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Portrait – Dominique Malonga, la nouvelle star du basket français

À 17 ans et 11 jours, Dominique Malonga est devenue le 29 novembre dernier – bien qu’elle ne soit pas entrée en jeu – la deuxième plus jeune joueuse à être sélectionnée en équipe de France A contre l’Ukraine. Un fait d’armes qui en dit long sur cette pépite du basket français (1,97 m), façonnée… Con

À 17 ans et 11 jours, Dominique Malonga est devenue le 29 novembre dernier – bien qu’elle ne soit pas entrée en jeu – la deuxième plus jeune joueuse à être sélectionnée en équipe de France A contre l’Ukraine. Un fait d’armes qui en dit long sur cette pépite du basket français (1,97 m), façonnée entre Cameroun et France, polie au Mont Valérien et à l’INSEP, douée à l’école comme sur les parquets et propulsée sur le devant de la scène à l’ASVEL. Mais qui est vraiment celle que Tony Parker compare à Victor Wembanyama ? Portrait.

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Ce 26 novembre 2022 dans les couloirs de l’Arena de Saint-Chamond, l’équipe de France s’apprête à disputer dans quelques heures un match qui compte face à la Finlande. Restée en civil, Dominique Malonga se prépare, en pleine décontraction, à sa première interview télévisée pour Sport en France, avant de nous accorder quelques dizaines de minutes. Les premières sollicitations d’une probable très longue série. Elle n’a 17 ans que depuis une poignée de jours mais l’exercice ne semble pas la perturber. Elle va, trois jours plus tard, réaliser l’un de ses rêves en portant officiellement le maillot de l’équipe de France A pour le deuxième match de la fenêtre qualificative à l’EuroBasket 2023 contre l’Ukraine à Roanne, en étant tout proche du record de précocité détenu par Nicole Pierre-Sanchez en 1959 (16 ans 11 mois et 8 jours), ce qui reste mieux que Christine Galard en 1979 (17 ans et 23 jours). « Je sais que ce n’est pas anodin mais je garde les pieds sur terre. J’ai monté une marche, mais il y en a encore des centaines et des centaines d’autres à gravir. Je n’ai encore rien prouvé ! », nous glisse-t-elle, tout sourire.

Une analyse pleine de maturité, même si elle n’en est pas tout à fait à son coup d’essai. Le phénomène de la génération 2005 s’est déjà fait un nom à l’international en dominant dans sa catégorie d’âge (MVP de l’EuroChallengers U16 l’été dernier à Helsinki puis élue dans le meilleur cinq de la Coupe du monde U17 – médaillée de bronze – cet été à Debrecen). Elle avait attiré l’attention depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux, où tournent des vidéos de ses dunks, une rareté dans le basket féminin, qu’elle passait dès l’âge de 13 ans ! L’une d’elle, qui date du 20 octobre dernier et dans laquelle elle en pose un avec une aisance déconcertante, a dépassé les trois millions de vues sur Twitter.

Cela lui a valu de nombreuses comparaisons, dont celle de son président à l’ASVEL, Tony Parker, qui ne cesse de faire le parallèle avec Sandrine Gruda pour son potentiel ou Victor Wembanyama pour sa taille (1,97 m), bien sûr, mais surtout sa polyvalence et son élégance. De quoi la propulser au rang d’étoile montante de la balle orange. C’était ainsi « une évidence » de répondre positivement à l’appel de Jean-Aimé Toupane, comme partenaire d’entraînement dans un premier temps. Une étiquette qu’elle n’avait pu honorer lors de la préparation pour le mondial australien, à cause de douleurs au genou, en août dernier. Son histoire s’écrit pourtant au travers de deux cultures indissociables : la fibre africaine de son Cameroun natal et la fierté française.

Sur les terrains de basket déjà dans le ventre de sa mère

(DR)

