Interview Livenews

Alain Béral (président de la LNB) : « La BCL n’est pas une compétition au rabais »

beralHomme fort de la LNB, Alain Béral revient pour Basket Europe sur l’été agité, voire confus, dans les compétitions européennes avec la création de la FIBA Basketball Champions League, et des clubs français obligés de choisir un camp… Il évoque aussi la saison de Pro A et le changement de règlement pour les JFL.

Finalement, il va y avoir deux C2 derrière l’Euroleague : la FIBA Basketball Champions League (BCL) avec quatre clubs français, Villeurbanne, Strasbourg, Monaco et Le Mans, et l’Eurocup sans représentation nationale. Que s’est-il passé en coulisses durant l’été ? De l’extérieur c’est incompréhensible. Certains clubs, comme les Italiens, ont été retirés de l’Eurocup, les clubs espagnols et allemands sont présents dans les deux C2, en plus de l’Euroleague, etc.

Il s’est passé ce qui était annoncé. La FIBA a dit qu’il y avait la possibilité de faire une ligue privée avec 16 clubs mais qu’elle n’acceptait pas, ou difficilement, qu’il y ait une ligue 2 qui serve à alimenter les quelques places qui puissent être changées en Euroleague. Elle avait clairement dit aux fédérations qui accepteraient que des clubs ou des ligues se marient avec l’Eurocup qu’elle mènerait des actions contre elles. Les fédérations en question ont bougé. En Italie, le CNO –l’équivalent du CNSOF- a menacé d’exclure les clubs qui iraient en Eurocup et donc ils sont revenus. Même chose en Pologne. Là où ça n’a pas bougé car les structures sont différentes pour l’instant, c’est l’Allemagne où la fédération a attaqué sa ligue pour lui retirer le droit d’organiser le championnat pro. C’est en cours. En Espagne, la ligue est totalement séparée de la fédération et c’est le ministère des sports lui-même qui intervient –je ne sais pas où on en est- pour que les choses soient respectées. La Russie, on ne sait pas, comme d’habitude. C’est ce qui a fait que cet été la BCL a changé de format puisque huit clubs ont décidé de revenir vers elle (Ndlr : 52 clubs constituent le plateau de la BCL). Donc huit clubs sont partis de l’Eurocup qui n’a rien communiqué sur le sujet. Ils ont essayé de recruter dans les championnats les 8e, 9e, 10e, 11e pour compléter leur plateau (Ndlr : à ce jour, 20 clubs sont annoncés en Eurocup). Je sais qu’en France, tout le monde a dit non.

Que vaut sportivement cette BCL?

Si on regarde les rosters, on ne peut pas dire aujourd’hui que la BCL soit une compétition au rabais car il y a de beaux morceaux. On s’est engagé là-dedans et on continue à y croire car ça serait très mauvais pour le basket européen d’avoir les quarante meilleurs clubs qui soient en ligue privée, sur invitation, car ça voudrait dire que les championnats nationaux ne servent plus à rien pour l’Europe puisque les champions n’y seraient pas forcément engagés. Car c’est l’Euroleague et l’Eurocup qui décident qui elles prennent et qui elles ne prennent pas. Ça nous semble ubuesque et le foot et le rugby pensent la même chose. Ils regardent ce qui se passent dans le basket car eux aussi ont des velléités de ligues. Ma position n’a pas changé, qu’il y est l’Euroleague c’est très bien. J’ai participé à des réunions à ce sujet et je préfèrerais qu’elle soit à vingt clubs et qu’il y ait quatre ou six places totalement ouvertes de façon que les champions français, italien, etc, puissent y participer. C’est notre position est c’est celle de la FIBA. Mais on n’accepte pas que le deuxième niveau soit géré de la même façon, sur invitations, car donc les championnats nationaux n’amèneraient plus à un championnat européen. C’est impossible à accepter pour nous, ligue. Et évidemment les fédérations sont avec nous puisque la FIBA s’est exprimée sur le sujet.

 

« Le modèle de l’Eurocup est simple, on ne touche rien et il faut payer ! »

 

C’est un problème de fond qui concerne de près le CIO car c’est la remise en cause du sport de haut niveau par les états au profit de privés ?

Le CIO a déjà donné officiellement tout son appui au positionnement de la FIBA.

