Robert Guylas a joué pour Pau (1999-00), Chalon (2000-02) et l'ASVEL (2002-04) et son interlocuteur souligne que le magazine français spécialisé, Basket Le Mag, l'a classé en 2019 parmi les dix basketteurs européens ayant eu le plus d'influence sur le championnat de France de première division.
Ton premier club français a été le champion Pau-Orthez, et à l'époque, tu as été recruté en tant que joueur « au statut américain ». Cela t’a-t-il posé des inconvénients ? Si je me souviens bien, tu as aussi eu des problèmes de langue ?
"J’ai dû beaucoup prouver que j’étais digne de jouer chez le champion de France. Quand j’ai été classé comme joueur « au statut américain », ils m’ont traité exactement comme tel. On attendait des joueurs étrangers qu’ils soient dominants dès le début sur le terrain et qu’ils apportent des victoires. Après la première défaite, ils ont appelé immédiatement mon agent : ce n’étaient pas les joueurs locaux qu’on tenait pour responsables, mais c’était tout de suite sur les étrangers que tombait le fouet. Je ne parlais ni français ni anglais, mais j’ai eu beaucoup de chance, car une ancienne basketteuse m’a aidé à m’intégrer ; pendant des mois, elle nous a accompagnés partout. Le basket est un sport d’une simplicité infinie. Il y a, disons, cinq cents variantes de systèmes, mais trente seulement que toutes les équipes aiment utiliser. Si tu sais dans quelle direction ton coéquipier va se déplacer, même sans connaître parfaitement le jeu, tu peux le lire. Les dix à quinze mots nécessaires pour cela, on pouvait les apprendre très vite."
Ensuite, tu as joué deux ans à l’Élan Chalon, puis deux saisons à l’ASVEL ?
"En championnat de France, à cette époque, il y avait très peu de joueurs tournant autour des 20 points. Surtout à Chalon, où le jeu collectif était prédominant. Là-bas, avec une moyenne de 10 à 14 points, on était déjà considéré comme un joueur stable dans l’équipe. Chalon est une petite ville, mais malgré tout, nous avons joué la finale de la Coupe Saporta (en 2001). Là-bas, on adore vraiment le basket : la première année, on jouait devant environ 2 000 spectateurs, la deuxième année autour de 4 000. La finale de la Saporta Cup s’est déroulée en Pologne, et 600 supporters nous ont accompagnés. Aujourd’hui encore, ma photo est affichée sur le mur du palais des sports de Chalon parmi les anciens joueurs marquants du club. En 2012, pour l’anniversaire du palais des sports, ils m’ont même invité à un match de gala. Ça m’a fait plaisir qu’ils se souviennent que j’avais participé à l’une de leurs finales européennes, et qu’ils se rappellent même les prénoms de mes enfants. À l’ASVEL, c’est mon entraîneur de Chalon, Philippe Hervé, qui m’a emmené avec lui. Là-bas, j’ai joué avec deux internationaux français, Evtimov et Giffa."
Et ensuite, tu as pris la pire décision de ta vie – ou je me trompe ?
"L’une des pires (rires) Quand, après la France, tu vas en banlieue de Moscou, au Dynamo Moscou, où il n’y avait aucune organisation et aucune logistique autour du club, ça laissait présager des conditions plutôt misérables. On atterrit, on me met les clés de la voiture dans la main et on me dit : « Va au palais des sports. » Celui qui connaît un peu Moscou sait que le périphérique fait cent kilomètres, et moi, je suis parti dans la mauvaise direction (rires). À l’époque, il n’y avait pas encore de cartes GPS sur internet, ce n’était pas facile. Je ne dirais pas que c’était une bonne décision. Dans le championnat russe, il y avait quand même de sérieuses équipes. Le CSKA Moscou, le Dynamo Moscou, le Khimki Moscou, tous ces clubs étaient considérés comme des top teams. Je n’y suis pas resté assez longtemps pour apprécier."