Aller au contenu

Le quadruple-double de Derrick Lewis, le record le plus fou de l’histoire du basket français

20 points, 12 interceptions, 11 rebonds, 10 contres. Il y a vingt-huit ans, le 24 février 1990, Derrick Lewis a réalisé le seul quadruple-double de l’histoire de la Ligue Nationale de Basket. Trop beau pour être vrai ?

20 points, 12 interceptions, 11 rebonds, 10 contres. Il y a vingt-huit ans, le 24 février 1990, Derrick Lewis a réalisé le seul quadruple-double de l’histoire de la Ligue Nationale de Basket. Trop beau pour être vrai ?

[arm_restrict_content plan= »registered, » type= »show »]

Nombre d’experts du basket universitaire le considèrent comme l’as des as des contreurs de sa génération – à l’exclusion des big men – et cet ailier-fort de Maryland était surnommé, pour cette saison, « la gomme à encre ». Derrick Lewis n’était pas un monstre physique. Il ne fait pas les 2,06m annoncés et il a avoué plus tard qu’il pesait 82 kg et non pas 90 comme il voulait alors le faire croire. Derrick avait aussi un autre handicap contre lequel il lui fallait lutter en permanence : il était soigné pour de l’hypertension et cela aurait pu réduire à néant sa carrière de basketteur.

Lors de la saison 1986-87, il se classa deuxième au classement des contreurs de toute la NCAA derrière un certain David Robinson. Derrick avait même battu le record de contres sur un match de la conférence ACC, détenu par Ralph Sampson, en déviant 12 balles de leur trajectoire. Le contre, on a ça dans le gène chez les Lewis puisque son frère Cedric s’illustra également dans ce domaine en France.

Derrick avait le paquetage complet : des bras immenses, de la détente, le timing. Il dira que du temps de la fac, il était pratiquement capable de dunker de la ligne des lancers. « Je jouais extérieur et j’étais toujours plus grand que les autres extérieurs, et c’était donc plus facile de contrer plus petit que moi. En fait, je joue en vitesse et en intelligence ». De Reims au Havre – avec un long passage à Nancy -, Derrick allait profiter la LNB de ses dons de contreur – et de blagueur – pendant 14 saisons.

12 interceptions

En 1990, Derrick a 23 ans et c’est sa première expérience en France. Ce samedi de fin février, Reims reçoit le Lorient de Ed O’Brien, Derrick Pope et de Phil Lockett. Un match à l’allure bien ordinaire que le RCB emballe sans puiser dans ses réserves, 103-86.Phil Lockett, qui avait mis le feu dans la raquette le week-end précédent avec 32 points et 28 rebonds !|, s’est laissé déborder.

Jusque-là, rien de sensationnel. Mais lorsqu’il découvre la feuille de statistique que le coach Ernie Signars lui donne, il en a le souffle coupé. « Je me suis dit : Mon dieu ! Ce gars a fait un match de folie ! » 20 points, 12 interceptions, 11 rebonds et 10 contres. C’est la première fois – et la dernière fois à ce jour – qu’un joueur façonne un quadruple-double dans le basket français. « Je sais que j’ai fait beaucoup de contres, mais douze interceptions, quand même… », commentera, honnêtement, Derrick un peu plus tard. « A mon avis, comme j’ai dû à cinq ou six occasions contrer en gardant la balle en l’air, les statisticiens ont compté à la fois contre et interception. Enfin bon, c’est comme ça ».

L’auteur lui-même met en doute son propre chef d’œuvre. Il faut dire qu’il a quelque chose de surnaturel. Passe encore que Derrick établisse le nouveau record de contres de la ligue, mais qu’il pulvérise en même temps celui des interceptions – un secteur qui est la plupart du temps la chasse gardée des guards aux mains baladeuses – paraît fortement douteux.

Un point de règlement

Question fondamentale : qui a pris les stats ? Depuis 1982, c’est le magazine Maxi-Basket qui chapeautait le processus, et l’interception n’a été prise en compte que six ans plus tard. Trois bénévoles de chaque club, souvent des jeunes, étaient mis à contribution. Ce n’est que la saison suivante que la prise de stats sera informatisée par le biais d’IBM. En attendant, les statisticiens officiaient crayon à la main en mettant des barres dans des cases. Ils avaient ensuite mission de transmettre les données à la rédaction de Maxi qui se chargeait de les compiler (NDLR: l’auteur de cet article a passé des nuits blanches à une époque).

