Ils sont presque tous là. Clifford Luyk, Sergueï Belov, Tal Brody, Wayne Brabender, les Italiens de l’Ignis de Varèse. Ceux qui se sont couverts de gloire, au cours des années 60 et 70, dans la Coupe d'Europe des Champions. Ces All-Stars de légende, dont certains ont pris de la brioche, mais qui tous ont conservé les gestes qui ont fait leur style, affrontent une sélection d'anciens internationaux belges. Sur le parquet du Flanders Expo, on peut respirer un instant le parfum d'une époque un peu surannée.
Quelques minutes auparavant les deux grands manitous du basket mondial ont évoqué le présent. Et surtout ils nous ont fait deviner le futur. Borislav Stankovic, secrétaire-général de la FIBA, pouvait avoir la mine réjouie devant un parterre de près d'un demi-millier de journalistes. Ça va fort pour la Fédération internationale. Stankovic aligna les chiffres. 147 clubs de 26 pays ont pris part aux différentes coupes européennes. Et la Coupe des champions a battu tous les records. 320 000 spectateurs enregistrés pour les matchs de la poule finale, soit une moyenne de 5 800 par rencontre. 42 matchs télévisés sur 52. Et, bouquet final, le plein deux fois du Flanders Expo, à l'occasion de ce Final Four. Soit 20 000 spectateurs ont tout.
David Stern a encore davantage de motifs d'être fier de lui. Stern, c'est le Commissioner de la NBA. Le boss. Et son entreprise est devenue florissante. Il y a sept ans, 16 des 23 équipes de la NBA perdaient du fric. Toutes font des bénefs aujourd'hui.
C'est la première fois que David Stern est invité par son homologue yougoslave à suivre un tournoi européen. La passerelle tendue à l'occasion du McDonald’s Tournament de Milwaukee entre la FIBA et la NBA est en train de se transformer en un pont en béton. Stern et Stankovic annoncent que la seconde édition du Tournoi Open aura lieu à Madrid, en octobre. Avec le Real, le champion d'Italie, la meilleure équipe nationale européenne du moment, et les Boston Celtics. « C'est un plaisir de travailler avec la FIBA. Nous voulons faire du basket le plus grand sport du monde. Et dans le cadre de son expansion, nous avons décidé d'élargir ce Tournoi Open à quatre équipes, et d'envoyer notre club le plus réputé », commente Stern.

Où David Stern peut dormir sur ses deux oreilles
Vivons-nous une autre époque que celle des Luyk, Brabender, Belov et autres ? À coup sûr. Il y avait alors moins de public, moins de télé, moins de bons joueurs, et la NBA ignorait superbement le reste de la planète. Et pourtant.
Luyk et Brabender étaient des Américains naturalisés. Tout comme Lou Silver ou Tal Brody. Bill Bradley, Bob Morse, et des dizaines d'autres fils de l'Oncle Sam ont un soir de finale fait basculer le « Saladier d'argent » dans le camp du Simmenthal, du Maccabi ou de l’Ignis. C'est toujours comme ça aujourd'hui. Les exclus de la ligue pro américaine font encore la loi sur le vieux continent. Et David Stern, dans son for intérieur, car c'est un monsieur très poli, a dû bien rigoler.
Quand il a vu, par exemple, Bob McAdoo survoler la demi-finale Milan-Salonique. Mac, il connaît bien, vous pensez. Cet ancien des Lakers et des Celtics a quatorze saisons de NBA, un titre de MVP, et pas mal d'autres babioles à son palmarès. Et si McAdoo ne fait plus partie du circuit pro, c'est avant tout parce qu'à 37 ans il n'y serait plus un Superman.
Stern connaît aussi Kevin Magee, qui a plané tel un aigle sur le match Maccabi-Partizan. Les Phoenix Suns n’ont jamais fait dérouler le tapis rouge devant ce colosse, qui porte diamant à l'oreille, pour l'inciter à rester dans l'Arizona. Rickey Brown, probablement le meilleur pivot US d’Europe, Stern en a entendu également parler. Mais cela fait deux ans que Brown n'a plus eu de contrat en NBA. Quant à Ken Barlow, les Atlanta Hawks l'ont envoyé se faire les crocs en Europe. Il était jugé un peu tendre à la sortie de l'université.
