La malédiction des salles en France

Pascal Legendre
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Le président Martial Bellon a présenté récemment le projet d’une nouvelle Aréna à Strasbourg à partir de l’actuel Rhenus Sport, qui ferait passer la capacité de 6 200 à 8 000 places avec la possibilité de la prolonger à 10 000. L’équipement serait enrichi de 4 000 m2 de surfaces commerciales (restaurants, alimentation, pôle bio et santé, etc) pour un coût total de trente millions d’euros HT « entièrement financés sur fonds privés. »

Pourquoi sommes-nous aujourd’hui encore circonspects ? Simplement parce que le passé récent est parsemé d’échecs et qu’il existe même une sorte de malédiction des arénas en France.

Une seule salle dans le top-90 européen

Au début de l’année 2010, Rama Yade, alors secrétaire d’Etat aux sports, présentait avec enthousiasme, petits fours et champagne, un rapport réalisé autour de l’ancien entraîneur de l’équipe de France de hand, Daniel Costantini, intitulé « Grandes salles Arenas 2015 ». Un rapport très bien ficelé qui préconisait de se doter en cinq ans d’infrastructures capables de permettre à la France d’accueillir des compétitions européennes et mondiales indoor.

Car le constat à l’époque était cruel : la France ne dénombrait aucune des 21 salles européennes de plus de 15 000 places alors que l’Allemagne et l’Espagne en recensaient quatre chacune, l’Angleterre, la Grèce et la Belgique, deux. Pire encore : seul le vieillot Paris-Bercy construit en 1984 s’inscrivait dans la liste des 90 arénas européennes de plus de 10 000 places en configuration sport. L’Allemagne était alors la numéro 1 avec 18 salles disposant au minimum de cette contenance, devant l’Espagne 12 et l’Italie 5.

La honte absolue pour la 5e puissance mondiale et le 4e pays en Europe en terme de population –si l’on compte la Turquie- dont l’équipe nationale masculine de handball est la meilleure du globe depuis un quart de siècle, alors que celles de hand féminin, de basket des deux sexes et de volley masculin sont compétitives au plus haut niveau.

Rien n’a changé

La France, c’était le tiers-monde en matière d’arénas et… C’est toujours le cas ! Car ce beau rapport a été mis à la poubelle plus vite qu’il a été rédigé et à 2015 +2, rien n’a changé ou si peu.

Simplement le POPB a été rebaptisé AccorHotel Arena, agrandi et modernisé, mais avec une détestable impression d’inachevé. On est loin de l’apparence du Staples Center de Los Angeles ou de l’O2 Arena de Londres.

Les autres projets dans la région parisienne ? A l’abandon ou en attente. A Lyon ? Toujours au stade des discussions, Tony Parker ayant pris le relais de Gilles Moretton. Il y a bien eu l’inauguration du stade de Lille-Villeneuve d’Asq avec son aréna amovible mais celle-ci ne peut être utilisée à grand frais que pour des one-shots.

Quand la fédération a posé candidature pour l’Euro 2015, elle n’a pas eu le choix pour seconder l’aréna du stade Pierre-Mauroy : la salle XXL de Nantes n’étant pas jugée conforme par la FIBA, elle a dû se rabattre sur la Park Suite Arenas de Montpellier, seule salle en France dont la capacité pouvait franchir le cap des 10 000 sièges ; le POPB était alors en travaux.

Pour les salles de la Pro A de basket, le constat est tout aussi cruel. Que d’illusions perdues ! Cholet ? Mille promesses du maire jamais tenues. Limoges ? Idem. Quand il était candidat, Emile-Roger Lombertie avait annoncé un centre national du basket et une nouvelle salle pour le CSP.  Il ne l’a heureusement pas juré sur la tête de ses enfants… Orléans ? L’ancien maire était un fervent partisan d’une aréna de 10 000 places, s’est battu pour, mais ses adversaires politiques ont démultiplié les croche-pieds. Un autre projet est en cours. On verra. A Dunkerque pour le BCM, c’était comme si c’était fait, mais le projet d’une aréna jugée pharaonique par la nouvelle équipe municipale fut abandonné alors que des millions d’euros avaient déjà été engagés. Olé !

De bonnes salles au mauvais endroit

Oui, il y a eu quelques nouvelles enceintes et celle d’Antibes, l’Azur Arena (5 000 places) est un élément positif pour le basket pro. Pour le reste, ce n’est pas brillant. La Kindarena de Rouen (6 000 places) sonne le creux en Pro B, alors qu’Orchies et sa Pélève Arena (5 000 places) ont quitté la LNB. Sans évoquer le cas de la Brest Arena, 5 000 places, qui aurait pu être un support de choix pour l’Etendard si celui-ci n’avait pas été rétrogradé en Prénationale et c’est une équipe de handball féminin qui en profite ! C’est comme si on avait construit la bonne salle au mauvais endroit.

Aujourd’hui, en 2017, c’est toujours le palais des sports de Pau, inauguré en 1991 et ses 7 700 places qui est le fleuron de la Pro A. L’élite du basket français qui risque fort de se voir privé la saison prochaine de l’une de ses enceintes majeures –la salle Jean-Weille de Nancy et ses 6 027 places- le SLUC étant sportivement au bord du précipice.