Franck Ostre était l’un des trois « espoirs » préposés aux stats au RCB. Un règlement était envoyé aux clubs par Maxi, mais il n’était pas forcément communiqué aux petites mains. « C’était davantage basé sur notre culture basket et notre bonne foi, nous, les jeunes. Je me souviens qu’à l’époque, il y avait un litige sur la passe décisive. Que fallait-il pour en compter une ? » Franck a encore parfaitement en tête cette soirée du 24 février. Confirmant l’intuition de Derrick Lewis, il explique : « Durant cette rencontre, Derrick enchaîna plusieurs fois des actions de contre suivi d’une interception, parfois sans que le ballon ne rebondisse sur le sol. Il déviait le tir et dans sa course, il récupérait la balle. On a compté les deux. De plus, Derrick intercepta souvent le ballon sur des relations de passe extérieur-intérieur en glissant, au moment de la passe devant son joueur. Une vraie aiguille en plus d’être un Marsupilami. Donc pour moi, ce quadruple-double est réel et justifié. Plus de légende alors. »

Sauf qu’un point de règlement, un nota bene puisé aux sources du basket américain, stipulait clairement que : « ne constitue pas une interception la balle récupérée sur un contre, la balle gagnée par la règle des cinq secondes ou des trente secondes ». Conclusion, Derrick Lewis a été trop largement crédité à son compte d’interceptions.

Pas de séisme

Sur le moment, le quadruple-double n’a pas provoqué de séisme dans le basket français. La suspicion ? Le manque de culture basketballistique qui empêchait chacun d’apprécier l’énorme exploit d’accomplir un quadruple-double ? Peut-être. Autre élément non négligeable, à une époque dépourvue d’internet, l’information ne circulait pas à la vitesse de la lumière. Dans son compte-rendu du match, l’édition du lundi du journal L’Equipe n’en fit pas mention. Pire, le journaliste-maison Patrick Isely mentionna 8 rebonds et 8 contres à l’actif de Derrick Lewis ! Alors, trop généreux dans tous les domaines nos statisticiens rémois ? Patrick Isley fait plutôt son mea-culpa. « A l’époque, il n’y avait pas encore d’ordi portable et un journaliste de PQR devait écrire son papier, l’envoyer dès la fin du match, tout en prenant les stats. J’étais tout seul à faire ça, même à domicile. Donc, ce n’était pas la vérité. Les stats prises par le club étaient plus fiables ». Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’elles étaient justes.

C’est une fois le match terminé, en compilant les stats de chacun, que les statisticiens rémois se sont rendu compte que Derrick Lewis avait réalisé un quadrupe-double. Ils ont recompté, mais ils n’ont jamais revu le match à la vidéo. Ernie Signars n’a pas plus vérifié que son joueur avait réalisé autant de steals. Dans une autre interview, toujours à propos de son quadruple-double, Derrick lancera en riant à gorge déployée : « ça, je crois que c’est une erreur… Ce n’est pas possible ! » Sauf que c’est très officiellement le record le plus fou jamais accompli en 30 ans de LNB !

4 quadruples-doubles en NBA

La définition américaine est claire : une quadruple-double est l’accumulation d’au moins un nombre à deux chiffres dans quatre des cinq catégories statistiques existantes : points, rebonds, passes, interceptions et contres, à l’exclusion donc des fautes provoquées. Seulement quatre joueurs ont officiellement réalisé un quadruple-double en NBA : Nate Thurmond (1974), Alvin Robertson (86), Hakeem Olajuwon (90) et David Robinson (94). Aucun de ces quatre-là en alignant comme Derrick Lewis au moins 10 contres et 10 interceptions. Avant la prise en compte des contres et interceptions – lors de la saison 1973-74 –, plusieurs joueurs avaient effectué des quadruple-doubles officieux, tels Wilt Chamberlain, Bill Russel, Jerry West ou encore Oscar Robertson.

[armelse]

Nombre d’experts du basket universitaire le considèrent comme l’as des as des contreurs de sa génération – à l’exclusion des big men – et cet ailier-fort de Maryland était surnommé, pour cette saison, « la gomme à encre ». Derrick Lewis n’était pas un monstre physique. Il ne fait pas les 2,06m annoncés et il a avoué plus tard qu’il pesait 82 kg et non pas 90 comme il voulait alors le faire croire. Derrick avait aussi un autre handicap contre lequel il lui fallait lutter en permanence : il était soigné pour de l’hypertension et cela aurait pu réduire à néant sa carrière de basketteur.

Lors de la saison 1986-87, il se classa deuxième au classement des contreurs de toute la NCAA derrière un certain David Robinson. Derrick avait même battu le record de contres sur un match de la conférence ACC, détenu par Ralph Sampson, en déviant 12 balles de leur trajectoire. Le contre, on a ça dans le gène chez les Lewis puisque son frère Cedric s’illustra également dans ce domaine en France.

Derrick avait le paquetage complet : des bras immenses, de la détente, le timing. Il dira que du temps de la fac, il était pratiquement capable de dunker de la ligne des lancers.
[/arm_restrict_content]

[arm_restrict_content plan= »unregistered, » type= »show »][arm_setup id= »2″ hide_title= »true »][/arm_restrict_content]

Commentaires

Fil d'actualité