Peut-on être optimiste, croire qu’à la fin de la saison donc pour la suivante, la situation sera éclaircie ?

On souhaite qu’elle le soit et évidemment tout ça va dépendre de deux choses. Premièrement, la tenue des championnats. On n’est pas inquiet du côté de la BCL. Il faut préciser qu’en BCL les clubs touchent de l’argent, 100 000€ avec lesquels ils payent un arbitrage de 20-25 000€ pas plus. Et à chaque fois qu’ils passent un tour, ils toucheront de l’argent. Alors que le modèle de l’Eurocup est simple, on ne touche rien et il faut payer ! Pour les diffusions télévisées la BCL ne demande rien alors qu’en Eurocup, lorsqu’on est champion ou finaliste, comme Fenerbahçe et Strasbourg l’an dernier, non seulement on ne touche rien mais il faut donner la moitié des recettes à l’Eurocup !

Jordi Bertomeu, le directeur de l’Euroleague, a pourtant annoncé un contrat mirifique avec IMG (Ndlr : un minimum de 630M€ sur 10 ans pouvant atteindre 900M€) qui devait leur permettre de reverser beaucoup d’argent aux clubs ?

Pour l’Euroleague ! Tout pour l’Euroleague ! Les clubs d’Eurocup ne touchent rien, payent pour l’arbitrage, sont obligés de produire les images, 15-20 000€ et au bout, s’ils vont en finale, ils doivent reverser la moitié des recettes pour justement transférer ça sur l’Euroleague. Le modèle est inversé, ça ne va pas marcher, les clubs ne sont pas fous. La seule chose qui était intéressante c’était le niveau promis mais il se délite puisque des clubs sont passés de l’autre côté.

 

« Il y a eu un recours au niveau de la Commission Européenne et on attend toujours la réponse »

 

La Commission Européenne doit prendre une décision sur ce conflit ?

Une première décision a été prise par un juge à Munich sur laquelle il est revenu en précisant que lorsqu’il avait fait les auditions l’Euroleague avait menti sur toute la ligne. Il s’en est aperçu après. Il a écrit que le jugement était nul et non avenu et on revient à la décision initiale. Il y a eu un recours au niveau de la Commission Européenne et on attend toujours la réponse.

Vos clubs de la LNB sont-ils inquiets par cette situation, frustrés de ne pas participer à l’Euroleague et que la C2 soit scindée en deux ?

Ne pas participer à l’Euroleague, ça frustre tout le monde, y compris le président de la ligue. Mais participer à une Euroleague à seize où il y a déjà quatre clubs turcs (Ndlr : en fait quatre club de la seule ville d’Istanbul), cinq clubs espagnols, ça fait déjà neuf, et les grosses cylindrées comme Moscou, Tel-Aviv –lequel Maccabi n’est pas champion (Ndlr : il a été éliminé en demi par Rishon LeZion), je trouve que c’est très frustrant. Mais on est en Europe c’est très libéral et on ne peut pas empêcher les ligues privées. Pourquoi on dit « ça nous pique un peu mais on ne peut pas laisser faire ? » Dans quelques années, ces ligues privées vont empêcher leurs joueurs de se libérer pour leurs équipes nationales. On me dit que c’est une prévision idiote. Je réponds : « alors pourquoi la NBA le fait ? » Très concrètement l’ECA (Ndlr : l’organisation qui gère l’Euroleague et l’Eurocup) a déjà dit qu’elle a l’intention de ne pas respecter les fenêtres pour les équipes nationales. Elle a aussi le projet d’avoir des règles de jeu et des formats de terrain qui soient différents de ceux de la FIBA. Je ne sais pas si vous voyez où tout ça peut aller ? Alors, oui, ça nous pique de ne pas aller en Euroleague car c’est le meilleur niveau de championnat en Europe mais on ne pouvait pas y aller car à seize ça ne passait plus. Et on est très content de voir que le niveau de la BCL est très relevé et je pense supérieur, si ça se confirme, à la précédente Eurocup.  Oui, on reste sur la position que l’on a toujours défendu avec la FIBA et que j’ai porté moi-même pour les ligues à Jordi Bertomeu lors d’une réunion qui a eu lieu à Munich. On n’est pas contre l’Euroleague, on l’a écrit, mais à la condition de passer à vingt avec des places ouvertes pour les champions des pays que vous n’avez pas mis en fixe. On accepte d’être chaque année en CDD mais pas en CDI. Et on ne veut pas que vous touchiez au deuxième niveau car c’est trop dangereux. C’est notre position et on souhaite qu’elle soit adoptée même si maintenant c’est par la force, la pression.

