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Rediff - Mary Patrux, commentatrice des Bleues sur beIN Sports : « Je ne me sens pas l’âme d’une pionnière » (accès gratuit)

Voix de l’équipe de France féminine durant l’EuroBasket sur beIN Sports (diffuseur exclusif de la compétition) au côté d'Audrey Sauret, Mary Patrux a vécu sa première aventure aux commentaires. Un renouveau assumé et un défi rafraichissant pour cette journaliste de 44 ans, qui a appris à relativiser ce genre d’enjeux après avoir vaincu un cancer du sein il y a quelques années.

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Passer de journaliste bord de terrain à commentatrice : est-ce un concours de circonstances ou un choix assumé ?
« C’est une volonté de ma part de me mettre aux commentaires. Je présente, je fais des émissions depuis 20 ans. Je sais bien que ce ne sera pas éternel pour moi. Le commentaire, c’est un exercice dans lequel j’avais envie de me lancer. Je travaille un peu ma reconversion dans un sens (rires). Et puis c’est aussi la volonté de Florent Houzot (directeur de la rédaction de beIN Sports) de me lancer dans un autre exercice et la volonté de Xavier Vaution, qui commentait les filles l’année dernière, de me laisser sa place.

Est-ce un aboutissement pour vous ?
Oui. Je pense que c’est très gratifiant de pouvoir se lancer dans quelque chose de nouveau à 44 ans. On a l’impression d’avoir fait le tour de tout, et puis non, il y a encore d’autres choses à découvrir. J’aime bien ce côté « je ne suis pas si vieille ». C’est un aboutissement parce que j’ai énormément de respect pour les commentateurs. C’est presque une nouveauté d’étudiante de me lancer là dedans.

Mary Patrux, aux commentaires de beIN Sports à l'Euro 2023 © DR

Dans une récente interview donnée à L’Equipe, vous disiez voir les commentateurs comme « des dieux ». Etes-vous une déesse en formation ?
Non mais j’espère que je donnerai envie à d’autres filles de passer ce pas, que j’ai eu du mal à passer parce que « pas légitime », « voix de fille »… Toutes ces questions qu’on se pose par rapport à nous et non pas par rapport à nos compétences. Je ne me sens pas comme une déesse mais je suis quand même assez fière de faire partie de cette caste. Quand on commente, on voyage, on est au contact de l’équipe, ce qui n’est pas le cas quand on fait des plateaux et des émissions. J’ai fait ce métier parce que j’aime les sportifs, j’aime le sport, les grands événements sportifs. Et, pour moi, c’est aussi un moyen d’être dans l’événement. Je n’ai plus envie d’être en plateau à Paris, j’ai envie de vivre les événements à fond. Je rentre dans cette caste des voyageurs. J’aime aussi ce contact avec le direct, où l’on doit trouver ses mots encore plus rapidement que quand on présente… Et puis, pour mon cerveau, c’est bien de me faire travailler un peu (rires). Ça me permet de ne pas ronronner, en fait.

« Je ne peux pas concevoir qu’on soit à 100 % objectif quand on commente l’équipe de France »

Commenter, c’est beaucoup plus dur et stressant qu’être en bord de terrain ?
Bien sûr. Quand je présente, je suis dans mon canapé en fait. Tu peux me mettre partout, il n’y a aucun souci. Là, j’ai beaucoup plus de choses à gérer tout d’un coup. J’ai parfois envie de dire plein de choses mais il faut apprendre à ne pas trop en dire. Finalement, ce n’est pas grave si tu ne donnes pas toutes les infos. Il y a un apprentissage du dosage qui ne peut se faire qu’en commentant et en faisant des matches.