Dominique Malonga sait mieux que quiconque ce que c’est que d’avoir le basket dans la peau. Elle est née le 16 novembre 2005 à Yaoundé, la capitale du Cameroun de deux parents basketteurs. Agathe N’Nindjem, pré-sélectionnée en équipe de France à l’époque d’Alain Jardel avant d’opter pour la sélection camerounaise – ce qui lui a valu quelques regrets -, est passée par l’Espagne, l’Allemagne, la Belgique et bien sûr la France, à Toulouse, Villeneuve d’Ascq, Chalon, Mourenx et Perpignan. Son père (2,01 m) a principalement joué en Nationale, à Gif-sur-Yvette et dans plusieurs clubs du Nord, et il est monté jusqu’en Pro B avant que ses études de médecine – il est infectiologue, aujourd’hui à l’hôpital Jacques-Monod de Flers, en Normandie – ne l’éloignent du très haut niveau, qu’il aurait pu côtoyer. Dominique est ainsi la deuxième d’une fratrie de quatre enfants. Lorsqu’elle est née, sa mère, alors âgée de 25 ans, venait de terminer sa saison à Valence, l’une des principales écuries en Espagne, où elle a joué… jusqu’à cinq mois de grossesse ! Et personne ne le savait. « Personne ne pouvait s’imaginer que je pouvais jouer à cinq mois de grossesse à cette époque, nous explique sa mère. À la fin de la saison, quand la médecin du club a appris que j’étais enceinte, elle a failli péter un câble ! », rigole-t-elle aujourd’hui.

Dominique Malonga, en famille, avec Tony Parker lors de la signature de son premier contrat… en présence de Teddy Riner (Infinity Nine Media)

Heureusement, aucun incident ne fut à déplorer sur la fin de la grossesse. Une fois la saison terminée, Agathe N’Nindjem est rentrée au Cameroun pour accoucher. Dominique n’avait qu’un mois lorsque sa mère est repartie pour une nouvelle saison en Espagne, à Lugo, laissant sa fille « entre de bonnes mains » à ses parents jusqu’à ses six mois, au printemps 2006, quand elle a signé à Mourenx. Puis la fille a suivi la mère dans « ses aventures basket ». À l’été 2011, Agathe N’Nindjem s’engage à Perpignan, en deuxième division française, pour la dernière danse de sa carrière, avant la naissance du petit dernier l’année suivante. Elle partage alors le poste de pivot avec une jeune joueuse prometteuse, une certaine… Héléna Ciak, qui deviendra dix ans plus tard, à Lyon, l’une des mentors de Dominique, toujours sur le même poste. « Quand j’ai appris que j’allais jouer avec la fille d’Agathe, j’ai pris un sacré coup de vieux ! », se remémore la coéquipière de Dom’ à Lyon et en équipe de France, qui se rappelle très bien d’avoir vu une petite d’à peine six ans toucher ses premiers ballons. « Le temps passe vite », s’amusent toujours les protagonistes.

(DR)

Du reste, la famille Malonga est retournée au Cameroun après la carrière d’Agathe, qui a lancé son académie de basket à Yaoundé. C’est ainsi que Dominique a passé une grande partie des dix premières années de sa vie dans son pays natal, dont elle a gardé une véritable fibre africaine. « Vous voyez, Dominique parle en interview de « nous, les Africains ». Elle a reçu cette éducation africaine dont elle est très fière, mais elle a toujours aussi été très fière d’être française, de représenter la France », confie Agathe N’Nindjem, aujourd’hui installée en Normandie. Constat vérifié auprès de l’intéressée. « J’ai passé de très belles années au Cameroun. C’est mon pays natal, je l’affectionne énormément. Mes grands-parents maternels et oncles et tantes vivent là-bas. En termes de basket, tu es directement dans le dur là-bas. Ce ne sont pas du tout le mêmes conditions qu’en France (terrain, infrastructures, équipements, ballons), on s’entraîne souvent dehors, sous la chaleur. Il y a beaucoup de différents facteurs qui t’empêchent de devenir professionnel. Le manque de développement, c’est ce qui rend les choses plus difficiles et aussi ce qui développe un caractère de battant. Quand tu arrives en France, tout devient presque facile parce qu’il y a tout », explique celle que sa mère surnommait « criquette » à cette époque. Criquette a bien grandi !

Surdouée sur les terrains et à l’école

Dominique Malonga, numéro 14, au Mont Valérien, coachée par Jean-Christophe Nzambi (DR)

Arrivée en France, dans la région parisienne, à son entrée au collège, Dominique Malonga prend ainsi sa première licence au PB 18, sous la houlette d’Agnès Sylvestre en U13, avant d’être rapidement surclassée chez les U15. Puis elle continue de se développer entre 2017 et 2019 à la CTC Mont Valérien – regroupant les clubs de Rueil et Suresnes – avec son coach de deux saisons, Jean-Christophe Nzambi, qui avait déjà eu sous ses ailes sa grande soeur, et avec lequel elle a gardé une grande complicité. « Elle faisait déjà plus d’1,90 m, raconte son ancien entraîneur. Elle avait déjà des aptitudes hors du commun, une très grande technique, dribble comme gestuelle de tir. Elle se déplaçait déjà très bien. Je lui laissais pas mal de liberté, elle montait la balle, elle jouait à l’extérieur pour qu’elle développe toutes ses qualités, qu’elle a toujours aujourd’hui. Mais au-delà de son jeu, c’était déjà une fille très mature et agréable, très souriante, toujours de bonne humeur. C’est l’une de ses forces. » Pour l’anecdote, c’est avec « son club de coeur » qu’elle a passé son premier dunk, à l’âge de 13 ans, lors d’un tournoi au Maroc.

