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[REDIFF] David Cozette (consultant RMC Sport): « On espère que les gens qui regardent le foot vont basculer vers le basket »

De par son parcours et sa compétence, David Cozette est devenu la voix du basket français. Il a popularisé des expressions comme « saucisse » ou « chaud-brûlant » et, toujours bien documenté et avec un allant jamais pris en défaut, il peut s’enflammer dans les grandes occasions et aussi -ce qui est

De par son parcours et sa compétence, David Cozette est devenu la voix du basket français. Il a popularisé des expressions comme « saucisse » ou « chaud-brûlant » et, toujours bien documenté et avec un allant jamais pris en défaut, il peut s’enflammer dans les grandes occasions et aussi -ce qui est encore plus remarquable- rendre captivant des matches qui intrinsèquement ne le méritent pas. Voici la deuxième partie de l’entretien longue durée.

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Existe-t-il une concurrence entre RMC et Canal+ Sport qui diffuse la Basketball Champions League et les compétitions internationales des équipes nationales ?

Je ne crois pas. Ce que je sais, c’est que le basket est quelque chose d’importantissime pour le groupe RMC. Ce n’est pas une posture. François Pesenti (NDLR/ Directeur des sports du groupe) le répète souvent. Ça a été le droit le plus important derrière le foot anglais avant la saison dernière sachant que maintenant il y a la Ligue des Champions et la Ligue Europa. Et on n’a pas laissé tomber le basket en faisant moins de match pour autant. Ça reste un enjeu fort pour la chaîne et le groupe. Sans polémiquer, je ne suis pas certain que le basket soit aussi important pour le groupe Canal qu’il ne l’est pour le groupe RMC parce qu’ils ont beaucoup d’autres sports et parce que culturellement ça n’a jamais été la première des priorités.

Le basket a pris de l’importance cette saison sur vos différents supports ?

C’est bien la preuve que lorsque François Pesenti dit ça, ce n’est pas du pipeau. Il passe souvent le message aux gens de la radio et à ceux d’émissions plus grand public qui ne vont pas avoir le réflexe, que telle chose sur le basket est importante. Stephen (Brun) va ponctuellement dans le Moscato Show qui est une émission qui a une énorme audience, c’est un vrai signe. Que sur la chaîne de news ou les documentaires, il y ait systématiquement un sujet de basket, c’est pareil.

Les audiences du basket ont-elles progressé depuis que RMC Sport diffuse la ligue de champion de foot ?

Honnêtement, je n’en sais rien. On ne me donne pas les chiffres mais je sais que c’est l’objectif, évidemment. On se dit que c’est juste quelque chose de mécanique quand on sait qu’il y avait beaucoup moins de gens qui avaient nos chaînes il y a encore quelques mois. On l’a vu avec le grand embouteillage du premier jour, beaucoup de gens se sont rués sur les opérateurs pour récupérer RMC (NDLR : 200 000). Lorsqu’il y a des matches de Ligue des Champions de foot, il y a des matches d’Eurocup les mêmes soirs et quand il y a des matches d’Europa il y a des matches d’Euroleague. On a tous le même réflexe : à la mi-temps du match de foot, tu ne vas pas regarder les pubs mais tu vas aller sur la chaîne juste après et dans ce cas c’est le basket. On espère que les gens qui regardent le foot vont basculer vers le basket et à ce moment-là c’est à nous d’être bons et de réussir à les interpeller en racontant des histoires. Il faut que ces gens-là qui sont le grand public et pas le microcosme basket qui suit ça depuis longtemps, se rendent compte que ça peut être spectaculaire, compétitif, etc.

« La ligue met aussi la pression pour que les éclairages dans les salles soient améliorés car pour nous diffuseur c’est hyper important »

A votre niveau, ressentez-vous une progression au fil du temps dans les structures des clubs de Jeep Elite ?