Et puis vous avez un coach personnel, votre mari, Olivier Canton, commentateur d’Eurosport…
C’est vrai. Après l’interview (dans L’Equipe, où Mary Patrux précise les conseils qu’il lui donne tels que « Tu parles trop », « c'est très bien », « arrête avec tes "euh" »), Il m’a dit "mais tu m’as fait passer pour un tyran" (rires), ce qui n’est pas du tout vrai en plus. C’est très difficile de se réécouter. Je réécoute mes prises d’antenne. C’est un vrai processus. Un peu comme les filles de l’équipe de France (rires). Et puis, je sais que je suis supportrice de l’équipe de France, c’est dans ma nature, quel que soit le sport, comme je le suis dans mon canapé. On ne va pas m’empêcher de dire « allez les filles ». A un moment donné, ça va sortir tout seul. Je ne peux pas concevoir qu’on soit à 100 % objectif quand on commente l’équipe de France.

© DR

On a toujours entendu des commentateurs chauvins…
Oui, mais c’est quelque chose qu’on nous reproche assez vite, de ne pas prendre assez de recul. Je pense qu’on a du recul et qu’on n’est pas seulement derrière elles. On n’est pas juste des robots, des machines, qu’on a mis sur des sièges avec des casques à dire « la 6 fait la passe à la 11 ». Je ne supporte pas regarder le sport en ne vibrant pas. J’ai envie de vibrer avec les gens qui nous regardent.

Vous vibrez cette année avec les filles. Vous verra-t-on commenter l’équipe de France masculine, la NBA, dans le futur ?
Je ne sais pas. On ne me verra pas vibrer avec les garçons cette année puisque ce sont Rémi (Reverchon) et Jacques (Monclar) qui commenteront la Coupe du monde. Mais je ne suis pas quelqu’un de pressée, je prends mon temps avec ce qu’on me donne, ce que les chefs décident. Après, ce sera à moi de savoir si j’ai ou je n’ai pas envie de le faire. En tout cas, commenter, c’est un exercice que j’ai envie de poursuivre, ça c’est sûr.

« Je ne regrette pas ma vie de sportive ratée »

Pouvez-vous rappeler votre lien au basket et votre parcours journalistique ?
Mon père était basketteur, mon grand-père était basketteur, mes oncles étaient basketteurs. Mon père a joué dans l’ancienne Pro A/Nationale 1, au PUC (NDLR : notamment avec le grand-père de Victor Wembanyama, Michel De Fautereau), à Denain, à Agnières, l’ancien Mets 92 en quelque sorte, il a joué avec les frères Beugnot, il a fait le bataillon de Joinville… C’est quelqu’un qui, comme moi finalement, avant de choisir un travail, a fait carrière dans le basket.
Il était ami avec quelqu’un qui organisait des camps de basket en Italie, donc je faisais du basket tous les étés. De mon côté, j’ai mis du temps à aller en club mais j’ai fini par me lancer et ça m’a plu tout de suite. J’ai surtout réussi à me débrouiller assez vite avec ce ballon parce que ce n’est pas facile au début. J’ai été surclassée rapidement, j’ai été détectée très jeune, tout est allé très vite. J’ai fait des stages au Temple-sur-Lot, les sélections du Val d’Oise, d’Ile-de-France, les tournois interzones… J’adorais ces trucs-là, c’était génial. J’ai participé au championnat de France minimes avec mon club (Franconville), j’ai joué contre Edwige Lawson en finale, mes copines étaient en équipe de France, c’était marrant.
Après, il n’y avait pas vraiment de Pôles à mon époque. Je suis restée au lycée, mes parents ne m’ont pas laissé partir. J’ai fait beaucoup de stages aux Etats-Unis, un lycée de New York m’a même contacté, j’avais la brochure, ils avaient appelé mes parents. Et ça ne s’est pas fait, il faut dire que j’avais aussi du mal à me séparer de mes parents (rires). Aujourd’hui, je ne regrette pas ma vie de sportive ratée. Je me suis mise à fond dans ce métier-là non pas en me disant que j’allais me rattraper d’un rêve non assouvi mais parce que j’aime trop le sport, et le basket. Quand je commente un événement basket, j’ai l’impression d’être à la maison. J’ai cette sensation de me retrouver chez moi. Le basket, c’est le sport qui m’a structuré pour bien travailler.

