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Dossier: les joueurs de Pro A ont-ils la bougeotte ?

 

 

Textes et infographies: Laurent RULLIER

 

Le jeu des chaises musicales est officiellement clos depuis le 30 mars. Enfin presque, passé cette date, un club peut toujours faire appel à un joueur supplémentaire si le besoin s’en fait sentir pour pallier une blessure, mais attention, un seul seulement, pas plus. Et dans la limite du quota des 16 contrats pro pour une saison autorisés*. Mais bon… On peut considérer que les effectifs de pro A ne bougeront plus… Ou presque. Nous pouvons donc faire un petit bilan de ce fameux « turnover » perpétuel de notre championnat national de basket. Est-ce que cela tourne tant que ça ? Il faut bien avouer que oui.

Les chiffres présentés dans les infographies sont ceux de la saison 2016-2017. Ils ne prennent en compte que les joueurs ayant foulé le parquet, même une petite minute durant un seul match. Ils sont 275 dans ce cas. La différence avec le chiffre cité dans un article précédent sur les temps de jeu des jeunes, 201, vient du fait que celui-ci ne comptabilisait que les joueurs actifs à un moment donné du championnat. Les 275 comprennent tous ceux qui n’ont pas été conservés et les nouveaux arrivants, y compris les jeunes des centres de formation qui ont grappillé des secondes depuis.

*Ne sont pas tenus en compte les contrats de 30 jours, (ex-contrats médicaux).

Les Français ont-ils la bougeotte ?

A l’ouverture du championnat, 60 % sont restés dans leur club. Parmi ces 69 joueurs, 19 sont issus du centre de formation. Trois seulement ont quitté la Pro A à l’intersaison pour un autre championnat européen. Le problème est que ce sont trois internationaux : Rodrigue Beaubois (Vitoria), Nobel Boungou-Colo (Khimki Moscou) et Andrew Albicy (Andorre). 60 %, est-ce peu ou beaucoup ? Difficile à dire, à juger. Peu sans doute si on considère que parmi ces fidèles, un tiers viennent directement du centre de formation et ne sont là que pour faire le nombre sur la feuille de match.

 

 

Les Américains dans la lessiveuse

On ne s’étonnera pas de constater que ce sont les joueurs américains qui sont avant tout les victimes consentantes du turnover caractéristique de la Pro A. Sur les 96 entrés en jeu durant la saison, 30 seulement étaient présents sur notre territoire en 2015-2016, dont 13 dans le même club. On peut déplorer ce manque de stabilité, mais ne nous leurrons pas. Tout le monde y trouve son compte. Le club qui minimise le risque de miser sur un mauvais cheval en signant des contrats courts. Le joueur qui espère toujours toucher plus ailleurs. Et bien sûr l’agent qui peut gratter un billet à chaque nouvelle signature. Le supporter est-il le dindon de la farce ? Oui et non. S’il est le premier à fustiger les mercenaires, il est également le premier à réclamer la tête de l’US qui ne répond pas aux attentes.

Dans l’infographie ci-dessous, sont considérés comme Américains les joueurs US disposant d’un autre passeport de « complaisance ».

 

 

Les autres nationalités… La culture américaine avant tout

La Pro A rechigne à accueillir des Européens. Ne pouvant financièrement rivaliser avec l’Espagne, la Turquie ou la Grèce, le championnat français ne peut piocher le premier chapeau Européen, il doit se contenter du second, voir du troisième. De plus les staffs mettent souvent en avant l’aspect athlétique de la Pro A pour faire la moue devant un Serbe ou Lituanien. Ils seraient inadaptés à notre climat et auraient du mal à s’y adapter. Force et de constater que les expériences passées ne leur donnent pas forcément tords. Pour un Serguei Gladyr, combien de Marko Simonovic, inodore incolore et coupé à Pau en 2015, flamboyant en Euroleague avec l’Etoile de Belgrade en 2017.  Les Européens ne sont que 24 en Pro A sur les 47 étrangers non états-uniens, mais 14 seulement ont été formé dans leur pays d’origine. Quand un club va chercher un Nigérian, un Dominicain ou un Finlandais qui est passé par les cases high school et NCAA aux USA, ne recrute-il de fait un « Américain » ?