Sûr, David Stern a dû être intrigué par un petit râblé aux poils et au regard sombres qui portait le numéro 6 de l’Aris Salonique, et par un Noir caoutchouteux du Maccabi Tel-Aviv. On l'a informé qu'il s'agissait de Nick Galis et de Willie Sims, et que ces deux là étaient aussi originaires des Etats-Unis. Qu'ils avaient été recalés chez les pros.
Cruel. Ces demi-finales de la plus prestigieuse des coupes européennes venaient d'être archi-dominées par des basketteurs en provenance des USA. L'Europe n'avait rien démontré. Sinon par l'intermédiaire de Panayotis Yannakis, toujours aussi pressant en défense. Sinon, et surtout, grâce aux Yougoslaves. Et là, et seulement là, David Stern a probablement fait une moue admirative. Car les nouvelles stars slaves sont toujours des produits en cours de fabrication. À 20 ans à peine, ils sont encore très perfectibles.

Où le Partizan Belgrade nous a offert le plus beau spectacle
Les Yougos sont dans le collimateur des publics européens. Les provocations de Drazen Petrovic et quelques autres irritent les épidermes. Alors, décernons d'emblée un certificat de bonne conduite à ces partisans, qui ont eu les deux jours un comportement irréprochable. On savait qu'ils avaient un talent gros comme ça, qu'ils étaient l'illustration même d'une nouvelle génération yougoslave digne des Dragan Kicanovic et Cie. Ils l'ont confirmé. Pourtant, ils ont fini par lâcher prise face au Maccabi. Avant tout faute d'expérience, de sérénité. Faute de savoir se surpasser dans les moments décisifs, en défense surtout.
Mais quel potentiel pour l'avenir ! À commencer, bien sûr, par Vlade Divac, un pivot de 2,12 m et de 20 ans, que le Partizan avait enrôlé avec Zarko Paspalj et Ivo Nakic, en ne lésinant pas sur la dépense. Divac est d'origine tzigane et possède des qualités physiques exceptionnelles. Ce qu'il vaut d'être considéré comme un « Black » en Yougoslavie. On dit là-bas que les Boston Celtics ont pour lui les yeux de Chimène, et qu'il lui aurait même proposé un contrat de 800 000$. Divac devra patienter pour obtenir le feu vert de sa fédération. Mais il a tout ce qu'il faut pour devenir un très bon power forward en NBA.
Pour tout vous dire, Vlade Divac nous a rappelé Arvidas Sabonis. Il n'a ni la taille ni la puissance du Balte, mais le même toucher de balle, la même facilité de gestes, mais lui sans tomber justement dans la facilité. Divac, bouche grande ouverte, adore jouer le un-contre-un dos au panier, comme il l'a prouvé face à Ken Barlow. Il a aussi un bon shoot extérieur, une excellente prise de balle au rebond, et un sens aigu de l'interception. Et quand il a piqué la balle à son vis-à-vis, il s'est ensuite la remonter, en dribbles, d'un bout à l'autre du terrain, sans que ses 212 cm ne soient à aucun moment un fardeau. Ses stats des deux matchs valent tous les dessins : 21 points (8/11), 11 rebonds, 4 passes contre Tel-Aviv ; 31 points (11/21 et 1/1 à trois-points), 14 rebonds, 5 passes et 6 interceptions face à Salonique. Sa sortie pour 5 fautes à 4 minutes de la fin du match contre le Maccabi a sonné le glas des espoirs de Belgrade.
Vlade Divac, mais aussi Zarko Paspalj, 2,07 m, un gaucher hyper mobile qui sait pénétrer et tirer à trois-points. Miroslav Pecarski, un deuxième intérieur de 2,11 m, un peu raide, mais très physique, qui dunka une demi-douzaine de fois face à Salonique. Aleksandar Djordjevic, un meneur souple et rapide ; et encore Goran Grbovic, l'ancien du groupe avec ses 28 ans, dont la puissance de bras en fait un fameux shooteur à distance en suspension.
Le Partizan s’est fait éjecter par le Maccabi parce que ces jeunôts-là (sauf Divac) n'ont pas encore dans la tête la même robustesse que dans les jambes. Djordjevic paniqua devant ses responsabilités, et n'eut pas son emprise coutumière sur le jeu. Paspalj hésita à shooter de loin, et ne porta pas suffisamment secours en deuxième mi-temps à Grbovic, lequel vacilla sous la pression défensive israélienne (6 tirs à trois-points de suite à côté de la plaque).
