Interview

Chalon, l’équipe surprise vue par son coach Jean-Denys Choulet

Au centre du terrain d’Antarès, Jean-Denys Choulet, son coach à Roanne et Christophe Le Bouille, son président au Mans portant son maillot 12 au MSB floqué à son nom et encadré. Quelques instants de recueillement puis une longue salve d’applaudissements. Comme partout dans le basket professionnel, la mémoire de Pape Badiane, décédé en fin de semaine dernière à trente-six ans dans un accident de circulation, a été saluée.

« J’avais demandé à la personne qui est venue me voir de ne pas me faire prendre la parole car pour moi c’était quelque chose de très particulier », confie Jean-Denys Choulet. « Pape, c’est moi qui l’ais recruté, je l’ai fait venir des Etats-Unis. On a été champions de France ensemble. C’était mon capitaine. Il a passé de longues années chez nous. Sa femme est Roannaise. Je peux vous dire que le 24, quand je suis descendu finir mes courses aux Halles à Roanne, il y en avait beaucoup qui avaient les yeux rouges car c’est quelqu’un qui a laissé énormément de sentiments d’amitié, plus que ça même. C’était le plus gentil des pivots du monde. Et on a eu la chance avec lui, avec le plus petit budget de Pro A, d’être champion de France. Ce sont des souvenirs qu’on ne peut pas nous enlever. J’ai réussi à peu près à me contenir… Mais j’ai trouvé que c’était long à la fin. Pas pour Pape, bien sûr… J’ai dit à mes joueurs que je les remerciais car une victoire ici c’est un hommage que je voulais lui rendre. C’est quelqu’un qui a compté dans ma carrière de coach et qui, encore une fois, était un être droit et gentil. »

Peur sur la ville

Donc l’Elan Chalon a remporté ce choc au Mans, 74-65. Les Bourguignons ont su d’entrée varier les plaisirs entre un tir en crochet de Moustapha Fall, une pénétration de John Roberson, un trois-points de Lance Harris et… une solide défense symbolisée par un contre de Fall sur un Olivier Hanlan pourtant a priori esseulé.

Moustapha Fall (2,18m), c’est un vrai big man comme il y en a si peu en Pro A où les pivots font parfois deux mètres. Avec lui, c’est Peur sur la Ville ! Ce qui a été marquant hier soir, c’est l’obligation faite à ceux qui pénètrent de ressortir la balle pour éviter la bâche. Ça ne se lit pas sur la feuille de stats et c’est pour cela que son impact va au-delà des 8 points (4/5 aux shoots), 8 rebonds et 4 contres que l’on voit à l’œil nu.

« Mous c’est l’intimidateur », confirme son coach. « Il suffit de demander aux joueurs s’ils ont envie de shooter quand il est là. En plus on a ajouté son frère de sang comme je l’appelle en la personne d’Abdou (Ndlr : Loum, 2,08m). Je me répète : ce n’est pas quantifiable ce qu’il fait. Dévier les trajectoires, interdire l’accès à la raquette, ce n’est pas dans les lignes que vous voyez. C’est terrible ! J’ai rarement eu dans ma carrière ce sentiment par moment de tranquillité lorsqu’il est là et que je vois les petits meneurs rentrer, je me dis qu’ils vont ressortir. C’est ce qui se produit. Et on n’a pas beaucoup vu non plus les pivots lui shooter sur la tête. On va en profiter pour les quelques mois qu’il va passer avec nous car s’il ne joue pas un jour en NBA ou dans un grand club européen, je n’y comprends plus rien. »

Le 11/15 de Cameron Clark

Durant ce premier quart d’heure de jeu, tout ce qu’a fait Chalon a été très propre, très efficace. Les Chalonnais étaient installés dans le poste de commandement et pas question de lâcher les manettes. Après treize minutes et demi, ils avaient fait monter la température à +15 (39-14) sur un tir primé de leur intérieur all-star Cameron Clark (1,98m). L’Américain a effectué une démonstration offensive à Antarès : 25 points à 11/15 aux tirs tout en récoltant 9 rebonds pour une évaluation de 31.

« Il est à vingt-cinq points, c’est sa moyenne », constate Jean-Denys Choulet. « Il a vingt-et-un point à la mi-temps. Il ne faut pas lui demander de refaire vingt-et-un derrière où alors c’est Jordan. C’est un bon joueur, je le savais. C’est un petit poste 4 bondissant et en plus il commence à mettre une flèche de plus dans son carquois, il est capable de mettre des tirs à trois-points, il le travaille tous les jours. S’il devient fiable à trois-points, ça va être dur de l’arrêter. »

Un banc limité

Piqué au vif avec un Lahou Konaté tranchant, le MSB est revenu à la charge. L’avance à la mi-temps avait fondu (38-36). Curiosité des chiffres, l’évaluation était pourtant autrement plus disparate, 55-31.

« C’est le basket », commente le coach chalonnais. « On n’est pas du foot où l’on peut garder la balle. Il faut shooter au bout de vingt-quatre secondes. Quand vous shootez et que vous marquez l’écart augmente, si vous les manquez l’équipe revient, c’est aussi simple que ça. Si on pouvait maintenir un écart de quinze points à tous les matches les spectateurs n’auraient pas besoin de venir. »

L’Elan repose essentiellement sur six joueurs et n’est donc pas meublé comme les équipes qui font la Basketball Champions League. Zeke Marshall n’a pas grand chose d’autre à proposer que ses 2,13m.