À l’instar d’un Victor Wembanyama, tout est aussi facile pour Dominique Malonga à l’école. Elle sait déjà lire et écrire en CP, ce qui lui a par ailleurs valu une forme de stigmatisation de la part de certains de ses enseignants. « Comme elle était grande, on voulait la faire passer en CE1. Je m’y suis opposée car c’était une fille extrêmement timide, assure sa mère. Mais quand je l’ai vois aujourd’hui épanouie, capable de parler à la télévision en étant complètement libérée et de jouer chez les pros à 17 ans, je crois qu’on ne s’est pas trompés. » Alors qu’elle n’est pas encore majeure, entraîneurs comme coéquipières louent sa capacité à synthétiser les informations. « Elle a la tête bien faite, elle est très mature, elle a une qualité de travail importante et sa bonne humeur constante fait qu’on peut aller vite avec elle », estime son coach à l’ASVEL et assistant-coach chez les Bleues, David Gautier.

La jeune intérieure quitte la maison à 13 ans, pour entrer à l’été 2019 à l’INSEP, avec ses copines Amina Traoré, Adja Kane, mais aussi… Leila Lacan, d’un an son aînée, et autre partenaire d’entraînement avec les Bleues. La fédération avait alors mis en place un programme spécifique pour elle afin de développer son physique, grâce notamment à l’apport de la préparatrice physique Sabine Juras. Un choix payant car celle qui pesait 72 kg – pour 1,97 m – à son entrée au Pôle France a pris 12 kg en 18 mois. Souvent gênée par des « problèmes de grand, aux genoux et au dos », l’INSEP lui a surtout permis de se développer physiquement à défaut de découvrir le très haut niveau, elle qui n’a jamais joué en LF2 avec le centre fédéral. « J’étais très fine, très frêle, très fragile finalement. C’est vraiment l’INSEP qui m’a permis de régler mes problèmes et de me développer physiquement pour encaisser l’impact, qui est la clé pour survivre dans le secteur intérieur. Si je n’y étais pas passée, je n’aurais pas pu avoir ce bagage physique pour encaisser les chocs en Ligue Féminine », estime aujourd’hui Dominique Malonga, pour qui cette période, pour la première fois loin de la maison lui a « ouvert les yeux humainement et dans [son] développement personnel dans sa vie de femme ». Une mise en bouche bien utile, donc, avant que Tony Parker ne donne une autre dimension à son parcours, tandis que s’offraient par ailleurs à elle des sollicitations outre-Atlantique.

« Quand Tony Parker vient vous chercher et vous fait tant d’éloges, la difficulté est de garder la tête sur les épaules » – Dominique Malonga

C’est à la suite d’une vidéo que le président de l’ASVEL a décidé de lui ouvrir les portes de son académie à Lyon mais aussi de son groupe professionnel. « Le jour où Tony a vu Dominique, il avait l’impression qu’elle jouait avec des enfants. Il a été bluffé et il a misé sur elle », rapporte sa mère. « J’étais très impressionnée parce que j’étais encore une petite fille. Quand Tony (Parker) vient vous chercher et vous fait tant d’éloges, la difficulté est de garder la tête sur les épaules », précise l’intéressée. C’est ainsi qu’à 15 ans, à l’été 2021, alors que certaines futures joueuses professionnelles entrent à peine en centre de formation, que Dominique Malonga s’entraîne avec Marine Johannès et Alexia Chartereau dans l’un des plus grands clubs français de Ligue Féminine. Le tout en ayant 17 de moyenne en Première à l’académie de TP – que son petit frère Tayron, né en février 2008, a également rejoint – dans un quotidien rythmé par les cours, les entraînements et les déplacements. « Tout est speed mais elle s’organise très bien, apprécie David Gautier. L’académie Tony Parker est aussi faite pour ça, pour accompagner les sportifs de haut niveau. On fait le maximum pour qu’elle s’épanouisse dans le basket en plus des études. »

