[GRATUIT] Petite-fille d’une Alsacienne, Bria Hartley, meneuse du New York Liberty, veut jouer en équipe de France

Pascal Legendre
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La Fédération a annoncé aujourd’hui, 11 octobre, que la meneuse du New York Liberty, Bria Hartley, est sélectionnable en équipe de France. Cet été nous avions enquêté et découvert que c’est par sa grand-mère maternelle que Bria est française.

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Depuis que L’Equipe a officialisé ce qui n’était encore qu’une rumeur sur la toile, un mini tremblement de terre a secoué la planète du basket féminin français. Une Américaine avec les Bleues ! Fichtre. Et pas n’importe qui. Bria Hartley (1,73m, 25 ans) est une meneuse de très haut niveau. Commençons d’ailleurs par étudier son pedigree.

Première distinction : son titre de Miss Basketball de l’Etat de New York en 2010 décerné par la New York Basketball Coaches Association. Bria, qui est aussi bonne à l’école, n’a que l’embarras du choix pour poursuivre études et basket. Plutôt que Duke, Kentucky, Tennessee, Georgetown, North Carolina et Louisville, elle choisit les Huskies du Connecticut. Une usine à championnes, dix fois vainqueur du titre NCAA dans les années 2000. Sue Bird, Diana Taurasi, Tina Charles, Maya Moore, Breanna Stewart ; elles sont toutes passés par là.

Bria réalise une saison de freshman exceptionnelle avec par exemple 29 points face à Notre Dame. Après une année junior plus quelconque, elle conclue son cycle universitaire en senior avec la moyenne de 16,2 points et 4,3 passes décisives. Elle est l’une des trois Huskies avec Maya Moore et Diana Taurasi à avoir cumulé au moins 1 500 points, 500 rebonds, 500 passes et 200 interceptions au cours de son cursus. Elle rafle aussi deux titres NCAA, en 2013 et 2014.

 

Avec le trophée de Champion NCAA et à La Maison Blanche avec le Président Obama.

Parallèlement, Bria Hartley suit un parcours dans différentes équipes nationales américaines. Elle sera ainsi la meilleure marqueuse des Etats-Unis avec 13,5 points lors d’un Mondial Universitaire avec notamment comme coéquipière Kaleen Mosqueda-Lewis actuellement à Charleville. Plus significatif encore : sa contribution (11,1 points, 3,2 passes) à la médaille d’or américaine au Mondial U19 en 2011. En quart-de-finale, les Etats-Unis éliminèrent… la France. De justesse. 70-64. 10 points et 5 passes pour Bria qui eut le plus fort temps de jeu de son équipe. Pour info, en face, on retrouvait Valériane Ayayi et Adja Konteh. Précision ultra importante pour la suite des évènements : revêtir le maillot d’une équipe nationale en jeune n’interdit pas d’en porter en senior d’un autre pays à la condition d’avoir le feu vert de la fédération concernée.

Etape suivante : la WNBA. Bria Hartley réalise une brillante saison de rookie : 9,7 points et 3,1 passes avec les Washington Mystics. Cela la conduira à être élue dans la WNBA Rookie Team en 2014. La suite fut un peu plus quelconque mais cet été, Bria est meneuse titulaire du New York Liberty avec 8,5 points (32,6% à trois-points), 4,0 passes, 2,8 rebonds et 0,9 interception. Pour comparer, ce sont des standards bien supérieurs à ceux de Edwige Lawson et Céline Dumerc quand elles ont fréquenté les parquets de la ligue américaine.

Un événement de la plus haute importance survient durant l’été 2016 : Bria tombe enceinte et forcément interrompt sa saison de WNBA en cours. Cela ne va pas forcément de soi dans la société américaine. Lorsque Candace Parker des Los Angeles Sparks annonça sa grossesse avant la saison 2009, des critiques l’ont accusée d’égoïsme et prédirent qu’elle aurait beaucoup de mal à retrouver ensuite le même niveau de jeu. Foutaise.

Sur le sujet, Bria Hartley fut interrogée par le prestigieux New York Times :

« Je pense que souvent dans le sport les femmes sont méprisées lorsqu’elles tombent enceintes et ont des enfants. Les gens disent à quel point ça va être dur mais j’ai la mentalité quand je mets mon esprit à quelque chose pour que ça se fasse par tous les moyens nécessaires. Je pense que les femmes devraient pouvoir avoir des familles et pratiquer leurs sports simultanément si elles le souhaitent. Amener un enfant au monde est une grande bénédiction. »

Le Times a affirmé que le Liberty est l’un des « vestiaires » les plus progressistes dans les sports professionnels et que ses équipières ont été enchantées que Bria ait un baby.

