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Philippe Legname (DG de Hyères-Toulon): « C’est la première fois que je vais souhaiter que mon fils perde »

legnamePhilippe Legname a plusieurs facettes. C’est le Directeur Général du Hyères-Toulon Basket, un club de Pro A, et aussi le président de la Ligue Féminine (LFB), tout en étant le père de Laurent, le coach de la JDA Dijon. Sachez aussi qu’il est membre du Comité Directeur de la FFBB et de la LNB. De multiples raisons pour que Basket Europe l’interroge. Une interview en deux parties.

Vous avez été réélu ce week-end au Comité Directeur de la FFBB. C’est votre combientième mandat ?

J’ai été élu la première fois en 1998 au cours d’une élection partielle, puis tous les quatre ans depuis 2000. C’est donc mon sixième mandat. La plus ancienne au Comité Directeur c’est Françoise Amiaud, qui a été élue en 1992, et puis le président Jean-Pierre Siutat qui a été élu en 1996 et ensuite c’est moi. Je suis sur le podium (sourire).

Vous faites également partie du Comité Directeur de la Ligue Nationale de Basket ?

A la LNB il y a le Bureau qui est composé de 6-7 personnes et le Comité Directeur. Le président de la fédération désigne trois membres du Comité Directeur pour faire partie du Comité Directeur de la LNB. Avant les élections, il s’agissait de Jean-Marc Jehanno, qui est aussi au Bureau, de Paul Merliot et de moi-même. Je n’y suis donc pas au titre du HTV mais de la FFBB.

 

« Vendredi matin, je pars avec le HTV au Portel, on joue le soir. Je rentre samedi matin, je prends la voiture et je vais voir Montpellier-Bourges »

 

Des journées chargées

Au niveau du calendrier, comment faire cohabiter votre fonction de Directeur Général du HTV avec celle de président de la LFB ?

Au HTV, je suis salarié, je dois faire fonctionner le club mais je n’ai pas d’horaires fixes. Ça me permet de gérer mon emploi du temps à la fois à la ligue féminine, au Bureau Fédéral et au Comité Directeur de la LNB. Ça fait des journées chargées.

Vous suivez systématiquement le HTV en déplacement ?

J’étais à Monaco la semaine dernière, je vais au Portel ce week-end, à Orléans pour le déplacement suivant. En gros, sur les 34 du club j’assiste à une vingtaine de matches.

Et pour la Ligue Féminine, vous allez voir des matches à Nice et Montpellier ou partout en France ?

Partout. L’année dernière, il n’y a que Mondeville, Saint-Amand-les-Eaux et Charleville où je ne suis pas allé mais j’avais fait ces déplacements il y a deux ans. Ce n’est pas tout. Je suis au haut niveau si bien que je vais aussi voir la NM1 et la Ligue Féminine 2. L’année dernière, j’ai fait quatre clubs de NM1 et six clubs de LF2. J’essaye parfois de coupler les déplacements. Ainsi j’ai vu Arras le samedi soir et Calais le dimanche après-midi. Evidemment je me déplace aussi pour les matches de Coupe d’Europe des équipes de Ligue Féminine. Je vous cite un exemple : vendredi matin, je pars avec le HTV au Portel, on joue le soir. Je rentre samedi matin, je prends la voiture et je vais voir Montpellier-Bourges.

D’autres personnes dans le basket ont elles comme vous plusieurs fonctions si différentes ?

Il y a le président Jean-Pierre Siutat qui est à la fois à la FFBB, à la LNB, au Comité Olympique, à la FIBA et à la FIBA Europe. Ça lui fait un emploi du temps très chargé. Je pense qu’on est les deux personnes qui voyageons le plus. J’estime qu’en tant que président de la Ligue Féminine et responsable du haut niveau je me dois d’aller voir les clubs, pas seulement les matches mais d’être à leur écoute, de savoir quelles sont leurs aspirations, leurs critiques. C’est toujours bon de les entendre, ça permet d’évoluer.

 

« On a une masse salariale de 700 000 euros brut, entraîneurs compris, aussi on ne peut pas faire de miracles »

 

HTV, une pépinière de coaches

Faisons un rappel : vous êtes une figure historique du HTV. Vous avez été coach de Hyères pendant 20 ans ?

En tant que basketteur j’ai été formé à Toulouse et je suis arrivé à Hyères à l’âge de dix-neuf ans. Pendant un an, je me suis ennuyé car il n’y avait pas de club de basket. En 1970, j’ai créé l’Omni Sport Hyérois et on est parti en Honneur départemental, on est monté comme ça jusqu’en Nationale 2 et j’ai entraîné jusqu’en 1990. On est passé de zéro à une pointe de 550 licenciés. En 1990, j’ai fait la fusion avec Toulon pour faire le club de Hyères Toulon Var. C’est Jacky Renaud qui a pris l’entraînement et je suis passé Directeur Général du club. Dès la fin de la première année on est monté en Pro B et ensuite en 2001 en Pro A. En 2011 on est redescendu en Pro B et on est remonté cette année.

