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Steeve Ho You Fat prend sa retraite à 36 ans, retour sur une carrière atypique

Après 17 années au niveau professionnel, Steeve Ho You Fat nous annonce sa retraite sportive à bientôt 37 ans. De la Guyane à l’Islande en passant essentiellement par la Pro B, retour sur une carrière à la trajectoire unique.

Steeve Ho You Fat © Tuan Nguyen

Il est temps pour Steeve Ho You Fat de raccrocher les baskets, après 16 saisons en pro en France et un baroud d'honneur en Islande. Le Guyanais boucle le dernier chapitre de sa longue carrière de joueur. Un parcours semé d'embûches au cours duquel il n'a pu compter que sur lui-même pour s'imposer dans le paysage du basket français.

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Pendant deux heures, l'intéressé est revenu avec nous sur son parcours : de ses débuts en Guyane jusqu'au centre de formation à Cholet, qui marque le commencement d'une décennie marquante en Pro B et l'amène jusqu'au graal : une finale de Betclic Elite avec les Metropolitans 92 emmenés par Victor Wembanyama. Avant de terminer par une dernière danse exotique pour son unique expérience à l'étranger.

La Guyane, les premiers kilomètres vers le haut niveau

Né à Cayenne, en Guyane française, Steeve Ho You Fat aurait très bien pu passer à côté de sa vocation. Il débute le basket sur le tard, à presque 14 ans. Fils de basketteur, son père est d'abord réticent à ce qu’il pratique du basket et le préfère judoka. “Mon père trouvait ce sport vicieux, avec beaucoup de coups bas”, dépeint l'intérieur à notre micro.

Il est finalement repéré par Murielle Joseph, une entraîneuse locale qui voit en lui un potentiel et qui le pousse à s’essayer à la balle orange. Le jeune Steeve Ho You Fat démarre l’école buissonnière et prétend aller jouer avec des amis pour s’échapper et s'essayer à ce sport dont il ne connaît rien. Sa nouvelle passion prend une nouvelle dimension quand Cholet Basket organise un camp d’entraînement en Guyane. “Mes parents ont accepté que j’y participe, à condition que je me débrouille par mes propres moyens.” C’est ainsi qu'il décide de se lever tous les matins à 4h30 pour parcourir 20 km à pied pour se rendre au camp, et rebelote à la fin de la journée.

“Il fallait que je parte de la Guyane, que quelque chose arrive dans ma vie, sinon je tombais dans la drogue avec les copains”

À cette époque, Steeve Ho You Fat ne rêve pas encore de NBA et de gros salaires. Le basket est encore un simple loisir, qui élargit ses horizons de pensée et lui permet de sortir de la routine : “Le basket m’a donné un but. Pour une fois, j’avais quelque chose à faire”. Le test est concluant et il se voit alors recevoir une proposition, à plus de 7 000 km de chez lui. Un non-choix pour le jeune homme, bien décidé à annoncer à ses parents que sa décision est déjà prise. Il s’exporte pour la métropole avant de souffler ses 14 bougies.


Cholet Basket, théâtre des rêves et des désillusions

Arrivé à Cholet pendant l’été, l'adolescent est d’abord marqué par les différences climatiques avec la Guyane. “Tu verras, il fait jour la nuit”, lui dit-on. Ses premières soirées fraîches d’été développent immédiatement chez lui un attrait pour la métropole française. L’adaptation est tout de même complexe : placé dans une famille d’accueil plus aisée que la sienne, Steeve Ho You Fat est un petit peu perdu et se fait discret pendant sa première année.

Sur ou en dehors des terrains, cette adaptation s’accélère quand il fait la rencontre d’Erman Kunter, un meneur d’homme que le natif de Cayenne identifie tout de suite comme essentiel à son développement. Comme bien d’autres avant lui, le coach turc utilise la méthode difficile avec le Français pour sa première saison dans l’élite, à base de “Tu es nul au basket” lâchés droit dans les yeux.

Mais il relève le challenge et se plie aux conseils de son coach, qui met un point d’honneur à ce qu'il améliore son tir. Déterminé à progresser, Steeve Ho You Fat reste les deux mois d’été à Cholet à travailler son tir, plutôt que de rentrer en Guyane comme à son habitude.

“Je n’aurai pas fait la carrière que j’ai fait si je n’avais pas été entraîné par Erman Kunter”

Il profite de faire partie d’une génération dorée à Cholet, dans laquelle on retrouve entre autres Charles Kahudi, Nando De Colo, Claude Marquis ou Mickael Gelabale, pour continuer à s’améliorer. Après des années d’insouciance chez les jeunes, la dure réalité du monde professionnel frappe à sa porte. “Si je ne progressais pas, il y avait une possibilité que je rentre en Guyane, et c’était hors de question.” Critiqué pour son gabarit considéré comme trop limité pour un joueur intérieur, Steeve Ho You Fat compense alors avec sa polyvalence et sa vitesse pour s’imposer.

