Conflit FIBA-Euroleague: Les ministres des sports européens unis en faveur des équipes nationales et dans la critique des ligues fermées

Sacha RUTARD
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Les ministres européens des sports réunis à Bruxelles mercredi 23 mai ont été clairs sur leur unité face à l’apparition des ligues fermées et dans la défense du modèle sportif européen. Ce dernier, une structure pyramidale qui intègre à la fois le sport amateur ouvert à tous ainsi que les clubs de haut niveau, confère une importance vitale aux équipes nationales et entend également protéger la compétitivité des ligues nationales contre les déséquilibres créés par l’accaparement des richesses au profit de quelques clubs les plus nantis.

Les 27 ministres présents ont pris la parole, ainsi que le président de l’UEFA Aleksandr Ceferin.

Selon eux, les problèmes soulevés sont particulièrement criants aujourd’hui en basket où l’Euroleague, une compétition pan-européenne, opère avec une majorité de clubs sous licence pour dix ans. Ces entités touchent des revenus générés par l’Euroleague sans avoir à se qualifier chaque année par leur résultat dans leurs championnats nationaux respectifs, ce qui créée des déséquilibres importants à de nombreux niveaux.

De plus ECA, l’entreprise privée qui gère l’Euroleague mais aussi l’Eurocup, a également sciemment établi des calendriers de ses compétitions aux mêmes dates que les fenêtres de qualification des équipes nationales pour la coupe du monde FIBA de 2019. Les joueurs, formés par l’argent public sous la coupe des fédérations et des clubs formateurs, sont donc tenus de choisir entre le club qui les paye tout l’année ou l’opportunité de jouer pour leurs pays.

Les acteurs au niveau politique, mais également l’UEFA, se sont dit prêts à agir.

 

« Il est dès lors difficile d’admettre que seuls quelques clubs se partagent les titres et les revenus de ces compétitions. Il faut donc casser ce plafond de verre »

Laura Flessel, ministre française des sports:

« La commercialisation du sport professionnel est effectivement un phénomène de plus en plus prégnant au niveau européen et mondial. La hausse du sponsoring et du marketing tout comme l’émergence croissante d’acteurs privés tendent à affaiblir l’incertitude du sport et du résultat sportif.

Dès lors, si le secteur sportif est et doit être considéré comme un secteur économique censé répondre aux principes fondamentaux de l’UE et à l’évolution de son marché intérieur, il n’en demeure pas moins qu’il reste un secteur spécifique dont les enjeux dépassent le simple cadre économique. Le sport est un bien collectif et un élément important de la cohésion sociale.

Il est dès lors difficile d’admettre que seuls quelques clubs se partagent les titres et les revenus de ces compétitions. Il faut donc casser ce plafond de verre. Dès lors, il est essentiel de maintenir le sens du modèle sportif européen, qui n’existe que par un équilibre vertueux entre le sport professionnel et le sport amateur, lequel répond à plusieurs objectifs : comme promouvoir le sport pour tous ou encore former des athlètes performants.

Ce modèle peut par exemple être mis en danger par la multiplication des compétitions fermées, ce qui entraîne la non mise à disposition des joueurs professionnels sous contrat avec des clubs privés auprès des équipes nationales. Ce mécanisme affecte nos systèmes de formation et la qualité des compétitions internationales mais aussi les retombées économiques générées par le spectacle sportif de telles compétitions.

Si la constitution des ligues fermées ne saurait être empêchée au regard des principes de l’union, je souhaite néanmoins proposer plusieurs pistes de réflexion visant à réduire ces difficultés. Sur le plan national, j’estime qu’il revient aux pouvoirs publics des états membres de rechercher un consensus pour respecter la tenue des calendriers des sélections nationales afin de faire perdurer le système de compétitions sportives entre nations. Au regard de la diplomatie sportive, il serait également utile de garantir la participation des joueurs en équipe nationale en enrichissant les contrats signés avec les clubs privés de dispositions particulières.