Remonter aussi vite en Pro A était-il dans les plans ?

Pas du tout. On avait fait l’année dernière une équipe pour se maintenir et il se trouve que l’on est tombé sur de très bons joueurs américains et nos français ont progressé d’une manière extraordinaire. Pour sa première année notre coach a fait un excellent travail, il a été élu Meilleur Entraîneur de Pro B. On n’a pas eu de blessés et c’est important d’avoir un peu de chance dans une saison. Et on s’est retrouvé à dominer le championnat puisqu’on avait cinq victoires d’avance à la fin. Ça a été vraiment une surprise pour nous.

Vous avez la plus petite masse salariale de Pro A. Comment recruter ? En prenant des paris sur les Américains, en confiant la mène à David Michineau ?

Evidemment ce sont des paris. David Michineau, qui a un potentiel énorme, n’est pas encore un meneur de jeu de métier. On a misé sur le potentiel et sur l’envie qu’il avait d’avoir un temps de jeu conséquent. Il est évident que financièrement on ne pouvait pas avoir un meneur de jeu français chevronné. On a pris des Américains pas très chers en essayant de connaître leur parcours en Europe et des Français avides de jouer en Pro A. On a une masse salariale de 700 000€ brut, entraîneurs compris, aussi on ne peut pas faire de miracles. C’est vrai que ce n’est pas facile mais on s’appuie sur un collectif important.

Jouer en Pro A, est-ce bénéfique sur le plan populaire, médiatique, des sponsors ?

Bien sûr, on le remarque au niveau de nos recettes partenaires mais le problème que l’on a dans notre aire, c’est le Rugby Club Toulonnais qui cannibalise un peu tous les partenaires. Toulon a une forte histoire rugby. Mais on arrive à faire notre place.

Il y a quelque temps, il n’y avait plus d’équipes du Sud Est en Pro A alors qu’il y en a trois aujourd’hui avec Antibes, Monaco et vous. Ce sont des derbys ? Ça créé une émulation ?

Le record, c’est lorsqu’il y avait le Nice BC et l’ASPTT Nice, Antibes et Monaco (Ndlr : au début des années 70). Ensuite il y a eu en 2001 Antibes, Montpellier et nous avant que Antibes et Montpellier redescendent l’année suivante. C’est vrai qu’il y a eu une période sans personne avant qu’Antibes, puis Monaco et nous ont reviennent. On remplit davantage notre salle quand ce sont Antibes et Monaco. On sent la notion de derbys mais il y a une très bonne entente entre les clubs.

Ça vous permet aussi de faire des déplacements moins longs alors que Toulon est assez excentré ?

Bien sûr financièrement, c’est beaucoup mieux. Sur le prévisionnel de la Pro A on a moins de frais qu’en Pro B.

Jean-Louis Borg, votre fils Laurent et maintenant Kyle Milling : le HTV est une pépinière à coach de Pro A ?

Je crois et j’en ai encore derrière qui ne sont pas mal. J’en suis un ancien et je fais très attention à la formation des coaches dans la section amateur. Je les suis, je les conseille, j’essaie de les amener au haut niveau. Ce qui les caractérise, c’est le côté battant et le côté collectif du basket. Ce sont trois coaches qui ne sont pas adeptes de la politique de stars, même si de temps en temps quand on a une très bonne équipe, c’est bien d’en avoir.

Le 3 décembre, le HTV va recevoir Dijon. Votre fils sera le coach d’en face. Comment allez-vous vivre ce match ?

C’est la première fois que je vais être opposé à mon fils et c’est vrai que ça va faire drôle. Et c’est la première fois que je vais souhaiter qu’il perde alors que bien sûr je suis son supporter numéro un ! C’est mon club que je privilégie. Bien sûr, si on perd je serai heureux pour lui. Mais mon choix est fait, je préfère une victoire de Hyères-Toulon. Il y a toute une histoire autour de ce match puisqu’à Dijon il y a donc Jean-Louis Borg qui est Directeur Général de la JDA et qui  a été formé à Hyères, Frédéric Wiscard-Goetz qui a été joueur puis entraîneur chez les jeunes à Hyères-Toulon et qui a fait un intérim en équipe première quand Francis Charneux avait été écarté, et qui avait réussi à les maintenir en Pro A, et il y a Axel Jullien qui a été formé chez nous. Avec mon fils qui a été ici coach de Pro B il y a deux ans, cela fait quatre anciens membres de Hyères-Toulon à Dijon. Il faut savoir aussi que Laurent et Kyle Milling sont vraiment des amis proches.

Des membres des Los Angeles Clippers suivent David Michineau. Comment sont vos rapports avec eux ?

Un préparateur physique et un assistant entraîneur sont là de temps en temps. Le préparateur vient tous les mois passer quatre, cinq jours et il est hébergé par le club. Il y a aussi des observateurs d’autres franchises qui viennent le voir. Ils nous avertissent de leur venue. On avait déjà connu ça avec Alexis Ajinça, Louis Labeyrie et puis Vincent Poirier quand ils jouaient chez nous.