Les partisans de Belgrade n'ont pas d'Américains, ce sont des smicards avec, en moyenne, un salaire de 500$ par mois (plus le logement et la voiture, quand même), mais même s'ils ne sont pas devenus champions d'Europe, ce sont eux qui nous ont offert le plus beau spectacle.
Où nous voyons Nick Galis glisser sur les peaux de bananes
« Sur le plan de la sécurité, nous avons fait le maximum, » avait assuré Léon Wandel, organisateur en chef de ce Final Four. « Les billets ont été vendus par lot de dix, et sur présentation de la carte d'identité de l'acheteur. » Wandel avait demandé le concours d'un contingent imposant de flics, qui ont ceinturé le terrain à la fin de chaque match, et qui ont quadrillé les kops grecs et italiens. Pas question d'un nouveau Heysel.
Ce sont les Grecs, en noir et jaune, qui avaient déferlé en plus grand nombre sur Gand. Environ quatre milliers. Les mêmes qu’à Athènes à l'Eurobasket 87. Ils n'ont pas cessé de chanter, de brailler, de gesticuler, d'insulter aussi du geste et de la voix leurs rivaux italiens. À distance. Le seul excès véritable ce fut ce jet de pièces de monnaie sur les joueurs du Tracer lorsque ceux-ci pénétrèrent sur le terrain… pour la finale contre Tel-Aviv. Ces Grecs feront dire à Bryan McIntyre, responsable des médias à la NBA : « Ils sont phénoménaux ! Mais différents de nos fans. Plus indisciplinés. Et c'est la fibre nationaliste qui les motive. »
Ces supporters grecs voulaient peser sur les matchs. Ils l'ont fait. Ce ne fut pas suffisant. Le Tracer a fait mettre à nu chez l’Aris Salonique quelques lacunes qui l'ont empêché d'aller plus loin.
Depuis cinq ans, l’Aris est entre les mains d’un jeune et dynamique milliardaire, Christos Michailidis. Après Nick Galis, celui-ci a fait venir à l’Aris un professeur d'éducation physique d’1,92 m et 92 kilos, au souffle et au cœur inépuisables, Panayotis Yannakis. Michailidis se souvenait que Yannakis, un soir de 1981, avait inscrit 72 points contre l'Aris alors qu'il jouait à Ionikos. Ce tandem de guards, sans doute le meilleur d'Europe, a fait de la Grèce la reine du continent, et est à la base de la réussite de Salonique dans le championnat grec où l’Aris est invaincue depuis le 3 mars 1985 exactement.
Mais on ne remporte pas la Coupe des champions avec deux joueurs. Or, les équipiers de Galis et Yannakis ne sont pas des foudres de guerre. Pour bien les connaître, on attendait pas des merveilles de Nikos Filippou, Mihalis Romanidis ou Vasilis Lipiridis. Seulement, ce qui pourrait apporter à l’Aris un bonus appréciable, ce sont deux étrangers plus consistants que ceux que l'on a vu à l'œuvre. Lefteris Subotic, formé à Ljubljana, 32 fois sélectionné en équipe yougoslave, est un excellent shooteur à plus de 6 mètres comme la Yougoslavie sait en façonner. Mais, s'il peut jouer comme grec dans le championnat hellène grâce aux origines de sa mère, il n'est pas encore arrivé au terme des « trois ans FIBA » réglementaires et, comme étranger, il n'a pas le rendement d'un Américain de premier choix. Le Canadien Greg Wiltjer non plus. Wiltjer est un joueur surcôté, overrated, comme disent les Américains. Très bon rebondeur, il est par contre inopérant en attaque. Trop lent. Et ce manque de vivacité lui a interdit aussi de « contrôler » Rickey Brown et Vlade Divac. Wiltjer souffre aussi d'être interdit de championnat grec. Ça va changer. Un étranger sera autorisé dans la compétition nationale hellène la saison prochaine. Et un club comme l’Aris est paré pour débourser des centaines de milliers de dollars.
