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Sylvain Francisco, enfin l'étoffe d'une superstar

Snobé par Vincent Collet pour les Jeux Olympiques de Paris, Sylvain Francisco a entamé ce nouvel exercice d'un ton revanchard. Au Zalgiris Kaunas, le Français réalise une saison de top niveau en Euroleague en s'imposant comme l'un des tout meilleurs attaquants du vieux continent.

Sylvain Francisco (Zalgiris Kaunas) © Euroleague

L'énigme Sylvain Francisco serait-elle sur le point d'être définitivement résolue ? Formé en partie en Floride avant de se faire les dents aux Metropolitans puis au Paris Basketball aux prémices du club en Pro B, le natif de Créteil est longtemps resté au stade de curiosité au sein du basket français. Malgré de belles aptitudes au scoring, ses pourcentages de réussite au tir n'ont pas plaidé en sa faveur en début de carrière. Son jeu aussi excitant que clivant auprès des fans, des entraîneurs et des recruteurs, a d'abord agi comme une contrainte. Son côté plus flashy qu'efficace n'a pas séduit les franchises NBA et ne lui a pas permis de décrocher rapidement une opportunité en Euroleague. Au contraire, ce fut un long chemin de croix.

Une situation qui s'est inversée l'année dernière lorsque le Bayern Munich a décidé de lui offrir une chance de disputer la C1 pour la première fois de sa carrière. En sortie de banc, The Arrow a apporté toute sa fougue et son talent aux Bavarois (10,6 points à 35,4 % à 3-points, soit la 3e marque au scoring parmi les joueurs sous les 20 minutes de temps de jeu, et 3,2 passes décisives de moyenne en Euroleague). Des performances insuffisantes pour emmener l'équipe en playoffs mais qui ont fait Sylvain Francisco un joueur reconnu à l'échelle européenne. Au point de convaincre les dirigeants du Zalgiris Kaunas, concurrencés par le Maccabi Tel-Aviv ou encore l'Olympiakos, de lui offrir un contrat d'une saison avec une deuxième en option.

En effet, après une saison décevante en bien des aspects avec une défaite en finale du championnat lituanien face à Vilnius, et une 14e place en Euroleague, le Zalgiris avait besoin de sang neuf. Que ça soit pour récupérer le titre national, ou briller de nouveau à l'échelle européenne. Comme l'expliquait leur coach italien Andrea Trinchieri dans Backdoor Podcast : "Mon but est que l'équipe puisse jouer avec de l'énergie tous les soirs". Un sentiment qui explique pourquoi le front office, ayant repéré sa fougue et sa débauche d'énergie, s'est tourné vers Sylvain Francisco cet été.

Sylvain Francisco face à Kostas Sloukas © Euroleague

Le nouveau génie offensif du Zalgiris

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'avenir a donné raison aux vice- champions de Lituanie. Et ce, bien que Francisco n'ait pas tout de suite été titulaire au sein de cette belle équipe de Kaunas. Effectivement, le meneur a dans un premier temps occupé le même rôle que l'année dernière au Bayern : celui de dynamiteur offensif en sortie de banc. Un costume qui se marie parfaitement avec sa qualité première : la vitesse. Plus rapide que la plupart de ses vis-à-vis, il n'a aucun mal à se défaire du marquage de ses défenseurs en situation de un-contre-un. Une qualité qui contraste avec le reste de l'effectif, avant-dernière pire place de toute l'EuroLeague (69,7).

Mais ce qui fait sa force, c'est que l'ancien Parisien n'est pas seulement capable d'aller très vite, il parvient à garder le contrôle de son corps et du ballon en toutes circonstances. Très intelligent, il n'hésite pas à changer de tempo lorsqu'il attaque le cercle pour faire plonger le défenseur et absorber le contact. Le tout en scorant avec finesse, ou bien en obtenant des lancers-francs. Domaine dans lequel le Français excelle, puisqu'il provoque plus de cinq fautes par soir d'Euroleague. Une moyenne qui fait de Sylvain Francisco le cinquième meilleur provocateur de fautes de la compétition.