Dominique Malonga et Juste Jocyte (FIBA)

L’étudiante en Terminale scientifique n’est pas la seule à bénéficier de cet aménagement puisqu’elle partage cette expérience avec une autre pépite de la génération 2005, Juste Jocyte, née à trois jours d’intervalle. Une autre petite prodige de la balle orange, plus jeune internationale de l’histoire en portant le maillot de la sélection lituanienne dès l’âge de 13 ans. Les deux compères sont comme chien et chat. Elles ont partagé leur chambre la saison dernière à l’académie et font presque tout ensemble. « Cette année, c’est chambre séparée mais on est toujours voisines, sourit Dominique Malonga, qui partage l’humilité et l’esprit de compétition de sa coéquipière. On a développé une certaine complicité. Ça fait plaisir d’avoir quelqu’un du même âge dans son environnement qui partage les mêmes choses que toi, la même pression, les mêmes délires… Finalement, on évolue avec les adultes mais on est encore des enfants dans notre tête. Les moments enfantins, on les partage ensemble. » Elles sont clairement sur la même longueur d’ondes en ce début de saison victorieux à Lyon, où elles ont chacune profité des absences de Sandrine Gruda et Gabby Williams à leur poste respectif. Sur les cinq premiers matches de LFB avec l’ASVEL – que des victoires -, la Française compile 7,0 points, 5,4 rebonds et 1,0 contre de moyenne pour 8,6 d’évaluation en 16 minutes quand la Lituanienne tourne à 7,6 points, 2,6 rebonds, 1,4 passe décisive pour 7,4 d’évaluation en 19 minutes.

« Quand elle atteindra son meilleur niveau, il sera grand temps pour moi d’arrêter » – Alexia Chartereau, sa coéquipière à l’ASVEL et chez les Bleues

En ce qui concerne la native de Yaoundé, c’est une véritable progression entre les deux dernières saisons. Il lui a fallu quelques mois pour prendre ses marques lors de sa première année professionnelle sous les ordres de Pierre Vincent. « La saison dernière est une étape de sa vie qui lui a permis de grandir. Dominique trouve son équilibre avec les gens qui partagent sa vie. Elle a besoin d’être en communion avec les personnes qui l’entourent. Avec Pierre Vincent, elle était frustrée car elle ne savait pas ce qu’il pensait d’elle. J’aurais pu penser qu’elle allait craquer, mais pas du tout. Au contraire, elle a pris cela comme un défi, et elle arrivait quand même à lui trouver des qualités », raconte sa mère. « L’année dernière, je pense que je n’avais pas encore la maturité pour vraiment m’investir à fond dans le monde pro, acquiesce Dominique Malonga. Pierre Vincent m’a donné ma chance et je ne le remercierai jamais assez pour cela mais cette année, je pense que je suis plus réceptive à l’approche de David (Gautier). Il est plus dans l’encouragement, le positif. David et Yoann (Cabioc’h) me font confiance. C’est un mix de personnalités qui sont très complémentaires, avec le calme de David et la fougue de Yoann, qui nous amène une façon de coacher très à l’américaine. Le basket est un sport très psychologique. Quand tu sais que tu as la confiance de tout un staff, ça te booste toujours plus. »

L’ASVEL, version 2022-2023 (c) Infinity Nine Media

L’anecdote prête à faire sourire mais la poste 4 Alexia Chartereau, vice-capitaine de l’équipe de France et cadre de l’ASVEL, de sept ans son aînée, présage que sa jeune coéquipière va révolutionner le basket français. « Quand elle atteindra son meilleur niveau, il sera grand temps pour moi d’arrêter, s’amuse la MVP 2021 de la Ligue Féminine. L’année dernière, il a fallu qu’elle s’adapte à un tout nouvel environnement et qu’elle se mette au niveau physique de la Ligue Féminine et de l’Eurocup. Cet été, retourner en équipe de France U17 et dominer dans sa catégorie d’âge lui a redonné confiance. Cette année, elle a passé un sacré cap physique et mental par rapport à la saison dernière. Elle a progressé dans la compréhension du jeu, elle a fait un énorme pas en avant. » Constat partagé par David Gautier : « On travaille beaucoup sur son placement. Il faut qu’elle continue de prendre de l’expérience à ce niveau-là, pour mieux jouer en fonction de ses coéquipières. Elle a passé quasiment trois ans sans jouer. Cela en dit long, à la fois sur le potentiel dont elle dispose, et sur le travail restant à accomplir. »

Bientôt la première française à dunker en match ?

