Tour d’Europe Hoopvan : Partizan – Etoile Rouge, le derby éternel de Belgrade

C’est LE derby le plus chaud de Serbie, entre les deux rivaux historiques de l’Etoile Rouge et du Partizan. Deux clubs qui partagent la même ville, Belgrade, et la même passion du basket. Chronique d’une rivalité sans égal avec Hoopvan, un soir de 288e derby… le premier de l’histoire en Euroleague !

Tout au long de la saison 2022-23, vous pourrez lire sur Basket Europe les aventures d’Adrien, alias Hoopvan, un passionné de basket qui parcourt 15 000 km au travers du vieux continent dans un van spécialement aménagé au sport de sa passion.

Une ferveur inégalable. Le waterpolo est le sport au plus beau palmarès international en Serbie. Mais il n’a pas d’égal avec le basket et le foot, qui sont – de très loin – les deux sports les plus populaires. Il n’est pas rare d’entendre le nom de Dejan Bodiroga, actuel patron de l’Euroleague élevé au rang de légende par la jeunesse serbe, ressortir rapidement au gré de conversations avec les locaux. Quoi de surprenant pour cette vraie terre de basket et de talents, connue aujourd’hui mondialement au travers de Nikola Jokic, Vasilije Micic et même Sonja Vasic ?

Venir en Serbie, c’est somme toute l’assurance de parler basket avec de vrais connaisseurs. Ce n’est pas tous les jours que l’on croise une personne capable de citer le Panathinaïkos sans en écorcher le nom ! Cette passion et cet attachement si particulier se traduit par un amour inconditionnel accordé aux deux clubs de la capitale : le Partizan et l’Étoile Rouge, que nous retrouvons ce jeudi 8 décembre, un soir de fête des lumières à 1 500 kilomètres de la capitale des Gaules… Pour le premier derby de l’histoire en Euroleague, après 287 confrontations directes !

Ce duel, c’est pour certains une histoire de famille. On peut lire quelques sourires sur les visages des supporters du noirs et blancs à l’évocation du nom de Joffrey Lauvergne. Son passage ici en a marqué plus d’un. Le basket a gagné sa place dans les conversations de comptoirs et attire du monde de toute l’Europe. On peut croiser en tribune des supporters venus d’Angleterre et de République Tchèque… entre autres !

Le derby éternel en chiffres
288 confrontations
Partizan : 149 victoires (51,7 %)
Etoile Rouge : 134 victoires (46,5 %)
Quelques joueurs passés par les deux clubs : Mathias Lessort, Miroslav Raduljica, Corey Walden, Dejan Tomasevic, Kevin Punter, Aleksandar Nikolic, James Gist, Vlade Divac, Nemanja Dangubic, Darko Balaban

Jour J – chronique d’un 288e clasico

8 décembre 2022. C’est un jour dans l’histoire pour les habitants de Belgrade. Aussi étonnant que cela puisse paraître : c’est l’heure d’une grande première, un face-à-face contre l’ennemi juré en Euroleague ! Dire que les attentes sont nombreuses est un euphémisme. Ce match doit être une magnifique pub pour le basket européen et tout est mis en œuvre en ce sens. 

L’Euroleague communique sur une rencontre historique via le slogan « history is waiting to be made » (comprenez « ce match doit rentrer dans l’histoire »). Le Partizan partage plusieurs vidéos sur l’importance de ce duel et l’ambiance mise par ses fans pour de telles occasions, tout en veillant à faire de la prévention contre de potentiels incidents. L’Étoile Rouge veut quant à elle pouvoir convier certains de ses supporters à cette fête. 

La presse s’empare également du match : tout le monde est dans l’attente du « main course » ou « plat principal » lâché quarante-huit heures avant l’entre-deux par Mathias Lessort, un ancien de la maison rouge et blanche évoluant chez l’ennemi depuis l’an dernier. Dans les journaux, on accorde une place importante à ce match qui se retrouve en Une presque toute la semaine. On en entend parler à la télé, l’affiche se retrouve également sur les panneaux publicitaires de la ville. C’est LE rendez-vous à ne pas manquer !