D'autant plus que, s'il est vrai que le meneur a un vrai nez pour provoquer les fautes, c'est surtout la pagaille qu'il met dans la défense adverse qui lui permet d'obtenir ces coups de sifflet. Les défenseurs ne savent jamais comment réagir face aux mouvements imprévisibles de l'international tricolore. Qui a élargi sa palette offensive depuis ses passages en Espagne (Manresa) et en Grèce (Peristeri) où il évoluait sous les ordres de Vassilis Spanoulis, le nouveau coach de Monaco.

« Spanoulis, c’est la personne qui m’a fait passer un cap, nous livrait-il la saison dernièreC’est l’un des plus grands meneurs européens de tous les temps, il m’a poussé. Il était sans cesse derrière moi, m’a toujours motivé. Personne ne le sait mais toute la saison, il m’envoyait à gauche. Je suis plus fort à droite, c’est le cas pour la plupart des droitiers, même si je suis ambidextre. Il avait décelé qu’à chaque fois que je partais à gauche, je faisais un step back ou bien je revenais sur ma droite pour faire une passe. Il me répétait qu’à partir du moment où je commencerais à pénétrer main gauche, à avoir de la variation dans mon jeu, personne ne pourrait m’arrêter. Il me disait tout le temps de ne pas réfléchir, que j’étais un joueur d’instinct. Il me disait cette phrase : “Quand tu réfléchis, tu es un joueur à 2 000 euros par mois, mais quand tu ne réfléchis pas, tu es un million dollar player”. Lui et moi, on a la même mentalité, la même éthique de travail, la même motivation... On veut tout le temps gagner. »

Excellent et très malin dans la lecture du jeu, il se sert par ailleurs à merveille des nombreux écrans posés par ses coéquipiers pour driver, servir ces derniers sur le roll, ou prendre un tir longue distance.

« Vassilis Spanoulis m’a dit “quand tu réfléchis, tu es un joueur à 2 000 euros par mois, mais quand tu ne réfléchis pas, tu es un million dollar player” »

Justement, en parlant du shoot, c'est là aussi un aspect fondamental du jeu de Sylvain Francisco. Avec un pourcentage de réussite supérieur à 36 % - et 41% en tête de raquette -, le combo guard est une vraie menace à 3-points. Les défenseurs adverses ne peuvent pas se permettre de lui laisser de l'espace. Jab-step à l'arrêt, step-back en mouvement, ou simple catch and shoot, le Cristolien de naissance possède un bagage presque illimité pour prendre et réussir des tirs longue distance. Sur les écrans aussi, le meneur se régale. Si le défenseur a le malheur d'anticiper un départ après un écran posé pour Francisco, ce dernier ne va pas hésiter une seule seconde à utiliser l'espace laissé pour prendre un tir.

On récapitule : pour défendre sur Sylvain Francisco, il ne faut pas lui laisser trop d'espace, sinon il prend un tir, mais il est aussi bien trop rapide pour qu'on le colle. Sur les écrans : impossible de passer en dessous car il va se lever pour shooter de loin. Mais attention à ne pas se faire prendre de vitesse si on passe devant, puisque, comme on vient de le dire, il est certainement plus rapide que son adversaire direct. Bonjour l'enfer à défendre pour les extérieurs adverses, et le casse-tête pour tous les coaches d'Euroleague. Il ne manquerait plus qu'il soit clutch pour devenir un des tout meilleurs attaquants d'Europe...

Et justement, ça tombe bien, puisqu'il l'est sacrément. Il a d'ailleurs tenu à le faire savoir dès son premier match sur la scène européenne avec le Zalgiris. Loin d'être favoris face à Barcelone, les Lituaniens ont fait confiance au Français dans les ultimes instants. Un choix payant puisque sur les cinq dernières minutes du match, ce dernier inscrit 15 des 17 derniers points de Kaunas. Avec en prime, deux tirs longue distance assassins et les deux lancers de la gagne. Chez nous, c'est ce que l'on appelle une entrée en matière réussie.