Au-delà de son manque d’expérience, Dom’ a tout les atouts pour devenir une grande de ce sport. La taille, l’envergure, bien sûr, mais aussi la technique et la coordination, qu’elle compile avec sa vitesse pour briller sur du jeu rapide. « Je n’ai jamais vu un engin pareil », soulignait sans détour Pierre Vincent à son sujet. Elle a aussi le dunk, qu’elle place à une ou deux mains avec une facilité rarissime dans le basket féminin, à l’INSEP à 14 ans, à l’entraînement en alley-oop avec Juste Jocyte, ou encore à Milan lors du Basketball Without Borders.

Il y a sans doute une partie de génétique qui lui vient de son père (2,01 m), qui a notamment remporté des concours de dunks à l’époque de la Slam Nation, combiné à la taille de sa mère (1,92 m), qui n’a « jamais eu ne serait-ce qu’un début de dunk ». Mais Dominique Malonga ne smashe pas uniquement parce qu’elle est grande, c’est aussi une affaire de technique. « C’est vrai que c’est mon « go to move », j’adore dunker. Je ne devrais pas tarder à en placer un, sourit-elle, précisant que réaliser un dunk à l’entraînement et en match n’est pas du même calibre. Mettre un lay-up, c’est facile. Mettre un dunk, ça demande de l’énergie en plus, il faut pousser beaucoup plus dans les jambes. Il faut sentir le bon moment. » Dans un futur proche, elle devrait sans doute devenir la première française à dunker en match officiel. Même si ce n’est pas une fin en soi.. « Les dunks, c’est fun, c’est bien. Mais ce qui intéresse Dominique, c’est d’être le meilleure joueuse, et peut-être la future meilleure joueuse française. Maintenant, le tout n’est pas de le dire, mais de le prouver », affirme Agathe N’Nindjem.

Dominique Malonga, numéro 43, pour sa première chez les Bleues (FIBA)

Il lui faut encore prendre du muscle – ce qu’elle continue de faire à Lyon avec le préparateur physique Claudio Deiana – pour tenir les postups, étoffer son répertoire extérieur et gagner en régularité sur la ligne (42,9 % sur le début de saison) pour passer un nouveau cap. Et pourquoi pas devenir un mix entre Kevin Durant et Anthony Davis, deux de ses idoles, ou bien la version féminine de Victor Wembanyama, à laquelle elle se risque à être comparée de longues années pour les raisons déjà évoquées. « En attaque, je veux être un danger partout, avec de l’impact au poste mais aussi faire peur plus au large, sur du tir extérieur. En défense, je ne veux pas qu’on me scoute en se disant « elle ne peut pas défendre », donc je vais tout faire pour être la plus complète possible », nous dit-elle.

WNBA, Euroleague, Paris 2024… Des rêves devenus des objectifs

Le champ des possibles est illimité. « J’ai beaucoup de rêves, qui sont aujourd’hui des objectifs. Je veux devenir une top joueuse », affirme-t-elle. Celle qui rêvait d’Harvard durant son collège avant que TP ne change la donne – et qui pourrait tenter d’opter pour Polytechnique à Lyon tout en bénéficiant du statut de sportive de haut niveau – rêve d’être draftée haut, de jouer en WNBA et en Euroleague, de gagner des titres en équipe de France et de disputer les Jeux Olympiques. Pourquoi pas dès 2024 dans la capitale, là où elle a grandi, elle qui aspire aussi à développer d’une manière ou d’une autre le basket en Ile-de-France, qui n’a pas encore de club professionnel féminin – le Paris Basketball a notamment évoqué la possibilité de création d’une section féminine à moyen terme. Vivre en dehors de l’Hexagone ne lui fait pas peur, pas plus que prendre ses propres décisions. « On a toujours eu une âme aventurière dans la famille. La grande soeur de Dominique est partie suivre sa voie, la musique, dans une université aux Etats-Unis. Quant à Dominique, elle est dans son projet, personne d’autre qu’elle ne lui dicte ce qu’elle veut faire et elle se donne les moyens pour y arriver », confie sa mère.

