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JL Bourg – Le retour du club en Jeep Elite, le scouting, Zachery Peacock : l’avis du directeur du développement sportif, Frédéric Sarre

Pour avoir coaché notamment Limoges et Pau, Frédéric Sarre, 57 ans, est une figure du basket français. Après trois saisons comme entraîneur à la JL Bourg, il en est devenu le directeur du développement sportif. Une fonction charnière qui l’amène à nous parler du retour de son équipe en Jeep Elite, d

Pour avoir coaché notamment Limoges et Pau, Frédéric Sarre, 57 ans, est une figure du basket français. Après trois saisons comme entraîneur à la JL Bourg, il en est devenu le directeur du développement sportif. Une fonction charnière qui l’amène à nous parler du retour de son équipe en Jeep Elite, du recrutement, des problèmes de santé de celui qui pourrait être sacré MVP de la saison, l’Américain Zachery Peacock et encore de l’école de meneurs de la JL.

L’interview est en deux parties.

De ne pas coacher vous manque-t-il ?

Il y a des moments bien évidemment, ça manque. Je ne pense pas que l’on puisse oublier trente-deux ans d’une vie d’un seul coup. Mais même si parfois ça manque, les tâches, les missions, l’engagement, le boulot que tu as à faire permet de vite zapper. C’est comme lorsque tu arrêtes de fumer, tu as envie d’une clope mais ça passe vite, tu ne refumes pas, tu passes à autre chose (rires).

Coachez vous encore des jeunes ?

J’entraîne des gamins mais je ne gère plus d’équipes. Je m’occupe de temps en temps de l’école des meneurs, des 11, 13, 15 ans et parfois les 18, 21. Je fais du développement individuel.

Votre titre officiel, c’est directeur du développement sportif. En quelques années le poste de Directeur Sportif est devenu quasi obligatoire en Jeep Elite ?

Chaque structure de club donne des missions très différentes et l’appellation peut être aussi différente. Néanmoins, je crois que c’est maintenant nécessaire dans le développement du sport de haut niveau et notamment des clubs de Jeep Elite où il y a des gens en charge de la gestion des opérations sportives, développement basket, directeur sportif.

Vous êtes donc notamment responsable du scouting. C’est le moment de rappeler que vous avez fait ça il y a trente ans à Limoges. A l’époque, vous étiez un pionnier ?

Pierre Dao était le coach et Fabien Texier était l’assistant et le premier entraîneur des équipes du centre de formation qui se créaient à Limoges. Dao souhaitait avoir quelqu’un de plus et j’ai été pendant deux ans l’assistant qui a commencé à faire de la vidéo, regarder les joueurs, etc. C’est la Gomme (Michel Gomez) qui m’a donné réellement la chance d’être professionnel et je me suis chargé effectivement de regarder quelques gars, les vidéos mais ce n’est pas moi qui recrutais vraiment. La décision était prise par le coach.

Aujourd’hui, vous déplacez-vous sur le terrain, à l’étranger, pour superviser des joueurs, prendre contact avec les agents ?

Il y a un peu de tout d’autant que la mission de scouting est bien évidemment sur le secteur pro mais aussi sur les jeunes. Je vois pas mal de U15. Nous sommes allés à Bourges, au Temple. Pour les professionnels, on est à l’écoute de tous les joueurs pour répondre aux besoins de l’évolution de notre équipe. Aujourd’hui, plutôt que de regarder plein de matchs et se dire « celui-là, il est pas mal », on définit plutôt ce qui nous paraît être nécessaire comme style de joueur et on part à leur recherche en suivant les matchs de différents championnats, Espagne, Allemagne, etc, les coupes d’Europe. On suit des jeunes Américains qui sont susceptibles de venir en Europe. On peut voir pas mal de matchs via des abonnements. Il y a Synergie avec qui on travaille beaucoup, Scouting for You et aussi une boîte InStat Scout qui permet d’avoir pas mal de matchs. Ils sont arrivés par le foot, ils découpent les matchs les uns après les autres, que ce soit pour les résultats de l’équipe et aussi pour les individus. Ils ont fait la NBA, quelques autres pays et là ils attaquent le marché français.

Comment s’est fait par exemple le recrutement en cours de saison de Trey Lewis ?