Pourtant et, très paradoxalement, c’est Nick Galis qui a été le plus décevant. On est, il est vrai, extrêmement exigeant avec l'actuel as des as européen, qui a tout de même totalisé 67 points en 80 minutes. Mais en gâchant beaucoup plus de munitions que d'ordinaire. Surtout dans les moments décisifs (4/11 en 2e mi-temps face au Tracer). Le Dieu Nikos a fait comme d'habitude. Il a pénétré dans la défense épaisse de Milan, en se contorsionnant, puis jeté la balle du bout des doigts. Mais voir celle-ci rouler sur le cercle, et retomber entre les mains des rebondeurs, ça nous a fait tout drôle. La divinité grecque était redevenue un simple mortel.

Où le Maccabi possède toujours une foi extraordinaire en lui
Miroslav Pecarski et Milenko Savovic se sont relayés pour le faire plier. Sans réussir à l'égratigner. Kevin Magee est un roc. Avec des épaules, un torse, des bras et des cuisses hyper musclés, Magee joue avec son style, fait de puissance. Il y ajoute le flair. L'Américain sent les bons coups dans son périmètre de prédilection, la raquette. Kevin Magee (34 points, 12/23, 13 rebonds) a porté à bout de bras le Maccabi Tel-Aviv vers la finale de la Coupe des Champions.
Le Maccabi s'est toujours décarcassé pour s'attacher les services de super joueurs US. Magee est venu de Saragosse. Et la saison dernière, sachant qu'ils avaient entre les mains ce que l'on appelle, en employant un poncif, une « perle rare », les dirigeants du Maccabi on fait signer un contrat de quatre ans à ce Noir sculptural. Un très bon contrat (200 000$ cette saison, 260 000$ en 90-91). Trop bon, peut-être. Magee s’est laissé un peu aller en début de saison. L'une des explications aux 4 défaites du Maccabi en championnat. Des bavures tout à fait exceptionnelles. Et de là à penser que l’Hapoël Tel-Aviv pourrait mettre fin à la série de 18 titres nationaux consécutifs du Maccabi, il n'y a qu'un dribble… Déjà le Maccabi a eu toutes les peines du monde pour se qualifier pour Gand.
Si Barcelone n'avait pas chuté à Den Bosch… Si, aussi, ces gens-là ne possédaient pas une foi en eux inébranlable. Des ressources insoupçonnées. Constatez. Lors de la finale, Magee alla rejoindre le banc à la 34e minute avec 5 fautes accrochées à son maillot. Le Maccabi avait une demi-douzaine de points de retard. Que pensez-vous qu'il arriva ? Tel-Aviv s'écroula ? Pas du tout. Isaac Cohen s'en alla prendre la place de Magee, aligna trois paniers, et le Maccabi égalisa.
La participation du Maccabi à la finale avait tenu à la phénoménale prestation de Kevin Magee, et au coup de boutoir du meneur américain naturalisé Willie Sims. Les autres avaient été discrets. À commencer par Doron Jamchi. Mais les Israéliens ont de l'orgueil, de la niaque, on vous l'a dit. Jamchi a voulu se racheter. Et ce fils d’émigrés irakiens a fait une première mi-temps en finale tout à fait remarquable. Et cette faculté à se défoncer dans les matchs importants rejaillit sur les Américains de l'équipe. Ainsi Ken Barlow, bouffé par Divac en demi-finale, a craché le feu face à Milan.
Les 5 fautes de Kevin Magee. C'est un argument pour expliquer l’échec final du Maccabi. Il y en a un autre. Les bons joueurs israéliens sont rares. Comme les Grecs. Même si Jamchi est un bomber de première valeur. Même si Cohen, donc, n’a pas eu froid aux yeux (il a paraît-il fait le match de sa vie). Car Motti Daniel, Motti Aerosti, Chen Lipin, Micky Berkowitz n'ont pas été d'un grand secours pour leurs équipiers. De plus le départ de Alan Lassoff a laissé un vide sous les panneaux. Qu’à cela ne tienne. Le Maccabi est en pourparlers avec LaVon Mercer, en fin de contrat avec l’Hapoël Tel-Aviv. Et si le Maccabi est de nouveau champion d'Israël, on entendra encore parler de lui en Europe la saison prochaine.

