux en Amérique, car c’est possible là-bas que l’éducation et le basket-ball soient à un niveau tout aussi élevé en même temps. »

Good Morning America, donc. Mais pas question déjà d’une inscription à la fac. L’ancien entraîneur de l’Etoile Rouge de Belgrade, Ivo Simovic, désormais à l’université de Loyola, les a aidés dans le choix de sa destination. Le père s’est rendu sur place, à l’Avon Of Farms, pour avoir la confirmation que ce lycée serait en adéquation avec les ambitions du fiston. Il y a appris l’anglais, mais pour pouvoir bénéficier d’un meilleur environnement basket, il a bifurqué ensuite sur la Monteverde Academy, en Floride. Là, il s’est retrouvé dans l’œil des scouts de la NCAA. « Il y avait 20-30 offres de bonnes universités. Nous en avons d’abord filtré dix, puis nous l’avons réduit à cinq, où nous avons effectué des visites officielles où les universités montrent aux parents et aux étudiants ce qu’ils peuvent offrir. Nous avons opté pour Gonzaga, principalement en raison de leur tradition dans le travail et le développement de joueurs non américains de grande taille. » De fait, outre le Dreamteamer John Stockton, les Bulldogs de Gonzaga contribuèrent largement à la formation de Jean-Claude Lefèbvre, il y a soixante ans, Rony Turiaf et Kim Tillie, et maintenant de Joël Ayayi, et aussi du Lituanien Domantas Sabonis, du Japonais Rui Hachimura, du Brésilien JP Batista, et encore du Polonais Przemek Karnowski.

A Gonzaga, Filip Petrusev a confirmé toutes ses dispositions avec une moyenne de 17,5 points et 7,9 rebonds lors de la deuxième année. Elu Meilleur joueur de la Conférence WCC, il a été introduit dans la deuxième équipe All-American par le NABC et USA Today. « Les deux années ont été très bonnes. Au cours de la première, il a eu l’opportunité de s’adapter au basket-ball, au style de vie étudiant, de s’entraîner et de jouer avec de bons joueurs, tels que Rui Hachimura et Brandon Clark, qui ont été draftés au premier tour. Lors de la suivante, il a eu plus d’occasions de jouer. Cependant, après le tournoi final à Las Vegas, où Gonzaga a remporté la première place de la conférence, les sports universitaires ont été interrompus. Nous étions ensemble en Amérique pendant trois ou quatre mois, attendant de voir ce qui allait se passer avec la suite de la saison et la draft. Quand nous avons vu que la saison était incertaine, que le projet avait été repoussé à novembre, nous avons décidé de retourner à Belgrade. Nous avons contacté des personnes de plusieurs clubs qui ont proposé leurs options, nous avons aimé la présentation de Miško Ražnatović (NDLR : le boss de Beobasket) et nous avons décidé de ne pas retourner aux États-Unis. »

C’est ainsi que Petrusev a quitté les Zags et qu’il ne s’est pas présenté à la draft, où il était seulement annoncé comme un milieu ou une fin de deuxième tour. Comme on le sait, les franchises NBA ne choisissent pas forcément les meilleurs basketteurs mais ceux qui ont un style qui correspond à leurs critères. Les scouts reconnaissent qu’il a déjà un corps fait pour la NBA, avec de belles épaules larges et de longs bras, que son QI basket est élevé, mais ils lui reprochent un manque de qualités athlétiques et qu’il n’exploite pas toujours à fond son potentiel. « Il a tendance à terminer les actions avec le moins d’énergie nécessaire, préférant un layup à un dunk, ce qui permet à ses adversaires de l’arrêter plus facilement… Peut-être trop concentré sur des actions en finesse », remarque ainsi Nbadraft.net.