À l’approche de ce 288e derby, la dynamique est en faveur de l’Etoile Rouge, ou Crvena Zvezda, qui reste sur une série de 7 victoires consécutives toutes compétitions confondues depuis l’arrivée du coach Dusko Ivanovic, et de sa pédagogie militaire. Le Partizan lui est toujours en course pour accrocher le top 8, une victoire étant fortement recommandée face à un concurrent direct pour ne pas se faire distancer. 

Après le derby en ligue adriatique, qui nous a permis d’avoir un avant-goût de ce qui nous attend, la principale préoccupation dans la tête de chacun concerne la sécurité de l’ensemble des acteurs de ce match et le bon déroulement de celui-ci. On veut à tout prix éviter une interruption de match à cause de débordements en tribunes, ce qui n’est pas rare lors de ce classique serbe. Il en va aussi de l’image de l’Euroleague : les clubs serbes jouent gros, ils n’ont pas de licence à long terme et leur invitation dans cette compétition pourrait en être impactée.

La Stark Arena est maintenant annoncée sold out (18 340 spectateurs) mais une question va rester un long moment en suspens : des fans de l’Étoile Rouge seront-ils autorisés à assister au match ? Après de multiples revirements de situation, le feu vert est donné, et le duel s’annonce électrique en tribune… pour le meilleur ou pour le pire.

Arrivé à la salle un peu plus d’une heure avant le match, on se rend compte de la pression mise sur ce match par un dispositif de sécurité très impressionnant. De nombreuses files de « CRS » encadrent le passage des spectateurs. À proximité des entrées, on croise du monde qui espère encore trouver un billet pour le match. Passage par les portiques de sécurité et fouille, interdiction aux briquets, pièces, stylos, le micro passe après négociation. L’entrée dans la salle est accompagnée de chants de supporters, déjà présents en nombre. Le niveau de décibel est assez élevé et ne fera qu’augmenter ! 

La Stark Arena se remplit rapidement, à tel point qu’à 30 minutes du coup d’envoi, elle est presque déjà pleine ! Imaginez plus de 18 000 fans dans un stade bouillant en plein mois de décembre, tous à porter leur équipe ? Une autre culture. 

La soirée est lancée sur de bonnes bases. Malgré leur faible nombre, les supporters de l’Étoile Rouge se font entendre en tribune. Et puis tout le monde porte son écharpe haut et fier avant de chanter « Da Volim Crno-Bele ». Un moment hors du temps depuis les tribunes, alors qu’est-ce que cela doit être quand on est sur le terrain ? On comprend vite la définition du mot « passion », le seul qui peut décrire ce derby. 

Vient ensuite le moment des gladiateurs. L’entame de match est clairement en faveur du Partizan Belgrade. Depuis le début de l’échauffement, personne ne s’est assis. Ça chante, ça crie, ça saute, ça lève les bras en tribune. Ce n’est pas la première salle de ce tour d’Europe mais l’expression « Ne faire qu’un » n’a jamais eu autant de sens. Le premier quart-temps de Mathias Lessort est à l’image de la ferveur en tribune : la raquette, c’est son territoire ! Un nombre de rebonds incalculables qui font beaucoup de bien. On ne pouvait espérer un meilleur départ dans ce derby (20-11 après dix minutes).

C’est ensuite l’Étoile Rouge qui revient avec de nouvelles intentions et réalise un impressionnant come-back, grâce à l’apport de son banc. Notamment Filip Petrusev et Nemanja Nedovic (22-24, 15e). Il n’en fallait pas plus pour faire réagir les supporters dans leur parcage visiteur, un aperçu de cette ambiance en vidéo. Le momentum change de camp et les rouges et blancs rentrent au vestiaire avec un avantage, que l’on ne sait pas encore décisif (33-40).