Oui. Déjà, il y a encore quelque temps il y avait des salles qui n’étaient pas de grandes salles de basket, à la Maison des Sports de Chalon, sans remonter à La Moutète d’Orthez. Rouen jouait en Pro B à la salle des Cotonniers (NDLR : Et même en Pro A). Je crois aussi que la ligue pousse à ce que les staffs aient plus le réflexe marketing. Ils sont sensibles à leur image. On a vu le débat qui a été lancé sur les maillots et qui a fait avancer les choses. La ligue met aussi la pression pour que les éclairages dans les salles soient améliorés car pour nous diffuseur c’est hyper important. Le même match bien éclairé va sembler très bien et moyen s’il est mal éclairé. Il faut se rappeler qu’il y a quelque temps il y avait des salles avec les lignes dans tous les sens du handball et du volleyball. Il y a eu l’apparition des panneaux LED. Tout le package a sensiblement évolué et c’est tellement important pour par exemple les gens qui regardent la Ligue des Champions et qui basculent à Pau où c’est une grande et belle salle avec en plus des jeux de lumière. Il y a peut-être des gens qui ne sont excités que par la NBA et qui trouvent que le reste est ringard et qui vont regarder ça en se disant que c’est sexy aussi.

Vous êtes aussi accueilli par des pros dans les clubs alors qu’auparavant c’était des bénévoles ?

A chaque fois que je vais dans un club, je rencontre celui qui incarne le club, le manager général, le directeur sportif et ou le président et le coach. C’est toujours avec eux que l’on va à la salle le matin ou au match directement et avec qui on va discuter. Effectivement, on voit tout autour d’autres personnes mais je n’ai pas une vision assez proche pour pouvoir juger. Dans le passé, on tombait déjà sur le président, le manager général et le coach. Je ne me rends pas assez compte que les staff en back office ce sont déployés mais je me doute que oui car je vois plus de monde graviter autour des équipes que par le passé où c’était une personne et trois bénévoles. Aujourd’hui, il y a partout quelqu’un qui s’occupe des réseaux sociaux.

Et lors de vos déplacements à l’étranger, comment sont les relations avec les clubs sur un plan organisationnel ?

C’est variable. J’ai le souvenir que lorsqu’on allait faire des matches d’Euroleague dans les années quatre-vingt-dix en Italie c’était la classe absolue avec des média guides super luxueux, tout un staff qui t’accueillait, la salle de presse et tout. Mais il y avait aussi des clubs d’Euroleague où il y avait rien du tout. C’est l’Europe avec ses différences culturelles et de moyens. C’est aussi difficile de comparer la France avec les autres clubs en Europe car chez nous parfois les clubs n’ont pas beaucoup de moyens et mettent tout sur l’équipe et il n’y a pas grand monde autour. Tu sais qu’aujourd’hui en Euroleague, tu es obligé d’avoir un staff de ouf derrière tellement il y a de contraintes. D’ailleurs quand on se déplace, là où l’on voit qu’il y a le plus de monde autour de l’équipe c’est à l’ASVEL. J’ai identifié plein de gens là-bas et d’autres encore dont je ne sais pas exactement ce qu’ils font. Oui, tu ressens qu’il y a du monde.

Ressentez-vous que les clubs de Jeep Elite multiplient leur communication sur les réseaux sociaux depuis quelques mois et spécialement depuis la rentrée ?

Oui, je pense qu’ils ont tous pris ce pli-là. La com’, c’est quand ils vont tourner des petites vidéos. A ce niveau-là, Bourg-en-Bresse est vraiment remarquable. Il ne fait pas partie des trois, quatre clubs historiques prestigieux du championnat de France mais au niveau des structures ils sont vachement en pointe au niveau com et marketing. Certains sont un peu à la ramasse et d’autres sont vraiment épatants sur ce qu’ils font sur les réseaux sociaux.

« Parfois avec Antoine (Eito) ça va quasiment trop loin quand il fait des références qui deviennent de la private joke et il faut que j’arrive à le rendre audible par tous les gens qui regardent »

Il y a trois ans, vous me disiez que le meilleur joueur à l’interview était Stephen Brun. Et maintenant qu’il est consultant sur RMC Sport, qui est-ce ?

(Il réfléchit) Il n’y a plus de mec aussi cinglé que Stephen Brun, c’est pour ça que je ne trouve pas en fait (sourire). Celui qui a le sens de la formule, de la punch line pour utiliser un mot de jeune, ce que Stephen a clairement. Celui qui a un peu le sens de l’humour, qui quand ça ne va pas ne va pas avoir un discours tiède. Jonathan Rousselle est plutôt un bon candidat. A la fin du match à Strasbourg, je lui ai posé des questions de façon claire et il a répondu de façon claire. Il n’a pas caché le fait que ça n’allait pas au CSP.

Antoine Eito ?