Le plus ubuesque, c’est sans doute ce projet d’une nouvelle aréna dans le quartier de Bercy-Tolbiac dédiée aux sports co sachant que l’AccorArena est prioritairement réservée aux spectacles. Les édiles parisiens sont tout fiers d’annoncer une capacité comprise entre 7 et 8 000 places oubliant qu’il s’agit d’une norme ridicule pour une capitale européenne. La moyenne de spectateurs en Euroleague est déjà à l’instant T supérieure à cette jauge. Toujours cette incapacité à regarder, à s’inspirer de ce qui se fait hors de nos frontières.

« Si tout va bien, la livraison de l’Arena se fera en septembre 2020. Mais si c’est un an plus tard, ce n’est pas grave… », disait Martial Bellon lors de la conférence de presse. On souhaite vraiment au président de la SIG d’être récompensé de ses efforts car il est temps que la France en matière de salle amorce enfin un cercle vertueux.

 

 

 

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7 Responses
  1. Edwards

    sauf qu'en 2020 ou 21, la SIG aurait eu le temps de passer de la BCL, peut être même faire un retour en Euroleague ou au moins Eurocup et surtout elle pourra descendre en ProB. 4 saisons c'est long et on a vu comment ils ont réussi à passer de la finale de l'Europcup a 1 victoire après 7 matchs et de virer le coach e début de saison.
    Les financiers "privés" n'ont pas peur du risque à Strasbourg. MERCI et on croise les doigts pour que M. Legendre n'écrive pas la même chose dans 5 ans.

  2. ChapeauMelon44

    C'est bien joli tous ces projets ambitieux en matière de salles mais contrairement aux raisonnements sans cesse relayés, il faut déjà avoir au préalable un projet pérenne et cohérent SPORTIVEMENT.

    Combien de stades (pour le foot) ou de salles construites avant de s'apercevoir que d'une part, on a vu trop gros ou d'autre part que sportivement le club ne suit pas (et donc l'attrait s'en retrouve limité) ou pire, il est rétrogradé.

    Les salles/stades c'est un impératif économique évident mais sans une situation sportive suffisamment "étoffée" ça ne sert à rien ! C'est là où il y a une dissonance entre cette volonté de vouloir créer quelque chose économiquement parlant et la réalité économico-sportive qui fait que de nombreux clubs sont sur la tangente financièrement et sportivement: qui peut se targuer d'être réellement à l'abri d'une relégation en Pro B dans les deux ans à venir en Pro A ?

    Et en France certains acteurs économiques du monde du sport ont tendance à vouloir mettre la charrue avant les boeufs, comme quoi une salle flambante neuve va servir de tremplin au reste: affluence des spectateurs et bons résultats. Ce qui est complètement faux. Dans le métier, on appelle ça construire en blanc et souvent, ça s'accompagne de résultats désastreux.

    1. Laurent Rullier

      "Et en France certains acteurs économiques du monde du sport ont tendance à vouloir mettre la charrue avant les boeufs, comme quoi une salle flambante neuve va servir de tremplin au reste"

      C'est ce que les Allemands ont pourtant fait, et ça a marché.

      1. ChapeauMelon44

        Oui oui, ils ont construit des stades neufs et pouf, ça a marché.

        Merci pour cette simplification lénifiante de l'histoire.

        1. OscarAbine

          Il est clair qu'il ne suffit pas de faire des grandes salles, qu'il faut savoir utiliser cet outil de travail. Mais si tu ne l'as pas, tu ne peux pas te développer, ça, c'est une certitude.
          Actuellement, les salles existant en France tournent autour de 5 000 places, pour la plupart. Et sont assez généreusement remplies, pour beaucoup d'entre-elles. On est donc au maxi de ce qu'on peut faire économiquement avec ces outils de travail. Et partant de là sportivement. Parce que si on ne développe pas l'économique, et donc le budget, et donc la masse salariale, on en reste au niveau d'équipes où on en est aujourd'hui : pas mauvais mais incapable de viser le haut de tableau en Europe.
          Une plus grande salle, ce n'est pas seulement plus de spectateurs, c'est aussi, et surtout, un outil permettant d'améliorer grandement l'accueil des sponsors, via les loges et tout le bazar. C'est à partir de ça qu'on peut envisager de développer le modèle économique du club.
          Après, ce n'est pas "magique", il ne suffit pas de faire une grande salle pour que spectateurs et sponsors se pressent. Il y a tout un travail à faire pour exploiter les ressources. Mais si ces ressources n'existent pas, il n'y a rien à exploiter, rien à développer.
          Une grande salle, ça s'intègre dans le cadre d'un projet de développement, c'est évident. Si c'est juste poser un bâtiment quelque part, ça n'a pas grand avenir. En revanche, dans le cadre d'un projet bien pensé, tenant compte du tissu économique local, ça a toute légitimité. Mais tu ne peux pas entamer un tel processus sans que la grande salle fasse partie du projet.

  3. France

    Il y a plusieurs Aréna en projet en France, notamment à Aix-en-Provence, Montpellier ou encore à La Défense à Paris… La donne devrait changer bientôt et la France sera à nouveau une terre de basket, d'ici 2020 !

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