Interview Claude Bergeaud : « L’image du jeu dégagée dans notre ligue n’intéresse pas trop les managers étrangers »

Pascal Legendre
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Six ans comme adjoint, puis coach principal en succession de Jacques Monclar en 1997, directeur général après une escapade à Villeurbanne, un deuxième retour comme coach à la suite d’un passage à Bordeaux, la carrière de Claude Bergeaud a longtemps été liée à l’Elan Béarnais. Mais l’aventure paloise s’est (provisoirement ?) terminée à l’issue de la saison 2014-15.

Celui qui fut aussi le coach de l’équipe de France (2003 à 2007) médaillée de bronze à l’Euro de 2005 et cinquième au Mondial de 2006, s’est retrouvé alors sans job… Mais toujours médiatique en devenant consultant pour Ma Chaîne Sport puis SFR Sport 2.

Surprise : avec un tel pedigree, l’Ariégeois réapparaît dans l’univers professionnel en Pro B, au Boulazac Basket Dordogne avec qui il a signé un contrat jusqu’à la fin de la présente saison. Un club rural mais certainement pas un petit poucet.

Interview en deux parties.

 

Comment un ancien coach de l’équipe de France et d’Euroleague a pu se retrouver aussi longtemps sans job ?

Je me suis posé la même question et je n’avais pas trop d’explications. Commençons par le commencement : on ne peut avoir du travail que s’il y a des places libres. La première année, lorsqu’on s’est entendu avec l’Elan pour ne pas continuer ensemble, c’était un peu tard. Je me suis alors ouvert sur l’étranger et à ma grande surprise, en passant un an pour essayer d’y parvenir avec les gens qui travaillent pour moi, il n’y a pas eu de contacts sérieux, d’intérêts. J’en ai discuté avec Vincent Collet qui lui non plus n’avait pas grand chose de sérieux provenant de l’étranger. Je crois qu’il avait un contact qui n’était pas envisageable pour lui de concrétiser. J’ai aussi fait ma petite enquête et on m’a dit que les coaches français ne s’exportent pas, non pas parce qu’ils ne veulent pas, mais parce qu’on ne les sollicite pas. J’ai des coaches référents en Espagne, en Italie et en Turquie et je les ai appelés pour qu’ils me disent en toute honnêteté pourquoi. Il y a deux problèmes. L’image du jeu dégagée dans notre ligue, le tout athlétique, le tout physique, n’intéresse pas trop les managers étrangers car ça camouflerait un manque de travail technique, stratégique. La deuxième chose, c’est que les étrangers estimeraient que l’on ne travaille pas beaucoup et que l’on ne compte que sur les qualités individuelles des joueurs. Donc, qui que tu sois, quand tu te pointes sur le marché, on te met dans la catégorie des coaches français labellisés à une ligue qui peut-être ne peut pas exporter des compétences techniques.

Vous avez quand même eux des contacts ?

Je ne cache pas que j’ai été à l’inter saison en contact avec Strasbourg et s’il n’y avait pas eu la filière étrangère qu’ils ont pisté, il y aurait peut-être eu une possibilité (NDLR : la SIG a fait signer le Finlandais Henrik Dettmann). J’ai fait aussi des choix personnels car certains clubs avaient un fonctionnement qui ne m’intéressait pas trop.

En début de saison, sur les dix-huit clubs de Pro A, trois avaient fait confiance à des coaches étrangers. Il y en a aussi quatre autres qui sont d’origine étrangère, Kyle Milling, Erman Kunter, Nikola Antic et J.D. Jackson. Est-ce un phénomène qui inquiète le milieu des coaches français, le syndicat ?

Je ne sais pas trop… Aujourd’hui, il ne faut plus avoir une dimension franco-française. Il y a une ouverture sur l’Europe et ces gens-là sont principalement des Européens. Ce qui serait gênant, c’est d’avoir un gars d’Océanie, un autre des Etats-Unis ou d’Amérique du Sud. Ça serait peut-être des choix incongrus. Erman est un Européen, J.D. est un Français, il est dans notre culture, c’est beaucoup plus cohérent. C’est pour ça que de mon côté, je me suis mis sur le marché européen.

 

« Je croquais dix matches par semaine de Pro A, Pro B, de l’Euroleague et de FIBA Eurocup »

 

Depuis votre arrêt à Pau, vous n’êtes pas resté inactif en étant notamment consultant sur Ma Chaîne Sport et SFR Sport 2. C’est quelque chose dont vous rêviez ? Aviez vous déjà eu beaucoup d’expériences télévisuelles ?

Non. J’avais commenté de l’Euroleague au moment de l’équipe nationale, par ci, par là. Je suis même allé le faire pour des matches à l’étranger. Mais je n’avais pas un suivi, ce qui est une autre activité. Quand on fait ça toutes les semaines, il faut tenir une ligne rédactionnelle, c’est un travail d’équipe. J’ai pris énormément de plaisir à découvrir le monde des médias télévisuels. C’est un vrai boulot très pointu pour sortir de la qualité. Et puis, de façon très égoïste, ça m’a permis de rester au contact de mes collègues, avec la caravane, de voir des entraînements à droite et à gauche. Je restais chez mes collègues, on échangeait toute la nuit.

A la Leaders Cup, vous m’aviez dit « je ne suis pas un consultant professionnel, je veux coacher ». Ça veut dire que vous aviez peur d’être catalogué consultant ?