Si ! Quand je dis qu’il n’y a plus de joueur aussi fou que Stephen Brun, ce n’est pas vrai puisqu’il y a Antoine Eito qui est largement aussi fou que Stephen. Parfois avec Antoine ça va quasiment trop loin quand il fait des références qui deviennent de la private joke et il faut que j’arrive à le rendre audible par tous les gens qui regardent. Il ne faut pas que les gens puissent se dire, « ils sont entre-eux, je ne vais pas les déranger, je vais changer de chaîne. » C’est un exercice délicat, la limite est fine.

Vous êtes souvent pris à partie -dans le bon sens du terme- par des joueurs au cours d’un match ?

Très souvent des mecs se tournent plus vers Stephen que vers moi. Quand Jeremy Nzeulie était à 1/23 aux shoots ou quelque chose comme ça au bout de trois matches, Stephen discutait avec lui car ils sont très complices depuis Nanterre, et quand il lui dit « touche ma main , tu vas avoir un fluide », et qu’il met deux shoots à trois-points, évidemment que Jeremy regarde Stephen et qu’il y a un bel échange entre les deux au cours du match. Il fait ça avec pas mal de joueurs. Ils nous prennent aussi à témoins sur des décisions d’arbitre comme si nous on pouvait influer là-dessus (sourire).

D’Etienne Lalou, Jo Choupin, Jean Raynal, Bernard Père, Patrick Chêne, Patrick Montel, qui vous a inspiré ?

Je n’ai jamais entendu parlé d’Etienne Lalou ! (NDLR : Un romancier, essayiste et journaliste qui commenta du basket à l’ORTF dans les années soixante au même titre que par exemple Léon Zitrone). Je n’ai jamais vraiment eu de modèle. Lorsque je regardais des matches quand j’étais adolescent c’était Antenne 2 qui diffusait des matches en deuxième partie de soirée, le mercredi ou le jeudi, de Limoges et Orthez. C’était plus les joueurs qui me faisaient rêver et les commentateurs, je ne les identifiais pas forcément, aussi je n’ai jamais eu de vrais modèles. Plus qu’un journaliste, ce qui m’a fait rêver durant mes années d’adolescence et d’école de journalisme, c’est le traitement du sport par Canal.

Donc plutôt Charles Biétry ?

Oui complètement mais plus pour l’école qu’il représentait même si je dois être un peu trop familier avec un peu trop de folie pour Charles qui aime bien la rigueur. Je ne lui ai jamais demandé. J’étais complètement admiratif de ce qu’il a représenté à la tête de Canal et de la façon dont ils ont révolutionné dans le traitement du sport à la télé, de l’âge de 15 à 25 ans avant que je commence à bosser vraiment dedans.

A Canal+, ils prenaient le micro après avoir travaillé leur sujet en amont, ce qui n’était pas toujours le cas avant ?

Oui et même si je ne ressemble pas par exemple à Grégoire Margotton, j’ai appris cette rigueur-là aussi au-delà de parfois s’enflammer, de faire un peu le show. Ça c’est la personnalité de chacun et heureusement que l’on est un peu différent. Mais à la base on est journaliste, on a quand même plaisir à sortir une info, à avoir de la rigueur, de ne pas dire n’importe quoi quand on raconte des histoires. Au-delà des « saucisses », je me suis quand même inspiré de la rigueur des traitements du sport à Canal.

Vous allez voir les joueurs chaque matin du match ?

Ça dépend. Plus en début de saison. Limoges, je les ai quand même fait cinq fois en trois semaines entre la coupe d’Europe et le championnat et dans ce cas, je viens plutôt deux heures avant à la salle, ils arrivent en même temps, et c’est là que je me pose avec le coach, avec un joueur qui arrive sur le parquet. Par contre, si c’est une équipe que je ne connais pas du tout ou peu, on essaiera de s’organiser pour les voir avant pour discuter un peu.

Vous avez ainsi des notes avant de commenter les matches ?

Oui, chacun à ses marottes. Je sais que Charles c’est une chemise cartonnée. Moi, je préfère avoir des feuilles sous plastique avec les infos intemporelles et les bios précises de chacun des joueurs qui me servent toute l’année et que je ne retouche pas. Quand tu fais 150 matches dans l’année, tu ne vas pas réécrire des fiches ! Et juste au milieu un espace pour écrire au crayon à papier tout ce qui est info du moment, blessures, statistiques réactualisées.

« Je suis identifié par les « saucisses », « chaud-brûlant » ou « que fait la police ? »

Des expressions comme « chaud-brûlant » sont donc le fruit de votre imagination, ce ne sont pas des reprises d’autres journalistes de télé ou de radio ?