Photo: Mega Soccerbet

Il suit toujours des cours de Gonzaga en ligne

Le club a changé plusieurs fois de nom au gré de ses nouveaux partenaires, Mega Vizura, Mega Leks, Mega Bemax pour devenir Mega Soccerbet, mais il a conservé sa vocation : développer et exposer quelques-uns des plus beaux prospects de l’agence Beobasket. C’est ainsi que Nikola Jokic, Vasilije Micic, mais aussi Timothé Luwawu-Cabarrot, Adam Mokoka, Luka Asceric et Alpha Kaba y ont transité, Malcolm Cazalon perpétuant actuellement la tradition française. Cette saison, à l’exception de Milenko Topic, 33 ans, et Dayton Smith, 26 ans, les 15 autres joueurs sont nés entre 1999 et 2004. « En faisant venir Filip Petrusev, nous sommes sur la bonne voie pour compléter l’équipe pour la prochaine saison où, selon la tradition, nous serons les plus jeunes de la ligue ABA. Nous sommes sûrs que Filip s’intégrera très rapidement dans le système Mega et contribuera à l’obtention des meilleurs résultats possibles », avait communiqué le club à l’annonce de sa signature. De fait, Mega Soccerbet est une équipe très jeune, mais compétitive, classée 3e en Adriatic League, et Petrusev est son moteur à réaction.

Filip Petrusev y poursuit son apprentissage, sa maturation. « Il est possible que j’ai mûri plus tôt, et cela a été influencé par certaines circonstances de la vie et la décision de partir très tôt à l’étranger », commente t-il à Zurnal. « Dès l’âge de 14 ans, j’ai vécu seul, d’abord en Espagne, puis en Amérique, et j’ai dû faire des choses auxquelles, si j’étais resté à la maison avec mes parents, je n’aurais même pas pensé. Aussi, en Amérique, mon jeune frère m’a rejoint, je m’en suis occupé. J’avais le sentiment d’une grande responsabilité, loin de chez moi, je devais m’occuper de lui de la meilleure façon possible. Il était nécessaire pour moi de m’occuper de beaucoup de choses, de prendre mes propres décisions avec le sentiment constant de devoir savoir si vous ferez tout bien ou pas. Tout cela m’a probablement aidé à mûrir plus tôt, et ma mère a l’habitude de dire que j’ai quitté la maison quand j’étais enfant et qu’après seulement quelques années, je suis revenu en tant qu’adulte. »

Alors que beaucoup de parents souhaitent que leur progéniture gagne le plus vite possible un maximum d’argent, les Petrusev sont empreints de sagesse. Ils suivent avec attention l’aîné mais aussi David qui, après être sorti diplômé de Monteverde, a entamé un troisième cycle dans le New Jersey, dans le but d’obtenir ensuite une bourse en NCAA et toujours d’y allier basket et études. Il faut savoir aussi que s’il a quitté le campus de Gonzaga, Filip continue d’en suivre des cours en ligne avec l’intention de décrocher un diplôme en gestion du sport. « Il est difficile de parler de vos enfants, en particulier des choses positives. Parce que les parents sont responsables des bonnes choses que fait l’enfant et coupables des mauvaises. Nos fils sont très indépendants et confiants. Ils ont un objectif fondamental qu’ils essaient d’atteindre avec notre soutien. Mais ils ignorent les difficultés qui les attendent en cours de route. Nous sommes très heureux qu’ils soient très jeunes et qu’ils avancent vers leurs objectifs. Je fais des affaires privées depuis quinze ans, je peux organiser moi-même mes horaires de travail. Ma femme est dans une bonne entreprise où elle a trouvé une compréhension exceptionnelle des managers lorsque nous devons voyager. Nous sommes très heureux que les gens aient reconnu que notre priorité est d’être avec les enfants chaque fois que nous le jugeons important. Nous avons eu la compréhension et le soutien de nos plus proches, ainsi que de nos amis et associés », conclut le père. Chez les Petrusev, performance sportive rime avec éducation.

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Photo : Mega Soccerbet

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