C’est exactement ça et c’est ce qui s’est passé. Je faisais ça pour être en connexion avec l’évolution des choses, le recrutement, savoir quel type de joueur on a maintenant. Si tu décroches un peu, il y a des joueurs qui passent, tu ne les connais même pas, tu les retrouves face à toi, c’est du temps de perdu. Je croquais dix matches par semaine de Pro A, Pro B, de l’Euroleague et de FIBA Eurocup. Il y a des matches tous les jours et je les regardais par des canaux européens. L’année dernière, par exemple, je me suis fait tous les matches du Real Madrid pendant trois mois.

On a vu aux commentaires de Pau-Limoges et faire l’interview de Gheorghe Muresan, ça veut dire que vous continuerez à faire des piges ?

Je ne pourrai pas être permanent sur l’émission du mardi et sur les week-ends ou parfois j’ai doublé mais François Pesanti (NDLR : Directeur Général de SFR Sport) m’a demandé de continuer.

Vous étiez aux premières loges pour voir le clasico Pau-Limoges. Cela faisait combien de temps que le palais des sports n’avait pas connu une telle atmosphère ?

Je ne sais pas si ça ne date pas de la remontée en Pro A. En Pro A, même sur les clasicos où ça été plein, il n’y avait pas cette atmosphère qui a été catalysée par « c’est la 100e», deux joueurs vont être élus « joueurs du siècle », etc. Tout l’habillage a fait qu’il y a eu émotion palpable avant le match à travers les médias. C’était vraiment exceptionnel.

N’est-ce pas aussi un aveu de faiblesse de la Pro A actuelle de constater que ce sont les joutes des années 80 et 90 qui ont dû être rappelé à la surface pour faire monter la mayonnaise en amont de cette 100e édition du clasico ?

Va t-on se rendre compte de la richesse des autres pays ? Depuis toujours dans ces pays il y a des clubs leaders qui sont dominants depuis la nuit des temps. A un moment donné, nous avons, je ne sais pas pourquoi, tué les gros clubs. On disait « il y en a marre de Pau-Orthez ! Il y en a marre de Villeurbanne ! » Un changement de règlements a fait aussi que l’on a tout noyé et la conséquence, à mon avis, c’est que nous sommes descendus. Cela faisait longtemps qu’on ne pouvait plus jouer le top-16 mais maintenant, on ne participe même plus à l’Euroleague ni à l’Eurocup. S’apercevant finalement que le reste n’est pas si vendable que ça, on rappelle des histoires passées pour faire vivre cette activité. Le Real Madrid, le Barça, Olympiacos, le Panathinaikos, le Maccabi, Efes Pilsen, tous ces clubs sont là depuis toujours. Quand Limoges fait cette prestation contre Pau, je suis le dernier à être content. J’aimerais que Limoges, qui a d’énormes moyens, que Strasbourg, Villeurbanne, Pau-Orthez soient en haut. C’est le basket qui en a besoin pour le tirer vers le haut.

 

« Pour Pau, se stabiliser à ce niveau, oui, allez plus haut, c’est très compliqué »

 

A propos de Pau-Orthez. A votre avis, le phénomène sportif et populaire peut-il se pérenniser ?

Se stabiliser à ce niveau, oui, allez plus haut, c’est très compliqué. Pour aller au-dessus de la C4 (Fiba Europe Cup), il faudra plus de moyens et il se trouve que Pau est dans un secteur concurrentiel avec une équipe, la Section Paloise, qui draine du monde et du partenariat, des investisseurs et des collectivités. Pas très loin, il y a des clubs de Pro D2 qui attirent énormément aussi. C’est vrai que pour l’instant le basket des grandes villes n’accroche pas comme pour le football et le rugby. A mon avis, le basket des villes moyennes a été et sera et Pau peut y être mais, comme je le disais, il doit faire face à la concurrence sur place. A l’inverse, ici à Boulazac, il n’y a pas de grosses concurrences des autres sports en vis à vis.

Durant ces derniers mois, vous avez aussi mené des conférences, et avez-vous visité des clubs à l’étranger ?

Non, ça s’est ce que j’avais prévu de faire mais je n’ai pas eu le temps. C’est un regret car, comme je l’avais fait quand j’étais entraîneur national, passé quatre jours à Malaga avec Sergio Scariolo, c’est une expérience incroyable. J’ai fait de la formation de cadres en Roumanie, Maroc et Tunisie avec les entraîneurs nationaux et les équipes de jeunes. Par ailleurs, j’ai fait des conférences en entreprise comme le font Claude Onesta et beaucoup d’autres entraîneurs comme Philippe Hervé. On rapporte en entreprise des expériences de coaching-management et la résolution de problématiques très pointus.

Comment cherche t-on un employeur dans le basket ? En donnant carte blanche à son agent ? En faisant de la représentation ? En téléphonant soit même aux présidents ?

J’avais dit au départ que je ne souhaitais pas être proposé à tous les supermarchés. Dès l’instant où il pouvait y avoir un intérêt sportif avec un club sain, là je pourrais candidater. On m’a dit par exemple « ça t’intéresse d’aller à tel endroit ? » « Non, non, ça ne m’intéresse pas. » Je ne me suis pas proposé partout. Ensuite, il y a eu un petit malentendu vis à vis d’un club et c’est moi qui ai fait une lettre à la demande de son président. Ce club là pensait que j’étais consultant et que pour moi le basket était fini. J’ai donc fait cette lettre pour prouver que c’était une candidature sérieuse.

 A suivre.

 

 

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