Ça a dû m’arriver de reprendre ponctuellement des expressions déjà sorties par George Eddy ou Jacques Monclar mais j’essaie autant que faire se peut d’avoir mon propre vocabulaire. C’est comme ça que tu es identifié. George est identifié par « attention ! messieurs, dames » ou « contre en haute altitude » et moi par les « saucisses », « chaud-brûlant » ou « que fait la police ? ». Il faut être vigilant car tu ne dois pas les sortir trop souvent car sinon ça devient relou mais pas plus du tout car c’est aussi ce qui fait ta marque. Il faut les utiliser à bon escient pour que les gens aient plaisir à les entendre mais il ne faut pas les saouler. C’est toujours une question de dosage.

Jacques Monclar a laissé au basket français beaucoup de ses expression et aussi de ses surnoms car c’était le roi pour en donner aux joueurs, et qui sont repris aujourd’hui par tout le monde ?

C’est quelqu’un qui a le sens ultime de la formule. Quand ça passe à la postérité c’est plutôt valorisant. Tout commentateur rêve de ça. A mon tout petit niveau ça me fait toujours un plaisir fou. Je ne sais même pas pourquoi ça a été le cas de « Thomas Heurtel, donne-moi ton short ! ». C’était lié à un moment tellement fort que ça a plus imprimé. Quatre ans plus tard, il y a encore des gens qui viennent me brancher lors de matches et qui font une photo en répétant ça.

Avez-vous senti une différence de notoriété en fonction des chaînes où vous avez commenté des matches ?

Oui mais pas du tout pour ce que vous pouvez imaginer ! J’ai connu une énorme différence de notoriété à partir du moment où je suis sorti du basket et que j’ai fait L’Equipe du Soir sur L’Equipe 21. C’est une émission qui est présentée par Olivier Ménard du lundi au vendredi de 22h30 à minuit et c’est à 95% foot. J’étais chroniqueur pendant un an et en plus quand Mémé était en vacances c’est moi qui l’ai remplacé à la présentation. En terme de notoriété, ça a tout changé mais c’est redescendu juste après ! C’était 1, une chaîne de la TNT, et 2, on traitait du foot. Après, je suis retourné sur une chaîne à péage pour parler de basket et forcément ce n’est plus la même chose.

Et quand vous changez de chaîne, vous avez l’impression que le vrai fan de basket vous suit et vous reconnaît ?

Les gens viennent me voir, oui, quand même. Mais je peux aller passer un week-end au bord de la mer avec Hervé Mathoux et Grégoire Margotton, je suis sûr que je ne serai jamais emmerdé.

Photos: Palais des sports de Pau (ville de Pau), Antoine Eito et Boris Diaw (FIBA)

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Existe-t-il une concurrence entre RMC et Canal+ Sport qui diffuse la Basketball Champions League et les compétitions internationales des équipes nationales ?

Je ne crois pas. Ce que je sais, c’est que le basket est quelque chose d’importantissime pour le groupe RMC. Ce n’est pas une posture. François Pesenti (NDLR/ Directeur des sports du groupe) le répète souvent. Ça a été le droit le plus important derrière le foot anglais avant la saison dernière sachant que maintenant il y a la Ligue des Champions et la Ligue Europa. Et on n’a pas laissé tomber le basket en faisant moins de match pour autant. Ça reste un enjeu fort pour la chaîne et le groupe. Sans polémiquer, je ne suis pas certain que le basket soit aussi important pour le groupe Canal qu’il ne l’est pour le groupe RMC parce qu’ils ont beaucoup d’autres sports et parce que culturellement ça n’a jamais été la première des priorités.

Le basket a pris de l’importance cette saison sur vos différents supports ?

C’est bien la preuve que lorsque François Pesenti dit ça, ce n’est pas du pipeau. Il passe souvent le message aux gens de la radio et à ceux d’émissions plus grand public qui ne vont pas avoir le réflexe, que telle chose sur le basket est importante. Stephen (Brun) va ponctuellement dans le Moscato Show qui est une émission qui a une énorme audience, c’est un vrai signe. Que sur la chaîne de news ou les documentaires, il y ait systématiquement un sujet de basket, c’est pareil.

Les audiences du basket ont-elles progressé depuis que RMC Sport diffuse la ligue de champion de foot ?

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