Enfin, je tiens à souligner que ce sujet m’interpelle au plus haut point puisque j’ai récemment diligenté, avec plusieurs de nos partenaires comme le comité olympique et sportif, l’association des ligues de sport professionnels et la fédération de sports professionnels, une étude relative à la commercialisation du sport professionnel intitulée : Les ligues fermées en Europe. L’impact économique et sociale de l’érosion de l’organisation pyramidale du sport en Europe, et de l’application des lois de l’UE. Je serai heureuse d’associer des pays volontaires à cette démarche et de partager, avec vous tous, tous les résultats de cette étude afin de réfléchir ensemble à la manière de préserver le modèle sportif européen dont l’essence demeure bien de garantir l’accès pour tous partout et tout au long de notre vie. »

Aleksander Ceferin, président de l’UEFA:

« Dans un environnement où la commercialisation est omniprésente, le football a besoin de comportement stable et sur lequel on peut s’appuyer. On sert les intérêts de personne. On veut travailler à promouvoir le football dans son ensemble. Proposer des règlements et des politiques qui soient utiles à l’intérêt commun. Nous sommes engagés à faire respecter les principes d’unité et de solidarité.

La redistribution économique est le premier niveau de notre philosophie.

Nous redistribuons 85% de nos revenus dans 55 pays. Nous nous assurons que tous les échelons, même ceux à la base de notre pratique bénéficie des richesses créées par les matches professionnels.

Comme un état qui finance ses structures publiques, l’UEFA finance elle-aussi ses propres structures et ses actions. Il est de notre devoir de préserver le modèle sportif européen. Il n’y aura pas de recherches égoïstes ou pour des appétits particuliers déplacés. Je ne peux pas accepter que certains de mes collègues soient aveuglés à ce point et qu’ils pensent à se vendre à des fonds privés. Le football n’est pas à vendre. Nous ne sommes pas propriétaires du football, nous n’avons aucun droit de le vendre. Je ne laisserai personne offrir les structures du football en sacrifice sur l’autel de la commercialisation sans merci.

Nous sommes engagés pour l’unité et la solidarité parce que la concentration de la richesse dans les mains de quelques-uns perturbe l’équilibre qui est essentiel pour que nous soyons toujours un pôle d’attraction pour le football.

Nous devons agis avant qu’il ne soit trop tard. Nous avons regardé ce que nous pouvons faire et nous sommes désormais prêt à intervenir. »

 

« Il n’y aurait pas de Luka Doncic ni de Goran Dragic, des athlètes qui font notre fierté, sans un système national, un système éducatif qui offre une structure pour le sport au niveau local »

Maja Makovec Brencic, ministre slovène des sports:

« Il faut investir avant tout dans les sports au niveau local. Il n’y aurait pas de Luka Doncic ni de Goran Dragic, des athlètes qui font notre fierté, sans un système national, un système éducatif qui offre une structure pour le sport au niveau local. Et ainsi, quand les athlètes issus de ce système deviennent des modèles à suivre, ils rendent beaucoup à notre jeunesse.

Voilà aussi pourquoi nous devons coopérer entre pays, encourager le développement des petits clubs et des équipes nationales. L’UEFA va sans doute réglementer la possibilité d’établir des ligues fermés et élitistes ne regroupant que les plus riches clubs d’Europe, qui échapperont alors à la structure et l’organisation du sport sur le continent.

Oui, notre structure est pyramidale. Oui, nous avons différentes sortes de clubs, mais nous croyons toujours à la valeur commune d’égalité. »

Giorgos Vasiliadis, ministre grec des sports:

« Enfin, je voudrais parler de ce qui oppose la FIBA et l’Euroleague et qui va impacter l’ensemble du sport européen. Nous devons prendre position et agir. Evidemment, nous ne pouvons pas légiférer, ce qui ne veut pas dire que nous ne pouvons rien faire. On peut intervenir. Nous devons initier un dialogue direct pour résoudre le problème. Nous devons prendre l’initiative, pas forcément pour résoudre le problème, mais pour amener les deux parties à se parler, dans l’intérêt général du modèle sportif européen et de ses structures.

Photo: Laura Flessel

 

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