Où ce sont les vieux qui sont toujours obligés d’aller au combat
Deux Coupes des champions, plus de 200 matchs dans l'épreuve, vice-champion d'Europe avec l'équipe nationale, Micky Berkowitz est à Israël ce que Galis est à la Grèce, un monument national. Berkowitz se fait encore ses 100 000$ annuels de salaire avec le Maccabi. Mais, il est déjà en préretraite. S'occupant par ailleurs de sa nouvelle société d'articles de sport, Point 9. Sur le terrain, Micky n'a plus son dynamisme d'antan. Il n'entre plus en jeu que quelques minutes pour apporter, en principe, son énorme vécu. Sans beaucoup de succès à Gand.
Et pourtant ce Final Four fut marqué par le sceau des anciens. Par ceux de Mike D’Antoni, Dino Meneghin et Bob McAdoo.
D’Antoni, 37 ans, ne sait plus jaillir comme avant. Sa science du basket lui a toutefois permis de guider le jeu comme il le fallait, de servir ses ex-compatriotes au poil près, et de décrocher quelques flèches à trois-points judicieuses.
Meneghin avait eu un comportement déplorable à Lausanne en 87. Zéro en attaque. Et en défense, il lui avait fallu recourir au judo et au full-contact pour venir à bout de Kevin Magee. « Menego » a joué beaucoup plus propre à Gand, et son influence sur son équipe a été plus forte que jamais.
La vie de basketteur de Dino Meneghin est un long fleuve tranquille peuplé de décorations dignes d'un chef d'Etat africain. Rien qu'en Coupe des champions, Super Dino totalise aujourd'hui 13 finales et 7 victoires. Quand Meneghin a quitté Varèse, Milan est remonté au firmament. Il y a bien sûr son gabarit inégalé, les ficelles du métier, il y a surtout son charisme, son rayonnement spirituel sur ses équipiers, sur tout le club. Meneghin, 38 ans, le Jabbar du Tracer. « Si je vais continuer encore ? Je verrai à la fin du championnat. Si je suis toujours en forme, si je peux apporter quelque chose, je remettrai ça. Mais pas question d'être 6e ou 7e homme. » Le secret de sa longévité ? « Jabbar l’a dit parfaitement. Nous les vieux, nous sommes obligés de travailler davantage que les jeunes. Je m'entraîne plus qu'à 20 ans. »
Quand on lui parla des fiascos étonnants à Barcelone ou à Salonique, Meneghin expliqua que Tracer Milan est une équipe qui, vu l'âge des artères de certains de ses joueurs, « a besoin de se retrouver au pied du mur pour donner le maximum. Et, en finale, le plus important, c'est le cœur. Nous gagnons parce que nous le voulons vraiment. »
Quand le match fut fini, Meneghin emmena ses équipiers remercier les tifosi parqués dans la tribune derrière le panneau. Ils étaient tous heureux, les Milanais. Mais Meneghin et McAdoo dégageaient un enthousiasme particulièrement poignant. Eux qui approchent de la quarantaine, qui ont gagné tant et plus, baignaient dans le bonheur tels des benjamins champions de leur département.
Le risque avec un ex-pro repu de titres, c'est qu'il vienne en Europe pour passer du bon temps en gagnant quelques dollars supplémentaires. Ce n'est pas du tout le cas de Bob McAdoo. Celui-là a quitté la NBA parce que, dit-il, il en avait marre de jouer sa peau chaque soir. On veut bien le croire. Même à 37 ans, il pourrait encore y rendre des services comme joueur d'appoint, à défaut de pouvoir continuer à y tenir le rôle qui fut le sien pendant plus d'une décade durant. Mais c'est en découvrant de nouveaux horizons qu'il a conservé intacte sa motivation. McAdoo a davantage que de beaux restes. Quand l'événement en vaut la chandelle, il sort encore le grand jeu. Il l'avait démontré à Milwaukee. Il a renouvelé le show à Gand.
« Je shoote quand je suis libre, et j'ai toujours eu la réputation de me libérer assez facilement », dit-il. Exact. Quand McAdoo se sent bien, pas une défense européenne ne saurait lui résister. Lorsqu'il tire, à 4 mètres, la balle placée à bout de bras, c'est imparable. Salonique a volé en éclats. 39 points. Tel Aviv a souffert mille maux. 25 points. Et ce n'est pas tout. McAdoo n’a pas un gramme de mauvaise graisse, il possède encore une détente de jeune homme, et une science du placement consommée. Alors, il a offert au Tracer 14 rebonds contre Salonique et 12 contre Tel-Aviv. Plus 3 interceptions en finale. Et c'est comme pour Meneghin, ce qui n'est pas chiffrable, c'est la dose de confiance qu'il apporte à chaque match à chacun de ses équipiers.

