Interview

Basket Landes : un club de village devenu une place forte du basket français

ml-lafargueMarie-Laure Lafargue est la Directrice administrative et financière de Basket Landes depuis 2011 et fait fonction de manager général. Après nous avoir décrit les tractations qui ont été menées pour faire venir l’icône Céline Dumerc, elle nous fait faire le tour de ce club rural devenu grand, qui a déménagé l’année dernière de Saint-Sever (5 000 habitants) à Mont-de-Marsan.

Votre club était depuis des années à Saint-Sever. Ce fut un déchirement de partir. Depuis que vous êtes définitivement installé à Mont-de-Marsan, peut-on encore dire que vous êtes un club rural ?

Ce fut un déchirement car ça s’inscrivait dans l’échec d’un projet de salle qui était bien ancré, c’était notre histoire, Eyre Moncube, etc. Il y a eu tout un imbroglio politique autour de cette affaire. Mais on avait l’habitude de venir à Mont-de-Marsan car on y jouait la Coupe d’Europe depuis 2011, ce n’est pas très grand (31 000 habitants), c’est le même territoire, on est à quinze kilomètres. Il n’y a pas de déracinement, c’est la même culture, le basket landais.

Le profil des spectateurs a t-il changé ?

A Saint-Sever ce n’était pas une salle de haut niveau… Il a fallu se réapproprier des repères mais les gens et les bénévoles ont suivi. Il n’y a pas eu d’érosion sur nos abonnés. Ça nous a simplement permis de fidéliser plus largement puisqu’il y a plus de places à offrir. Ça nous a ouvert sur un public peut-être moins basket mais plus sportif. Ici le sport est un phénomène culturel, on a quelques figures de proue très représentatives avec la vieille histoire entre les clubs de rugby de Mont-de-Marsan et Dax avec les frères Boniface. On a profité de notre histoire cumulée à une vraie culture sportive pour élargir un peu notre assise.

 

« Une année Montpellier a déclaré 9 000 euros de recettes de billeterie alors que Basket Landes l’année dernière c’est 340 000 euros, ce qui fait de nous les deuxièmes dans ce secteur derrière Bourges, et ce depuis plusieurs années. »

 

Ça correspond donc à une montée en puissance sportive. Vous faites l’Eurocup depuis 2011.

On savait que l’accès à un équipement plus grand était une question de survie. On peut faire des miracles mais à un moment il faut une belle salle avec une capacité suffisante. On est dans un modèle économique où, comme pour les autres, les subventions n’augmentent plus. Je crois que l’on est le club le moins subventionné de la Ligue Féminine. Nos leviers de développement ce sont la billeterie et le partenariat privé.

L’agglomération de Mont-de-Marsan verse 220 000 euros au Stade Montois et 50 000 à Basket Landes. C’est significatif de la disparité du rugby vis à vis du basket féminin ?

Non car on est sur deux échelles différentes. On est installé sur Mont-de-Marsan donc l’agglo reconnaît l’effet de vitrine pour ce territoire là mais on est avant tout un club départemental. Le Conseil Général des Landes, qui est à l’origine de notre projet et qui voulait utiliser un sport de haut niveau comme vitrine de la dynamique du département, nous verse 330 000 euros quand il en verse, je crois, 100 000 au club de rugby. Pour donner un ordre d’idée, la moitié de nos abonnés sont sur l’arrondissement de Mont-de-Marsan et l’autre sur le reste du département. Ça va de Mimizan et Biscarosse qui sont à la limite de la Gironde, jusqu’au sud du département à la limite du Pays Basque. Nos subventions sont donc de 490 000 euros et c’est le même socle de base depuis que l’on est monté en Ligue Féminine. Cette valeur là ne varie plus même depuis que l’on participe à une coupe d’Europe.

C’est là que se situent les limites d’un engagement en Euroleague ?

C’est un problème plus général sur le sport : je ne suis pas sûre que l’avenir des clubs se situe dans l’espoir de subventions supplémentaires. Je dis ça mais je serai ravie d’avoir comme mes collègues de Villeneuve d’Ascq ou de Montpellier des subventions à sept chiffres plutôt qu’à six. Mais on a une billeterie bien supérieure à celle de Montpellier. Une année ils ont déclaré 9 000 euros de recettes de billeterie alors que Basket Landes l’année dernière c’est 340 000 euros, ce qui fait de nous les deuxièmes dans ce secteur derrière Bourges, et ce depuis plusieurs années. On est ambitieux et patient et on continue de travailler ces aspects là. Il faut rappeler que le département des Landes c’est moins de 400 000 habitants, rien à voir avec les agglomérations de Lille et Montpellier (NDLR : le Cher dont Bourges est le chef-lieu compte 310 000 habitants). Je nous compare plus avec Bourges et Charleville-Mézières qui ne sont pas des clubs qui se portent mal ! Charleville est en train de développer sa dynamique sur le même modèle que nous plutôt que sur les subventions. Ils ont une belle salle, ils développent une grosse affluence, ils ont des projets marketing dynamiques.

 

« Alain Béral a été chronologiquement le premier actionnaire à se manifester et il est membre du Conseil d’Administration de la SASP »

 

L’autre caractéristique de Basket Landes c’est d’être une affaire de famille puisque vous êtes une Lafargue comme le président historique, Dominique, et le coach, Olivier. Et puis aussi Didier Massy, le président de la SASP, est le beau-frère de Pierre Dartiguelongue qui est le vice-président ?