Peut-on expliquer les départs à l’étranger, cet été, de plusieurs joueurs de référence de la Pro A (Andrew Albicy, Rodrigue Beaubois, Ali Traore, Léo Westermann) par le fait qu’il n’y ait pas de clubs français en Euroleague alors que la saison dernière il y en avait deux, Limoges et Strasbourg ?

Je ne pense pas. Il n’y a pas plus de départs que d’habitude. Ça nous pique aussi qu’ils s’en aillent mais ce sont les mouvements habituels. Il y avait vingt-quatre club en Euroleague, il n’y en a plus que seize, donc moins d’élus. On ne peut pas empêcher les joueurs de partir en Euroleague comme en NBA. Par contre, s’ils sont partis pour jouer l’Eurocup, c’est un marché de dupes car je pense que ça ne sera pas un championnat très fort.

Le fait de ne pas avoir de clubs en Euroleague est tout de même pénalisant sur le plan des joueurs, à court terme du moins ?

Bien sûr, quand des joueurs seront appelés à jouer en Euroleague dans des clubs étrangers, on ne pourra pas leur répondre de privilégier des clubs français d’Euroleague puisqu’il n’y en a pas du moins tant que ce qu’on a proposé n’est pas accepté. Oui, c’est pénalisant.

On peut s’attendre à des négociations en coulisses toute la saison ?

Des pressions, oui.

Et généralement, à la fin il y a toujours un compromis ?

Oui d’autant qu’il y a un jugement de Bruxelles qui est attendu. Selon sa teneur il y aura forcément des discussions qui vont se poursuivre.

 

« Au départ, ce qui était demandé, c’est la suppression pure et simple de la notion de JFL »

 

Il y a actuellement un nombre élevé de joueurs français au chômage. Est-ce directement la conséquence de la présence d’un JFL en moins par équipe et est-ce un sujet d’inquiétude pour vous ?

Le fait qu’il y ait des joueurs au chômage, oui, car on est une ligue dans un pays de formation et c’est comme une entreprise qui fait de la formation et qui n’a pas de débouché derrière. Je dirai simplement que s’ils sont au chômage ce n’est pas uniquement à cause de la France, ils n’ont pas été non plus embauchés ailleurs alors qu’il n’y a pas moins de clubs en Europe qu’avant. Je répète encore une fois qu’on n’avait pas le choix : soit on parvenait à faire passer cette règle d’un JFL de moins par équipe (Ndlr : chaque club peut aligner désormais jusqu’à 6 joueurs non formés localement dont 4 hors Union Européenne et Cotonou), soit il n’y avait plus de JFL et c’était complètement ouvert avec des joueurs étrangers moins chers que les Français. Et si les joueurs ne sont pas contents, je rappelle que c’est l’un de leurs agents (Ndlr : François Lamy) qui a porté plainte. On s’est défendu le mieux que l’on a pu avec l’aide du gouvernement français, Thierry Braillard (Ndlr : secrétaire d’Etat chargé des sports) nous a aidé à faire passer le message. On a réussi à préserver l’essentiel, à savoir que lorsqu’on formait des joueurs sur place on avait le droit de faire en sorte qu’ils restent un peu protégés dans le pays en question. Au départ, ce qui était demandé, c’est la suppression pure et simple de la notion de JFL.

Le directeur du syndicat des joueurs, Jean-François Reymond, dit que les joueurs comprennent tout ça mais qu’ils auraient préféré qu’il y ait plus de places pour les Européens et moins pour les Américains ?

Il y a déjà une place de moins pour les Américains (Ndlr : il y en avait jusqu’à 5 par équipe la saison dernière) et elle doit être occupée par un Européen. Avoir plus de places pour les Européens, c’est ce que demandait l’agent qui a porté plainte. Je vous laisse y réfléchir afin de savoir pourquoi… C’est lui qui a tout les joueurs européens…

Photo : LNB.fr

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