Une habitude de bien finir les rencontres qui ne va pas le quitter sur la suite de la saison. Par exemple, il réitère ce genre de performances clutchissimes face à Milan, à l'Étoile Rouge et aux champions en titre du Panathinaikos. En plus de s'être imposé comme l'un des meilleurs joueurs offensifs d'Europe, Sylvain Francisco est en train d'en devenir l'un des attaquants les plus clutchs. Avec 5,5 points inscrits en moyenne dans le dernier quart, le Français est le quatrième meilleur scoreur de C1 dans les derniers instants. Une moyenne qui lui vaut d'être mieux classé que des monstres comme Mike James ou Sasha Vezenkov dans cette catégorie.

Des défauts en passe d'être réglés

Malgré l'influence plus que bénéfique de Sylvain Francisco sur les résultats, et surtout sur l'attaque du Zalgiris, ses problèmes de régularité évoqués plus tôt existent toujours. Si son pourcentage de réussite au tir global s'est amélioré, il reste sous la barre symbolique des 40 % en Euroleague, mais dépasse les 42 % en championnat (Betsafe LKL). C'est encore relativement faible, notamment à cause d'une adresse parfois fuyante dans la raquette, endroit où le Français prend le plus de tirs sur le parquet. Mais cette maladresse encore trop présente est à nuancer dans le jeu de l'ancien du Bayern.

En effet, si ses pourcentages restent trop bas pour être vraiment satisfaisants, ils sont meilleurs d'1% par rapport à l'année dernière, et ce, avec un volume bien plus important. Car oui, s'il a démarré l'année en tant que scoreur de luxe en sortie de banc, Sylvain Francisco a fini par obtenir un rôle bien plus important à Kaunas. Seul vrai créateur offensif de l'équipe, le Français est parfois obligé de prendre des shoots très compliqués. Des tirs à haut degré de difficulté auquel il s'est habitué, et qui font un bien fou au Zalgiris, parfois en peine de créativité offensive.

Un sentiment qui risque d'être renforcé avec le départ de Lonnie Walker IV pour les 76ers. Bien que son passage n'ait pas été exceptionnel en Lituanie, l'ancien des Lakers avait au moins le mérite de soulager Sylvain Francisco en prenant ses responsabilités en attaque. Dorénavant, la question va être de savoir si le Français a les épaules pour porter, quasiment à lui tout seul, l'attaque du Zalgiris sur cette fin de saison - qui devrait toutefois se renforcer sous peu du combo guard des Charlotte Hornets, Isaiah Wong, selon Basket News.

Pour cela, Francisco va devoir se montrer plus régulier qu'il ne l'a été depuis ce début d'année 2025. Plus particulièrement sur les quatre derniers matches, où le meneur a alterné entre le très froid (5 points face à Berlin et au Pana) et le très chaud (33 points face au Bayern, 29 face à Milan) en Euroleague. D'autant plus que les Lituaniens semblent dépendre des performances au scoring du Français pour obtenir des résultats. Effectivement, lorsque la Flèche score moins de 10 unités, le Zalgiris perd. Sur les 8 matchs concernés, 5 se sont soldés par une défaite, alourdissant grandement le bilan de l'équipe, qui vise un retour en play-in cette année.

D'ailleurs, sur le plan collectif, c'est plutôt par la défense que Kaunas se démarque. Un domaine qui a longtemps été la faiblesse de Sylvain Francisco, notamment à cause de sa petite taille (1,85 m). Mais le meneur semble s'être amélioré de ce côté du terrain cette saison. Cette progression fait de lui de lui un élément important dans la défense mise en place par Trinchieri, qui est d'ailleurs la meilleure de toute l'Euroleague et dont il est le meilleur intercepteur (1 ballon volé par match).