Mais à la fin de la saison 2008-2009, Steeve Ho You Fat doit faire face à une première grosse désillusion. Deux autres jeunes de l’équipe - Christophe Léonard et Kévin Séraphin - lui sont préférés et Cholet se sépare de l’intérieur guyanais. “Cette rupture m’a provoqué un vrai déchirement au coeur”, confie-t-il. Pour faire face à cette déconvenue, il doit se tourner vers des équipes de Pro B. Une ligue pratiquement inconnue à ce moment-là pour lui. “On te fait viser le top mais on ne te fait pas regarder en-dessous”, se remémore-t-il.

Une seule condition pour sa future décision : partir le plus loin possible de Cholet. Le Français pose donc ses valises à Antibes. Déterminé à retrouver au plus vite l’élite du basket français, il domine sa première partie de saison et son ambition grandit. “J’ai demandé à mon agent de m’inscrire à la draft”. Blessé à la mi-saison, il supporte mal les nouvelles critiques à son égard : “Les gens ont utilisé cette blessure et l’ont mis sur le coup de mon ambition”.

Ces évènements le perturbent et développent chez lui une “peur du regard des autres”. Il accepte progressivement son nouveau statut et continue son apprentissage dans l’antichambre de la Pro A.

Steeve Ho You Fat © CB

Changement d’air

“C’est dur d’être complètement professionnel quand tu es dernier du championnat et que tu vis à côté de la plage”. La Côte d’Azur a ses avantages, mais aussi ses vices. Raison pour laquelle Steeve Ho You Fat ressent le besoin d’un cadre plus professionnel.

Attiré par une proposition de Rémy Valin, il prend la route d’Évreux, où il retrouve un état d’esprit conquérant qui lui plaît. Son coach lui conseille alors de se lâcher, comme un électron libre : “Tu as le droit d’être bon”, lui dit-il. Courtisé par plusieurs clubs de Pro A à la fin de la saison, Steeve Ho You Fat fait par la suite les frais du business et n’a d’autre choix que de retourner à Cholet, qui s’est positionné sur lui. “Mais je ne voulais pas y retourner”, rembobine-t-il.

Après une saison en demi-teinte, marquée par des différends avec les dirigeants, et une autre à Roanne, il part faire une saison à Orchies, satisfaisante d’un point de vue personnel mais catastrophique collectivement puisque le club finit la saison 2015-2016 à la dernière place de Pro B.

Approché par Monaco et Gravelines pour être partenaire d’entraînement, il se décide d'ailleurs à rester avec Orchies et à poursuivre l’aventure en Nationale 1. “J’ai 25 ans à ce moment-là, ça aurait été un gros sacrifice de carrière que d’accepter une de ces propositions où on te dit dès le départ que tu ne vas pas jouer”. Sans réponse de son club et pressé par le temps, il signe finalement à Rouen, toujours au deuxième échelon, en échange d’un effort financier.

Il y retrouve son ancien coach, Rémy Valin, joue les playoffs et se fait remarquer, ce qui lui permet de retrouver ensuite la Pro A. “J’ai dit à mon agent : si on attend, on va être très, très bien”. Il préfère temporiser et retourner à Évreux, un club qu’il connait bien et dans lequel il pourra jouer libéré.

Une décision à double tranchant. Il tourne à 15 points de moyenne pendant deux saisons mais son statut et son salaire effrayent les clubs de Pro A. Laurent Pluvy l’appelle et le sauve de cette situation en le ramenant à Roanne. Il fera la connaissance de Jean-Denys Choulet, le “Erman Kunter français” selon ses mots. Après ses deux meilleures saisons dans l'élite, il part à Boulogne-Levallois à l'été 2021, où il signe le plus gros contrat de sa carrière.

Avec Jean-Denys Choulet © Rémy Perrin

Le calme avant la tempête

“Je suis revenu à mon vrai niveau”, souffle enfin Steeve Ho You Fat. Cette signature chez les Mets semble marquer un point d’ancrage dans sa carrière. Après des années d’errance à gérer la pression, les critiques et le manque de confiance en soi, le Français trouve enfin de la stabilité à 32 ans.

“A la fin de la première saison, on me propose de me libérer car on me prévient que la saison suivante, je risque d’avoir très peu de temps de jeu car le projet va surtout être articulé autour de jeunes espoirs”. Il répond à Alain Weisz, alors directeur des opérations sportives des Mets, qu’il va rester pour voir ce qu’il va se passer, même sans garantie de temps de jeu. Sans responsabilités à assumer, Steeve Ho You Fat profite des opportunités qui se présentent à lui. “On est allés à Vegas, j’étais comme un gamin !”

Je fais le choix de la curiosité : pourquoi tout le monde s’intéresse autant à Victor ?”

Bilal Coulibaly ne fait alors pas partie de l’équation. Simple joker médical, il attise la curiosité de Steeve Ho You Fat et de son ancien coéquipier d’Évreux Lahaou Konaté. Les deux Français décident d’en discuter avec Vincent Collet, qui devient de moins en moins réticent à le laisser de longues séquences sur le parquet. “Là où Bilal est fort, c’est qu’il applique absolument tout ce qu’on lui dit”.

