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Pro B : Martin Hermannsson, l’Etoile islandaise de Charleville

martin hermmannsonIl est l’une des curiosités de cette saison 2015/16 de Pro B. Meneur titulaire de Charleville-Mézières, rookie Islandais de 22 ans avec déjà un EuroBasket dans les jambes, Martin Hermannsson (1,90 m) a effectué des débuts remarqués sous le maillot de l’Etoile (21,3 points à 59%, 3,6 rebonds et 5 passes décisives). Portrait d’un joueur qui ne devrait pas s’éterniser en deuxième division.

Des rookies dans son équipe ? Cédric Heitz, l’entraîneur de Charleville-Mézières, n’en voulait pas vraiment au début de l’été. Alors à la mène en plus ? C’était tout simplement hors de question. Jusqu’à ce que le technicien ardennais tombe sur des vidéos de Martin Hermannsson… « J’ai vite changé d’avis et balayé ce statut de rookie qui n’a aucun sens en ce qui le concerne. »

Car en effet, depuis ses premiers pas sur les parquets de Reykjavik à l’âge de 6 ans, Martin Hermannsson a l’habitude de tout faire plus vite que les autres. Et pour cause, le néo-carolo a baigné dans le milieu de la balle orange dès sa plus tendre enfance. Son père, Hermann Hauksson, était un basketteur reconnu, international islandais avec un passage en Belgique et une campagne de Coupe Korac (en 2000, sous les couleurs de l’IRB Rekjanesbær) dans les jambes. Alors, enfant, Martin domine logiquement toutes ses catégories d’âge, sans pour autant se passionner pour le basket. « Je jouais aussi au football, je pensais même en faire mon métier car je préférais ce sport », nous a-t-il expliqué. « Mais à 16 ans, j’ai été sélectionné par l’équipe U20, c’est à ce moment-là que j’ai pris ma décision ».

« Je suis le plus jeune de l’histoire à avoir remporté ces deux trophées de MVP »

Un MVP sans contrat professionnel

16 ans, c’est aussi l’âge où il effectue ses premiers pas avec l’équipe professionnelle du KR Reykjavik. Le 7 octobre 2010, à peine trois semaines après son anniversaire, Martin Hermannsson est lancé dans le grand bain contre Stjarnan. Il restera quatre saisons à Reykjavik, avec une productivité qui augmente proportionnellement avec son temps de jeu. 1,6 point en 3 minutes de moyenne lors de sa première année, puis 5,6 points en 17 minutes, puis 14,5 en 29 minutes, avant l’explosion absolue lors de l’exercice 2013/14 : 18,8 points à 49% aux tirs, 3,4 rebonds et 4,6 passes décisives de moyenne. « C’est l’année où j’ai vraiment franchi un palier », se remémore-t-il. Des progrès récompensés par le trophée de meilleur joueur de la saison. Un MVP absolument hors du commun puisqu’il ne disposait même pas de contrat professionnel ! « Il était toujours prévu que je parte en NCAA alors je n’ai jamais signé de contrat. Je n’étais pas payé. J’étais simplement un amateur au milieu de professionnels ». Cerise sur le gâteau, il conduit Reykjavik jusqu’au titre de champion national, en étant aussi élu MVP de la finale. « Je rêvais de gagner un titre un jour dans ma carrière, c’est génial de l’avoir fait dès 19 ans. Et en plus, je suis le plus jeune de l’histoire à avoir remporté ces deux trophées de MVP. Cette saison était vraiment incroyable ! »

Devenu trop petit pour Hermannsson, le championnat d’Islande voit donc partir son plus beau joyau, direction les Etats-Unis. Comme prévu, le jeune meneur rejoint l’université de Long Island, à Brooklyn. « Il fallait que je sorte de ma zone de confort », explique-t-il. « Je n’étais pas prêt pour basculer vers le monde professionnel à 19 ans. La NCAA était un bon compromis pour progresser et devenir plus costaud ». Etudiant en business et management, l’Ardennais découvre un nouvel univers, de la petite capitale nordique qu’est Reykjavik jusqu’à New York, la ville la plus célèbre du monde. Sportivement, il fait aussi ses preuves avec une progression significative entre sa première et sa deuxième saison, jusqu’à décrocher une place dans le meilleur cinq de sa conférence en 2015/16 grâce à des moyennes de 16,2 points à 46%, 4,3 rebonds et 4,7 passes décisives.