Andrea Trinchieri, coach du Zalgiris Kaunas © Euroleague

Sylvain Francisco à Kaunas, une histoire faite pour durer ?

Arrivé pour combler des manques évidents au sein de l'effectif du Zalgiris, la mission de Sylvain Francisco en Lituanie est donc en passe d'être bien réussie. On l'a dit, il porte l'attaque, est loin d'être ridicule en défense et semble même sur la bonne voie pour régler les défauts qui ternissent encore son jeu. Une progression et un impact qui ont permis à Kaunas de démarrer cette campagne européenne en trombe, en étant leader après 7 journées.

Malheureusement, les Lituaniens n'ont pas tenu le rythme sur la durée et se trouvent aujourd'hui classés 13e. Une place qui peut décevoir, mais qui n'est en réalité pas très loin de l'objectif de terminer dans le top 10. À seulement deux victoires de Milan, 10e, les hommes d'Andrea Trinchieri ont encore leur mot à dire sur cette fin de saison régulière. Et il ne fait aucun doute que Sylvain Francisco jouera un rôle majeur dans la forme de l'équipe. En tout cas, le tacticien italien lui fait confiance depuis le début de saison.

« Sylvain Francisco est un joueur au potentiel énorme. J’essaie de le stabiliser. Tout le monde peut voir son talent. Si nous parvenons à canaliser son talent dans la discipline et la rationalité, il peut devenir un joueur exceptionnel », affirmait Andrea Trinchieri après la victoire contre Bologne en début de saison.

Les deux hommes ont même noué une relation très saine, qui dure depuis cet été, avec les premiers contacts entre Francisco et le Zalgiris. « Bien sûr, on s'est tout de suite entendu, a quant à lui expliqué le Français. Au téléphone d’abord, puis quand on s’est vu en vrai : ça matchait. Je pense qu’on a la même vision. Ses plays permettent de m’épanouir et de faciliter mon jeu avec les coéquipiers. En fait, pour tous les joueurs qui sont là, il y a un bon fit avec le système qu’il veut, et c’est ça le plus important.» 

Entre le lien qu'il a développé avec son entraîneur, et le bien qu'il fait au collectif du Zalgiris, on pourrait penser que Sylvain Francisco voudrait étendre son aventure avec Kaunas. Quoi qu'il en soit, pour l'instant, rien n'a été annoncé, hormis que le Français dispose d'une deuxième année en option dans son contrat. Celle-ci permettrait au club de conserver son meneur pour la saison prochaine. Néanmoins, le Français continue à faire les yeux doux à la NBA... tout en gardant un certain flou. Laissant ainsi la place au doute quant à son avenir proche sur le continent européen.

« J’aimerais bien aller en NBA mais il faut que ce soit au bon moment. Donc forcément, si je dois passer par l’Euroleague pour montrer ce dont je suis capable et ensuite avoir des offres de NBA… pourquoi pas. Avant de signer à Peristeri et même à Munich la saison passée, j’avais des offres de 10-days contract en NBA, mais ça ne m’intéressait pas trop. Si je peux aller en NBA et y rester un peu : tant mieux. Si je n’arrive pas à y rester, ce n’est pas grave, au moins j’aurais été en NBA, j’aurais posé mes deux pieds là-bas. Revenir en Euroleague n’est pas un problème. L’Europe, c’est incroyable. J’y vais step-by-step », détaillait Sylvain Francisco au micro d'EuroLeague France début février.

Vrai fer de lance de l'attaque de Kaunas, Sylvain Francisco réalise, à 27 ans, la meilleure saison de sa jeune carrière professionnelle. Après avoir été laissé sur le carreau pour les Jeux Olympiques - et pas invité par le nouveau staff dirigé par Frédéric Fauthoux pour la fenêtre de février -, nul doute que l'international aux 20 sélections fera partie des discussions pour obtenir l'une des places convoitées en tant que meneur des Bleus à l'EuroBasket cet été.

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