Où la NBA sert de référence à la FIBA et au Tracer Milan
À la sortie de ce Final Four, on a l'impression que le Tracer avait un peu changé son style. Costaud en défense, mais un peu moins vivace, à cause des vieilles jambes qu'il faut quand même ménager. Et, par contre, moins de systèmes stéréotypés en attaque. Du temps de Dan Peterson, le Tracer attendait souvent la 25 ou 27e seconde avant de faire feu. Il lui a fallu beaucoup moins de temps de préparation pour canarder le panier grec. Il est vrai que Bob McAdoo, en demi-finale, accéléra le mouvement en appuyant sur la gâchette, 2 fois sur 3, dès qu'il avait la balle.
Rickey Brown est le parfait complément de McAdoo. Dans un rôle un tantinet plus obscur. Brown est un pivot plutôt sobre, qui se concentre sur les rebonds (20 en 2 matchs), sur la défense, et qui shoote à coup sûr. Il suffit pour cela de savoir qui l'a tourné à 62% de réussite ces deux jours. McAdoo et Brown, la lame à double tranchant du Tracer Philips.
Et les Italiens autres que Meneghin ? Plutôt discrets face aux Grecs, ils ont été plus convaincants en finale. Massimiliano Aldi et Ricardo Pittis n’ont pas manqué de culot. Piero Montecchi et Roberto Premier ont fait leur boulot. Sans plus, toutefois. Inquiétant, évidemment, quand on sait que D’Antoni et Meneghin sont prêts de la porte de sortie. On faisait la même remarque après le triomphe de Lausanne. Et pourtant le Tracer a réussi le doublé. Soyons donc prudents. D'ici à ce que Meneghin, D’Antoni et McAdoo nous fassent la passe de trois en 89…
L'assurance tous risques du Tracer Milan, c'est en fait la solidité de ses fondations. Voilà un club qui a un budget de près de 3 milliards de centimes, qui a le soutien de Gabetti, un puissant groupe immobilier, et qui tourne depuis 5 saisons à plus de 5 000 spectateurs en moyenne dans le championnat d'Italie. Le fastueux buffet qui fut organisé pour fêter le titre est un élément de preuve supplémentaire pour démontrer que ce club est un tout-puissant d'Europe, auquel seul le Real Madrid et le FC Barcelone peuvent être comparés. Les grands clubs ne meurent jamais, n'est-ce-pas ? Ils ont toujours de l'argent en réserve, et des hommes à leur tête qui savent faire prendre à leur équipe les virages nécessaires.
Le Tracer Milan a offert aux journalistes présents à Gand un luxe ouvrage relatant les 50 années du club, et un dossier de presse complet. La NBA a fait de même pour annoncer le prochain Tournoi Open. Les Italiens, on vous l'a dit, répété, se sont depuis longtemps inspirés de ce modèle idéal. On a eu l'impression à Gand que la FIBA avait à son tour saisi tout l'intérêt qu’elle pouvait retirer en multipliant les contacts avec un tel associé. Dans le domaine du marketing, de la promotion, la National Basketball Association n'a pas beaucoup d'équivalents dans le monde, tous sports confondus. Stern, McIntyre, Et les autres représentants de la NBA à Gand, ont prouvé qu'ils étaient des gens compétents, pragmatiques, des visionnaires qui évaluent parfaitement les perspectives fructueuses d'un développement mondial. Ce sont aussi des gens réellement passionnés de basket-ball. La NBA peut maintenant servir de formidable locomotive à toute l'Europe.
L'Elan Béarnais Orthez, meurtri dans sa chair, avait été écarté du Final Four. Même dans les coulisses, le basket français, déjà absent à Milwaukee, n'avait qu'une présence minimale à Gand. Saura-t-il tout de même recevoir le message par correspondance ?
Les résultats :
Demi-finales :
Tracer Milan b. Aris Salonique : 87-82
Maccabi Tel-Aviv b. Partizan Belgrade : 87-82
Finale 3e place :
Partizan Belgrade b. Aris Salonique : 105-93
Finale :
Tracer Milan b. Maccabi Tel-Aviv : 90-84
Article paru dans Maxi-Basket en mai 1988.