© DR

Anne Boyer fait du patinage sur Eurosport, Anne-Sophie Bernadi du biathlon sur La Chaîne L'Équipe, Laurie Delhostal a fait du handball il y a déjà des années sur beIN Sports… Avez-vous l’impression d’être une pionnière en étant une femme, journaliste TV, de basket en France, de plus en commentant des matches avec Audrey Sauret ?
Je n’ai jamais vraiment eu cette âme de pionnière. Si je donne envie à des filles de faire ce métier, je trouve ça très bien. Mais je ne me suis jamais sentie femme dans un monde d’hommes. Je me suis toujours considérée comme une journaliste dans une rédaction. Après, j’assume totalement le fait que je suis une femme et que je commente avec une femme, et je trouve ça génial. Mais je vois qu’il n’y a que nous deux (comme journalistes françaises) à l’Euro, et je me dis que ce n’est pas possible. Il faut que ça évolue, que les filles viennent et qu’on leur fasse comprendre qu’on vit des expériences géniales. On a des collègues hyper sympa, on vit dans des rédac’ trop cool, on fait des voyages incroyables… Il y a parfois eu des soucis mais ça se passe très bien dans la plupart des cas. Dans le mien, je suis sortie de l’école, j’ai saisi ma chance presque tout de suite, c’était linéaire. Ce n’est pas un exploit en fait, n’importe qui peut réussir. Le dicton « le travail paie », c’est vrai pour les sportifs mais aussi les journalistes.

Finale du championnat de France, NBA Finals, draft NBA avec Wemby, l’EuroBasket féminin parvient-il à trouver sa place médiatique selon vous ?
Ce que je vois, c’est qu’il y a deux diffuseurs (NDLR : France Télévisions diffuse l’équipe de France à compter des quarts de finale, ce jeudi contre le Monténégro à 18h), ce qui n’arrive pas régulièrement pour le sport féminin. Au hand, TF1 arrive plus tard par exemple. La fédération française (FFBB) est très bien structurée, les médias français font l’effort de s’intéresser aux filles. La fédé a fait un énorme travail de médiatisation, que ce soit dans les insides ou dans les accès à la presse. Et c’est exactement le même boulot pour des garçons champions NBA que pour les filles. Je trouve que l’Euro a sa place et s’en sort bien par rapport à la masse d’informations sur le basket qu’on a en ce moment. L’Equipe lui accorde quand même une page par jour au milieu de la draft de Victor. Je pense que ça n’aurait pas forcément été le cas il y a quelques années. J’ai vraiment cette impression de stabilisation dans le traitement. Après, je trouve ça dramatique que les tribunes soient vides (à la Stozice Arena de Ljubljana), c’est quelque chose que je trouve incompréhensible en tant qu’organisation. Ce n’est pas difficile de remplir une salle, même gratuitement, en invitant des écoles... Je ne comprends pas que la FIBA n’y mette pas plus du sien.

Sur la polémique Marine Johannès : « On ne peut pas se priver de nos têtes d’affiche »

Trouvez-vous qu’il y a un élan autour du basket féminin ?
Il y a des bonnes nouvelles, mais c’est vrai que le basket féminin va se retrouver en difficulté à un moment donné. Car il y a peu de pays qui font l’effort qu’on fait. La Belgique et l’Espagne le font, mais on va être mangés par la WNBA à un moment donné. On l’a encore vu cet été… Les décisions qui ont été faites vont revenir sur la table tous les étés, exception peut-être des Jeux Olympiques l’été prochain. Après les Jeux de Paris, ça va être très compliqué.