« Je me revois défendre sur Nowitzki ou Gasol »

A l’EuroBasket 2015

Des progrès logiques au vu des cours d’étés accélérés dont a bénéficié Martin Hermannsson en septembre 2015. Deux ans après sa première sélection en équipe d’Islande (contre Saint-Marin, au Luxembourg), il se retrouve à disputer l’EuroBasket 2015 à Berlin au sein d’un groupe absolument terrible : l’Espagne, la Turquie, l’Italie, la Serbie et l’Allemagne, excusez du peu. Des équipes respectivement menées par Sergio Rodriguez, Bobby Dixon, Daniel Hackett, Milos Teodosic et Dennis Schröder. Pour un universitaire, le choc est rude. Mais aussi extrêmement enrichissant.

« C’était incroyable de jouer contre des gars que je regardais à la télé depuis mon plus jeune âge. Je me revois défendre au poste sur Dirk Nowitzki et Pau Gasol, c’était fou. Mais une fois rentré sur le terrain, il faut penser que ce sont des gens comme tout le monde. S’ils te marquent dessus, il faut être sûr que tu pourras leur marquer dessus derrière. » Un état d’esprit sans complexe, à l’image de la sélection islandaise, qui a séduit le public berlinois en tenant la dragée haute à l’Allemagne (65-71) et l’Italie (64-71) avant de contraindre la Turquie à une prolongation (102-111). « Tout le monde s’attendait à nous voir perdre chaque match de 60 points », rigole Martin, auteur d’un championnat d’Europe honorable (4,6 point à 44%, 1,8 rebond et 1,2 passe décisive). « Nous avons surpris beaucoup de monde et nous avons montré à quel point nous sommes bons. Avec du recul, j’aurais aimé gagner un match mais ce sera pour la prochaine fois. »

« En Finlande, le basket est déjà un sport majeur alors qu’il prend de plus en plus d’importance en Islande »

Rendez-vous à l’Euro 2017

Car il y aura bien une prochaine fois. Il y a moins de deux mois, l’Islande s’est qualifiée avec brio pour son deuxième EuroBasket d’affilée au terme d’un dernier match absolument fou contre la Belgique (menés de 14 points, les hommes de Craig Pedersen se sont finalement imposés 74-68). Une campagne estivale qui aura marqué l’avènement de Martin Hermannsson, nouveau poste 2 titulaire, comme un joueur majeur de la sélection nordique (14,2 points à 53%, 4 rebonds et 3,5 passes décisives en 31 minutes de moyenne), du haut de ses 45 sélections. Cerise sur le gâteau, les Islandais disputeront l’EuroBasket 2017 à Helsinki, dans une ambiance qui promet d’être survoltée. « En Finlande, le basket est déjà un sport majeur alors qu’il prend de plus en plus d’importance en Islande », relate Martin. « Il y a de plus en plus de gens qui commencer à jouer, s’intéresser aux matchs. » 1 800 Islandais auraient déjà prévu de rallier Helsinki en septembre 2017 pour supporter leur sélection. Et ce n’est sûrement qu’un début, d’autant plus que la désormais célèbre équipe de football islandaise se déplacera aussi en Finlande le 2 septembre pour le compte des éliminatoires de la Coupe du Monde 2018.

« Il joue très bien les pick’n roll, avec beaucoup de justesse. Son tir à trois points est une menace constante »

Déjà des cartons

Mais avant de goûter aux joies de son deuxième championnat d’Europe, « le fils d’Hermann » va devoir tenir les rênes d’une équipe de Pro B pendant toute la saison. Désireux de franchir le cap du professionnalisme avant même la fin de son cursus universitaire, il a reçu des offres d’Espagne, de Belgique et d’Italie avant d’opter pour l’Etoile de Charleville-Mézières. « Mon agent m’a dit que Charleville pourrait être un bon endroit pour progresser et effectuer une bonne saison. Ils avaient besoin d’un meneur numéro 1 qui peut jouer le pick’n roll et c’est ma spécialité. »

charleville-poitiersArrivé tardivement dans les Ardennes à cause de son été en sélection, Hermannsson n’a pourtant pas tardé à s’adapter à son nouvel environnement en empilant les bonnes performances : 26 points à 10/16 face à Poitiers (79-69), 17 points à 7/13 et 6 rebonds à Blois (72-65) puis 21 points à 6/10 et 9 passes décisives vendredi dernier contre Fos-Provence (70-74). De quoi satisfaire Cédric Heitz, qui nous présente sa trouvaille. « Il peut jouer sur les postes 1 et 2. C’est un scoreur mais il est capable d’être vraiment dans le partage de la balle. Il a vraiment l’instinct du panier, une certaine vitesse, un changement de rythme intéressant. Il joue très bien les pick’n roll, avec beaucoup de justesse. Son tir à trois points est une menace constante. Il ne shoote pas encore suffisamment pour moi. Il est scoreur mais pas personnel. Il a l’ambition de faire briller les autres. » Une double facette décryptée par le joueur lui-même. « Je peux faire un peu de tout. Jeune, j’étais tourné vers le scoring. Depuis trois – quatre ans, j’ai développé des qualités de passeur, de lecture de jeu. » Et s’il admet aisément que ses qualités se situent bien plus dans le secteur offensif que dans le secteur défensif, son entraîneur est plus mesuré. « Défensivement, il fait peu d’erreurs, il a les bons appuis. Il ne met pas une pression incroyable mais il fait ce qu’il faut. Il est là où il faut être. » Une description élogieuse qui témoigne de la confiance accordée par l’ancien assistant de Jean-Luc Monschau à son faux rookie. « Je sais que le coach attend beaucoup de moi, même si je suis jeune. Il voit que je peux faire gagner l’équipe et bien me débrouiller dans ce championnat d’un très bon niveau. Je sens qu’il a des attentes élevées à mon égard. »