Pour la saison 2014-2015, la Newyorkaise choisit de s’expatrier à Sopron, en Hongrie. Elle turbine à 12,7 points, 3,3 rebonds et 2,8 passes, est championne national et elle est élue MVP des finales. Elle passe ensuite en Turquie, au Mersin BC. Bria s’est distinguée en tournant à 17,6 points (36,2% à trois-points) en Eurocup et en étant la meilleure marqueuse de la Ligue Turque (19,4 points). De quoi être recrutée pour la saison prochaine par Fenerbahçe, champion de Turquie, et de jouer ainsi l’Euroleague avec comme coach… celle des Bleues, Valérie Garnier.

En haut, deux grands-oncles de Bria dans leur jeunesse devant la maison familiale en Alsace. En bas, avec Stephen Curry.

 

Quand sa grand-mère a rencontré un soldat américain

La suspicion est tombée sur les épaules de Bria Hartley -même si elle n’a pas dû être touchée véritablement puisque loin de la France- car depuis quelques années, plusieurs pays européens essentiellement situés à l’Est regorgent d’Américaines naturalisées dont la plupart n’avaient jamais mis les pieds préalablement dans le pays. Pas de lien du sang, pas plus de cœur. Un phénomène malsain que l’on retrouve chez les garçons. C’est simplement la perspective lucrative de se voir délivrer un passeport européen qui leur fait franchir le pas.

Nous avons mené notre petite enquête pour savoir exactement ce qu’il en est des origines françaises de Bria Hartley auprès de sa mère, Simone Hartley-Churchill qui sur le profil de sa page facebook a inscrit un prometteur « Brooklyn born – French heritage from Strasbourg, France. Granddaughter of an icon Savannah Churchill. »

En fait, c’est la mère de Simone donc la grand-mère de Bria qui est française. Son nom de jeune fille est Christiane Beyer. Elle est l’un des cinq enfants de Louis Lutz-Beyer. Tous les oncles et cousins de la branche maternelle sont français. Christiane Beyer est née à Paris le 12 mars 1939 mais elle a grandi à Mietesheim, un village de 669 habitants à la lisière de la forêt de Haguenau dans le nord de l’Alsace. La famille a déménagé ensuite à Strasbourg après la deuxième guerre mondiale lorsque la maison familiale a été détruite avant d’être reconstruite. En 1959, Christiane rencontre un soldat américain, en tombe amoureuse, ils se marient à Strasbourg et -comme majoritairement dans ce cas-, elle le suit en Amérique pour vivre sa vie. C’est simple finalement. Simone Hartley nous précise :

« Mon père est décédé plusieurs années plus tard et ma mère s’est remariée. Ma mère a enregistré toutes les naissances de ses neufs enfants auprès du consulat de France et quand elle a pu dans le Livret de Famille. J’ai obtenu mon passeport français et je me suis inscrite pour voter par la suite. Le processus et la paperasserie prenaient beaucoup de temps, c’est le moins que l’on puisse dire. »

Et pourquoi Churchill ? La grand-mère de Simone donc l’arrière-grand-mère de Bria était une célèbre chanteuse dans les années 30 jusqu’au début des années 50. « I want to be loved but only by you » fut un véritable tube qui demeura huit semaines dans les charts.

Nous avons demandé à Simone quand sa fille a eu l’idée de rejoindre l’équipe de France. Voici sa réponse :

« L’idée de jouer pour l’équipe de France aux Jeux Olympiques est apparue alors que Bria jouait au college, à UCONN. Ce serait un honneur de représenter ma famille et notre pays d’origine. Bria a visité la France. Elle parle très peu le français mais cela n’enlève en rien la fierté de notre patrimoine. Mon frère et moi parlons des différents niveaux de français. Ma mère, moi-même, toute la famille sommes très excités quand cela est devenu une possibilité après des années de travail. L’agent de Bria travaille avec nous depuis au moins quatre ou cinq ans dans l’espoir d’avoir cette opportunité. »

La Fédération Française a confirmé que la démarche vient de la joueuse et qu’elle n’a jamais cherché à dénicher une Américaine naturalisée. Ce que Bria Hartley n’est pas. C’est une Franco-Américaine. Comme par exemple le journaliste George Eddy. Ou, c’est moins connu, Tony Parker et Edwin Jackson qui ont aussi le passeport américain. Bria Hartley a obtenu le feu vert de la fédération américaine et il lui faut désormais avoir l’aval de la FIBA. La FFBB cherche à réunir les pièces indispensables mais nous a indiqué ne pas vouloir « communiquer » davantage sur le dossier.