Quel est votre avis sur la polémique autour de Marine Johannès ?
Ça va être à la fédération de trancher… Je pense qu’on ne pourra pas revivre l’épisode qu’on a vécu avec Marine, il va falloir peut-être trouver un autre discours, des deux côtés d’ailleurs. Je pense qu’on ne sait pas tout dans cette histoire. Le sélectionneur avait annoncé un fonctionnement, Marine a décidé de faire autrement. Dans le futur, il faudra peut-être qu’on s’adapte plus aux demandes des joueuses. Je ne trouve pas ça aberrant que les filles aillent quand même jouer en WNBA. Kristine Anigwe a fait le début de saison en WNBA, elle est venue jouer avec la Grande-Bretagne, et ça n’a pas été la plus nulle de son équipe (12,3 points, 12,3 rebonds)… Et je ne suis pas persuadée qu’avec 15 jours d’entraînement en plus, elle passe le quart de finale avec sa sélection. Pour vivre, il faut des têtes d’affiche et on ne peut pas se priver de nos têtes d’affiche.

Au-delà de la WNBA et des Bleues, beIN Sports peut-il s’intéresser à diffuser davantage de basket féminin ?
Je pense que beIN est déjà au taquet au niveau du basket de manière générale. L’objectif de beIN sera toujours de garder la NBA en priorité, c’est une certitude et ça se comprend : on est identifiés NBA depuis le départ. Après, on est aussi très fiers de suivre les équipes de France, masculine comme féminine. On est très heureux de commenter de la Betclic Elite, de la WNBA. Dans le même temps, le service n’a pas grossi depuis qu’on achète des droits. On ne va pas pouvoir se plier en quatre indéfiniment avec cette même équipe.

Donc le basket ne va pas vous accaparer à 100 % du temps ?
Non, ça n’arrivera pas, ou alors il y a des décisions que je ne connais pas. Mais j’aime trop suivre les équipes de France, et je suis aussi trop attachée aux équipes de France de handball pour ne plus les suivre. »

Mary Patrux, avec Xavier Vautier, Jacques Monclar et Remi Reverchon © DR

Mary Patrux en trois anecdotes

Elle était à Géo-André pour la venue de Michael Jordan à Paris en 1990 : « Mon père travaillait pour une société américaine. Avec mon frère, il nous ramenait toujours des t-shirts, notamment de Jordan. On se disait, mais « c’est qui ce mec ? ». Et un jour, mon père nous dit, « venez on va voir le plus grand joueur de l’histoire ». Je mets mon t-shirt Jordan, on part à la salle, mais c’était blindé. Dégoûté, mon père fait demi-tour en s’excusant platement, parce qu’on habitait dans le Val d’Oise, ça faisait une petite trotte pour nous… Mais il m’amenait à d’autres événements, aux Open McDonald’s, à Bercy, j’étais toute contente d’avoir mes t-shirts signés de Stéphane Ostrowski… c’était un autre monde. En tout cas, je n’ai pas vu Michael Jordan à Géo-André, mais j’y suis allée (rires). »

Stéphane Ostrowski et Yann Bonato étaient ses légendes : « C’était la grande époque de Limoges. Je me souviens que Stéphane Ostrowski était venu faire un clinic dans mon club un samedi matin, mais on avait école à cette époque-là en école primaire. J’ai supplié ma mère d’y aller mais elle n’avait pas voulu. Encore un rêve brisé à cause de ma mère (rires) ! »

Elle a donné son maillot dédicacé de Stephen Curry à Antoine Griezmann : « C’est vrai (un brin de dépit dans la voix)… mais il m’a rendu service, je voulais lui faire plaisir. Je ne regrette pas mais je l’avais, et je ne l’ai plus. En plus, Antoine doit en avoir plusieurs. Mais c’est quelqu’un d’extrêmement sympathique, il adore le basket en plus, et ça me faisait plaisir qu’il en profite. »

À Ljubljana (Slovénie).


Photo : Mary Patrux (Federico Pestellini / Panoramic)

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