« C’est plus calme ici, les magasins ferment à des heures bizarres parfois »

Objectif Espagne

Et notamment celle d’être consistant sur toute la durée du championnat. Bonne surprise de ce début de saison, Martin Hermannsson bénéficie de l’effet de nouveauté et devra prouver qu’il peut tenir ce rythme une fois que les autres équipes se seront adaptées à son jeu. « Je ne pense pas que Poitiers me connaissait beaucoup par exemple », sourit-il. « Je serai sûrement plus surveillé donc j’espère que ça donnera des ouvertures à mes coéquipiers et je pourrais avoir plus de passes. » En attendant, l’enfant du Nord doit également encaisser la rude transition entre New York et Charleville-Mézières, l’ancienne cité métallurgique aux 50 000 habitants. « J’aime le silence », tente de positiver le nouveau patron de l’Etoile. « Mais c’est une énorme différence. Il y avait tout le temps des magasins ouverts à New York, les gens parlent anglais, il y a du monde dans la rue. C’est plus calme ici, les magasins ferment à des heures bizarres parfois. Mais je me sens bienvenu ici. J’espère prendre des cours de français et maîtriser la langue bientôt, ça facilitera les choses. »

hermannsson

Un environnement sans grande distraction qui devrait permettre à Hermannsson de se concentrer pleinement sur le basket afin de réaliser une saison pleine et de lancer sa carrière sur les meilleures bases possibles. « Je vais tout donner à chaque match pour avoir de bonnes statistiques, pour faire gagner mon équipe, pour faire progresser mes coéquipiers et pour pouvoir jouer dans de plus grands clubs plus tard. L’objectif est d’évoluer au sein d’une grande équipe espagnole ». Une ambition qui n’apparait pas irréaliste au regard des propos de Cédric Heitz, toutefois évidemment très insistant sur le fait de procéder étape par étape. « Il est destiné à jouer à un haut niveau, c’est une certitude. Son présent et son futur est à l’Etoile mais son avenir proche ou lointain est au-delà de la Pro A, très clairement. Mais il faut d’abord faire une bonne saison, consistante sur toute la durée, avec des résultats collectifs. L’Etoile doit finir plus haut que par le passé afin qu’il soit pleinement responsable de ses statistiques »

Car même s’il fait tout plus vite que les autres, Martin Hermannsson va d’abord devoir prendre le temps de s’inscrire dans les livres d’or de l’Etoile de Charleville-Mézières. Ce n’est qu’à ce prix-là qu’il aura réussi son premier examen de passage dans le monde professionnel.

Sa fiche d’identité 

Islandais – Poste 1-2 – 1,90 m – Né le 16 septembre 1994 à Reykjavik

Son parcours : KR Reykjavik (Islande, 2010/14), Long Island University (NCAA, 2014/16), Etoile de Charleville-Mézières (Pro B, 2016/17).

Son palmarès : Champion d’Islande en 2011 et 2014, MVP du championnat islandais en 2014, MVP de la finale du championnat islandais en 2014, All-NEC first team en 2015/16.

Photo : David Henrot

Commentaires   |  5 commentaires

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  • GameOfZones dit :

    Article bien agréable à lire ! Une future bonne pioche pour un club de pro A l'année prochaine ?

    • FIBasket dit :

      Je crains qu'il y ait plus de chances qu'il file dans un autre championnat européen, qui paye mieux dans une équipe de seconde zone en Espagne, Turquie, etc.

      • Jean dit :

        C'est vrai, mais il ne semble pas non plus faire de l'argent une priorite. Un vrai bon joueur, il etait vraiment sympa en NCAA.f

  • Q08 dit :

    Un super joueur et un plaisir de le voir jouer, une vraie aptitude au pick n'roll, un certain sens du shoot … espérons qu'il fasse une grande saison et qu'il tienne sur la durée vu la fatigue accumulée et la rotation courte de Charleville.