 

 

Portes ouvertes durant la saison

Cela bouge donc beaucoup dans le basket français, et pas seulement durant l’été. Les portes restent ouvertes durant toute la saison. 27 joueurs ont quitté la Pro A, 51 y sont entrés et un seul, Jonathan Jeanne, est passé de la Pro A… à la Pro A (du Mans à Nancy). Un total de 79 mouvements qui n’ont concerné les Français que dans 14 cas. L’étranger, le pas de chez nous Etats-unien ou non, lui a intérêt à toujours avoir sa valise prête.

 

 

 

Le turnover, une plaie de la Pro A ?

Une plaie ? le terme est sans doute un peu fort mais ça n’aide sûrement pas à sa popularité et sa médiatisation. Les supporters et les médias ont besoin de figures emblématiques, de joueurs incarnant le club, l’équipe. Larry Bird c’était les Celtics, Kobe Bryant les Lakers, Tim Duncan les Spurs… Mais c’est la NBA et ses contrats longues durée, là où l’image et ses retombées marketing comptent pour de bon. Pourtant même là-bas des signes indiquent que la versatilité gagne du terrain, le Shaq, Lebron James, James Harden, Kevin Durant n’ont fait que peu de cas de la fidélité au maillot pour aller chercher le rêve d’un titre ou la réalité d’un plus gros contrat. En Europe, on peut louer la dévotion d’un Juanca Navarro au Barça, mais on peut nuancer en se disant qu’être installé sous un blason prestigieux aussi riche en trophées qu’en menues monnaies tempère les envies d’ailleurs. En France, on peut être nostalgique d’un Alain Gilles ignorant la proposition du Real en refusant de voir que la professionnalisation et l’ouverture des frontières ont changé la donne depuis.

Ce turnover est-il caractéristique du basket ? On ne peut comparer avec le football et ses mercatos synonymes d’indemnités de transferts parfois vertigineuses, ni avec le rugby et ses effectifs pléthoriques, (jusqu’à 45 ou 50 joueurs par équipes). Il faut s’en tenir aux sports « cousins », le handball et le volley.

Prenons au hasard trois clubs dans chaque ligue concernée. Cet été en Starligue de hand, Le PSG a conservé 10 de ses 17 joueurs de la saison précédente, Nîmes 11 sur 17 et Cesson-Rennes 9 sur 15. A la même période, en Ligue A de volley, Chaumont n’a gardé que 4 de ses 13 joueurs, Tours 5 sur 15 et Nantes-Rezé 3 sur 12. Au volley, comme au basket, les effectifs tournent. Ces deux ligues ont aussi comme points communs un vaste marché de joueurs étrangers de qualité et une faible compétitivité financières face aux meilleures ligues européennes. Il est tentant d’y voir là une explication.

 

Le modèle PL

On n’enrayera pas ce phénomène par des règlements pouvant être remis en cause par le moindre agent de joueur qui en appellera à la législation européenne sur le droit du travail et de la libre circulation des travailleurs. C’est juste une question de volonté des dirigeants d’assumer la responsabilité de conserver un socle de joueurs. Paris-Levallois l’a osé cette année. On n’y compte que trois Américains : un clutch player déjà présent la saison précédente, un vétéran revanchard connaissant parfaitement la Pro A et un jeune ayant tout à prouver. Un seul renfort national, Rémi Lesca, a été ajouté aux 9 Français restés au PL dont 6 ont été formés au club. Ajoutez à cela un « Sénégalais Levalloisien », Maleye Ndoye, depuis quatre ans, vieux sage respecté des jeunes pousses et vous avez une équipe à laquelle beaucoup prédisaient les tréfonds du classement et même la descente en Pro. En avril les Levalloisiens sont toujours en lice pour les playoffs en jouant un beau basket ou la solidarité n’est pas qu’un vain mot sorti d’un « dico des valeurs du sport » par le dir’com au salon VIP.

L’équipe du PL est un modèle vertueux. Mais résistera-t-elles aux vents de l’été ? Combien de ces « new cardiac kids » sont déjà dans les viseurs de clubs plus riches ? Que restera-t’il de cette belle équipe à l’automne prochain ?

Le jeu des chaises musicales n’est pas prêt d’être passé de mode.

 

Photo: Sek Henry (Gravelines), deux clubs de Pro A dans la même saison (Photo: FIBA Europe)

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