Quoi de mieux qu’un match serré et deux équipes qui se rendent coup pour coup, pour apprécier la tension, l’ambiance et l’intensité d’un tel derby ? Le talent individuel de certains joueurs nous offre des paniers de très haut niveau. L’issue de ce match est imprévisible. Toujours debouts, les supporters conservent leur voix à un point que cela en devient impressionnant. On monte même jusqu’à 117 décibels dans ce troisième quart, où l’écart s’est resserré (52-54). Se profile une fin de match rêvée.

Le Partizan repasse dans un premier temps devant avec un splendide 3/3 derrière l’arc pour entamer l’ultime quart, là où Nemanja Nedovic continue sa série noire (0/6). Mais l’Etoile Rouge répond à l’intérieur de l’arc et s’amorce un crunch time extraordinaire (71-70 avec 120 secondes à jouer). Puis Luca Vildoza plante un nouveau 3-points et égalise à 73-73 dans l’ultime minute, avant d’avoir la balle de match, la faute aux ratés adverses de Yam Madar et Kevin Punter, à 10 secondes du terme.

9, 8, 7… La balle de match est dans les mains de l’Argentin. Toute la salle retient son souffle, tandis que Luca Vildoza attaque le cercle, fermé par Lessort et Madar. Il distille alors une passe laser à Nemanja Nedovic, juste devant le banc du Partizan depuis le début de l’action, en position pour le tir. Et bingo, le Serbe formé à l’Etoile Rouge inscrit le tir victorieux à 2 secondes du terme (73-76) ! « Le plus beau shoot de ma carrière », dira-t-il après le coup de sifflet final.

Un shoot qui a littéralement éteint le Pionir. Toute ? Mais non ! Un irrésistible kop de fans de l’Etoile Rouge, placé juste au-dessus de la tribune de presse, exulte en bon envahisseur qui a réussi son coup. Une belle célébration au terme d’un grand match. Le buzzer retentit, les joueurs viennent fêter la victoire avec leurs supporters. Pour les supporters du Partizan, c’est comme si la chronique s’arrêtait ici… il manque la fin, un long silence pesant. 

Ce jour-là, on a bien assisté à un match historique, une Stark Arena sold out avec la présence de supporters du Partizan ET de l’Etoile Rouge, sans aucun incident. C’est Donatas
Urbonas qui en fait le meilleur résumé : un match serré, une ambiance incroyable, beaucoup de talents individuels, un shoot au buzzer pour l’emporter, un match sans interruption et sans jets de projectiles sur le terrain, l’Étoile Rouge qui peut célébrer cette victoire au sein d’une enceinte complétement acquise au Partizan. En somme, une soirée de basket mémorable à Belgrade ! 

Un scénario incroyable pour cette première en Euroleague. Un match que je n’oublierai jamais. Difficile de passer à autre chose après avoir vécu un derby avec une telle atmosphère, un tel engouement et une fin aussi douloureuse pour le Partizan. En quelques jours, j’ai eu l’occasion d’assister à 6 matches à Belgrade. Une expérience que je recommande à tout amoureux du basket. C’est presque une obligation de passer par là ! Le Pionir est définitivement une salle mythique pour moi, l’architecture des tribunes donne l’impression d’avoir un mur de supporters aux bords du terrain. 

La Stark Arena, elle, permet d’accueillir plus de 18 000 supporters, une salle remplie à plus de 85 % lors de cette saison d’Euroleague. L’atmosphère y est déjà incroyable mais lors d’un derby, aucune comparaison n’est possible. C’est vraiment le match que je recommande de vivre depuis les tribunes à tout fan de basket ! Le voyage se poursuit avec la Grèce et un stop à Athènes avec un nouveau derby Panathinaikos – Olympiakos le 30 décembre, pour finir l’année en beauté.

Retrouvez Hoopvan sur Basket Europe

Photos : Hoopvan

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