« On a encore des joueurs à mettre dedans qui n’arrivent pas encore à se trouver mais tant que l’on gagne et qu’ils donnent cinq ou six minutes de rotation à Mous Fall sans trop trouer ça me va bien. »

Malgré la série de Giordan Watson

C’était un match d’hommes avec deux équipes qui se regardent les yeux dans les yeux et à un moment Mickaël Gelabale a rappelé à tous qu’il était il n’y a pas très longtemps dans le cinq majeur de l’équipe nationale. Mais le MSB n’a jamais pu réellement détraquer le jeu bourguignon, mené de main de maître par John Roberson, et jamais n’est passé devant.

Un trois points in your face de Jérémy Nzeulie et un autre symétrique de John Roberson ont décramponné de nouveau les Manceaux (63-49, 33’). Une série de tirs primés du petit meneur Giordan Watson (1,75m) a redonné espoir au MSB, mais Chalon avait une classe au-dessus. Anecdote : l’Elan dû attendre la 39e minute pour obtenir son premier lancer.

« Ce n’est pas le plus joli match que l’on est fait mais on sait que lorsqu’on joue contre Le Mans, il faut ferrailler et parfois passer un peu sur l’esthétique. On a été assez sérieux en défense, on les a bloqués à 65 points mais où ils sont durs à jouer ce n’est pas sur leur attaque mais au niveau du rebond. J’ai insisté sur le blocage au rebond et le jeu low post en particulier avec (Ryan) Pearson et Gelabale. On a mis un peu de temps à s’adapter et après, tous les paniers qu’ils nous ont mis quand ils sont revenus c’est soit sur des pertes de balles soit sur des rebonds offensifs. On a bien tenu le choc. C’était important de bien confirmer notre bon début de saison. »

10 victoires en 11 matches

C’était la 10e victoire en 11 matches des Chalonnais –seul dans la série Gravelines les a fait chuter-, très solides dauphins de Monaco. Une énorme confiance semble les habiter. La greffe de défenseurs (Mous Fall, Jérémy Nzeulie, Gédéon Pitard) a complètement prise sur cette équipe jugée depuis plusieurs années exclusivement offensive. Deuxième attaque et troisième défense, c’est un excellent combiné. Comme par hasard, seul Monaco fait mieux.

« On oublie que l’on est neuvième masse salariale. Je connais les raccourcis que l’on peut faire : si on ne finit pas dans les trois premiers, on aura fait une mauvaise saison. Faire un bon début ça a aussi ces inconvénients… Si on peut démarrer fort et finir fort, c’est très bien. Je suis content car on a quand même rapporté des pièces à l’effectif en particulier Abdou qui n’apporte pas énormément mais qui ne troue pas. Il fait des erreurs de jeunesse mais il est là en défense. Ça fait une présence sur le terrain qui est importante. Personne ne rigole quand il est dans la raquette. Je les vois, ils traversent la raquette, ils ressortent mais ils n’ont pas le sourire. Je pense qu’on y est un peu pour quelque chose. John a été encore une fois précieux dans le money time même si le meneur en face a mis des gros, gros tirs à trois car franchement il en a mis deux, je ne sais pas d’où ils viennent. En plus avec sa mécanique de shoot qui est vraiment très particulière. Ce n’est pas à montrer dans les écoles mais c’est efficace. »

Le coup de gueule de JDC

Pour clôturer la soirée, Jean-Denys Choulet a poussé son petit coup de gueule coutumier. Sa cible : le calendrier sachant que la trêve de la Pro A ne correspond pas exactement à celle des Coupes d’Europe.

« Honnêtement, on en a besoin. Avec la FIBA Europe Cup, même si ce n’est pas la plus reluisante des coupes d’Europe, aller en Suède, en Roumanie, en Turquie, ce n’est pas de tout repos. En plus, moi j’ai le bonheur et le malheur entre guillemets de coacher le All-Star Game, ce qui veut dire un jour et demi de repos avant et un jour et demi de repos après. J’ai cinq joueurs de l’équipe qui y sont. C’est compliqué. Ma mère pensait que je pourrais lui faire un petit coucou à Besançon, ben non. On va essayer de donner un peu de jours aux joueurs car franchement ils en ont besoin. Les Journées de Noël, franchement, c’est trop. On n’a pas besoin de ça pour remplir les salles, elle l’est toujours la notre. Si on était venu en bus, ils les auraient ouverts quand les paquets ? Il faut être sérieux dans la vie. Il faut être respectueux des joueurs, ils ont droit de partager au moins une fête en famille. Nous, on s’entraîne le premier puisqu’on joue le 4. J’adore mon métier mais il y a quand même un minimum à respecter. Il y a des choses qui sont en place dans les conventions collectives, que l’on doit donner six jours à nos joueurs, et que l’on ne peut même pas respecter. J’aimerais, mais je ne peux pas. »

Bon, Jean-Denys Choulet et ses joueurs ne sont pas non plus les damnés de la terre. Alors le coach tempère son commentaire pour sa sortie :

« Après, si on continue à gagner des matches et que l’on n’a pas de congés, ce n’est pas grave. »

Photo : FIBA Europe Cup

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