On lui avait fait cet été une proposition pour qu’il vienne chez nous. On avait regardé des matchs de championnat, quelques stats. On lui a fait des propositions mais plein d’équipes étaient aussi sur lui. Il a fait le choix de rester en Allemagne dans un club (Ulm) qui lui permettait d’avoir une coupe d’Europe, ce qui était pour lui une progression. Il se trouve que ça n’a pas répondu à ce qu’il attendait et le club n’était peut-être pas non plus tout à fait satisfait de ce qu’il faisait. Quand il y a eu la possibilité de le récupérer pour la fin de la saison, on s’est représenté auprès de lui et de son agent pour lui dire qu’on avait la possibilité de l’accueillir.

Le championnat allemand est devenu l’un des principaux fournisseurs du basket français. Peut-être du fait que la Bundesliga est d’un niveau à peu près équivalent à la Jeep Elite?

Ils sont en train de se développer fortement, les salles sont pleines, il y a une vraie philosophie de jeu et il y a des joueurs capables de transposer leurs performances du championnat allemand au championnat français sans qu’il y ait trop de différences d’une saison à l’autre. Et au niveau salaires, ça nous convient. Le championnat espagnol est trop riche. La Turquie, c’est difficile. Le championnat italien reste encore un peu lourd économiquement. La deuxième division italienne était un moment très intéressante mais le fait qu’ils fassent deux poules a fait vraiment fait baisser le niveau. Avant quand les joueurs venaient en Pro A, ils étaient performants, aujourd’hui, c’est un peu moins vrai. Après, il y a des coups à faire sur des championnats islandais, finlandais, israélien…

A une époque, il suffisait de s’intéresser à la CBA et à l’Italie. Aujourd’hui, les sources se sont démultipliées ?

Exactement. Aujourd’hui, le recrutement est mondial. On peut tomber sur des mecs qui sont au Japon, en Corée. Certains championnats proposent des contrats vraiment élevés comme en Corée du Sud. Je prends comme exemple le cas de (Vincent) Sanford qui a un parcours particulier (NDLR : Islande, Colombie, Allemagne). Il fait de la deuxième division allemande dans un club où il y en a un autre de Division I, il passe à celui-là puis il vient à Antibes où il fait des perfs intéressantes. On peut trouver des mecs partout, partout. C’est incroyable !

Une particularité de la JL, c’est que vous cherchez à conserver vos étrangers plusieurs années ? Vous avez fait re-signer Garrett Sim dès le mois de mars. L’avantage c’est que vous connaissez le joueur et l’homme mais il y a eu aussi pas mal de cas de joueurs américains qui une fois resignés se sont avérés moins performants ?

Pas plus que des joueurs français… Quand on a un joueur qui est capable de basculer de la Pro B à la Pro A en étant relativement performant sur l’ensemble du championnat, que le coach trouve que ce joueur-là répond à ce dont il a besoin, on maîtrise bien ses forces et ses points d’amélioration, on se dit que l’on peut prendre quelqu’un qui a peut-être moins de points à améliorer, sauf que lorsqu’on a quelqu’un qui donne satisfaction au coach sur le plan technique, au comportement, au club, aux valeurs, vis-à-vis des partenaires, plein de choses, et que l’on espère qu’il continue à progresser, on pense que c’est mieux de voir ces côtés positifs plutôt que les points faibles. Dans la construction de l’équipe pour la saison d’après, c’est aussi une manière de gagner du temps. Le joueur sait comment le coach et le club fonctionnent, ils ont déjà des repères avec d’autres joueurs. Comme ça, on s’installe rapidement dans le début de saison. Il y a plus de risques à aller chercher un joueur peut-être potentiellement meilleur au niveau basket mais qui ne correspond pas à ce que l’on veut sur d’autres aspects.

« Le problème avec le pneumothorax, c’est qu’il peut y avoir récidive sans qu’il y ait un choc. Et malheureusement il peut en avoir d’autres »

Votre totale réussite, c’est Zachery Peacock, qui est passé du plus haut niveau Pro B au plus haut niveau Jeep Elite ?

Oui et on souhaite continuer à avoir cette façon de construire. On veut que les gens qui viennent chez nous se sentent réellement concernés par notre club, sous la forme d’une sorte d’engagement. L’objectif c’est presque de travailler avec eux en terme de partenaires et non pas en tant que contrat pur.

Que s’est-il exactement passé avec lui sur le plan médical ?