Steeve Ho You Fat avec les Mets 92 © Thomas Savoja

Limité en temps de jeu, Steeve Ho You Fat se charge de missions défensives pénibles pour laisser le temps à Victor Wembanyama de s’adapter et pouvoir s’exprimer en attaque. “Je fais le boulot en défense, toi tu fais gagner les matchs”, donnait-il comme deal avec le jeune phénomène.

Le Guyanais continue d’appliquer dans l’ombre son rôle de mentor tout au long de la saison. “Avec Lahaou (Konaté) et Bandja (Sy), le but était d’encadrer les gamins”. Mais son nom de famille, d’origine chinoise mais à connotation américaine n’échappe pas à la “Wembamania”. “Je suis passé de 1 500 à 40 000 followers en une nuit”, raconte-t-il avec un sourire. Cet engouement médiatique n’a rien d’une surprise pour le Français. “J’ai connu des dizaines d’américains dans ma carrière qui voulaient à tout prix récupérer mon maillot à la fin de la saison. Ils me répétaient : "Si tu passes un jour à la télévision américaine, ça va être n’importe quoi !"” Steeve Ho You Fat observe les réactions des spectateurs et des internautes, et se délecte de ce moment dont on lui a parlé toute sa vie.


Fos-sur-Mer, le début de la fin ?

A l’intersaison suivante, il échange avec Lahaou Konaté et Sasha Giffa et pense à arrêter sa carrière. “Je n’aurai pas mieux que ce que j’ai vécu-là”, avoue-t-il à ses amis. Fos-sur-Mer se positionne sur lui, un club “amical” selon lui : “C’est ce genre de club où un ancien coéquipier t’appelle pour t’inviter à le rejoindre”. Il accepte un contrat de deux ans avec une année de bonus. Un dernier projet au soleil qui lui plaît. Mais le début de saison est plus difficile que prévu et le groupe est très hétérogène, sans hiérarchie définie.

Lors d’une énième défaite à Nantes, il prend la parole pour expliquer le décalage entre la philosophie du coach et le jeune âge moyen dans l’équipe. “J’ai parlé avec un ton calme, uniquement dans la bienveillance et pour faire progresser le groupe”.

Il laisse une porte de sortie à la direction pour se libérer d’un lourd contrat, qu’elle décline. Après la trêve, le choc est immense quand on lui annonce que le club de sépare de lui à cause de propos qualifiés de déplacés. S’engage alors un bras de fer juridique entre Fos-sur-Mer et Steeve Ho You Fat, qui souhaite être libéré à bon prix pour signer autre part. La presse s’empare de l’affaire pendant que Roanne l’attend pour rejoindre l’équipe. “Je n’ai pas mérité ça, je n’ai manqué de respect à personne”. Le Français se sent trahi par les dirigeants et la retraite au soleil prend de l’ombre. L’affaire se poursuivra aux prud’hommes et cela marquera la fin de sa carrière en France.

Steeve Ho You Fat sous le maillot de Fos-sur-Mer © Pauline Ledez

L’aventure islandaise

Pour ne pas achever sa carrière sportive sur cette mésaventure, il s’exile en Islande en septembre 2024, après une grosse préparation pour palier à son manque de jeu dans l’élite. L’expérience est très dépaysante mais le niveau sportif n’est pas au rendez-vous. “Le top niveau là-bas joue en Nationale 3 ici !”, s'amuse-t-il après coup.

Après une première partie de saison difficile avec Haukar, il signe avec le club de Thor Thorlakshofn mais se blesse dès les premiers matchs. Des fragments d’os s’insèrent dans son tendon et une convalescence commence. 13 rencontres dans le championnat islandais et puis c'est tout : Steeve Ho You Fat ne se réengage pas une nouvelle aventure et met fin à sa carrière de basketteur.

Une carrière unique, marquée par des réussites et des échecs, mais toujours portée par une volonté d’aller de l’avant et de ne pas baisser les bras. Il regrette quelque part de ne pas avoir été maître de son destin à certains moments de sa carrière, du fait de pressions engagées par les agents du championnats français. “Peu de joueurs français partent à l’étranger car on t’assure que si tu pars, on va t’oublier. J’encourage vraiment les jeunes à explorer d’autres horizons”. Et c’est à Fos-sur-Mer qu’il a compris que la réalité contractuelle est subtile : “Beaucoup de joueurs pensent que l’agent travaille pour eux. Il est souvent engagé par le club, c’est un problème car l’agent répond d'abord aux besoins du club avant de ceux du joueur. Ce système désavantage les joueurs, il faut avoir des agents dans plusieurs pays pour diversifier les offres et les opportunités”.

Retour au bercail pour l’instant pour Pour Steeve Ho You Fat, à Cholet, le club qui l’a propulsé dans l’élite. De nouvelles aventures arrivent pour le Guyanais, qui a dû faire face à toutes les critiques pour accomplir son rêve.

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