Le premier stage de l’équipe de France est prévu fin juillet et la fédération française vient de communiquer une liste de 17 joueuses pré-sélectionnées sans qu’il soit fait mention de Bria Hartley. La saison régulière de WNBA se termine le 19 août. Le Liberty est actuellement 11e sur 12 et donc mal positionné pour faire les playoffs. La Coupe du Monde en Espagne débutera le 22 septembre. Bria fera t-elle son apparition d’ici là ? Attendre et voir.

Une anecdote pour terminer : En septembre 2014, l’équipe de France obtint au Stade Pierre-de-Coubertin à Paris une victoire de prestige sur une équipe américaine incomplète (76-72). Quelques jours plus tard, ce sont bien les Américaines qui furent médaillées en or au championnat du monde. Bria Hartley avait cherché à gagner sa place dans la sélection US mais fut « coupée » juste avant ce rendez-vous à Paris. Donc pas de match face aux Bleues sur la terre d’une partie de ses ancêtres. Mais si elle s’était glissée dans l’équipe américaine qui fut couronnée en Turquie, il ne serait pas question aujourd’hui qu’elle puisse s’engager avec l’équipe de France.

 

 

 

Géraldine Saintilus, l’autre Franco-Américaine qui est venue passer quelques jours avec les Bleues

 

Deux joueuses d’origine américaine ont déjà porté le maillot de l’équipe de France. L’actuelle meneuse de jeu de Bourges KB Sharp comme naturalisée. Une sélection en 2013. KB est si fière de sa double appartenance qu’elle s’est fait tatouer les drapeaux français et américain sur son biceps. L’autre c’est Géraldine Saintilus en 1987. Et ce fut une histoire rapide qui se termina en queue de poisson.

C’est le Dijonnais Madicke Mbaye qui avait averti le coach de l’équipe de France d’alors, Michel Bergeron. Une Américaine dotée du passeport français jouait pour l’université de Setton Hall. Geraldine Saintilus. Elle était forte, très forte. 17,4 points et 7,0 rebonds en junior. Elle avait même fait les pré-sélections pour entrer dans l’équipe américaine. Son père est haïtien mais sa mère guyanaise. Alors la fédération pris la décision de la faire venir en France pour la tester. Nous étions à quelques semaines d’un championnat d’Europe en Espagne.

Avant son arrivée, Michel Bergeron nous déclarait :

« On aurait eu tort de ne pas l’essayer. Elle peut apporter un sérieux plus. Il n’y aura pas de concurrence dans le sens que je la sélectionnerai pour Cadix qu’à la seule condition qu’elle démontre qu’elle est d’un niveau supérieur aux autres. Sinon elle retournera directement aux Etats-Unis. »

Quand les pré-sélectionnées réunies à Vittel apprirent que cette ailière venue de nulle part allait se joindre au groupe, il y eu comme un froid. Une concurrente en plus.

Géraldine Saintilus disputa 12 matches amicaux entre le 21 juillet et le 30 août avec une moyenne honorable de 7,0 points.

Géraldine repartit chez elle a priori quelques jours pour faire un break. Dans un article paru alors dans la presse américaine, elle indiquait qu’à sa grande surprise, elle faisait partie de l’équipe nationale française et prévoyait de rester là-bas au moins jusqu’à la fin du championnat d’Europe prévu du 5 au 11 septembre. Et que si la France se classait dans les quatre premiers, il y avait la possibilité de disputer un tournoi qualificatif pour les Jeux Olympiques de Séoul.

« Je dois admettre que ma maison me manque. J’ai eu du mal avec la langue. Tout ce que je fais est affecté par cela, sur et en dehors du terrain. Les autres filles de l’équipe parlent un peu l’anglais et elles sont très utiles, mais c’est toujours très difficile. »

Geraldine Saintilus ne reviendra jamais en France. Que s’est-il passé ? Une histoire bien dans les mœurs de l’époque. Juste avant le Tournoi d’Orléans, on apprit à Gee qu’elle n’était pas qualifiable car elle n’avait pas opté pour l’équipe de France avant 19 ans. La fédération n’était pas au courant de ce point de règlement avant de la solliciter. Michel Bergeron était en pétard :

« Gee est une fille qui ne se pose pas de questions. Grâce à son rythme, sa percussion offensive, elle aurait pu apporter un plus contre les matches contre la Suède et l’Italie, » dira-t-il après coup.

L’équipe de France s’imposa à la Roumanie et la Pologne mais perdit ses cinq autres matches et termina à une anonyme huitième place.

On n’entendit plus parler de Geraldine Saintilus en France mais elle figure toujours dans le Livre d’Or de Setton Hall comme étant la meilleure marqueuse de l’histoire de la fac.

 

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