On ne peut pas s’empêcher de faire du family business ! (sourire) Avec le président historique, oui, par nos arrières-grands parents respectifs et pour ce qui est d’Olivier nos grands-pères étaient frères. On est cousins et on a le même âge, on a grandi côte à côte. Les Lafargue ne sont pas une denrée rare dans le coin. Didier Massy est l’ex-beau-frère de Pierre et c’est par la connexion familiale que l’appartenance au club s’est faite. Didier était davantage d’obédience rugby mais il a appris par les amitiés de son beau-frère à aimer le basket et à s’y investir. Il était le trésorier de l’association précédente et il est devenu le président de la SASP qui a été créée en début de saison pour gérer l’équipe pro et le centre de formation.

Le président de la Ligue Nationale de Basket, Alain Béral, fait partie des actionnaires du club. Il avait été candidat à la présidence ?

Absolument. Alain Béral possède un ancrage local puisque sa maison est à Meilhan, à quinze kilomètres de Mont-de-Marsan, sa femme est Landaise, il est implanté dans le département depuis très longtemps, et Olivier Lafargue a été le coach de l’un de leurs fils il y a quelques années. Alain a été chronologiquement le premier actionnaire à se manifester et il est membre du Conseil d’Administration de la SASP. Il est parmi nous suivant ce que ses multiples casquettes lui permettent d’assurer comme temps de présence.

Il vient souvent aux matches ?

Quand il est en week-end en famille, je dirai une fois par mois. Quand il avait fait acte de candidature c’était dans un projet collégial compte tenu de sa vie professionnelle (NDLR : Alain Béral est vice-président de KFC) et de ses différents mandats. S’est d’ailleurs ajouté depuis celui à la FIBA. C’est une forme d’adaptation à la réalité des emplois des uns et des autres qui a fait que c’est plutôt Didier qui a pris la présidence plutôt que Pierre ou Alain. Pierre n’a pas pu être président pour des raisons professionnelles et des incompatibilités de statut. Il ne pouvait pas être à la fois président d’une société commerciale et employé dans une banque. Les choses ont été naturelles dès lors que l’on était d’accord sur le projet. Pierre est aujourd’hui président délégué.

 

« On a une espèce de chat noir qui doit nous tourner autour depuis deux mois »

 

Cinq victoires de suite pour commencer le championnat, dont l’une à Montpellier, une victoire sur Nice en Eurocup, c’était trop beau pour être vrai ?

Je ne pense pas. Il y a eu un vrai travail dans la construction de l’équipe afin de ne pas se focaliser sur le seul talent de Céline. Elle était plutôt dans une dimension de transmission. On avait une ligne arrière assez séduisante avec Queralt Casas, une joueuse en quête de revanche avec Kalis Loyd. Un jeu intérieur avec un pari sur notre Américaine mais des certitudes avec Miranda Ayim et l’envie de donner sa chance à une jeune Française, Marie-Michelle Milapie. On savait que notre groupe de Coupe d’Europe était difficile avec Nice que l’on connaît et Venise qui a été quart de finaliste l’année dernière. Et donc on a eu une dizaine de jours complètement apocalyptique sur le plan des blessures (NDLR : Alexia Plagnard, problème à la hanche, Touti Gandega, ligaments croisés du genou, Kalis Loyd, rupture du tendon d’Achille, et Queralt Casas, fracture de la clavicule). On s’est retrouvé avec six joueuses pros opérationnelles et sans ligne arrière vraiment organisée. Effectivement Alexia a été tenue éloignée deux mois des terrains et on avait recruté la gentille Touti pour faire le joker et elle s’est rompue de nouveau les ligaments croisés du genou au bout d’une semaine. On a une espèce de chat noir qui doit nous tourner autour depuis deux mois. Il y a dix jours, Miranda Ayim s’est pris une grosse alerte au genou si bien qu’on est allé jouer à Villeneuve d’Ascq avec une équipe un peu fantomatique (NDLR : défaite 51-84). On a remplacé Kalis Loyd par une internationale serbe, Nevena Jovanovic, qui est une très bonne joueuse mais on fait un peu le dos rond car les deux matches par semaine ont compliqué la tâche des six joueuses valides.

A propos du recrutement de Nevena Jovanovic, y a t’il beaucoup de disponibilités sur le marché à ce moment là de l’année ?

C’était le pire moment pour que ça arrive. Déjà comme notre quota d’étrangères était atteint, on ne pouvait remplacer Alexia que par une joueuse française, ce qui était rare le 15 septembre sur le marché. Tant mieux car ça veut dire que les joueuses françaises n’ont pas de problèmes de chômage. Quand il a fallu remplacer Kalis et Queralt en plein boom de la phase européenne, c’était vraiment le plus mauvais moment. On sait qu’en décembre le marché peut se ranimer, que certains clubs russes, turcs, d’autres, coupent leurs joueuses quand ils ne peuvent plus se qualifier dans telle ou telle compétition. On a mis trois semaines à trouver notre bonheur. Il a fallu tomber sur le profil de Nevena qui était dans un roster de malade en Turquie et qui avait un peu des fourmis dans les pattes. C’est comme ça qu’on a trouvé chaussure à notre pied. Heureusement la trêve internationale nous a donné un peu de répit pour construire ça. L’arrivée de Nevena a eu son effet très concret puisque sur son premier match contre Nice, elle arrache la prolongation avec un shoot stratosphérique. Ça a fait un bien fou dans les têtes et même si on a encore perdu à Nice (NDLR : en Eurocup) et à Villeneuve, on a retrouvé une vraie énergie.

Vous manquez la qualification au deuxième tour de la Coupe d’Europe…

Mercredi soir on a renoncé à tout espoir de qualification puisqu’on n’a gagné que de trois points après prolongation, ce qui ne nous permet pas de rééquilibrer le goal average du match aller qui nous avait battu de onze points à l’aller. Même si on en est victime, c’est plus lisible de n’avoir que les deux premiers qui se qualifient car la définition du meilleur troisième à partir du ranking était toujours sujet à beaucoup d’incompréhension.

 

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