Le championnat de Pro A s’annonce une fois de plus serré. Quelles sont les deux équipes que vous voyez finir derrière vous ?

Je n’en vois pas deux, j’essaye de faire un championnat à deux vitesses. Dans notre groupe, je considère qu’il y a Nancy, Orléans, Châlons-Reims, Dijon, Cholet, Le Portel, Limoges, pas Paris-Levallois que j’ai vu plusieurs fois et qui va terminer plus haut. Il faut que parmi ces équipes on en laisse deux derrière.

 

« Si on n’arrive pas à un accord l’année prochaine, à mon avis des clubs français iront en Euroleague, on ne pourra pas les empêcher »

 

L’Euroleague, la France et ses coaches

Il n’y a plus d’équipes françaises en Euroleague; Quel est votre point de vue sur la question ?

Je partage la position prise au niveau de la fédération qui est que l’on est contre le fait d’avoir une ligue fermée, qui empêche les champions d’aller en Euroleague. L’Euroleague, on ne la discute pas, qu’il y est 16, 18, 20 clubs, à la condition qu’il y ait les champions nationaux qui puissent chaque année les intégrer. Par contre, on condamne l’Eurocup qui veut être à terme une deuxième ligue fermée, on est contre cette privatisation du basket, et on souhaite qu’il y ait à côté de l’Euroleague la Basketball Champions League. Ça permettrait au champion de France d’aller en Euroleague et les autres en BCL.

Avez-vous un pronostic sur l’évolution de ce dossier ?

Difficile. La Cour Européenne n’a pas encore tranché. Là on a demandé aux clubs français d’être solidaires avec d’autres fédérations européennes mais si on n’arrive pas à un accord l’année prochaine, à mon avis des clubs français iront en Euroleague, on ne pourra pas les empêcher.

Sinon le fossé va se creuser davantage au niveau des joueurs et aussi des coaches ?

Je mène une bataille pour la reconnaissance des coaches français et je ne dis pas ça parce que mon fils en est un.  Les présidents de club ont tendance à prendre de plus en plus des coaches étrangers en disant qu’ils sont meilleurs. Je pose une question simple : les présidents donnent-ils aux coaches français le même type d’équipe existant au Real Madrid, à Barcelone, Fenerbahçe ou au CSKA Moscou ? Quels sont les budgets des clubs français vis à vis de ceux-ci ? N’est-ce pas là le problème ? Je suis certain que si un entraîneur français coachait le CSKA Moscou ou le Real Madrid, il aurait de très bons résultats puisqu’il aurait de très bons joueurs. Avec les moyens qu’ont les coaches français au niveau européen, ils ne peuvent pas gagner. Loin de moi de critiquer les dirigeants français, je connais les difficultés pour monter un budget en France avec les charges sociales qui ne sont pas les mêmes, etc. Développons le basket français grâce au collectif, à une formation importante pour essayer de gommer l’écart existant avec les clubs d’Euroleague.

Vous le soulignez : il y a de plus en plus de coaches étrangers en Pro A.

Je suis désolé de le dire mais il y a des présidents ne connaissent pas le basket –il y en a qui le connaisse comme Dominique Juillot à Chalon-, même s’ils ont d’autres qualités, de gestionnaire, de meneur d’hommes. Et dans certains clubs, il n’y pas les personnes pour les conseiller au niveau du basket. Regardez en NBA, vous avez les propriétaires qui sont les présidents et avec eux des managers généraux qui sont chargés de s’occuper du fonctionnement du club. En France, je crois que ce lien n’existe pas encore. Le président fait un peu tout et je pense que c’est une erreur. On ne s’improvise pas recruteur dans le basket, c’est un métier. Un président doit donner les ressources nécessaires au développement de son club pour qu’à côté on puisse bâtir une bonne équipe. C’est ça son rôle.

Justement, quel est votre rôle, votre pouvoir au sein du HTV ?

Je suis le conseiller du président au niveau structures, développement du club. Je suis chargé en exclusivité du recrutement et de l’équipe première. Le président m’assiste mais me laisse libre du choix du coach, des joueurs, de la façon de gérer l’équipe.

C’est un peu à l’exemple de Didier Gadou à Pau ?

Il a été joueur de très haut niveau, entraîneur, il connaît le basket, il peut gérer à la fois le côté technique et le côté administratif. Thierry Chevrier à Cholet a également cette capacité là. Après je ne veux pas non plus condamner les directeurs généraux qui ne sont pas des ex-entraîneurs, il peut y en avoir de très bons.

A ce sujet, très clairement les anciens joueurs de haut niveau ne sont pas très présents dans la ligue professionnelle et aucun ne figure dans la liste des 35 membres du nouveau Comité Directeur de la FFBB où ont été élues tout de même quatre anciennes internationales, Françoise Amiaud, Carole Force, Nathalie Lesdema et Yannick Souvré ?

C’est vrai, il n’y en a pas beaucoup. La porte n’est pas fermée mais ils ne sont pas non plus très demandeurs. Les anciennes joueuses qui se sont présentées ont été élues sans problème.

 

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