Il a eu un pneumothorax (NDLR : une affection de la plèvre mettant en communication l’espace pleural et l’atmosphère. Le poumon s’affaisse avec des conséquences respiratoires et hémodynamiques et urgentes pouvant aller jusqu’à la mort.) Son problème est survenu la première fois à Cholet suite à un choc. Pour guérir, il faut de temps en temps des poses de drain pour que ça se recolle et sinon quand c’est très important, il faut une opération. Ca s’est recollé suite à des drains, des examens ont été faits, bien entendu quelques médicaments empêchent la douleur. C’est guéri, il n’y a pas eu d’autres soucis que ça. Le problème avec le pneumothorax, c’est qu’il peut y avoir récidive sans qu’il y ait un choc. Et malheureusement il peut en avoir d’autres.

La JL a perdu 8 de ses 13 derniers matchs. Faut-il mettre ce mauvais passage sur le compte de son absence et de sa convalescence ou y a-t-il d’autres facteurs ?

Ce n’est pas dû qu’à l’absence de Zach. On a gagné un match sans lui. C’est évident que c’est difficile de reprendre après un arrêt de plus de quinze jours. Il était en pleine bourre, il a été hospitalisé, il a eu des drains, il faut qu’il retrouve une certaine forme, un peu de rythme physique, des sensations basket, plein de choses. C’est bien évidemment handicapant mais je crois qu’aujourd’hui ce n’est pas là le problème. On a très bien commencé notre championnat avec beaucoup d’équilibres dans notre équipe. L’absence de (Gylvidas) Biruta, à terme, ça nous coûte (NDLR : l’intérieur lituanien a été victime en décembre d’une rupture des ligaments croisés du genou). Il venait des championnats grecs et de deuxième division italienne et il était plutôt décisif dans l’organisation de notre équipe, dans la complémentarité du jeu intérieur avec Zachery et Youssou Ndoye. Alors qu’il était en train de continuer progresser chez nous, sa blessure a été un handicap assez important. Le deuxième point, c’est que l’on a été un petite surprise du championnat au début avec des performances incroyables. On est resté dans le top 6 pas mal de temps, on y était il y a encore 4-5 journées. Il faut savoir que lorsqu’arrive février, généralement le championnat de Jeep Elite change. Des équipes sortent de coupes d’Europe et l’objectif pour ces équipes-là, c’est de se positionner pour le championnat national qui permet de construire la saison d’après. Alors qu’avant elles jouent deux matchs par semaine, elles travaillent un petit peu moins, il y a beaucoup de fatigue.

Certaines équipes du haut du classement se recomposent complètement en cours de saison, comme Monaco et Strasbourg ?

Oui. Juste avant février, tout le monde se reconstruit, fait des adaptations dans son équipe pour le championnat national puisque c’est celui-ci qui attribue des coupes d’Europe pour la saison d’après. Le championnat devient un peu plus dur et peut-être que dans la première partie de la saison on a joué des équipes à des moments où elles étaient sur les deux tableaux et ça a facilité pour nous certaines performances. On est ensuite entré dans une partie du championnat un peu plus dure pour laquelle on n’a peut-être pas la préparation nécessaire pour conserver le même niveau de performance.

Outre Zachery Peacock, un autre joueur qui était déjà avec vous en Pro B, le Sénégalais Youssou Ndoye (2,12m), fait une bonne saison. N’est-ce pas un problème pour la JL d’avoir de trop bons joueurs pour les conserver ensuite ?

Youssou a eu un peu de mal au début à s’adapter à la Pro A et petit à petit, il comprend le niveau et il continue à progresser. En Pro B, il avait une domination continue alors qu’en Jeep Elite c’est plus irrégulier. C’est bien pour ça que la saison dernière, on l’a verrouillé pour deux saisons. Il fait partie des gars dont on pense qu’il est important pour la constitution de notre équipe et qu’il va continuer à progresser. C’est un jeune joueur (26 ans), qui est sorti de l’université pour faire de la D-League et il est arrivé après en France. Une année de Pro B, une année de Pro A… Il a encore des choses à apprendre. Il lui reste une année à faire chez nous, c’est dans le même registre que Garrett Sim et Zachery Peacock, des gens qui vont continuer à s’améliorer et à avoir un jeu qui correspond exactement à ce que le coach désire.