Elle n’est pas majeure mais on peut déjà soutenir qu’elle est une femme accomplie, ce que Agathe N’Nindjem, maman de deux filles et deux garçons, ne contredira pas. « Elle est ordonnée, elle aime faire la cuisine, le ménage, elle est brillante à l’école. On n’a jamais eu un seul souci avec cet enfant, jamais un, même pas à l’adolescence. Elle a de bons rapports avec tout le monde, particulièrement avec ses parents. Elle s’exprime, elle discute, elle est mature, elle fait ses propres choix. La perfection n’est pas de ce monde mais ma fille est parfaite. Quand je lui dis ça, elle est toujours gênée, mais c’est vrai ! »

La difficulté est désormais celle de poursuivre son ascension, tandis qu’elle a déjà atteint plusieurs sommets en jouant en Eurocup à 15 ans et surtout en devenant notamment la plus jeune internationale française de l’histoire, à tout juste 17 ans. « Dans le basket, je ne suis encore personne. Je ne suis pas encore arrivée. J’ai encore une grande marge de progression, je le sais. Je me dois de garder la tête sur les épaules. J’ai la chance de toujours avoir été bien entourée et conseillée pour ça (elle est représentée par l’agence numéro un en France, Comsport). Les vidéos, c’est beau. La vérité du terrain, c’est mieux. » C’est tout ce qu’on souhaite à Dominique Malonga, pour qui le basket semble se résumer si simplement à un jeu d’enfant.

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Ce 26 novembre 2022 dans les couloirs de l’Arena de Saint-Chamond, l’équipe de France s’apprête à disputer dans quelques heures un match qui compte face à la Finlande. Restée en civil, Dominique Malonga se prépare, en pleine décontraction, à sa première interview télévisée pour Sport en France, avant de nous accorder quelques dizaines de minutes. Les premières sollicitations d’une probable très longue série. Elle n’a 17 ans que depuis une poignée de jours mais l’exercice ne semble pas la perturber. Elle va, trois jours plus tard, réaliser l’un de ses rêves en portant officiellement le maillot de l’équipe de France A pour le deuxième match de la fenêtre qualificative à l’EuroBasket 2023 contre l’Ukraine à Roanne, en étant tout proche du record de précocité détenu par Nicole Pierre-Sanchez en 1959 (16 ans 11 mois et 8 jours), ce qui reste mieux que Christine Galard en 1979 (17 ans et 23 jours). « Je sais que ce n’est pas anodin mais je garde les pieds sur terre. J’ai monté une marche, mais il y en a encore des centaines et des centaines d’autres à gravir. Je n’ai encore rien prouvé ! », nous glisse-t-elle, tout sourire.

Une analyse pleine de maturité, même si elle n’en est pas tout à fait à son coup d’essai. Le phénomène de la génération 2005 s’est déjà fait un nom à l’international en dominant dans sa catégorie d’âge (MVP de l’EuroChallengers U16 l’été dernier à Helsinki puis élue dans le meilleur cinq de la Coupe du monde U17 – médaille de bronze – cet été à Debrecen). Elle avait attiré l’attention depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux, où tournent des vidéos de ses dunks, une rareté dans le basket féminin, qu’elle passait dès l’âge de 13 ans ! L’une d’elle, qui date du 20 octobre dernier et dans laquelle elle en pose un avec une aisance déconcertante, a dépassé les trois millions de vues sur Twitter.

Cela lui a valu de nombreuses comparaisons, dont celle de son président à l’ASVEL, Tony Parker, qui ne cesse de faire le parallèle avec Sandrine Gruda pour son potentiel ou Victor Wembanyama pour sa taille (1,97 m), bien sûr, mais surtout sa polyvalence et son élégance. De quoi la propulser au rang d’étoile montante de la balle orange. C’était ainsi « une évidence » de répondre positivement à l’appel de Jean-Aimé Toupane, comme partenaire d’entraînement dans un premier temps. Une étiquette qu’elle n’avait pu honorer lors de la préparation pour le mondial australien, à cause de douleurs au genou, en août dernier. Son histoire s’écrit pourtant au travers de deux cultures indissociables : la fibre africaine de son Cameroun natal et la fierté française.

Sur les terrains de basket déjà dans le ventre de sa mère

Dominique Malonga sait mieux que quiconque ce que c’est que d’avoir le basket dans la peau. Elle est née le 16 novembre 2005 à Yaoundé, la capitale du Cameroun de deux parents basketteurs. Agathe N’Nindjem, pré-sélectionnée en équipe de France à l’époque d’Alain Jardel avant d’opter pour la sélection camerounaise…

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Photo d’ouverture : Dominique Malonga (FIBA)

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