Il faut aussi les re-signer dans le bon timing car si vous attendez trop longtemps, ils risquent de devenir trop cher ?

Le scouting permet de construire des équipes et quand on le fait, notre première réflexion de recrutement ce sont les joueurs qui sont déjà avec nous. Les joueurs dont je parlais répondent non seulement aux souhaits du coach pour développer son basket, techniquement, psychologiquement, mais aussi du point de vue comportemental, ils sont proches des valeurs que le club veut développer. On a donc proposé à Zach, Youssou, Garrett et aussi Maxime Courby la saison dernière de rester avec nous.

« Outre le fait d’avoir la possibilité, au moment où je parle, de faire les playoffs et une coupe d’Europe, c’est que l’on est dans un club qui est en permanence en développement, qui continue à avancer »

Maxime Courby, c’est une belle trouvaille et justement sur le marché des joueurs français, la JL était un acteur dominant en Pro B mais en Jeep Elite, il faut trouver les bonnes occasions ? Y a-t-il un timing dans la saison. Est-ce d’abord les gros qui se servent ?

Il est évident que le statut de JFL donne aux joueurs une valeur financière très élevée puisque sur dix joueurs on doit règlementairement en avoir au minimum quatre. Généralement les clubs s’appuient sur deux JFL de très haut niveau afin de construire des équipes avec un niveau de jeu conséquent. Bien sûr que l’on aimerait avoir la capacité de recruter parmi les meilleurs joueurs JFL mais ceux-ci veulent être dans de gros clubs avec de gros salaires du fait de leur statut. Il y a toujours un décalage entre leur statut et leur valeur pur et dur. On a vu que Jeremy Nzeulie de Chalon a la possibilité d’aller à Villeurbanne ou Strasbourg. Nous, on aura jamais la capacité de proposer un contrat égal à ce joueur. On va chercher et on aura des joueurs JFL de qualité mais ce seront certainement des joueurs qui ont encore des choses à prouver. Ça sera très difficile d’avoir des joueurs matures, majeures et performants. Parfois le type de mission que l’on peut donner au sein du club fait la différence. Un joueur peut préférer avoir moins d’argent mais un rôle plus important dans un club. Ça dépend de ce que le garçon attend pour continuer à se développer.

Le fait d’avoir fait une bonne saison, de faire éventuellement les playoffs, est-ce un atout dans le recrutement vis-à-vis de l’année dernière où vous montiez de Pro B ?

Je pense. Quand dans une négociation, on peut proposer à un joueur de jouer aussi une coupe d’Europe, à se confronter à du basket étranger, c’est toujours décisif. Des joueurs, qu’ils soient français ou étrangers, sont capables d’accepter moins d’argent s’il y a une coupe d’Europe. Outre le fait d’avoir la possibilité, au moment où je parle, de faire les playoffs et une coupe d’Europe, c’est que l’on est dans un club qui est en permanence en développement, qui continue à avancer.

L’école des meneurs, les animations à Ekinox durant les matchs et les résultats sportifs cette année ont transformé l’image de la JL ?

Oui, la structuration du club qui est pas trop mal faite permet de faire des choses nouvelles que ce soit au niveau commercial, marketing, communication, environnement du match ou dans le domaine sportif que l’on essaye de toujours améliorer pour être performant. Une chose qui peut paraître anodine : on fait manger les joueurs dans notre lieu de vie à côté des vestiaires, juste après les matchs quand on joue à domicile pour qu’ils n’aient pas à attendre le VIP pour grignoter. On pense qu’avoir un repas conséquent, équilibré, diététique, qui permet la récupération, c’est important.

Vous n’avez jamais fait de coupe d’Europe ?

Jamais. Il y a eu sept ans de Pro A mais sans jamais obtenir de qualification européenne. Bien évidemment se qualifier dans les huit premiers pour les playoffs, ça serait une évolution, et à terme se qualifier pour une coupe d’Europe, ça en serait une autre.

La meilleure performance du club jusqu’à présent c’est d’avoir été finaliste de la Semaine des As en 2006 ?

C’est ça. La JL a pu se qualifier deux fois en playoffs mais parce que ces années-là les quatre premiers étaient exemptés du premier tour qui concernaient les équipes classées de 5 à 12. Ce sont deux années où j’étais coach. La première fois on avait joué Pau et la deuxième année Le Mans.

A suivre.

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